Portrait paru dans la Gazette Bleue # de juillet 2015

par Philippe Desmond

Ce soir j’ai rendez-vous avec un golfeur. Il m’attend à ce qu’on appelle dans le milieu le 19ème trou, ici ce serait plutôt le 37ème c’est-à-dire au bar du club-house. Nous sommes en effet au Golf de Bordeaux Lac où notre client du jour est un membre très actif. Mais nous ne sommes pas là pour parler fer mais bois, voire cuivre, c’est Jean-Christophe Jacques le saxophoniste qui nous intéresse.

Et oui le saxophone ou sax (les connaisseurs ne disent jamais saxo, sauf au cirque !) ne fait pas rigoureusement partie de la famille musicale des « cuivres » (trompette, trombone, saxhorn) mais des « bois » (flûte, clarinette, hautbois) bien qu’il soit en cuivre ou alliage de cuivre, c’est l’anche présente dans le sax qui compte ici pour cette classification. C’est bon, vous suivez ? Il est vrai que pour aller plus vite en jazz on parle de section de cuivres, sax compris, plus familièrement appelée cuivraille, par ceux qui n’en font pas partie bien sûr.

Ce sax justement comment est arrivé dans son univers ? Assez tardivement, à 14 ans. Un parrain saxophoniste amateur, ne connaissant pas grand-chose au jazz mais « sonnant comme Charlie Parker », une partie de pêche ennuyeuse au cours de laquelle le jeune filleul lui demande « apprends-moi le saxophone » et voilà comment démarre une carrière. L’élève est doué, travailleur mais au bout de quelques mois se lasse, l’adolescence et ses indécisions. Mais aussi l’adolescence et ses premiers flirts et une jolie blonde – ou brune – qu’on essaie de séduire en se vantant de jouer du sax… Super lui dit-elle j’ai des amis qui jouent je te les présente. Et le voilà au pied du mur face à un groupe de jeunes excellents musiciens très impliqués. Il a atterri ainsi par hasard chez le guitariste Mao Blanc, pas dans un groupe de garage approximatif mais chez des gens exigeants.

On est à Biarritz vers la fin des années 80. Il a déjà le son, une excellente oreille, il est doué, travailleur et devient passionné. Les progrès vont être rapides. Quelques bœufs au Blue Note local où il s’est fait embaucher comme serveur, les rencontres avec des locaux, les guitaristes Jean Marie Ecay, Sylvain Luc et Francis Lassus, et l’apprentissage qui se fait sur le terrain. Jean-Christophe glisse très vite vers le jazz. John Scoffield, David Sanborn, Bird, il écoute, il travaille, il imite, il repique. Il apprend tout, les thèmes, les solos, le rythme, les inflexions. Il rattrape le retard initial dans cette lecture de la musique qu’il n’aimait pas à ses débuts, mais surtout il sonne bien.

La deuxième partie se joue à Pau. Rencontre avec la pianiste Camélia Ben Naceur, le batteur Eric Pérez et le contrebassiste Laurent Chavoit et voilà un quartet qui se monte. On est en 91, le projet va durer plus de trois ans. La carrière pro est lancée. Cela débouche sur son premier et seul album solo. Il joue en première partie de Post Image – dont on va bien sûr reparler – et se fait remarquer et interpeller par un jeune et fougueux batteur, bandana sur la tête, un certain Roger Biwandu.

Cette rencontre va l’aider quand il va s’installer à Bordeaux en 1996 où il ne connait personne, « un trou noir » au début. Roger va l’enrôler ainsi que Guillaume Schmidt. Du funk au Plana et ailleurs et le voilà qui commence à se faire connaître.

Il tente sa chance à Paris au festival jazz «  la Défense » organisé par Pascal Anquetil à qui il envoie son CD (8 compos pour neuf titres). Il fait partie de la sélection finale.

Dany Marcombe le leader de Post Image le remarque et en 98 lui demande de remplacer Francis Bourrec. C‘est l’époque faste de ce groupe de jazz fusion, les contrats pleuvent, tournées en France, en Europe. Montreux, Antibes d’autres festivals prestigieux. Jean Christophe apprend à composer avec les autres, l’écriture pour un groupe est complexe mais passionnante ; six albums verront le jour. « Je dois beaucoup à Post Image, on y travaille en confiance ».

Parallèlement un autre projet va naître avec la chanteuse Leila Martial. Il va durer 7 ans. En 2012 avec l’album de Leila Martial il remporte le concours de la Défense. Ils jouent à Marciac au off et au in, une tournée se prépare mais le groupe se scinde brutalement. Belle expérience quand même.

C’est le retour à Bordeaux, Jean-Christophe y retrouve Roger Biwandu qui le fait profiter de son éclectisme musical et de son réseau d’excellents musiciens. C’est le retour du plaisir de jouer quelquefois oublié dans les projets au long cours où on tourne beaucoup. Jazz, Pop, Funk, Rock Californien, collaborations avec Roger, Mark Brenner, Shekinah et Olivier Gatto, Mickaël Chevalier Nolwenn Leizour et Monique Thomas et bien d’autres… « Des gens sans problème, de confiance ».

Quand je lui demande ses influences, ses artistes préférés il me parle bien sûr de John Coltrane, Charlie Parker, Wayne Shorter, Mickael Brecker, Branford Marsalis, Kenny Garett, mais aussi de Donald Fagen, Michaël Jackson … Pas de chapelle, pas de frontière, il peut et il sait tout jouer dès l’instant où la musique est de qualité.

Il enseigne bien sûr et depuis vingt ans, et plus précisément à Bègles, depuis sept ans, au Cabinet Musical du Dr Larsene (!) ; 35 élèves, de tous âges, de tous niveaux et récemment un projet collectif qui a abouti au spectacle « Oriental Expérience ». Il est bien sûr toujours membre de Post Image.

De notre entretien ressort le portrait d’un passionné, très doué et travailleur mais aussi celui de quelqu’un qui aime la vie, les gens, les rencontres positives ; il fuit les raseurs aux ondes négatives. Il a trouvé à Bordeaux la sérénité. Passionné, doué, travailleur pas seulement dans la musique mais aussi depuis quatre ans au golf. Il y possède déjà un très bon « handicap » et ne cesse de progresser. Cette passion il la partage avec son épouse et ses deux garçons surtout le plus jeune qui est un des meilleurs 12 ans de la région. L’ainé préfère néanmoins travailler la basse… Le golf est aussi une partie de sa vie professionnelle désormais, vous le trouverez au Pro Shop du Golf de Bordeaux Lac au milieu d’un matériel magnifique.

Le matériel justement mais le musical parlons-en. Les sax sont toujours de beaux instruments, les siens sont superbes. Il est sous contrat avec la Maison allemande Keilwerth qui lui fournit de vraies bêtes de course, notamment un soprano extraordinaire d’une finition originale avec des mécanismes splendides et surtout un son au-dessus du lot.

Si vous voyez le nom de Jean-Christophe Jacques sur une affiche n’hésitez pas, allez-y en confiance c’est du très très bon. Et vous pouvez l’aborder, c’est un homme de qualité.