Une soirée à l’Uzestival Hivernal

Vendredi 3 mars à l’Estaminet d’Uzeste.

Le festival Uzeste Musical attire une foule d’amateurs de jazz et de musiques à la marge au mois d’août de chaque année, cependant les sessions hors saisons sont des instants partagés en petit comité mais la surprise et l’émerveillement sont souvent au rendez vous.
La soirée commence par une lecture improvisée des notes prises par Bernard Lubat sur les sujets habituels qu’il affectionne, à savoir, la consommation, l’être humain et bien sûr la musique vivante. Ce “débloc’note” est ponctué de citations afin d’amener le spectateur à approfondir sa réflexion de retour chez lui. Il développe aussi la volonté de garder des traces de ces instants d’improvisations qui vont se succéder ce soir sur la scène de l’Estaminet. En effet, les prestations vont être enregistrées pour le label Labeluz (collection Les Dialogiques).
Michel Portal, que l’on a quelque peu entendu en coulisses, pendant la fin de la causerie de Bernard Lubat arrive sur scène.
Quatre faces à faces vont se dérouler devant nous.
Le premier invité est Louis Lubat, donc un duo batterie vs clarinette. Départ tonitruant pour le batteur qui dégage une puissance dans laquelle la clarinette basse vient à merveille trouver sa place.Le second morceau du duo est dans la même veine, force, maîtrise, écoute de l’autre et toujours ce chaos rythmique incroyable.
Le deuxième rencontre se fait avec Fabrice Vieira. Des expérimentations vocales se mêlent au son grave et lourd de la clarinette de Michel Portal. Quelques touches de guitares accompagne cet échange. L’aspect électronique, par la transformations de la voix de Fabrice Vieira par un dispositif technique, fait de cet échange un pont inter-générationnel, au niveau de l’utilisation des procédés.
Deux passages d’improvisation solo de Michel Portal viennent avant l’ultime duo de cette soirée, avec bien sûr le maître des lieux, Bernard Lubat. Ce dernier investit le piano, qu’il a, au préalable, quelque peu transformé. Très grande complicité entre les deux musiciens qui se côtoient depuis une quarantaine d’années et qui ont ce plaisir communicatif de jouer ensemble. Une sorte d’explosion vient clore leur morceau…on pense à un problème technique, tellement les artistes nous avait amené dans une parfaite harmonie. Le fait qu’ils rebondissent aussitôt, sans qu’aucun technicien ne vienne chercher la cause du problème, nous fait penser que cela faisait partie de la collaboration. Par contre, qu’en est il de ce réveil d’antan qui a sonné sur scène pendant le duo avec Fabrice Vieira ?


L’ensemble des musiciens se retrouvent ensemble pour un dernier moment de complicité où une nouvelle fois Louis Lubat livre une prestation dantesque alors que son père est aux claviers. Fabrice Vieira continue son exploration vocale, et tous sont accompagnés par Michel Portal, véritable chef d’orchestre de la soirée.
L’Estaminet se transforme ensuite en lieu de discussion entre Bernard Lubat et Michel Portal qui se remémorent les souvenirs de leur rencontre et d’autres anecdotes sur leur carrière respective.
Merveilleuse soirée où l’on assiste à un moment unique, à un instant de création. Les citations concernant “La musique à vivre” de l’introduction ont trouvé une formidable démonstration. Et s’il y avait le même type de collaboration, sous forme de jeux de miroir, entre Benat Achiary et des artistes de la sphère d’Uzeste ?

Daniel Erdmann’s Velvet Revolution Melle 18/02/2017

Par Stéphane Boyancier

La première date de la tournée du projet Velvet Revolution de Daniel Erdmann, accompagné de Théo Ceccaldi (violon et alto) et  Jim Hart (vibraphone),  se jouait à Melle (Deux Sèvres) le samedi 18 février 2017. Ce trio international investit Le Café du Boulevard où l’association Les Arts en Boule organise des concerts jazz ou musiques du monde depuis une quinzaine d’année. C’est un lieu qui pourrait être un compromis entre La Belle Lurette de Saint Macaire pour l’aspect musical et Le Samovar du quartier Saint Michel à Bordeaux pour son côté alternatif et militant. Le lieu n’est pas inconnu pour Daniel Erdmann puisqu’il y a joué avec un autre de ses groupes, à savoir Das Kapital. A noter que l’association organise aussi un festival en juillet sur plusieurs jours.

On mesure la chance que l’on a d’assister à ce concert dans un lieu intime où la convivialité règne, l’assistance est multi-générationnelle, mais à coup sûr passionnée de jazz et de musiques en général. L’écoute de l’album est un mélange de légèreté et de mélancolie et on s’attend à baigner dans cette atmosphère.

Cependant le set commence par une mise en place un peu free jazz des trois compères et l’on voit poindre au bout de quelques minutes le chaleureux son du saxophone de « Les agnettes » (du nom d’une station de métro de la ligne 13 où Daniel Erdmann à l’habitude de descendre lorsqu’il va répéter avec Christophe Marguet). Le groupe nous livre ensuite « A short moment of zero g » nous laissant en apesanteur. Théo Ceccaldi, fidèle à lui-même est totalement habité par son instrument et n’a de cesse de nous amener vers différents paysages, à la fois bucolique lorsqu’il utilise son archet comme sur le titre « Velvet Revolution », ou plus orageux quand il joue de son alto à la façon d’une guitare sur « Infinity Kicks in » allant même jusqu’à casser deux cordes sur quatre. Quant à Jim Hart, il nous offre des sonorités douces grâce à un archet de confection artisanale, fait d’un cintre et de crin tendu entre les deux extrémités, qu’il vient frotter sur les lames de son vibraphone. Le premier set se termine au bout de 45 minutes environ et il est temps pour Théo Ceccaldi de remettre son alto en état pour la suite.

Le second set nous offre pour débuter des sons inédits de vibraphone. En effet, Jim Hart accroche à certaines lames des petites pinces à clips destinées initialement à rassembler des documents entre eux mais qui ici donnent  une résonance particulière à son instrument. De nombreux solos ponctuent le concert laissant découvrir l’univers de chaque membre du trio, déluge de notes cristallines sur « Try to run ». Quant au titre «Les frigos » il laisse Théo Ceccaldi nous envelopper dans une cocon de douceur où vient naître le sax ténor de Daniel Erdmann. L’aspect quelque peu dansant de « Still a rat » donne l’occasion aux musiciens de laisser libre court à leur inspirations et on découvre un Daniel Erdmann qui paraît se déhancher comme Emile Parisien peut le faire lors de ses prestations. Le concert se termine sur le premier titre de l’album « A pair of lost kites hurrying towards heaven » que l’on a bien sûr envie d’écouter en boucle après la prestation de ces trois virtuoses. Ce morceau est d’une légèreté invraisemblable et aussi une sorte de concentré de l’album mais la version live laisse des parties de liberté aux musiciens qui nous donnent envie de les revoir très vite dans leurs projets parallèles.

Les habitants de la région bordelaise pourront  revoir Théo Ceccaldi au Théâtre des Quatre Saisons de Gradignan en avril, ou avec Joëlle Léandre en mai à Toulouse, Daniel Erdmann à Eymet ou à Uzeste avec son groupe Das Kapital… encore de belles soirées en perspective !!

Stéphane Boyancier

Association Les Arts en Boule http://aeb.ouvaton.org/

Le Café du Boulevard www.lecafeduboulevard.com

Daniel Erdmann www.daniel-erdmann.com

Théo Ceccaldi www.tricollectif.fr

Jim Hart www.jimhart.co.uk