La jam de la Belle Lurette invite Stéphane Barbier

par Philippe Desmond.

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C’était la rentrée des Jams du Collectif Caravan hier à la Belle Lurette de Saint-Macaire (33). Chaque premier dimanche du mois pour ceux qui l’ignorent. Le trio habituel, composé de Thomas Bercy (piano), Jonathan Hédeline (contrebasse) et Gaëtan Diaz (batterie), accueillait comme invité le saxophoniste ténor Stéphane Barbier. Remarquable musicien venant du sud de la région, un quasi désert jazz, – hors des jolis festivals d’Anglet et Capbreton – Pays Basque compris selon ses dires. Il était très heureux d’être là et a transmis cette joie dans son jeu.

La soirée a démarré avec trois titres de McCoy Tyner, le thème de la soirée, les musiciens entrant de suite dans le vif du sujet, des compositions tendues, riches et foisonnantes. Ce même quartet jouera d’ailleurs ce répertoire samedi prochain dans le même lieu (apéro rencontre à 19h, concert à 21h30) et dimanche 15 à 20 h au Quartier Libre à Bordeaux ; le teaser d’hier soir est très prometteur !

Place à la jam, c’est le but de cette fin d’après-midi avec l’arrivée d’Alex Aguilera à la flûte. Il sera l’invité du prochain bœuf du dimanche 5 février. Dans ses mains la flûte traversière, instrument de musique classique par excellence, s’encanaille et dans ce registre jazz il en tire la quintessence. Le titre de McCoy Tyner choisi, « Walk Spirit, Talk Spirit » – White Spirit comme plaisante Jonathan – ce thème cyclique, envoûtant en est tout métamorphosé.

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Rentre ensuite un néo jazzman, pourtant d’âge mûr, Franck Marrissal. Son CV depuis 1972, plus de 1500 bals avec des orchestres de variété du coin. Il s’est mis au jazz récemment et comme un bon élève il a travaillé un chorus pour « Stella by Starlight » toute la semaine. Vu ses grimaces en jouant, le résultat ne lui convient guère mais tout va bien, les autres l’aident et l’encouragent. Cette jam est d’un excellent esprit et vraiment ouverte. La preuve Amandine une jeune trompettiste y fait sa première intervention du genre sous l’aile protectrice et bienveillante d’Alex Aguilera. Le cœur bien au delà du tempo avouera-t-elle, la gorge un peu nouée mais un baptême réussi !

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Fabrice un autre guitariste, lui aussi de Cadillac comme Franck, rejoint le groupe avec sa jolie demi-caisse qu’il maîtrise parfaitement.

Thomas toujours aussi énergique emballe les thèmes, Stéphane les éclaire de son jeu de ténor toujours mélodieux, Jonathan et sa grosse 5 cordes assure une présence créative agrémentée de quelques chorus bien sentis, quant à Gaëtan son drumming toujours très inventif force l’admiration. Les jammers ont bien de la chance de s’intégrer à un tel quartet.

Et jammeuses car en voilà une, Marina Kalhart d’abord à la contrebasse, à peine plus d’un an de pratique, puis au chant qu’elle pratique depuis plus longtemps mais en public depuis moins d’un an… Et à chaque fois des progrès fulgurants ! Ça sert à ça les jams quand elles se font dans cet esprit.

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Pour ceux qui ne connaissent pas cet endroit très sympa dans le joli village médiéval de Saint Macaire, profitez d’une jam du dimanche pour le découvrir, ça commence à 17h et finit vers 19h avec systématiquement l’immuable « Caravan » générique du Collectif du même nom, dans une version à chaque fois nouvelle et surprenante ; une gageure.

Merci à Cécile et Sylvain pour leur accueil et leur passion.

Prochaines jams du Collectif Caravan : le 5 février avec Alex Aguilera (fl) et Hervé Saint-Guirons(p), le 5 mars avec Marie Carrié (vo) , le 2 avril avec Julien Dubois (s), le 4 juin avec Bruno Bielsa (tp). Pas de jam en mai mais le 30 avril « International Jazz Day » dont on connaîtra bientôt le programme.

Mais la Belle Lurette a sa propre programmation et consacrera tout le mois d’avril au jazz avec notamment le Tom Ibarra 4tet le 8.

http://www.bar-labellelurette.com/

https://www.facebook.com/Collectif-Caravan-170711356335248/

Guillaume Schmidt à la Belle Lurette ; un bœuf et une boucherie !

Par Philippe Desmond

La Belle Lurette, St Macaire le 6/11/2016

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Ceux qui voulaient passer une fin de dimanche tranquille et qui sont venus à la jam de la Belle Lurette sont vraiment mal tombés. Ils nous ont mis un souk – et je suis poli – tous ces musiciens à vous faire regretter le canapé rouge de Drucker à la même heure.

Pourtant tout s’annonçait bien, au trio de base composé autour de Thomas Bercy au piano, de Jonathan Hédeline, le fidèle, à la contrebasse et Jéricho Ballan à la batterie s’ajoutait un invité de luxe en la personne du saxophoniste Guillaume Schmidt trop rare dans le coin.

Et bien dès le premier morceau, pas de round d’observation, la bagarre a déjà commencé, « la branlée » me dira plus tard Sébastien Iep Arruti toujours prompt à venir partager son punch avec ses adversaires/partenaires.

Guillaume avait dû préparer son sax alto en mode préchauffage car de suite il a pris les tours sur le « Cold Duck Time » d’Eddie Harris. Le froid de canard on ne l’a pas senti longtemps croyez moi. Parmi les sax, l’alto n’est pas celui que je préfère mais aux mains et au bec de Guillaume je dois avouer que je craque. Il a un timbre, un grain qui ôtent cet aspect un peu trop aigu et clinquant que je trouve à l’instrument ; ce n’est que mon avis mais je le partage. Premier chorus à couper le souffle, pas le sien heureusement , et évidemment Thomas qui lui emboîte le pas car quand il est question de folie il arrive de suite. Il va finir par le casser ce clavier ! Derrière Jonathan et Jéricho commencent leur marathon car tout comme Thomas ils ne vont quasiment pas avoir de pause de toute la soirée. Ils ne seront pas avares de solos et tant mieux pour nous. Sauf que le marathon commence au sprint ! Pas de répit ils enchaînent sur « Broadway Blues » d’Ornette Coleman sur un tempo bien speedé. Tout ce vacarme ameute le voisinage – et même les Bordelais arrivés en nombre – et le bar se remplit aussi vite que les verres se vident. Que ce lieu est chaleureux !

Après ces deux titres, pas le temps de se recoiffer et voilà la jam qui commence avec l’arrivée sur le ring d’un bel athlète, le redoutable poids lourd basque Sébastien Iep Arruti, le roi de la coulisse. « Listen Here » d’Eddie Harris à la mélodie guillerette va ressortir toute cabossée de cette rencontre avec ces tueurs.

Vous l’avez compris on s’est régalé.

Petite trêve avec « In a Sentimental Mood » où un premier guitariste rejoint la bande. Jeu en finesse et douceur de Guillaume, il sait tout faire très bien, une place pour Jonathan à la contrebasse et des prouesses de Jéricho aux balais. « Saint Thomas » voit Olivier Normand et son sax ténor rejoindre le groupe pour une très belle joute avec Iep.

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Un autre guitariste est là qui a un âge certain débute en jazz sous le regard bienveillant de Thomas le chef de jam, Alex Aguilera régale de sa flûte et l’ambiance monte, monte. Le Collectif Caravan qui organise ces soirées peut-être fier d’animer ainsi des endroits hors de Bordeaux qui méritent aussi cette ouverture vers le jazz.

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Pas de bœuf sans « Cantalupe Island » avec Laurent excellent à la basse électrique très funk, pour une version très punchy de ce classique.

Un peu de douceur alors que la fin approche avec la venue de Marina Kalhart qui nous chante « Speak Low » de Billie Holiday, Guillaume lui offrant de temps en temps un tapis de velours au ténor et un band enfin calmé. Marina enchaîne en prenant la contrebasse de Jonathan , elle aussi sous le regard bienveillant du patron qui lui laisse une belle place pour un long chorus ; ça sert à ça les jams, on y progresse à vue d’œil ou d’oreille.

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Amusant de voir lors de ces bœufs chacun avec son classeur de partitions voire son petit carnet pour les plus traditionnels ou un pad pour les plus branchés. On échange deux trois infos, on fixe la tonalité et c’est parti. Un regard par ci, un signe par là pour lancer les chorus, un cri parfois et c’est une affaire qui tourne.

Arrive le générique de fin, immuable ici, avec bien sûr « Caravan », mais un modèle de compétition, châssis rythmique renforcé pour résister aux accélérations et aux breaks, habillage chatoyant pour flatter l’esthétique.

Une boucherie ce bœuf, on reviendra !

La jam de la Belle Lurette c’est chaque premier dimanche du mois de 17 heures à 19 h 30 environ. Prochaine date le 4 décembre avec le guitariste Dave Blenkhorn comme invité.

Le quartet de base de ce soir jouera le dimanche 27 novembre à 17 heures chez Marie-Jo au Café du Sport à Uzeste. Allez-y le lieu est super sympa en plus.

Arcades fire à Saint-Macaire

par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

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Il fait un froid de loup, des courants d’air humides chargés de la pluie qui tombe s’immiscent entre les piliers des arcades séculaires partiellement protégées par des bâches tendues à la hâte suite au déplacement à l’abri du concert. Ces arcades pourtant les musiciens vont y mettre le feu.

Tous les amateurs de jazz du Sud Gironde et aussi les étrangers de la grande ville comme nous, attendaient cette soirée avec impatience. Grâce notamment à Herbie Hancock et sous le patronage de l’UNESCO existe depuis 2011 “la journée internationale du jazz” . Deux événements majeurs cette année dans ce cadre, l’aimable concert à la Maison Blanche chez Barack, et donc cette soirée à Saint-Macaire. Les amis du Collectif Caravan, de Simone et les Mauhargats, de l’associaton l’Ardilla et de la Belle Lurette ont relevé le défi et organisé celle manifestation dans la cité médiévale de Saint-Macaire.

Point d’orgue – sans orgue – de cette manifestation le concert du trio Thomas Bercy (p), Jonathan Hédeline (cb) et David Muris (dr) avec des invités de luxe, les jeunots Alex Aguilera (fl), Alexis Valet (vib) et le trop rare Jean-Christophe Jacques (ss, sa, st). Bruno Bielsa (t) le local de l’étape viendra aussi les rejoindre.

Le répertoire fétiche du trio est celui de McCoy Tyner, rien moins.

Mais avant, en même temps que ne commence le bal des merguez des saucisses et des tire-bouchons, l’école de musique locale de l’Ardilla nous offre avec ses élèves une première partie pleine de promesses avec un répertoire de qualité allant de Miles Davis (“Jean-Pierre”) à Stevie Wonder (“Superstition”) en passant par Julien Lourau. La “salle” est pleine malgré le sale temps, le bordeaux et le sainte-croix du mont aidant un peu à préchauffer les corps.

Dans ce lieu chargé d’histoire médiévale, les ménestrels apparaissent, comme descendus des cadres de l’exposition des clichés de Thierry Dubuc et Alain Pelletier, les photographes d’Action Jazz, où ils figurent en bonne place (jusqu’à fin mai). Déjà magnifiquement réels sur les photos les voilà de chair et d’os.

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Le concert va être à la hauteur de l’attente. On a déjà entendu le trio et des invités dans ce répertoire qu’il maîtrise parfaitement (voir chroniques du 24/1 et 22/2 sur ce même blog) mais ce soir, là formation à géométrie variable, du trio au septet, va se sublimer. Oubliés les doigts gelés sur les touches, les baguettes et les cordes, la sueur va même perler sur le fond de Thomas Bercy qui comme toujours ne ménage pas son énergie. Bon sang mais quel pianiste dans ce registre fécond de McCoy Tyner !

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Jonathan Hédeline de sa stature de commandeur, impassible derrière sa grosse boîte va border toute cette énergie, il est incroyable de maîtrise rythmique et ses interventions solitaires sont toujours très musicales.

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Avec lui derrière – et oui toujours derrière – David Muris, tantôt en force tantôt en nuance avec les balais, balise le chemin de son tempo, pas facile avec une musique aussi riche et variée. Le trio est en osmose ça se voit, ça s’entend.

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Quant aux invités ils vont épater tout le monde. Les deux jeunes n’ont jamais joué avec les deux autres, ils ne se connaissaient pas. Les regards admiratifs des uns envers les autres et réciproquement lors de chorus vont être éloquents du plaisir de leur rencontre. Alex Aguilera et sa flûte s’envolent régulièrement vers des sommets et Alexis Valet au vibraphone ajoute cette couleur cristalline avec une virtuosité de plus en plus maîtrisée. Pourtant ils ont presque les doigts gelés.

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L’invité spécial du jour, Jean-Christophe Jacques, nous met en pratique les propos qu’il a tenus sur l’improvisation lors de sa conférence d’avant concert à la Belle Lurette. Prise de risque absolue pour un plaisir musical non dissimulé. Que ce soit au sax alto ou avec ses deux bêtes de course l’alto et le ténor (mais qu’ils sont beaux ses Keilwerth !) il va sublimer ce répertoire en parfaite osmose avec le trio original ; on le sent vraiment dans le truc. Bruno Bielsa et sa trompette gillespienne au pavillon tendu vers le ciel, va venir livrer avec lui quelques folles joutes ! On a oublié le froid, c’est arcades fire à Saint-McCoy !

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Le « Walk Spirit, Talk Spirit » final est époustouflant, joué et étiré en septet au tempo de métronome du rimshot de David. Pas de rappel demandé car tout le monde, musiciens compris, repart vers la Belle Lurette pour une jam de clôture, un bonus de deux heures qui va s’avérer magnifique dans le bar bondé.

Cécile la chef d’orchestre du jour est enfin soulagée ! Dire que l’annulation a un moment été envisagée à cause de la météo ! Bravo et merci à tous les bénévoles qui eux aussi ont pris part au succès de la soirée. Quelle belle initiative que de faire vivre culturellement ces territoires à l’écart des grandes villes. Quelle merveilleuse ambiance cela produit ! Quelle belle soirée conviviale et musicale.

L’an prochain on annonce du beau temps ça va être énorme !

 

Un jeudi soir à Bordeaux…

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Le printemps pointe son nez en cette douce journée de mars, la soirée approche, mes proches m’interrogent « tu ne vas pas au Tunnel ce soir ? ». Et oui c’est jeudi et le jeudi c’est Tunnel, la cave de jazz de l’Artigiano Mangiatutto l’excellent restaurant italien de la rue des Ayres. Le problème c’est que ce soir comme tous les jeudis soirs aussi il y a un groupe au Caillou du Jardin Botanique à la Bastide et l’affiche est sympa. Mais il y a un autre problème. De l’autre côté du fleuve le Comptoir du jazz renaissant propose lui aussi une affiche intéressante…
Où aller, il y a d’excellents musiciens partout. Question difficile. Je vais prendre un joker Jean-Pierre, je téléphone à un ami : «Allo Thierry ? bla bla bla… bon on fait comme ça, à tout de suite ». Réponse C : je vais aux trois, c’est mon dernier mot !
20h30, les alentours du Caillou (entrée gratuite, bar, restaurant) sont très calmes, la fac voisine est bien sûr fermée à cette heure-là et il n’y a aucune activité dans le quartier. Pour garer sa voiture pas de problème, ça compte. Et comme en plus je suis à moto ! Quelques notes sortent de cette forme bizarre en forme de…caillou. Je rentre doucement, dans le restaurant quelques personnes attablées et d’autres sirotant un verre, l’ambiance est cosy, sereine, cool.
Un excellent trio est à l’ouvrage. Le trompettiste Mickaël Chevalier joue avec Hervé Saint-Guirons à l’orgue et Simon Pourbaix à la batterie. Au programme un hommage à Clifford Brown le trompettiste compositeur tragiquement disparu dans un accident de voiture en 1956 à moins de 26 ans. Du Bebop et du Hardbop, une trompette volubile, un orgue velouté et une batterie contrastée, le ton est donné. On voit la musique se faire, les musiciens sont à côté de nous et ça c’est une vraie chance. Les chorus s’enchaînent, un coup d’œil, un signe de tête on se comprend c’est du jazz. Dernier titre du premier set, le trio invite le tout jeune Alex Aguilera qui va prendre un magnifique chorus à la flûte ; très prometteur. Mon verre est fini, Thierry a pris quelques photos, c’est la pause, on discute un peu avec les musiciens et on file.
22 h, le quai de Paludate est encore calme, il est trop tôt pour les discothèques. Au Comptoir du Jazz (entrée 5€, bar) pas trop de monde, pourtant le sextet présent est de grande qualité. Shekinah Rodriguez (sa, ss) est entourée de Raphaël Mateu (tr), Sébastien Arruti (tb), Jean-Christophe Jacques (st, ss), Guillermo Roatta (dr) et Olvier Gatto (cb, arrangements et direction musicale), que des très bons. Sur la scène exiguë et mal fichue du lieu ils sont un peu serrés d’autant que Sébastien a un physique de première ligne – basque bien sûr – les cuivres sont devant et les deux autres cachés derrière au fond. Alain et Irène Piarou sont là, en effet Action Jazz se doit de prendre contact avec la nouvelle direction du Comptoir duquel le jazz avait un peu disparu ces derniers temps. Sur scène le sextet rend hommage au Duke…sans piano. Petit à petit les gens arrivent.

« C jam blues », le délicat « «In a sentimental mood » le morceau de jazz préféré de Shekinah, bien sûr « Caravan » réarrangé par Olivier Gatto avec notamment des contrepoints bien sentis en soutien de chaque chorus de cuivres. Les deux sax se répondent, la trompette chante et le trombone gronde ; derrière ça tient le tout comme la colonne vertébrale Là aussi connivence entre les musiciens, applaudissements réciproques lors de tentatives osées ; ils cherchent, ils trouvent, ils nous régalent. Mais le temps passe, arrive la pause. Thierry reste là, il n’a pas fini ses photos – c’est un perfectionniste – pour moi direction centre-ville.

23h30 au Tunnel (entrée gratuite, bar) où ce soir c’est la jam mensuelle. Le maître du lieu est Gianfranco et le responsable musical en est Roger Biwandu, pas moins. D’octobre à fin avril c’est le rendez-vous incontournable des amateurs de jazz. Ce soir autour de Roger aux baguettes, François Mary à la contrebasse et Stéphane Mazurier au clavier Rhodes (instrument à demeure et obligatoire !). L’originalité du Tunnel c’est autour d’une rythmique habituelle la « Dream Factory » Roger toujours, Nolwenn Leizour à la contrebasse et Hervé Saint Guirons au Rhodes en général, la présence d’un invité ou deux différents chaque jeudi à partir de 21h30. Mais ce soir donc c’est jam. Quand j’arrive dans la cave pleine à craquer le trio a été rejoint par Dave Blenkhorn, Yann Pénichou et leurs guitares ; il me faut quelques instants pour reconnaître le morceau soumis à la douce torture des improvisations. Ça groove grave, la voute de la cave en tremble, mais oui bien sûr voilà le thème qui revient imperceptiblement, ils sont partis dans tous les sens – pas tant que ça – et ils sont en train de retomber sur leurs pieds ; c’est « Watermelon Man » du grand Herbie Hancock. Le saxophoniste Alex Golino est là mais sans son instrument, pour le plaisir de voir et entendre les copains. Changement de guitariste, Roger appelle le jeune Thomas encore élève au conservatoire. Il s’en tire très bien les autres le félicitent ; pas par complaisance, le mois dernier un pianiste un peu juste s’est fait virer au beau milieu d’un morceau… Roger rappelle Dave Blenkhorn pour un titre dont ce dernier ne se souvient pas. Je suis juste à côté de lui et j’entends Yann Pénichou lui chantonner brièvement le thème. Trente secondes plus tard Dave mène la danse parfaitement… Il est minuit trente, le set s’achève devant un public ravi.

Voilà donc un jeudi soir passionnant de jazz à Bordeaux ; des endroits accueillants, des musiciens remarquables, des amateurs comblés. La scène jazz de Bordeaux est en plein renouveau et ça c’est vraiment une bonne nouvelle. Pour savoir ce qui se passe, suivez www.actionjazz.fr sa page et son groupe Facebook, les pages FB des artistes ou des lieux cités, ou le groupe FB « qui joue où et quand ? ». Sortez écouter en live tous ces beaux artistes, ils n’attendent que ça et ils méritent votre présence. Nous avons de vrais pros à Bordeaux soutenons les, ce n’est que du plaisir !

Allez il faut rentrer, thanks God, tomorrow it’s Friday mais y’a aussi école. Place à la musique des échappements…

Philippe Desmond ; photos : Caillou et Comptoir Thierry Dubuc, Tunnel PhD