Concert « Freedom in Bordeaux » : Bordeaux Jazz All Stars.

Par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat (sauf N&B).

La Grande Poste le 19 mai 2017.

Il y a cent ans, en 1917, les Américains volaient, ou plus exactement naviguaient, à la rescousse de notre pays. La France les avait bien aidés cent-quarante ans auparavant avec l’élan de Lafayette parti à bord de la Victoire et non de l’Hermione.

Le contingent américain débarqua pour une partie à Bordeaux avec une bonne part de noirs et parmi eux des musiciens de jazz.

Car le jazz est né dans cette communauté établie le long du Mississipi comme va nous en parler Philippe Méziat au cours de sa conférence à la Grande Poste dans le cadre de la manifestation « Freedom in Bordeaux » organisée par l’association de Karfa Diallo, Mémoires et Partages. Voir Gazette Bleue #22

L’origine du jazz, son arrivée en France, voilà l’objet de cette merveilleuse soirée dans ce nouveau lieu artistique de Bordeaux, « espace improbable » comme le qualifient eux-mêmes ses responsables.

Une salle imposante sous un dôme de cathédrale constellé de mille petits hublots et de massifs oculus. Une ambiance Art Déco pour cet ancien bureau de poste, certes le bureau central de la ville de Bordeaux, mais à la destination fonctionnelle initiale sans rapport avec sa métamorphose actuelle. Désormais devenu un endroit multiculturel, du théâtre, de la musique – des musiques – de nourritures intellectuelles, il propose aussi aussi des nourritures plus prosaïques avec un restaurant et un bar. Un endroit atypique qu’il faut maintenant faire découvrir au Bordelais et faire vivre.

Quel plaisir de le voir rempli, d’abord pour la conférence, avec un public sage et attentif puis pour le concert du « Bordeaux Jazz All Stars ». Attardons-nous sur ce nom de baptême ronflant de l’orchestre car lors de la promotion du concert on a senti sur les réseaux sociaux certains sarcasmes à son sujet. C’est à la fois du second degré mais, il faut le reconnaître, c’est aussi une vérité. Bâti autour de Roger Biwandu (batterie) et Olivier Gatto (contrebasse et direction musicale) ,

deux musiciens majeurs basés à Bordeaux mais au rayonnement international, il propose des musiciens de grand talent et de belle expérience. Citons-les : Alex Golino (Sax ténor),

Sébastien Arruti (trombone),

Laurent Agnès (trompette),

Guillaume Schmidt (sax alto et soprano)

et Loïc Cavadore (piano).

Pas de femme ? Si, la merveilleuse Monique Thomas au chant.

Philippe Méziat est là avec ses goûts toujours d’avant-garde mais le choix du répertoire répond lui à d’autres contingences. Et celui choisi par Le BJAS va s’avérer parfaitement adapté à l’assistance composée aussi bien de connaisseurs – mais au fait c’est quoi cette tribu – que de novices venus passer un bon moment et découvrir un lieu. En majorité un hommage au jazz à la fois classique et innovant de Art Blakey et de ses Jazz Messengers les bien nommés. De la bonne BAM, black american music.

Un concert qui malgré l’acoustique difficile du lieu va enthousiasmer le public, un plaisir musical partagé entre la scène et la salle, la grande classe en plus. Au milieu du set Monique Thomas va enchanter l’assistance de sa présence, de son talent et de son charme. On le sait, mais tant l’ignorent, nous avons ici à Bordeaux cette perle qui fait tant elle aussi pour son art avec notamment les jams vocales qu’elle organise chaque mois au Caillou du Jardin Botanique ; rendez-vous en octobre après la pause estivale.

La fin du concert avec les « tubes » d’Art Blakey, « Moanin’ » et « Blues March » verra même le public se lever et danser ! C’est aussi ça le jazz ne l’oublions pas, une musique qui donne envie de bouger , de s’exprimer, pas seulement intellectuelle, pas que celle qui fait peur à certains.

Il y a 100 ans le jazz débarquait à Bordeaux il y est toujours avec ses valeurs sûres comme ce soir, ses espoirs avec une foultitude de jeunes talents issus du conservatoire de Région – en examen de fin d’année au Rocher en ce même soir – et tant de musiciens de tous horizons pleins d’idées et de projets. Puissent-ils s’exprimer eux aussi devant une large assistance, ce grand public un peu trop formaté par le easy – poor – listening ambiant et le tirer sinon vers le haut, vers autre chose…

Et on est tous d’accord, pas besoin d’attendre 100 ans de plus !

  • Set list :
- On The Ginza
- Feeling Good
- In Case You Missed It
- Falling In Love With Love

avec Monique Thomas
- Tight
- Up Jumped Spring
- Lady Be Good (pour Ella qui aurait eu 100 ans le 25 avril)

- Little Man
- One By One
- Moanin’

Rappel :
- Blues March
  • Liens :

http://www.memoiresetpartages.com/

http://lagrandeposte.com/fr/

Gazeette Bleue #22 : https://actionjazz.fr/gazette-bleue-n22-mai-2017/

  • Portraits :

Roger Biwandu : https://actionjazz.fr/gazette-bleue-n21-mars-2017/

Olivier Gatto : https://actionjazz.fr/gazette-bleue-n16-mai-2016/

Alex Golino : https://actionjazz.fr/gazette-bleue-n20-janvier-2017/

Monique Thomas : https://actionjazz.fr/gazette-bleue-n8/

Sébastien Arruti : https://actionjazz.fr/gazette-bleue-n16-mai-2016/

Loïc Cavadore : https://actionjazz.fr/gazette-bleue-n15/

Laurent Robino à l’Avant-Scène

 

Par Philippe Desmond

Bar l’Avant-Scène

Bordeaux le samedi 29 avril 2017

Il est toujours intéressant d’aller découvrir un jeune musicien surtout quand il est entouré « d’anciens » disons de gens qui ont déjà fait leur preuves. C’était le cas ce samedi soir à l’Avant-Scène le petit bar qui est pourtant un haut lieu du jazz bordelais. Combien y sont passés et de célèbres en plus !

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Nous voilà donc ici pour retrouver le Bordelais de 26 ans à peine, le saxophoniste alto Laurent Robino. Sauf qu’il a fait des infidélités à notre pourtant si belle ville – tout le monde le dit maintenant, ça doit être vrai – pour suivre un cursus au conservatoire de musique de San Sebastian, le réputé Musikene. Etudes mais aussi rencontres de nombreux musiciens et non des moindres notamment au gros festival de cette ville. Des progrès et ainsi l’admission dans le non moins prestigieux Prince Claus Conservatorium de Groningen en Hollande en 2015. L’occasion, en relevant ce brillant cursus, d’évoquer avec cet ancien du Berklee College de Boston qui l’accompagne ce soir le manque flagrant en France d’une formation universitaire diplômante de haut-niveau pour les musiciens. Certes il y a les conservatoires mais les équivalences avec l’étranger sont plus difficiles à faire car moins nettes du fait du type de formation moins universitaire, au sens d’universel, qu’ailleurs. Un sujet de plus pour nos futurs dirigeants si jamais la formation culturelle venait enfin à les intéresser… Mais ce n’est pas le propos.

Cet ancien de Berklee c’est le musicien et contrebassiste Olivier Gatto du très solide donc. A ses côtés à la batterie Philippe Gaubert toujours dans les bons coups lorsqu’un bon musicien débarque à Bordeaux, un vrai pivot local.

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Ils ont joué en trio les jours précédents mais ce soir puisqu’il y a un piano sur place il y aura aussi un pianiste, Loïc Cavadore, que personnellement j’adore. Pour se faire entendre il a déshabillé complètement le piano le faisant ressembler à ces bastringues de saloon tels que le cinéma nous les fait revivre , ou invente. Spectacle insolite que cet I-Phone posé contre les marteaux pour délivrer la grille.

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?

Attablé à mes côtés, mais il ne jouera pas, un autre ancien de Berklee, le saxophoniste ténor Alex Golino. Il est venu écouter un de ses anciens élèves qui va le remercier en lui jouant une composition be-bop écrite en son honneur « Goalino » ; qu’Alex lui ait permis d’atteindre son but est évident. Car Laurent Robino en plus d’être un excellent saxophoniste alto au son naturel et chaleureux, profitant de toutes les tonalités que lui offre son instrument est aussi un très bon compositeur.

Il va nous le montrer aussi par cette belle ballade, dédiée elle à sa maman présente ce soir. Loïc Cavadore la débute en solo par un concerto – il a une formation classique, ça se sent – et une fois que les trois autres l’auront rejoint prendra un chorus inspiré de toute beauté. Tout le concert il va nous régaler.

Olivier Gatto est ce soir en grande forme, la Juve a gagné la veille et à l’approche de la rencontre contre Monaco mercredi il est remonté comme une pendule. En attendant il va nous montrer qui il est si on ne l’avait pas déjà remarqué. Sa longue et lyrique intro d’une autre composition de Laurent dédiée cette fois à son oncle ou ce chorus d’un autre monde mêlé de percussions à la façon d’un Mingus, d’une profondeur très émouvante dans le « Steeplechase » de Charlie Parker vont même arriver à nous surprendre encore. Les réactions du public très averti pour la plupart sont révélatrices.

C’est ce qui est bien avec le jazz quand un concert comme celui-ci, tout simple (!) sans tapage, purement acoustique, arrive à vous procurer de fortes émotions.

On sent même parfois le jeune Laurent au spectacle. Philippe Gaubert n’a pas la tâche facile ce soir, lui le puissant batteur il doit aussi rester au service des autres pour leur tisser un tapis de percussions adapté. Baguettes, balais, mailloches tout va y passer pour construire une ambiance rythmique impeccable.

Avec un telle trio Laurent est en confiance et aussi bien dans ses compos que dans les standards (« Nardis » de Miles, « Beatrice » de Sam Rivers…) il fait chanter son alto blanc – ça va avec tout – ose prendre des risques, qui d’après les mimiques que fait Olivier le surprennent parfois. Encore un peu de timidité dans ses présentations mais qui disparaissent vite bec en bouche. Un musicien qui monte c’est sûr.

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Un tout jeune de 19 ans viendra rejoindre avec succès le quartet avec sa trompette, Vincent Gaubert, le fils, sur « Well You Needn’t » de Monk. Festival de chorus pour tous sur ce dernier titre, super. Un autre Gaubert est là aussi mais avec ses 13 ans n’ose pas sortir son sax.

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Mais dans le jazz ce n’est jamais fini et c’est Iano Anselmo qui prendra les baguettes pour un bonus en trio piano contrebasse batterie.Un excellent choix que d’être venu ici alors que la programmation musicale et particulièrement jazz dans les environs était ce soir très riche. Choisir c’est renoncer dit-on, mais là vraiment aucun regrets !

Et demain la journée va être riche et longue avec le Jazz Day #2 à Saint Macaire mais ça on vous en reparlera dans la Gazette Bleue de juillet, patience !

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C’est bon vous avez noté, il s ‘appelle Laurent Robino.

La Gazette Bleue N° 20 vient de sortir ! Bonne année 2017 !

Bonjour !

Voici la Gazette Bleue N°20 • Janvier 2017

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Bonne année 2017 ! De la part de toute la rédaction, avec le n° 20 de notre Gazette bleue, un spécial Alex Golino, et bien d’autres artistes, et toutes nos rubriques habituelles.

Bonnes lectures !

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Hommage à Blue Note par Roger Biwandu quintet.

par Philippe Desmond, photos Rémy Dugoua

L’Apollo de Bordeaux, le 16/11/2016

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Un concert dédié au label Blue Note, Action Jazz dont le logo est une note bleue ne pouvait pas le manquer ; remarquez que les cartes blanches à l’Apollo, personnellement je n’en ai pas raté beaucoup. Ces cartes blanches elles sont depuis toujours (1997 !) dans les mains de Roger Biwandu, dans des registres divers, de la pop à la soul en passant ce soir par le jazz, du vrai, du bon, du bop.

Hommage donc au label historique du jazz, Blue Note le bien nommé. Fondé aux USA en 1939 par Alfred Lion et Max Margulis, ce label a vu passer tous les plus grands du jazz. Un peu en déclin dans les 70’s il a bien redémarré dans les 80’s et d’ailleurs ce soir une de ses artistes emblématiques actuelles se produisait à Bordeaux : Norah Jones chantait en effet au Femina pour un concert complet depuis des lustres. Amateurs de jazz ou de star system ? Réponse dans la chronique à paraître en suivant.

Et bien nous, nous étions à l’Apollo avec Roger Biwandu (batterie), Alex Golino (sax ténor), Mickaël Chevalier (bugle), Hervé Saint-Guirons (piano électrique) et Olivier Gatto (contrebasse) et nous n’avons pas regretté. Un Apollo confortable ce soir, du monde mais pas cette foule oppressante de certains soirs, des conditions idéales pour se régaler en musique…et au bar qui pour une fois est accessible !

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« Driftin’ » d’Herbie Hancock ouvre le concert sur un bon tempo, gai et enlevé. De la musique classique presque, 1962 pensez donc ! Mais toujours aussi moderne. Ce qu’il a de remarquable dans ces cartes blanches c’est que tout se passe quasiment sans répétition, chacun « faisant ses devoirs » (dixit Roger) dans son coin pour le soir du concert venu s’accorder avec ses partenaires. Ça tourne rond dès le départ. Il faut dire que les musiciens présents ne sont pas là par hasard, Roger Biwandu ne prenant jamais de risque, vu l’exercice, et s’entourant toujours des meilleurs pour le type de musique choisi.

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« Hocus Pocus » ensuite, de Lee Morgan avec Mickaël Chevalier dans le rôle du trompettiste, mais au bugle, instrument qu’il ne quittera pas de la soirée. Il me dira le préférer de plus en plus à la trompette pour la suavité du son. Il vient même d’en commander un tout neuf. Chacun prend sa part du morceau, les chorus s’enchaînent naturellement, pas de démonstration, de la musique tout simplement.

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Le très alerte et mélodieux « Una Mas » – vous connaissez tous – de Kenny Dorham – vous connaissez moins – arrive ensuite et s’étire au gré des chorus, piano très délicat d’Hervé, sax volubile mais pas trop d’Alex, liberté du bugle de Mickaël, rythmique nuancée mais solide d’Olivier, batterie créative et sans cesse différente de Roger, du jazz quoi.

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« Fee Fi Fo Fum » de Wayne Shorter, issu du magnifique album « Speak No Evil » radoucit l’atmosphère avant le sprint de « Moment’s Notice » de John Coltrane. Superbe.

Une pause pour faire tourner encore plus le bar et nous voilà repartis avec Hank Mobley et « Take Your Pick ». Bravo à Roger Biwandu pour le choix des titres et un tour d’horizon quasi complet du catalogue Blue Note dans le style Hard Bop qui le caractérise. « Punjab » de Joe Henderson ensuite, puis le grand classique « Around Midnight » de Monk alors qu’il n’est que 21 heures 30. Magnifique version.

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Arrive un de mes favoris avec « Crisis » de Freddie Hubbard qu’ils vont tordre près d’un quart d’heure avec verve et intensité, proposant chacun des chorus percutants. Ce titre est d’une tension qui ne vous lâche pas, excellent choix. « The Kicker » d’Horace Silver et, enfin, le solo de batterie de Roger attendu toute la soirée. Ce soir je l’ai senti sérieux, impliqué, concentré, cette musique, parmi toute celles qu’il aime, c’est quand même sa favorite et il ne voulait certainement pas décevoir ; opération réussie et quand il se lâche Biwandu devient Triwandu.

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Roger annonce que c’est la fin du concert mais il reste encore un peu de temps avant le couperet de 22 heures, strictement respecté en ce lieu, ce que nous appelons musique devenant, passé cette heure, tapage pour le voisinage. Alors allons-y pour un rappel avec le standard « Moanin’ » de Bobby Timmons écrit pour Art Blakey et ses Messengers. Intemporel.

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Quand après le concert je demande à Mickaël Chevalier pourquoi il n’a joué que du bugle la réponse arrive « depuis les élections aux USA, no more Trumpet » avant de m’en donner la raison musicale évoquée plus haut.

Encore une soirée de grande qualité, amicale en plus, dans un Apollo rénové magnifiquement. Prochaine carte blanche le 21 décembre dans un tout autre registre, un hommage à Bambi…

 

Alex Golino : hommage à Hank Mobley

par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

La Belle Lurette, Saint-Macaire le 22 octobre 2016.

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Il y a bien longtemps que je n’étais pas allé à la Belle Lurette la bien nommée. Exactement depuis le 30 avril dernier pour l’International Jazz Day ; et oui en Anglais dans le texte, Saint-Macaire n’a t-elle pas été sous protectorat anglais au Moyen-Age !

Après un break cet été le Collectif Caravan a donc repris ses activités en association avec cet endroit depuis le début de l’automne et ça nous manquait. La première jam, début octobre – chaque premier dimanche du mois de 17 heures à 19 heures – a ouvert la saison de jazz et d’autres concerts, de rock ou de chanson française ont déjà eu lieu. Pierre et Sylvain qui ont repris l’établissement en 2011 sont de grands amateurs de musique et bien heureusement nous font partager leur passion (lire la Gazette Bleue #17).

Ce soir l’invité est Alex Golino, le saxophoniste ténor Italo-Gréco-Bordelais, un invité de marque tellement son talent est grand. La formation avec qui il joue est le trio habituel composé de Thomas Bercy au piano, Jonathan Hédeline à la contrebasse et un « petit nouveau », Alban Mourgues aux baguettes. Ce dernier, longtemps élève du maître de la batterie Charles « Lolo » Bellonzi, fait partie des batteurs qui montent qui montent et c’est une chance de le voir souvent désormais dans le coin, lui qui n’habite pas la région mais Poitiers. Ah oui au fait Poitiers c’est la Région maintenant !

Mai ce soir la vedette c’est Alex Golino qui a décidé de rendre hommage à un de ses collègues saxophonistes, pas forcément celui dont le nom vous vient de suite en tête, mais qui a pourtant laissé une belle trace en tant que leader (une trentaine d’albums) ou comme sideman (Jazz Messengers, Donald Byrd, Miles Davis, Dizzie Gillespie…) ; il s’agit d’Hank Mobley, compositeur très prolixe dans les années 50-60. Alex joue justement dans ce même registre, c’est un bopper, un hard bopper mais tout comme Hank, il excelle en Bossa Nova.

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« A Baptist Beat », un Gospel, lance la soirée, avec de suite swing et chaleur. Alex démarre dans les graves d’un son moelleux et chaud, le ton est donné il va se lâcher. Car Alex ténor au velouté élégant n’est pas du genre à se mettre en avant et ce soir ça va vraiment faire plaisir de l’écouter totalement libéré. « Recado Bossa Nova » très mélodieux commence classiquement jusqu’au chorus de Thomas Bercy qui le fait exploser. Diabolique, infernal Thomas Bercy comme va le qualifier Alex lors des présentations. Je n’ai pas vérifié mais je doute qu’il n’ait que dix doigts…

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Jonathan fait chanter, voire même danser, sa contrebasse, ce qui n’est jamais une mince affaire et on découvre Alban au drumming complet et inspiré . Dans la ballade suivante « Darn That Dream » il se fait tout en discrétion et légèreté tout comme ses deux collègues alors qu’Alex nous caresse voluptueusement de son sax. Un régal.

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La Belle Lurette est pleine à craquer, toutes générations confondues avec même des enfants en bas âge, la bonne humeur est palpable, un vrai club de jazz, animé, vivant, à l’écoute, ou pas, on s’y sent bien.

Quelques mots sur la magnifique exposition des dessins de Cyril Pi-R représentant des portraits de musiciens célèbres ; elle est visible à la Belle Lurette jusqu’au 5 décembre.

Le plus dynamique « The Morning After » nous prouve qu’Alex Golino est du matin car il s’y fait très volubile ; Jonathan nous la fait presque guitar hero soutenu par le chabada d’Alban avant que le pianiste fou ne nous éclabousse de notes bleues. « The Morning After » on peut parfois être déçu… mais pas cette fois, quel bonheur !

« Avila and Tequila » nous montre l’étendue du registre d’Hank Mobley, ce hard bop mélodieux et dynamique caractéristique de cette époque.

La pause est bienvenue, il règne une chaleur tropicale dans le bar et les musiciens ont déjà bien travaillé. La sono bar diffuse le « Funky Blues » de Charlie Parker, on est entre de bonnes mains. C’est l’occasion de faire connaissance avec Alban qui n’est pas là par hasard ayant maintes fois joué avec Thomas Bercy, et même avec Alex. Alors que parfois certains se plaignent que le jazz sommeille à Bordeaux, Alban nous remet les idées en place en parlant du désert musical de Poitiers…

 

Hank Mobley a collaboré avec Miles notamment sur le premier thème du second set « One Day My Prince Will Come » que les enfants présents n’ont pas forcément identifié comme étant issu de « Blanche Neige ». Belle version.

« Funk and Deep Freeze », « Chain Reaction » nous propulsent gaiement vers la fin du concert. Gros swing pour le rappel, certaines dansent, les chorus continuent, on y passerait la nuit. Alex Golino a fait plus qu’honneur à son invitation, bien mis en avant ce soir il a pu faire admirer toute sa palette et pour sûr qu’on le reverra dans les parages. Pour couronner cette belle soirée j’ai même la chance de débriefer le concert avec lui en le ramenant à Bordeaux car il était venu ici non avec le A train mais le 17h52.

Epilogue : cette fin de semaine est un très spéciale pour Jonathan Hédeline qui après cinq ans et de multiples démarches vient d’obtenir son statut d’intermittent. Ses collègues lui ont offert pour l’occasion sa photo prise par Alain Pelletier  et qui faisait partie de la magnifique exposition des photographes d’Action Jazz au printemps ici à Saint Macaire. Pas peu fier Jonathan !

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Du Quartier Libre au Chat qui Pêche. Bordeaux 03 juin 2016

Par Dom Imonk

 

Capucine Quartet

Capucine Quartet

En quelques mois, le Quartier Libre est devenu un lieu incontournable des nuits Bordelaises, en accordant certains soirs une attention particulière au jeune jazz émergeant de la Cité. En effet, beaucoup de nouveaux talents, dont une majorité formée au Conservatoire tout proche, viennent y jammer tous les mercredis, à partir de 18h, et c’est l’occasion de les découvrir, dans ce lieu que peu à peu ils s’approprient, pour notre plus grand plaisir. Grâce en soit rendue aux clairvoyants programmateurs. Mais il n’y a pas que le mercredi qu’on y festoie, pour preuve, vendredi dernier se produisait « Capucine Quartet », un tout nouveau groupe formé de quatre jeunes et talentueux musiciens du cru, qui sont venus raconter leur histoire en quelques thèmes bien inspirés, et joliment tournés. L’écriture, c’est surtout le fait de Thomas Gaucher (guitare) et de Felix Robin (vibraphone) mais, à ce qu’ils nous ont confié, cela devient vite affaire commune, en partage d’idées avec Louis Laville (contrebasse) et Thomas Galvan (batterie). Thomas Gaucher nous cite ses riches influences, de Grant Green à Lage Lund, en passant par Kurt Rosenwinkel, et on en retrouve quelques sucs dans son jeu agile, au boisé élégant, tout en restant sobre et roots dans ses effets et ses sons. Il y a une réelle complicité entre tous, et en particulier avec Felix Robin qui, d’une belle envolée, a ouvert « Intership », l’un des titres phare du quartet. Grâce, fluidité et couleurs marquent son jeu déjà bien assuré, sur un magnifique Bergerault, et fondent une vraie alliance avec le guitariste. L’autre moitié du groupe est indispensable. Une rythmique solide et inventive, qui charpente à ravir ce jazz frais et acidulé, par les lignes de basse sobres et efficaces de Louis Laville, se partageant entre walkings effrénés mais domptés et chorus volubiles, et par le subtil drumming de Thomas Galvan, dont on retrouve avec plaisir le tact et la délicatesse sur les balades, aux balais et dans quelques bruissements coloristes, mais qui se révèle redoutable s’il s’agit de grossir le trait et d’initier un puissant pouls binaire, quand le ciel du tempo s’obscurcit. D’autres compositions comme « Armand », « Journal du Dimanche », « Casa Pino »et les standards « If I should lose you » (Robin/Rainger) ou « Pent-Up house » (Rollins), achèvent de nous convaincre qu’il faudra suivre de près ce « Capucine quartet », dont on se régalera des floraisons futures !

La Jam du Quartier Libre

La Jam du Quartier Libre

Et comme toujours au Quartier Libre, après une pause houblon bien rafraîchissante, voici venu le moment tant attendu : une jam libre et délurée, et de celle-ci, on se souviendra. Alexis Valet, figure marquante de ces lieux (et de quelques autres…) et musicien très pointu, s’empare du vibraphone, dont il semble jouer à quatre mains, et c’est reparti ! On rappelle que son sextet a remporté le Prix du Jury du Tremplin Action Jazz 2016, et qu’on retrouvera cette vive formation à Quinsac, le dimanche 12 juin à 13h30 Place de l’Église, dans le cadre du Festival Jazz360. La fête a donc repris, en un bien joyeux festival où se succèderont Louis Gachet à la trompette, Alexandre Aguilera à la flûte, Alexandre Priam-Doizy à la basse, Nicolas Girardi puis Yoan Dupuy à la batterie, Charlotte Desbondant et Émeline Marcon au chant, ainsi qu’un grand gaillard à l’accordéon. L’un des doigts de Jonathan Bergeron n’étant pas disponible pour jouer du sax, celui-ci nous a quand même offert en final un scat d’anthologie, qu’on n’est pas prêt d’oublier ! Soirée bouillante, finie sur les chapeaux de roue, on en redemande ! Il faut vraiment assister à de tels concerts dès qu’on le peut, venir voir ces jeunes musiciens, discuter avec eux, être présent et les encourager. Il y a de la vie pour un jazz tous âges dans la nuit Bordelaise, il faut bien la pister, elle serpente un peu partout. Preuve en est que, sur les conseils d’un avisé camarade, nous nous sommes ensuite retrouvés à cinq minutes de là, au Chat qui Pêche, pour un autre superbe concert…

http://capucinequartet.wix.com/jazz

http://quartierlibrebordeaux.com/v1/

Alex Golino Quartet

Alex Golino Quartet

Il est presque minuit, rien de mieux que les choses imprévues même s’il se fait tard. Nous voilà donc arrivés au Chat Qui Pêche, cercle associatif qui, une bonne partie de l’année, propose des artistes de diverses tendances, dont celle du jazz. Thomas Saunier, responsable du lieu, nous accueille chaleureusement, pour l’un des derniers concerts de la saison, la programmation devant reprendre en septembre. Ce soir, c’est le quartet du grand Alex Golino qui se produit. Muni de son imposant saxophone ténor, il va nous faire rêver, accompagné de trois superbes pointures : Hervé Saint-Guirons à l’orgue électronique, Didier Ottaviani à la batterie et Yann Pénichou à la guitare. Le concert est à peine commencé et l’on admire le cadre de ce lieu, à la touche kitsch intemporelle qui ravive les mémoires, comme cette affiche du festival Sigma 1985. On s’assoie dans de profonds canapés un peu usés, ou sur des chaises au bar, on est bien calé, et en position idéale pour l’écoute. La musique flotte tel un nuage ensoleillé et les envolées d’Alex Golino soufflent des brises d’été dont la grâce et la volupté sont d’une classe assez irrésistible. Son jeu subtil et patiné nous envoute. Les thèmes abordés sont variés et mettent quelques glorieux aînés à l’honneur. On fond à l’écoute des « Corcovado », « Wave » et autre « O grande amor » de Jobim, qui placent notre saxophoniste à de limpides altitudes, jadis fréquentées par Stan Getz et Joe Henderson, quoiqu’on puisse parfois penser à un Harold Land. Le groove a aussi marqué cette intime soirée, le public arrivant petit à petit en quête d’after hours. Ainsi, quelques perles de Kenny Burrell, mais aussi de Wes Montgomery, sont  venues à point nommé souligner la belle inspiration du jeu précis et expert d’Hervé Saint-Guirons et de Yann Pénichou, deux associés défenseurs du son vintage, pur et sans fard, qui vénèrent ces artistes et n’ont pas hésité à prêter leur âme à ce fin répertoire. Rappelons que l’an dernier, nos deux compères s’étaient retrouvés sur le superbe « Up & Down » du Yann Pénichou Organ Trio. Tout le monde s’est donc visiblement régalé de « Far Wes », « SOS » et du mélancolique « West Coast Blues » de Wes Montgomery, mais aussi de thèmes plus classiques tels que  « Kenny’s sound » et « Chtilin’s con carne » de Kenny Burrell. Autre artisan du son du quartet, Didier Ottaviani, qui est probablement l’un des batteurs les plus passionnants qui soient, car une élégance naturelle se retrouve en tous points et coins de son jeu. Chez lui, tout est affaire de couleurs savamment dosées, de scintillements qui luisent plus qu’ils n’éblouissent,  ses roulements, attaques et breaks d’une délicate précision, effleurent à baguettes retirées dès l’impact, en faisant danser les sons, avec légèreté et en douce vélocité. Au cours des deux sets, comme pour adoucir un peu plus l’atmosphère, le groupe nous a aussi joué quelques autres pépites, gorgées de feeling, parmi lesquelles « Invitation » (Kaper/Washington) et « Love letters » (Victor Young), histoire de jouer les chats, avec nous les souris, et de pêcher l’envie de bien vite les retrouver.

http://chatquipeche.niceboard.com/

Tribute to Miles Davis ; Roger Biwandu Sextet

Par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

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Miles Davis, au delà de l’extraordinaire musicien, n’était pas un homme facile, pas le genre à qui on tape sur le ventre. Depuis bientôt 25 ans qu’il a quitté ce monde je le soupçonne, depuis là où il se trouve, de toujours se comporter comme le dieu qu’il a été. Ce mercredi par exemple il a bien tenté de torpiller l’hommage qui allait lui être rendu. L’énorme averse qu’il nous a envoyée dessus au moment de nous rendre à l’Apollo n’avait elle pas pour but de nous couper l’envie d’y venir ? Raté. Alors n’est il pas à l’origine de l’énorme embouteillage qui a quasiment paralysé Bordeaux juste après ? Encore raté, l’Apollo s’est rempli et drôlement même ! Mais le coup le plus rude avait été porté en début d’après-midi quand le Miles bordelais, Freddy Buzon, avait dû déclarer forfait pour un petit problème de santé  tout ça certainement par une intervention divine du vrai Miles… Pensez donc, le trompettiste KO juste avant le concert, la concurrence écartée, c’était le coup de grâce !

« Allo Mickaël, c’est Rodge, tu fais quoi ce soir ? Non non tu ne gardes pas les enfants, on a besoin de toi, juste un peu, à l’Apollo » Et c’est comme ça qu’au pied levé le trompettiste Mickaël Chevalier s’est retrouvé leader du sextet le soir même ! Un trompettiste fan de Freddie (Hubbard) qui pour un concert de Miles remplace un Freddy, le Miles bordelais, de quoi s’y perdre.

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Avec lui le chef de projet, à la batterie, Roger Biwandu, Olivier Gatto à la contrebasse, Francis Fontès au piano, Alex Golino au sax ténor et Jean-Christophe Jacques au sax alto. Que des très bons !

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L’Apollo est blindé – 500 personnes selon les syndicats, 1000 selon la police – quand débute le concert avec le fringuant « Milestone » ; ça sonne de suite parfaitement, Jean-Christophe endossant le costume de Cannonball Adderley. On reste à la fin des 50’s avec « Freddie Freeloader » (Freddie le pique-assiette) du magique et monumental album « Kind of Blues » ; le sextet est exactement la réplique de l’original, Davis, Adderley, Coltrane, Kelly, Chambers et Cobb. C’est du sur mesure. Puis « Two Bass Hit » et le joyau « So What » que le sextet va faire briller jusqu’à l’éblouissement. Le chorus d’Olivier Gatto, particulièrement en verve ce soir, réussit par son originalité initiale à faire taire l’assistance, pour ensuite revenir des profondeurs, se rapprocher tout doucement du thème et le relancer. Magnifique. Nous voilà propulsés en 1968 avec « Pinochio » et Miles, Herbie, Wayne, Ron, Tony sont là sous nos yeux et dans nos oreilles. Quelle qualité musicale et si proche de nous !

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La pause est bienvenue pour décompresser les corps. Chapeau Mickaël belle suppléance ! « Facile ce sont des standards » ose-t-il me dire ! Personnellement ça me fascine cette capacité des jazzmen – les très bons – à s’adapter ainsi. Ces standards justement pour qui certains font la fine bouche, les mêmes peut-être qui vont aller écouter du Mozart ou du Beethoven ; c’est pas des standards peut-être ça ? Et en plus avec le jazz les standards sont constamment revisités, tordus, interprétés et ainsi toujours nouveaux. Alors vive les standards !

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Ça repart avec « Straight No Chaser » de Monk repris sur l’album « Milestone », « ESP » et « Nefertiti ». Mickaël Chevalier est libéré et fait plus qu’honneur à sa sélection tardive, une prouesse. Jean-Christophe Jacques joue de mieux en mieux, cantonné à l’alto ce soir il en tire le meilleur, quant à Alex Golino toujours aussi imperturbable il nous entraîne loin lui aussi dans ses chorus.

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Parlons de la section rythmique ; mon dieu quelle claque ! La contrebasse gigantesque d’Olivier Gatto -on s’en faisait tous la remarque – le drumming hyper actif, créatif, impulsif de Roger Biwandu, les doigts de magiciens et le groove de Francis Fontès sur le clavier – tout neuf – quelle qualité. Leurs joutes triangulaires faisaient même l’admiration des trois compères soufflants.

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Pour finir « All Blues » un autre joyau de la couronne. Dans le public, tous KO debout.

Là-haut il paraît que Miles a fini par lâcher du bout des lèvres « Good job men » c’est vous dire !

Alex Golino 4tet au Siman : so cool !

par Philippe Desmond, photos David Bert.

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L’ambiance générale est pesante en ce moment, la musique heureusement est là pour nous apporter ces moments de bonheur comme ce soir au Siman Jazz Club de Bordeaux Bastide.

En surplomb de la Garonne devant ce décor que des milliers de touristes viennent de plus en plus découvrir et dont nous ne nous lassons jamais se prépare le concert du soir avec le Alex Golino Quartet.

Beaucoup d’habitués, d’amis ont répondu à l’appel car ils savent qu’avec les quatre compères présents ils vont passer une belle soirée. Le rendez-vous musical du mercredi au Siman est désormais bien installé, merci à ses organisateurs.

Alex Golino avec son sax ténor patiné un peu vintage est le leader du jour ; le saxophoniste italo-grec installé depuis longtemps à Bordeaux en est une figure majeure de la scène jazz ; son talent, son velouté et sa gentillesse sont unanimement appréciés. Mais j’en soupçonne certains de se rapprocher de lui pour qu’il leur présente sa sœur Valeria, la belle actrice de cinéma…

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Hervé Saint-Guirons est venu avec les inséparables Mojo et Leslie, son orgue et sa cabine d’amplification ; bon choix pour ce set que d’associer la chaleur douce du clavier et des basses profondes de cet instrument au velours du sax d’Alex. Il sait aussi faire le faire crier lors de chorus tonituants.

A la batterie une autre pointure en la personne de Didier Ottaviani ; que ceux qui pensent que cet instrument ne sert qu’à marquer le tempo aillent l’écouter, ils comprendront vite que cela est très réducteur car en réalité Didier joue de la musique avec ses baguettes et ses pieds. Finesse, art du contretemps, du décalage, du silence, caresses des peaux et des cymbales il est un spectacle à lui seul.

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Yann Pénichou, autre pilier de la scène, est ce soir particulièrement en verve avec sa guitare. Il faut dire que le répertoire choisi par Alex fait la part belle au guitariste Wes Montgomery à qui il va rendre ainsi un hommage confraternel appuyé. De long chorus pleins de verve et de sensibilité vont ainsi nous être offerts.

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On sent que les gaillards se connaissent par cœur car la cohésion est manifeste, pas besoin de grands signes, tout s’enchaîne naturellement, des blues les plus rapides aux ballades langoureusement soufflées par Alex en passant par quelle délices de bossa nova.

Tantôt dans le rôle de Stan Getz ou de Johnny Griffin, Alex, tout en sensibilité, va nous enrober de sa sonorité chaleureuse. Du cool jazz, idéal pour le lieu et le moment. Certains diront des standards encore, ceux là ignorent que les standards sont des (belles) bases pour faire de la musique vivante et créative, le mot interprétation prenant ici tout son sens. En jazz rien n’est jamais pareil.

A l’invitation d’Alex, le trompettiste Mathieu Tarot vient se joindre au groupe pour un très beau final, très beau oui mais malheureusement final ! On étirerait la soirée encore longtemps avec cette musique et cette perspective sur la façade fabuleuse des quais rive-gauche mais nous ne sommes que mercredi…

http://www.siman-bordeaux.com/events/

 

Roger Biwandu sextet « Tribute to Art Blakey »

Par Philippe Desmond.

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La vie de chroniqueur est parfois déchirante ; ce mercredi soir l’offre jazz bordelaise est pléthorique et de qualité partout. Au Siman le Philippe Bayle Trio, au Caillou le tromboniste Pierre Guicquéro en quartet et à l’Apollo un « Tribute to Art Blakey », que dis-je, pas un mais LE « Tribute to Art Blakey » déjà vu plusieurs fois… Justement à chaque fois ce fut grandiose, alors allons-y pour une cuillerée de plus !

La dernière fois c’était l’été dernier au festival de Saint-Emilion devant un millier de personnes et un concert éblouissant, ce soir c’est dans un petit bar devant dix mille personnes au moins tant il y a de monde ! Et vraiment beaucoup de jeunes – non pas moi – ce qui fait grand plaisir. Un seul bémol aucun de nos photographes d’Action Jazz n’est présent, ils sont déployés sur les autres lieux, d’où une photo à la biscotte d’une qualité à des années lumières de celle du concert.

Petit changement par rapport au sextet habituel de ce tribute, l’absence de Shekinah Rodz en repos forcé, suppléée au sax alto par un remplaçant de luxe, Jean-Christophe Jacques que l’on a peu l’habitude d’entendre avec cet instrument. Sinon autour de Roger Biwandu (dr) l’initiateur du projet on retrouve Olivier Gatto (cb et direction musicale), Francis Fontès (p), Alex Golino (st), Laurent Agnès (tr) et Sébastien Iep Arruti (tb), la fine fleur bordelaise, nos Jazz Messengers à nous.

On commence « en douceur » alors que la salle est déjà bondée par « On the Ginza ». On va déjà passer tout le personnel en revue et on sent que la soirée va être chaude ; ils ont autant envie de jouer que nous de les écouter. Roger a dû les faire bosser pas mal car tout est de suite en place sur cette musique d’Art Blakey, ce jazz puissant bâti sur une rythmique forte et bien sûr une batterie centrale omniprésente. Roger avec ce répertoire donne vraiment toute la mesure de son talent et il en a l’animal.

Puis vient un « Feeling Good » de circonstance, « Falling in Love With Love », « Eighty One » (de Miles non?) et « Oh by the Way ». Je dirai plusieurs fois dans la soirée qu’en écoutant cette musique avec ses changements de cadence, ses fulgurances et ce côté cool parfois, je m’imagine au volant d’une décapotable américaine des 60’s, le bras sur la portière, passant des petites routes de corniche aux grands boulevards d’un grand coup d’overdrive ; je ne dis pas qui m’accompagne…

Tout le long de ce premier set les musiciens vont nous proposer un festival de chorus. La section de cuivres est étincelante, époussoufflante dira Benjamin.

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Alex avec sa discrétion scénique habituelle, endosse les habits de Wayne sans aucun complexe à avoir, il est toujours juste dans ses interventions.

Laurent va prendre des risques payants sans aucun artifice à sa trompette, il est remarquable.

Jean-Christophe se surprend lui-même à l’alto et nous offre des chorus mélodieux d’un grand dynamisme.

Sébastien, à deux doigts d’éborgner avec sa coulisse le public du premier rang qui a trouvé refuge au pied des musiciens, se joue de cet instrument rebelle qu’est le trombone avec une virtuosité extraordinaire.

Au piano Francis , qui ne regardera pas ses doigts de la soirée toujours à croiser le regard de ses collègues, va nous en mettre partout comme à chaque fois, son « piano » Casio vivant certainement sa dernière soirée vu ses quelques défaillances techniques d’hier.

A la colonne vertébrale Olivier toujours studieux et appliqué – il répétera seul dans son coin juste avant le concert – va nous enchanter de cette ligne de basse dynamique et changeante assez caractéristique de la musique d’Art Blakey.

Quant à Roger, le patron, particulièrement à son aise dans ce répertoire – comme dans les autres d’ailleurs – il va notamment nous gratifier d’un superbe solo très créatif dans un tempo soutenu et de quelques fantaisies comme des décalages osés et décapants.

Après la pause méritée et rafraîchissante on repart avec « Free for All » puis ma préférée « Crisis » étirée avec bonheur pendant de longues minutes grâce – et non pas à cause – aux chorus énergiques des uns et des autres . Splendide.

« One by One », « Little Man » et bien sûr « Moanin’ » que tout le monde attend pour le dessert. Ce dessert on en reprendrait bien avec « Blue March » par exemple mais il est déjà (!!!) 22 heures et ici l’heure c’est l’heure, les voisins ont déjà la main sur le téléphone pour prévenir la police !

Un plaisir visible de jouer et un plaisir partagé de les  entendre dans un Apollo survolté. On vient de passer une soirée digne certainement des nuits de folie dans les caves de Saint-Germain des Près à l’époque folle des 50’s ; non là pour une fois j’étais trop jeune pour l’avoir vécu. Virginie me fait remarquer le nombre de musiciens présents dans la salle et me présente ceux que je ne connais pas encore ; une telle présence c’est bon signe en général.

La musique, les amis, what else ?

AOC & Friends au Caillou

 

 

 

Par Philippe Desmond

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Grosse ambiance ce vendredi soir au Caillou avec la venue d’une bande de (vieux) potes réunis sous la bannière « AOC » pour la sortie de leur disque « OLD FOLKS » qui est, je cite, la concrétisation de longues années d’amitié et de passion commune pour la musique de jazz.

Autour du pianiste et accordeur girondin Bernard Faulon exilé à Meudon – et oui il n’est autre que le patron fondateur du célèbre studio de Meudon qui a enregistré les plus grands artistes de jazz ou de variété – le guitariste bordelais, ancien prof à la fac, Jacques Raymond, le batteur Eymerie Adam un habitué à l’époque du mythique Jimmy de la rue de Madrid et l’autre guitariste  Ludo Guichard officiant ce soir à la basse électrique.

Le Caillou est plein comme un œuf, il déborde même, des tentes ayant été rajoutées pour permettre à tous de se restaurer et encore il n’y aura pas de place pour tout le monde. Les lascars ne sont pas venus seuls, leurs amis bordelais sont là et l’ambiance est chaleureuse. On le sait tous déjà, le jazz c’est gai ! Bon d’accord, pas toujours.

Après les présentations le groupe attaque le répertoire de son dernier – et premier – album au titre éloquent « Old Folks ». Des compositions originales de  Jacques Raymond de très bonne facture, du bop, du swing avec lesquelles nos « vieux gars » régalent musicalement l’assistance déjà affairée bruyamment à se régaler de ses assiettes. Une première partie agréable qu’on ne voit pas passer.

Pour la seconde partie un bœuf est annoncé, pas à la broche mais sur la pseudo scène. En effet quelques musiciens bien connus des bordelais traînent par là. Alex Golino et son sax, Laurent Maur et son harmonica, Philippe Gaubert bien sûr avec ses baguettes. Depuis un moment Francis Fontès discute comme par hasard avec un ami qui dîne juste à côté du piano. Un trombone à pistons attend depuis le début sur son râtelier que son propriétaire le réveille ; c’est Patrick Dubois figure historique du jazz bordelais ( merci OG). Et le miracle de la jam va se renouveler, entassé les uns à côté des autres tout ce joli monde va éblouir le Caillou dans un beau moment de jazz. Entre autres « Recorda Me » de Joe Hendersson, « Bluesette » de Toots Thielemans et bien d’autres standards.

Très sympa cette soirée vraiment et un plaisir de voir autant de monde.

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D’autres soirées prometteuses sont annoncées en ce lieu, notamment ce soir avec le phénoménal Tom Ibarra ; programme au : http://lecaillou-bordeaux.com/jazzATcaillou/jazz-a-bordeaux/festival-jazzatbotanic/