Alexis Valet in Bordeaux, Février 2017

Par Dom Imonk, photos Alain Pelletier (Quartier Libre) Thierry Dubuc (Club House) Dom (Caillou)

 

Ça faisait belle lurette qu’Alexis Valet n’était pas revenu taquiner les marteaux de son vibraphone Musser dans le 3.3, et il nous manquait beaucoup ! A ses amis musiciens d’abord, puis à nous, ses addicts, son public, lui qui avait éberlué le jury du Tremplin Action Jazz 2016 avec son sextet, et en chopa tranquille le grand prix. Le Festival Jazz 360 ne s’y trompa pas en juin dernier, en le programmant dans la foulée à Quinsac, et le festival de jazz d’Andernos non plus, le mois suivant. Et puis nous l’attendons de pied ferme à Beautiran, en juin prochain, dans le cadre du Jazz & Blues Festival, et en divers autres projets, mais chut, on vous dira tout au moment voulu.

La mini tournée a débuté au Caillou du Jardin Botanique, par une invitation le 09 février du pianiste Thomas Bercy, et son trio, dont on connait les doigts fort inspirés et l’amour qu’il porte à McCoy Tyner, auquel il dédie une nouvelle fois son concert. Accompagné de Jonathan Hedeline et de Philippe Gaubert, Alexis Valet est invité à les rejoindre pour cet étourdissant hommage. C’est irrésistible, le jeu collectif est ample et s’illumine de ces cieux bleutés, au charme desquels les late sixties succombèrent. Liberté, lyrisme tynérien, tatoué Trane. Alexis part en des flow aériens lumineux, soutenus par  Jonathan Hedeline qui raffole de ces riffs répétitifs qui bâtissent une hypnose boisée. Philippe Gaubert est le batteur de la situation, Puissant, brut d’âme, un peu comme Elvin.  Thomas Bercy, veille, drive, et tague de couleurs indélébiles de beauté les thèmes joués, sur les dents d’ivoires qu’il dompte. On est sous le charme.

Dès le lendemain, nous voici partis pas très loin, au Club House (ex Comptoir du Jazz), un lieu qui est friand de tous genres de musiques bien câblées, et en particulier de new-groove. On retrouve ainsi avec joie l’Edmond Bilal Band, toujours formé de Paul Robert (sax elec), Simon Chivallon (claviers), Mathias Monseigne (basse) et Curtis Efoua Ela (batterie). Ce groupe s’est forgé un style bien punchy, qui allie jazz, groove, un soupçon de world, mais aussi une electro savamment dosée. Et ça a fini par payer car leurs concerts sont désormais bondés, vu que tout en restant fidèles à leur ligne originelle, ils la font diablement évoluer, tout en partageant leur expérience, comme ce soir-là avec Alexis Valet, lequel va s’en donner à cœur joie en plongeant direct dans le flux tumultueux de ses hôtes. Ça chauffe sévèrement au Club House, le public est aux anges. Un groupe qui a carrément les bons marteaux pour enfoncer les clowns !

La semaine suivante, notre vibraphoniste ne prend aucun répit, vu que dès le mercredi, on le retrouve à la traditionnelle jam du Quartier Libre, et le lendemain au même endroit avec son quartet : Simon Chivallon (claviers), Gaëtan Diaz (batterie) et Samuel F’Hima (contrebasse). Un set de « mise en place » selon Alexis Valet, mais qui révèle pourtant une grande qualité de jeu, sur des compositions inspirées, genre échappées, où les solistes s’envolent sur un jazz décomplexé, ample et inventif. On a certes ses références, mais on joue hors les chapelles, frais et libre. Les interactions entre les quatre sont agiles et de haute volée, pas besoin de filet, même pas peur du vide. Une vie intense, où l’on s’observe, où tout s’imbrique, se suit, se tient tête un temps ou deux, puis se réconcilie, dans une fluidité de son naturelle. Et c’est là l’une des forces de ce quartet, une harmonie savante, où clavier et vibraphone ondulent et ne font plus qu’un par moment, les deux flottant sur une rythmique souple, précise, et percutante, quand il le faut. Bref, ce quartet est un vrai bonheur et ce concert annonce clairement la couleur de ce qui se jouera le lendemain au Club House, même formation, mais sous le nom de Simon Chivallon Quartet.

Beaucoup de monde, c’est vendredi, et l’on veut du jazz, on n’appelle pas ce lieu « ex Comptoir du Jazz » pour rien ! C’est donc Simon Chivallon qui prend les rênes de ce concert et présente ce qui va se jouer ce soir. Très fin clavier, omniprésent sur la scène parisienne, il dit certes préférer le piano acoustique, mais c’est déjà l’un des maîtres de la jeune génération des claviers électriques, quelle dextérité, quelle sonorité de Rhodes ! Le concert va donc proposer à peu près les mêmes compositions que la veille, quasiment toutes d’Alexis Valet, et quelques reprises arrangées avec humour (ces titres !). Tout semble mieux en place que la veille. Un lieu différent, un public peut-être plus nombreux, et la vivante présence des amis musiciens du cru, dont Thomas Gaucher (Capucine), qui enregistrera le concert. « Hey it’s me you’re talking to” (de Victor Lewis), élégant et disert,  nous met bien en condition,  et les solistes s’enflamment avec grâce. Rythmique de luxe et réactivité au top pour étayer ce joli morceau. “Moustaches à souris” n’en trahit pas la noblesse, et même si d’aucuns pouffent dans la salle à son simple énoncé, cette composition tient fort bien la route et dévore comme un morceau de fromage, l’attention particulière que lui porte le public. Là aussi, interplay, liquidité clavier/vibraphone, walking réfléchi de la basse, drumming articulé et propulseur attentif. Le reste suit avec la même aisance innée, avec un très beau chorus de contrebasse sur « Rikuom » (ne le lisez pas à l’envers !), et Simon et Alexis qui profitent de l’aspiration. Tout ça nous  mène à « Luc », puis au très beau « Tergiversation » (de Gene Perla, version de Warren Wolf) qui clôt le premier set. Démarrage du deuxième set en mode groove acidulé, avec « Funkin dog » un tube d’Alexis Valet qui fait fourmiller les gambettes sur un flow très Herbie & The Headhunters, dont le thème reste rivé à nos mémoires 70sardes. Tout baigne, coucher de soleil sur le pacifique, regards désabusés des palmiers géant du Sunset bvd, sur nos décapotables qui cruisent sur son vieux bitume, chemises à fleurs, autoradio à fond et Ray Ban, bref, on y est ! Même mood avec « 1313 » qui remet le couvert, en plus soft. Magie de cette compo, qu’on verrait bien en bo de thrillers genre Mannix ou Bullitt, impression west coast seventies. C’est fou de savoir écrire des trucs pareils !

Retour à un jazz plus vintage avec l’entrée d’Olivier Gay au buggle pour trois thèmes rondement menés, « Triple chaise » (arrangement du « Steeplechase » de Charlie Parker), thème très développé, chacun y allant de son solo, celui de Gaëtan, scotchés nous fûmes, « Apple Teyron » (hommage à Tom Peyron de l’Isotope trio, dont Olivier est le trompettiste) et enfin un splendide « Beatrice » (Sam Rivers), où Simon Chivallon, emporté par l’émotion, citera même le « Resolution » de Coltrane, avant de refermer ce beau live.

Soirée réellement magique offerte par ce groupe qu’il faudra suivre car il fourmille de projets. Le lendemain, le quartet d’Alex Valet jouait au Baryton à Lanton, et le dimanche à La Belle Lurette à Saint Macaire, autre lieu précieux pour le jazz et par les âmes belles et passionnées qui l’animent. Fin d’un tournée éclair pour Alexis Valet, grandement appréciée, l’homme qui vibre, mais n’est pas aphone, quand il s’agit de jazz. Revenez vite messieurs, we miss you !

Par Dom Imonk, photos Alain Pelletier (Quartier Libre) Thierry Dubuc (Club House) Dom (Caillou)

Daniel Erdmann’s Velvet Revolution Melle 18/02/2017

Par Stéphane Boyancier

La première date de la tournée du projet Velvet Revolution de Daniel Erdmann, accompagné de Théo Ceccaldi (violon et alto) et  Jim Hart (vibraphone),  se jouait à Melle (Deux Sèvres) le samedi 18 février 2017. Ce trio international investit Le Café du Boulevard où l’association Les Arts en Boule organise des concerts jazz ou musiques du monde depuis une quinzaine d’année. C’est un lieu qui pourrait être un compromis entre La Belle Lurette de Saint Macaire pour l’aspect musical et Le Samovar du quartier Saint Michel à Bordeaux pour son côté alternatif et militant. Le lieu n’est pas inconnu pour Daniel Erdmann puisqu’il y a joué avec un autre de ses groupes, à savoir Das Kapital. A noter que l’association organise aussi un festival en juillet sur plusieurs jours.

On mesure la chance que l’on a d’assister à ce concert dans un lieu intime où la convivialité règne, l’assistance est multi-générationnelle, mais à coup sûr passionnée de jazz et de musiques en général. L’écoute de l’album est un mélange de légèreté et de mélancolie et on s’attend à baigner dans cette atmosphère.

Cependant le set commence par une mise en place un peu free jazz des trois compères et l’on voit poindre au bout de quelques minutes le chaleureux son du saxophone de « Les agnettes » (du nom d’une station de métro de la ligne 13 où Daniel Erdmann à l’habitude de descendre lorsqu’il va répéter avec Christophe Marguet). Le groupe nous livre ensuite « A short moment of zero g » nous laissant en apesanteur. Théo Ceccaldi, fidèle à lui-même est totalement habité par son instrument et n’a de cesse de nous amener vers différents paysages, à la fois bucolique lorsqu’il utilise son archet comme sur le titre « Velvet Revolution », ou plus orageux quand il joue de son alto à la façon d’une guitare sur « Infinity Kicks in » allant même jusqu’à casser deux cordes sur quatre. Quant à Jim Hart, il nous offre des sonorités douces grâce à un archet de confection artisanale, fait d’un cintre et de crin tendu entre les deux extrémités, qu’il vient frotter sur les lames de son vibraphone. Le premier set se termine au bout de 45 minutes environ et il est temps pour Théo Ceccaldi de remettre son alto en état pour la suite.

Le second set nous offre pour débuter des sons inédits de vibraphone. En effet, Jim Hart accroche à certaines lames des petites pinces à clips destinées initialement à rassembler des documents entre eux mais qui ici donnent  une résonance particulière à son instrument. De nombreux solos ponctuent le concert laissant découvrir l’univers de chaque membre du trio, déluge de notes cristallines sur « Try to run ». Quant au titre «Les frigos » il laisse Théo Ceccaldi nous envelopper dans une cocon de douceur où vient naître le sax ténor de Daniel Erdmann. L’aspect quelque peu dansant de « Still a rat » donne l’occasion aux musiciens de laisser libre court à leur inspirations et on découvre un Daniel Erdmann qui paraît se déhancher comme Emile Parisien peut le faire lors de ses prestations. Le concert se termine sur le premier titre de l’album « A pair of lost kites hurrying towards heaven » que l’on a bien sûr envie d’écouter en boucle après la prestation de ces trois virtuoses. Ce morceau est d’une légèreté invraisemblable et aussi une sorte de concentré de l’album mais la version live laisse des parties de liberté aux musiciens qui nous donnent envie de les revoir très vite dans leurs projets parallèles.

Les habitants de la région bordelaise pourront  revoir Théo Ceccaldi au Théâtre des Quatre Saisons de Gradignan en avril, ou avec Joëlle Léandre en mai à Toulouse, Daniel Erdmann à Eymet ou à Uzeste avec son groupe Das Kapital… encore de belles soirées en perspective !!

Stéphane Boyancier

Association Les Arts en Boule http://aeb.ouvaton.org/

Le Café du Boulevard www.lecafeduboulevard.com

Daniel Erdmann www.daniel-erdmann.com

Théo Ceccaldi www.tricollectif.fr

Jim Hart www.jimhart.co.uk

ESCAPE LANE [TB#6] Le Rocher 07/02/17

Par Alain Flèche, photos Stéphane Boyancier et Alain Flèche

J’arrive sans à priori, les noms me sont nouveaux,  plutôt intéressé par ce projet transatlantique, présenté par un des fondateurs: Alexandre, en avant concert. Mission de réunir des musiciens cherchant d’ici, de ceux qui perpétuent, en filiation directe, sur le sol des multiples transmigrations, origines de cette musique présente qui nous interpelle aujourd’hui. Alors on s’embarque pour les States. On reçoit des ricains. Et ça tourne ! L’association/collectif « The Bridge » assure ! Dates de concerts, rencontres, échangent, réunions, groupes qui se forment. Ça drop ! Faut pas les quitter des oreilles. Et sont sympas, bien sûr.

Là, pour la destination, ils ont choisi. Chicago. Dans le genre valeurs sures : des élèves de la dernière génération de AACM ! Et là, encore, la magie opère. Rencontres improbables qui se réalisent dans le spontané d’une curiosité bien placée. Avant tout, en même temps que la musique, il s’agit d’une rencontre entre êtres humains. « -vous vous voyez ? -oui. Vous répétez ? Non, on vit ensemble et on joue, sur scène, presque tous les jours » . recherche d’osmose, dans le don, et l’abandon de tous ce qui alourdit et ralentit le moment de fusion de chacun des protagonistes dans : l’ensemble, moment qui n’existe que dans l’instant prolongé de lui-même. Fusionnel … ou pas ! Alors, ça y va, en plein. Tous à poil. Rien d’écrit, rien de figé. Seule préparation de la soirée : « -Tu commences Jeff ? ». Voilà. En route.

Alors Jeff Parker commence, dans un jeu très personnel, qu’ils auront tous ,  quelques réminiscences cependant d’un son ‘ pourri’ de James Blood Ulmer, plus une démarche bruitiste,  héritage de Fred Frith ou Marc Ribot, ou/et Jeff  Lee Jonhson, pour plus d’une note, bleue, sale, seule. Rejoint de Ben Lamar Gay. Il remplace, sur cette tournée, le trompette habituel de cette formation : Marquis Hill, débauché par M.Miller sur une tournée d’un an et demi. Oups. Pardon. Bref, tu vois l’niveau ? Ben Lamar, lui, il ne me boude pas la comparaison que j’ose lui proposer, avec Bowie, Lester. Il a même rigolé. Vidé de la tension soutenue tout le long du set, long, généreux, et unique, pas de rappel. Tout est dit, et bien dit. Musique concentrée sur elle-même et son évolution constante interdépendante des idées émises, ou suggérées par chacun, et  du  public aussi. Le ressenti, le feeling, ça l’fait. La contrebasse de Joachim Florent va permettre de souffler un peu, sur la rondeur d’un walking, certes dé-concertant, mais pas si loin des clous, enfin, un temps, et quelque. Il aime bien aussi s’échapper des codes, espace, temps. Il reste (presque) sage. Il garde la boutique, il redresse quand le vent souffle, juste avant de partir jouer avec les copains,  faire les fous, éclater de rire . Et puis, Denis Fournier, batteur, gérant du binz, et de la situation, play-boy irrésistible, étincelant de finesse, modeleur de constructions basées sur leur propre instabilité, et cette perpétuelle remise en question du prévu ne le laisse jamais au dépourvu, pourtant, et il pourvoit, donc, de son énorme mieux, à accompagner, remplir, s’il faut, pour s’évanouir aussitôt dès qu’il plaira à, lui, à côté, avenir. À devenir, tous les temps, tornade de joie libertaire libératrice, résurgence des urgences de  création ex-nihilo, mais avec d’autres rêveurs fabricants de rêves, ceux qui sont là, et ceux qui sont évoqués. Jamais bien loin de l’ « Art Ensemble » ou de l’ « Etnic ‘ » de Kahul El’ Zabar. Ça sent bon la révolution permanente. Ensemble, chacun, solo, à 2 à 3, tous, selon la nécessité de l’instant : exploration des possibilités. Des cherchants. Denis m’a ému, en tournant la manivelle d’une boite à musique, ouais, avec une telle intensité, émotion, intention me dira-t-il plus tard. Là, on touche quasi au sacré. Si. Rien de trop, rien qui manque. En place. Des potes qui ont des trucs à (se) dire. De très belles choses d’hommes, qui se rencontrent tard le soir… à la Léo. Et des choses de joie de communion. Ce truc de musique qu’ils fabriquent ensemble pour nous tous, ça fait un bonheur qui va nous tenir un moment. Jusqu’au prochain…

Je me rapprochai ensuite de Denis, j’utilise cette source pour beaucoup de mes assertions dans ce billet, on parle de ce projet, d’autres sur le feu par chacun, ça vit, ça bouillonne. J’vous le dit : pas mort le Free ! Il y a encore du monde pour relever le défi. Justement, passe François Corneloup, dans le coup, du moment, papote avec la bande. Des projets aussi, encore, on n’est pas perdus ! François-René Simon, de « Jazz Mag » croise par-là, prend des notes, l’air d’à peine y toucher, bien entendu : L’air du temps qui est là, qu’il fait, et qui passe, pour faire la place, au suivant.

Ben Lamar Gay : cornet, bidouillerie electronics & co

Jeff Parker : guitare électrique

Joachim Florent : contrebasse

Denis Fournier :   batterie, percussions

Par Alain Flèche, photos Stéphane Boyancier et Alain Flèche

https://www.lerocherdepalmer.fr/

 

Dave King Trio, Rocher de Palmer 31/01/17

Par Alain Fleche, photos Thierry Dubuc

Peu de monde dans une petite salle, déjà oublié la prestation du « Bad Plus » le mois dernier ? Avec ce fameux batteur toujours imprévisible ! (malgré sa 50aine d’enregistrements)

Il l’est en réunissant ces 2 compères, pour faire … autre chose.

Quelle grande idée de s’associer au pianiste qui, s’il ne fait de bruit sur la scène internationale, rend inoubliables toutes les séances auxquelles il participe, fusse sous son nom … ici, son petit air de ne pas en avoir, entre repères classiques et éclatement (distingué) des dits repères, il fait merveille, et qui d’autre aurait assumé ce rôle avec autant de naturel légitime ? (ou de légitimité naturelle?) .aussi à l’aise ici qu’avec D. Douglas ou D. Gress, S. Colley …

Entre les 2, en guise de liaison déraisonnable :   Le bassiste ! B. Peterson. Je ne le situais pas, pourtant, B.B.King, et Prince, et d’autres, le connaissent ! Pas de hasard. Roi, Prince, reste-t-il de la place après le Duc, Comte, Baron ? Alors il sera Chevalier. Avec le glaive et la truelle. L’épée qui taille et éclaircit le sentier, facilite le passage, accompagne l’effort, et puis : l’outil de maçonnerie qui étale le ciment reliant les perles jaillissant des instruments ; son « intelligence » rend chaque note du trio  évidente. Et puis il fait le poids face à la « grand-mère » qu’il prend dans ses bras en la cajolant, et c’est ainsi, conquise, qu’elle livre le fond de son âme.

Ils ne sont pas venus pour rien. Rien de moins que de présenter leur nouvel album à sortir chez ECM. Éditeur qui sait prendre des risques, toujours en beauté, là, Bingo, réussite totale.

Paraît que ça va être classique !? Hummm, voire !

Si on considère que B. Strayhorn, J. Guiffre sont classiques … on commence comme ça. (Avec  leurs compositions réciproques)

Classique apparenté Third Stream évolué. … on part , bien entendu, sur des accords qui vont bien, qui font beau, même si …, des rythmes lissés, expérimentés, bien que … Et voilà, tout est là , dans ce quelque chose de différent, que l’on n’attendait pas, un glissement progressif vers l’ailleurs, plaisir ou/et surprise qui fait ouvrir grand les oreilles pour ne pas perdre une miette de l’histoire qui est en train de se dire .

Dès les 1éres notes, Dave jubile, sourire permanent qui répond aux regards des 2, se transforme, parfois, en rictus d’effort. Y en a ! Classique,  comme C. Kay ou P. Motian … tss-tss, libertaire il est, c’est le 3ème courant qui découvre le Free, ou le Free qui re-pense à « ceux d’à côté…. comme A.Shepp dans « Fire Music », juste le son, le décale ment à peine perceptible jusqu’à franchement tranché. Le joujou est mis en pièce. Détaché de ses ancrages. À la merci des vents de liberté qui secouent l’embarcation en route pour les étoiles, celles qui ne brillent pas encore, vents qui poussent irrésistiblement vers ces contrés inconnus qui attirent ceux qui seront capables d’en rapporter les trésors.

On va, comme ça, surfer chez les Beach Boys, mettre à poil une « Surfer Girl » pour voir ce qu’elle a dans le buffet. Ouais. Y en a aussi !

Un « slow boat to china » qui complète bien la version de R. Nathanson (d’anthologie !). Joie du voyage. Du but et du moyen. Éternel retour aux origines. Retour sur un vaisseau  du Mississippi. À remonter le fleuve (comme celui de José Farmer) de la vie et de la mort… à nos certitudes. Retour à la case départ, Materia Prima du ‘tout possible’.

Et pis, v’la t’y pas que le Bill y met le groin dans la queue du piano, et là, il sifflote, si ! Non, il siffle, bien, beau. Très beau, et juste, et malin. Et puis tiens, c’est « Body and Soul », comme si on se penchait sur le moteur d’une Cadillac 1936, les manches relevées, Respect. Faut pas s’gourrer de clef. Participer à l’ouvrage, au grand œuvre en devenir. Dans la tradition (comme le dit A.Braxton) !

Bon, ça va, on est ensemble les mecs, les prises de risques, fréquentes, sont prises et assumées derechef, et de concert. Tout le monde est là. Les 3 ! Bon, c’est bon, on s’connait. Ça tourne.

Vazy Billy, encore. Une rengaine cubaine, belle comme la lune est con , si on est seul à la regarder. On était pourtant partis sur un truc très romantique, envolées lyriques et tout, et pis, oui là aussi, ce glissement mystérieux , au bord du basculement … d’un coup, oui. Comme l’ont fait déjà d’autres , à la mode ’60, une citation de la «  lettre à Élise » , évoquée, précisée, insisté, puis déliée, fondue, devenue autre… mais pas très loin. Pas à une surprise près, on a bien eu  droit, un peu plus tôt, à un splendide « Like Someone in Love », langoureux à souhait et pis tout bien, sauf : sans une seule note directe de la mélodie. Et toc. Débrouillez-vous.

Heureux d’être là. Eux !? Laissons-nous le croire. Nous ? Pour sûr ! Nous découvrons, s’il en allait, qu’aujourd’hui encore, on peut envisager d’autres (ré) solutions aux accords immortels, par (ex)tensions harmoniques, free-cassée de pulsations sur différents codes brisés à la crème d’un chou de grand nain tout droit sorti du «  Mont Moriah » .

Et le rappel

Du tonnerre !

Un morceau un peu ‘vaporeux’, ambiance… planante mais presque, non je blague, un peu concertant… bon, enfin, enfin, pour (se) finir, un truc de folie, retour aux Fondamentaux : un bon vieux truc de C. Parker, 200  à la noire et j’en passe. Et tout le reste y passe ! Circulez et regardez. Y a tout à voir  et entendre ! Tout est là. Tout est prêt à être dépassé. Ne nous en privons pas. Jamais.

Messieurs, merci de nous le rappeler !

Par Alain Fleche, photos Thierry Dubuc

Emile Parisien 5tet feat.Joachim Kühn Rocher 27/01/17

Par Annie Robert, photo Rocher de Palmer

parisien kuhn rocher 27 01 17

Sfumato ! Imaginez-vous au bord de la falaise d’Etretat, assis les pieds pendants dans le vide. D’un côté, l’horizon large sur la mer, le petit creux à l’estomac dû à la profondeur de l’abîme blanc de craie tout en bas ; de l’autre, le moelleux de l’herbe verte sous les fesses et la certitude du sol bien solide …Une balance entre le vertige et le bien-être. Se faire peur mais pas totalement, avec sérénité mais se faire peur quand même et en prendre plein les yeux…
C’est le propos du concert de ce soir….L’effet sfumato … Du flou qui fait tourner la tête, de l’incertitude apprivoisée, du péril tenu à peine au loin mais du plaisir aussi, du vaporeux et du sensuel.
En peinture, la technique est bien connue et pratiquée par les peintres de la Renaissance, elle permet de suggérer, d’éclairer différemment, d’embarquer dans l’ailleurs… une brume légère qui appelle le mystère, (la Joconde par exemple…). C’est profond et enveloppant, intrigant et familier.
Emile «  Leonard » Parisien s’est retrouvé dans cette approche-là, en réunissant ce quintet. Le concert de ce soir nous entraîne donc dans les vaporeuses volutes de l’abîme tout proche, dans le sfumato, les jambes gigotant dans le vide.
Saxophoniste soprano, à la gestuelle en déséquilibre si caractéristique, au jeu fougueux qui aime bousculer les limites, il est un amoureux de la rencontre. Rien ne lui fait vraiment peur à ce garçon. Depuis plus de dix ans, il n’a jamais cessé d’explorer de nouveaux territoires musicaux, de se frotter au travail des autres. On l’a écouté avec Dave Liebman, avec Daniel Humair, avec Michel Portal, avec son complice Vincent Peirani. Aujourd’hui c’est avec  Joachim Kühn qui fut l’un des rares pianistes à jouer avec Ornette Coleman, une des références du jazz allemand, que s’est entamée la belle collaboration  qui nous permet de découvrir ce CD, ce «  Sfumato » si délicat, si bousculant et si vertigineux. Autour de ces deux fous de free, de ces deux générations, voici trois voltigeurs, trois snipers de première qualité qui les accompagnent: Manu Codja à la guitare pleine de rock et de blues mêlés, Simon Tailleu au son charnu, au bois délicat et à la permanence subtile, et Mario Costa pour une batterie inventive et au cordeau.
Un « Préambule » en clin d’œil  entame le concert. Des grincements, une tonalité orientale, c’est une petite danse douce où chacun avance sa partition. On se laisse emplir de ce jazz de funambule. Le sol se dérobe un peu sous nos pas, ou nous fait rebondir comme des baudruches… l’effet Sfumato se répand !!
Dans « Missing a page » une composition de Joachim Kühn, la virtuosité du piano, ses frappés saccadés, son énergie furieuse nous tirent sur les pentes de l’inconnu mais sans lâcher un instant l’harmonie et la rigueur.. Les ruptures de rythme, les riffs de guitare et le jeu à trois se succèdent. C’est aussi ce qui est étonnant dans ce quartet, leur capacité à improviser librement, follement mais avec un placement impeccable qui ne se dément jamais.
« Transmitting »  nous offre ensuite une intro de contrebasse déliée et nostalgique, avec le soutien progressif d’une guitare souple et d’un piano presque classique. Le vent souffle dans  les cheveux. L’expressivité est de mise. Le récit entre en scène et il va se prolonger de façon très nette avec le meilleur morceau du concert sans doute, «  le clown tueur de la fête foraine » où se succéderont les éclairages de foire triste façon musette, les lueurs froides des néons, les coins sombres pour se terminer dans une inquiétante poursuite à la guitare avec des frissons plein l’échine.
Avec « Balladibiza. »  c’est un léger solo introductif avec du souffle plein les joues  qui va cheminant, de la plainte de la guitare hendrixienne aux accords martelés mais légers du piano. « Arôme de l’air » de Joachim Khün s’engage dans l’intranquillité et l’urgence. Les vagues cognent, le vent cingle, mais l’odeur de l’herbe fraîche vous trousse le col. Emile saute sur place, écrase les galets sous ses pieds.
Avec « Poulp » on change de monde, en plongeant le regard dans la mer. Des sons claqués, des rythmes ondulants  annoncent  un riff syncopé, qui, à chaque reprise propulse les solistes vers d’autres voies, le piano effréné, la contrebasse palpitée, le soprano voilé, la batterie enroulée avant le final endiablé. Une atmosphère à briser les icebergs.
La soirée, après deux rappels se conclura avec « Paganini » un morceau façon valse qui nous laisse reprendre pied sans reprendre notre souffle.
Allez zou, il faut rentrer, quitter la falaise, le lointain et rejoindre  la maison.
Chapeau bas, Monsieur Parisien, Monsieur Kühn, et leurs compères, chapeau bas vraiment. !
Les paysages furent beaux et Sfumato nous fûmes… !!

Par Annie Robert, photo Rocher de Palmer

Thomas Delor Trio, Le Caillou (33) 25/01/17

Par Alain  Fleche, photos Stéphane Boyancier

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Avec Alain, Stéphane, Fabrice…

Entre Paris et demain  Monaco. Une halte sur la route de ces saltimbanques célestes. Les quelques présents ont été gratifiés d’un bel instant. Un long set. Un rappel. Voilà ! La plupart des morceaux de la setlist sont du leader, avec une filiation qui se réclame de Charlie Parker en passant par des ambiances Blue, in Green … Thomas et les deux présentent une musique marquée, plus que datée, mais bien rafraîchie ! Pas ennuyeuse un seul instant. Sur une nappe tendue ou ondulatoire tissée sur la guitare de Simon Martineau, qui chevauche les « block chords » de Wes Montgomery avec l’onirisme échevelé d’un Pat Metheny, sur le son d’une Guild, (entre Gibson et Gretsch…), c’est du tapis volant. En jonction : Georges Correia joue sa contrebasse. Appuie les cordes harmoniques de Simon et se projette sur les rythmes mélodiques de Thomas. Le rapprochement que je lui avouerai faire, plus tard, avec Pierre Michelot ne le gênera pas, pour la tension toujours présente, pour le moins latente, jamais vraiment bien résolue, définitivement assumée ! Et notre Thomas de faire son « Malin ». D’un « malin plaisir ». Des mains des pieds, des mains où passent balais, maillets, et nues aussi. Plein de sons, autant batteur que percu. Chantant ! Et réellement, il chante sur peaux et cuivres, peau qu’il tend du coude pour en faire un steeldrum, chante, la mélodie éclate dans tous les sens, reprise l’un des autres, et deux, et tous … ça circule bien ! On vous dit dès qu’on tient le CD.

Par Alain  Fleche, photos Stéphane Boyancier

http://thomasdelor.com/

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David Tixier Trio au Caillou samedi 21/01/17

Par Dom Imonk, photos Irène Piarou

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Ce n’est pas toujours facile de faire sortir le public de chez lui un samedi soir hivernal, surtout pour écouter du jazz à Bordeaux. Pourtant, certains organisateurs, comme Music [at] Caillou, parviennent plutôt bien à le décider, avec des têtes nouvelles, des thèmes qui savent se renouveler et des courants musicaux toujours très variés. Et sa table plait, ce qui est aussi un atout ! Ainsi, ce soir-là, c’était spécial « RDV Europe jazz », prétexte à rencontrer la jeune scène européenne. La mention « fresh jazz » a dû en attirer plus d’un,  car la salle est bien remplie pour accueillir  le trio du pianiste David Tixier. Dans ce groupe basé en Suisse, notre jeune leader est accompagné de deux excellents musiciens : Blaise Hommage à la contrebasse et Lada Obradovic à la batterie, porteuse par ailleurs de son propre projet. Souvenons-nous qu’il y a presqu’un an, le Caillou nous avait déjà présenté l’affriolant trio du pianiste Gauthier Toux, français mais ayant lui aussi attache en Suisse ; tout force à croire que, d’évidence, il s’en passe des choses là-bas ! David  Tixier a 27 ans. Il est tombé dans la marmite jazz à 12 ans à Bergerac et ne s’est plus arrêté depuis. Il étudie ensuite aux conservatoires de Bordeaux et de Mont-Marsan, puis il est diplômé du conservatoire régional de Paris et file en Suisse où il étudie (comme Gauthier Toux) à la Haute Ecole de Musique de Lausanne (HEMU), dont il ressortira diplômé. Maintes fois primé, et fort de multiples rencontres avec de prestigieuses figures, il compose un jazz inspiré, passionné et savant, qui a l’heur d’avoir sa propre personnalité et de ne pas trop emprunter les très fréquentés chemins tendances des E.S.T. (pour le mood nordique mystérieux) et autres Bad Plus (pour le tatouage rock). Même s’il ne rechigne pas à taquiner l’électronique, notamment dans le « Project » de sa batteuse, le trio de ce soir est entièrement acoustique et sonne effectivement très « fresh ».  Le jeu de David Tixier est pointu, ambitieux et volubile, ce qui ne veut pas dire bavard. Il développe de très beaux thèmes, une sorte de « nu-new jazz » qui réactualise par moment  les échappées et l’intense vibration lyrique qui ouvrit les portes des seventies, et dont on  sent qu’ici le souffle est de retour (un soupçon de Jarrett par ci, un embrun de Bley par là…). Cependant, de par la tournure de ses phrases, le jeu de ses mains, et l’oblicité à peine perceptible de certains de ses accords, on percevra furtivement aussi dans son jeu, des humeurs à la Brad Mehldau,  sans toutefois le tourment intérieur. Deux sets pleins d’émotion, portés par des musiciens de grand talent, précis, inventifs et en constant interplay, où l’écriture se révèle en une bonne dizaine de capiteux morceaux. De « Why » qui ouvre le 1° set, à « Through the Window » en rappel, on aura traversé de bien jolies histoires. Parmi elles, « Blind & deaf », « Tribute to an old man », « Delivrance » et « The way we’ve changed ». A noter que David Tixier est actuellement en tournée pour la sortie de l’album « The giant corners », projet en piano solo, avec Sachal Vasandani en invité. Le trio prépare quant à lui un disque que nous attendons tous impatiemment !

Par Dom Imonk, photos Irène Piarou

www.davidtixier.com

David Tixier 21-01-17 (9)Lada Obradovic (4)  Blaise Hommage (3)

[CD] Medeljazz Quartet – Yesternow

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MEDELJAZZ QUARTET – YESTERNOW

 Par Ivan-Denis CORMIER pour Action Jazz

 E.P. enregistré en direct dans le studio de Zorojazz à Paris – octobre 2016

Vous aimez la guitare jazz et ses représentants les plus prestigieux? Alors, procurez-vous au plus vite cet « EP » (=4 titres) de Medeljazz, intitulé Yesternow. Pétri de références subtiles, il donne à l’auditeur la sensation de se retrouver en terrain familier. Ce sont pourtant des compositions originales, toutes remarquables d’équilibre et d’inventivité. Elles situent leur auteur à la croisée de chemins tracés par des guitaristes aussi divers que Kenny Burrell, Grant Green, Pat Martino, John Abercrombie, Mick Goodrick, Pat Metheny, et d’autres encore dont le point commun reste un discours mélodique parfaitement structuré et organisé, sur un groove solide.

 « New Yorkais d’âme et de corps durant presque vingt ans », le leader du groupe s’est produit dans des clubs tels que Birdland ou le Blue Note, dans des contextes musicaux extrêmement divers allant du free jazz de Daniel Carter au groove swinguant de Keith Carlock ou Ferenc Nemeth. Compositeur de talent et instrumentiste accompli, il a aussi, preuve de la précision et de la polyvalence de son jeu, pu tenir le rôle de guitariste soliste dans les plus grands « musicals » de Broadway. Les mieux informés auront deviné qui se cache derrière Medeljazz. C’est Laurent Medelgi, de son vrai nom, qui tel le caméléon, se fond dans son environnement.

 Autour de lui, Nicolas Fabre, au Fender Rhodes et à l’orgue, Elisabeth Keledjian à la batterie et Sergio Turetta à la contrebasse. Si les noms des musiciens n’apparaissent pas sur la pochette, c’est avant tout pour bien distinguer cette formation des autres projets musicaux du leader. Mais en gommant les individualités, sans doute le Medeljazz 4tet affirme-t-il aussi l’unicité de l’ensemble.

 Le son de la guitare, ferme, assez feutré, sans trop de graves ni d’aigus, est adapté aux styles ici explorés, un soupçon de chorus ou de réverb lui donne de l’épaisseur et de l’expression; en tout cas, Laurent Medelgi fait partie de ces guitaristes qui ne font quasiment jamais hurler l’instrument mais utilisent la mélodie de façon dynamique pour faire monter la pression.

 Les harmonies sont riches et belles, les impros assurées et pertinentes, laissant entrevoir une palette expressive extrêmement variée qui exclut le verbiage. L’ensemble est soigné, on se laisse prendre au jeu très concentré de ce trio guitare-orgue/Fender Rhodes-batterie auquel s’ajoute au besoin une contrebasse. Cette formule intimiste a fait ses preuves, elle fonctionne en tous lieux et permet de vite trouver l’équilibre sonore idéal, la proximité favorisant l’interaction directe entre les musiciens comme avec le public. Chacun peut alors se focaliser sur les notes et la cohésion.

 Quant au tempo de chaque morceau, il est me semble-t-il étudié pour rendre les improvisations à la fois plus authentiques, plus novatrices et plus lisibles, car une vélocité accrue nuit à la spontanéité comme à l’inventivité, elle incite à utiliser des clichés. Le dernier titre, Flanneries, est nettement plus méditatif : du coup il permet également à l’imagination de flâner et au phrasé de se libérer, l’ornementation devenant plus riche, les variations plus lyriques.

 Le résultat est ici très plaisant, car passé l’effet de surprise initial, on s’installe confortablement dans un cadre chaleureux, comme si l’on entrait dans une maison vieille d’un bon demi-siècle pour découvrir un intérieur entièrement rénové par un architecte-décorateur sérieux et compétent. D’où le titre de l’album, Yesternow, mot-valise bien trouvé qui réunit passé-présent en un concept unique.

 Ce n’est du reste qu’un avant-goût du CD complet, qui rassemblera 12 titres originaux, CD dont on souhaite la parution rapide, d’autant qu’une campagne Indiegogo de financement participatif, d’une durée de 30 jours, a débuté hier. Pour ceux d’entre vous qui souhaiteraient soutenir ce projet, voici le lien à suivre :

https://igg.me/at/MedeljazzQuartetCD

 Par Ivan-Denis CORMIER pour Action Jazz

 

A bord du Tara avec le Nokalipcis Project

par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat.

Sortie officielle de l’album « Tara »
Rocher de Palmer, vendredi 2 décembre 2016.

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Ce soir nous allons prendre le large, embarquement au Rocher, pas de Gibraltar mais de Palmer sur la goélette Tara avec un très très bel équipage nommé NOKALIPCIS avec par ordre d’apparition dans ce nom mystérieux (plus pour longtemps) NOlwenn Leizour (contrebasse), MicKAël Chevalier (bugle), PhiLIPpe Valentine (batterie) et FranCIS Fontès (piano). Pour ceux qui ne savent pas voyager sans carte prenez celle marquée Néo Bop.

Le Salon de Musiques (le « s » final est très important en ce lieu) se garnit copieusement de passagers avec pas mal de têtes connues et notamment de jeunes têtes, celles de musiciens en devenir qui ne boudent pas leurs aînés, ça fait plaisir.

Le gréement est de qualité ; sur scène un piano, un vrai, les seuls que Francis Fontès apprécie, Mémé la vieille et respectable contrebasse ¾ de Nolwenn et une batterie de rêve, une rare Craviotto en bois, acajou et érable moucheté, cerclée bois, qui va faire mourir de jalousie les quelques batteurs présents dans la salle. Le bugle artisanal tout neuf de Mickaël Chevalier arrive dans ses mains pour un largage des amarres tonitruant soutenu nerveusement par la batterie dans une longue phrase tendue très hard bop ; un accueil à bord des plus surprenants qui décoiffe tout le monde. Piano et contrebasse viennent humaniser tout cela et nous voilà donc partie sur un premier bateau nommé « La Fuggita ».

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Et oui avant d’être le musicien que l’on connaît Mickaël Chevalier a eu plusieurs vies, notamment celle de marin. Il a traversé les océans, fait le tour du monde comme mécanicien de bord. La plupart de ses compositions originales présentées ce soir portent les noms des bateaux sur lesquels il a navigué. Comme « Renée » un cargo porte container avec lequel nous traversons l’Atlantique par une mer calme et sereine sur une mélodie tout en douceur. Déjà un chorus d’une grande musicalité de Francis Fontès (le médecin du bord), ampleur, volubilité et finesse sont là comme d’habitude bien qu’on ait l’impression qu’il a encore fait des progrès ! C’est bien possible car il travaille pour. La suavité du bugle, préféré pour cette raison à la trompette, fait la transition avec une intervention en solo très travaillée de Nolwenn qui place de suite la barre très haut. Philippe Valentine tire la quintessence de son bijou en bois comme il va le faire toute la soirée d’une façon remarquable ; un drumming très musical.

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On change de navire avec la goélette « Tara » qui file ses 12 nœuds, légère et agile, tout le monde s’affairant sur le pont avec précision et efficacité . Très beau.

Tempo tendu en cross stick contrastant avec deux chorus nostalgiques de piano et contrebasse, pour encore une belle mélodie amenée par Mickaël, l’intensité montant petit à petit vers un duel éblouissant entre le piano et la batterie arbitré par la contrebasse. Du pur bonheur musical comme en témoigne nos regards échangés avec les amis autour. Nous étions au pied d’un fjord en Norvège pour une « Balade à Tromsø ».

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Place au trio rythmique pour une escale avec une jolie composition de Nolwenn et un arrangement de Francis, « Butterfly’s Dream », débutant par une balade délicate puis, une fois le papillon sorti de sa chrysalide, s’envolant même sur un rythme de samba. Pendant ce temps Mickaël en bon mécanicien graisse les pistons, pas du moteur V10 de son cargo mais du 3 cylindres en ligne de son bugle encore en rodage et qui lui fait quelques misères.

Puis Mickaël Chevalier prend les habits de Freddie Hubbard, un de ses musiciens favoris, avec « Dear  John » (Coltrane) et l’irrésistible « Crisis » où chacun s’en donne à cœur joie, le vibrato du bugle ramenant toujours au gimmick envoûtant du titre.

Ce bugle Mickaël le fait gémir ou geindre avec un certain humour dans « For Gino ». A 5 degrés près nous serions géographiquement en accord avec le titre suivant « 40° Nord », celui qui traverse, entre autres, la Méditerranée. La section rythmique entretient avec un autre dialogue piano batterie un groove impeccable, sous un déluge de notes,   le tout sous un orage de contrebasse, le bugle dévoilant de belles éclaircies.

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En rappel « Rara Avis » nous ramène tranquillement à terre, il est temps, le bugle ce soir est capricieux et a consommé pas mal d’huile, mais sans nuire au résultat. Mickaël m’expliquera que ce type d’instrument artisanal est ajusté de façon très précise et que, neuf, la moindre poussière peut perturber son fonctionnement. Il est musicien, mécanicien mais aussi excellent compositeur et arrangeur comme le prouve tous les titres entendus ce soir et qui figurent – sauf Crisis – dans l’album « Tara » du Nokalipcis Project magnifiquement illustré par les dessins de la goélette par Christian Revest.

L’unité et la cohésion du groupe sont vraiment manifestes et la croisière de ce soir a été une splendeur, d’un niveau de qualité impressionnant, tant au niveau de l’interprétation que des compositions. Un projet vivant à recommander à tous les programmateurs.

https://www.facebook.com/Nokalipcis/

Capucine’s Jam n°3 au Starfish Pub le 17/11/2016

Par Ivan Denis Cormier, photos Dom Imonk

Capucine Quartet feat. Louis Gachet (tp)

Capucine Quartet feat. Louis Gachet (tp)


En jazz comme en politique, pour bousculer la hiérarchie, se faire une place au soleil, il faut  des tueurs, instinctifs mais intelligents, de préférence roués, fins stratèges, persévérants et impitoyables, animés par de vrais projets personnels et collectifs. S’ils ne sont pas encore arrivés au sommet de la pyramide, les musiciens de Capucine en prennent assurément le chemin.
La cohésion du groupe est la condition première. Dressons l’oreille, car nous avons affaire à une meute habile, structurée et organisée, qui ne tombe pas dans les pièges grossiers, économise sa salive, son souffle, son mouvement et progresse sournoisement, implacablement. Les adeptes de la volubilité et du jeu irréfléchi devraient en prendre de la graine. Gare à ces jeunes loups, dont le goût s’affine et l’appétit grandit, qui ont déjà ravi la vedette aux vieux loups solitaires et s’apprêtent à détrôner les mâles dominants.
Malgré tout le respect qu’ils portent aux anciens, envers lesquels ils reconnaissent qu’ils ont une dette sacrée (ils en ont repris les codes d’honneur et les tics de langage musical, ils ont aussi assimilé les signes de ralliement, ayant dès le départ prêté allégeance à la race des jazzmen pour mieux en phagocyter l’âme et le swing, ils se sont dernièrement ralliés à la tribu des hard-boppers…), ils s’attaquent désormais à Wes Montgomery comme à Freddie Hubbard.
Ils s’approprient avec audace des territoires longtemps considérés comme des chasses gardées, gravissent des pentes harmoniques réputées casse-gueule, et poussent leurs hurlements toujours plus fort et plus loin, se calmant parfois pour hululer une ballade langoureuse. On se dit qu’ils ne seraient pas mécontents de pousser à l’exil les musiciens vivants moins intrépides ni même de reléguer aux oubliettes les symboles mythiques d’un passé glorieux. Méfiez-vous, se sont-ils déguisés en Freddie Hubbard 5tet pour mieux vous croquer ? En tout cas, le charme opère, et on se laisse volontiers dévorer par une passion commune.

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 La Jam, ils se reconnaîtrons !

Retrouvons-les donc le jeudi 01/12/2016 au Starfish Pub, 24 Rue Sainte Colombe à Bordeaux, de 21h à 1h du matin, pour un tribute à Julian « Cannonball » Adderley, avec en invité spécial,  le saxophoniste  Jonathan Bergeron.

Par Ivan Denis Cormier, photos Dom Imonk

http://capucinequartet.wix.com/jazz

http://www.starfishbordeaux.fr