De simples cordes

De simples cordes … Madeleine Peyroux

Le Rocher de Palmer Cenon/ Bordeaux
16/05/2017

par Annie Robert

Ce qu’il y a de bien avec la simplicité, c’est qu’elle ne pardonne pas grand-chose, ni les approximations, ni le creux du propos, ni la fatuité distante mais qu’elle révèle le meilleur et le profond, la chaleur, la vérité des mots et des notes, l’engagement organique.
Hier soir, dans une salle archicomble, ce fut le cas. De simples cordes étaient à l’honneur, de taille et de nature différentes, celles de la contrebasse de Barak Mori, de la guitare de Jon Herington, et bien sûr de la voix de Madeleine Peyroux, de sa guitare et de son ukulélé fantaisiste ou acidulé.

Madeleine Peyroux trio

Puisant dans un répertoire traditionnel, elle a fait fi des frontières musicales, réinterprétant les chansons choisies dans un mélange de gospel, de funk, de blues et de jazz très attirant. Les titres de Leonard Cohen, Bessie Smith, Bob Dylan, Hank Williams, Joséphine Baker, ou encore Elliott Smith, dont la poésie écorchée vive convient admirablement à son timbre sensible sont certes des valeurs sûres, parfois peu connues et lointaines mais qui lui collent parfaitement. Sans oublier pour autant quelques compositions personnelles, dans la veine du blues qu’elle aime, mettant à l’honneur les titres de son nouvel album qui porte bien son nom : Secular Hymns .
Et avec ce trio épuré et intime, sans effets grandioses, sans boucles, sans distorsion, sans reverb, l’émotion s’est invité comme une vérité nue et familière, dans le cadre doucement éclairé du petit tapis déroulé au sol traçant une tâche rassurante et moelleuse, une maisonnette dans les bois, une confidence au coin du feu. Elle nous a raconté la vie, les moments de dérive, d’humour et d’amour dérisoire ou sublime (« Love me to the end of time »), le sel de la terre, le soleil et le gris des Amériques.
Une voix chaude, de gorge, languissante parfois sur certaines inflexions, une tonalité médium puissante, un grain à la Billie Holliday sur les portées de voix en particulier, font de Madeleine Peyroux une chanteuse à part, légèrement décalée, peu improvisatrice mais une interprète qui touche par son swing étiré et sa présence pleine de fêlures et d’énergie, allant de la gaieté la plus vive à la nostalgie la plus profonde. La demoiselle a vécu, cela se sent, et puise dans le terreau de ses expériences une authenticité universelle qui s’accroche à chacun comme un souvenir oublié.

Madeleine Peyroux

Rieuse et se moquant d’elle-même, elle déclare dans un Français chantant, héritage d’un papa acadien : «  Je chante des chansons d’amour, de blues et d’alcooliques » et entame « If the sea was Whiskey »,  « Shout, Sister, Shout », complice amusée avec ses musiciens qui se révèlent de fantaisistes vocalistes capables de clins d’œil et d’improvisations dans des créations voix / instruments très réussies.
Seule sur scène ensuite pour trois morceaux, c’est notamment Jacques Brel qui est mis à l’honneur avec «  Voir un ami pleurer » d’une douce limpidité, sans insistance, mais rempli de filaments déchirés. Son amour du Français (merci papa, merci maman !) la portera à honorer Eluard et son «  J’écris ton nom liberté » et à mélanger un « J’ai deux amours » à un spiritual plus classique…. Une façon élégante et réussie de remercier un public hexagonal qui la suit fidèlement.
Son charme amusé, sa manière de conserver les tonalités dramatiques des morceaux en les allégeant, sans les dénaturer, la fluidité de sa voix dénuée d’ artifices, en font une interprète séduisante, qui capte naturellement la salle pour un échange d’émotions bien réelles. Elle ne joue pas à être chanteuse, elle est elle-même et vraiment cela nous suffit. D’ailleurs la salle lui a bien signifié son plaisir et les deux rappels non rechignés ont mis un point d’orgue regretté à ce partage.

Madeleine Peyroux trio

Il paraît qu’elle a parfois choisi de se taire, pendant de longs moments, effrayée par le pouvoir du chant, perdue dans des errances personnelles, se trouvant illégitime ou éloignée.
Aujourd’hui, elle a su faire résonner ses silences et ses cordes simplissimes pour faire vibrer des chansons de tous les temps ces Sécular Hymns et c’est tant mieux….

Eric Seva à Villeneuve sur Lot

Texte Patrick Braud, photos Philippe Marzat

Eric Seva, Théâtre Georges Leygues, Villeneuve-sur-Lot, le mardi 7 mars 2017

            C’est au théâtre Georges Leygues de Villeneuve-sur-Lot qu’eut lieu le troisième concert du nouveau projet du saxophoniste et compositeur Eric Séva. C’est un concert pour remercier le théâtre et sa ville qui ont soutenu ce projet de retour vers les racines du blues, et bien sûr, un concert pour présenter généreusement ces nouvelles compositions au public. On remarque qu’Eric Séva n’est pas avare en remerciements et qu’il tient à faire savoir que des soutiens institutionnels ou associatifs lui sont importants.

            Le théâtre Georges Leygues est un théâtre à l’italienne, et ce soir-là, en pleine semaine, le public remplit deux balcons sur trois et presque tous les fauteuils d’orchestre. La scène est complètement occupée par le quintet. C’est un théâtre de l’époque de l’art moderne : il est rigide, ses colonnes sont massives. Les sonorités cool du blues de ce soir lui feront du bien. Il avait besoin de rondeur et d’un côté plus chaleureux.

             Noir dans la salle, une lumière rouge se pose en douceur sur les artistes. Le piano, la guitare, le saxophone, la basse et la batterie se mêlent à l’unisson. C’est entraînant et cependant plutôt doux. Saxophone et guitare se confondent, prennent une place de leader en commun, puis se séparent sans se diviser, c’est un dialogue au sous-entendu rock. Normal, ce « Monsieur Slide » est inspiré du travail d’Eric Séva avec Chris Rea. L’ensemble des instrumentistes reprennent le thème, puis, comme pour se présenter, chacun à son tour entame un rapide chorus.

            A peine un souffle, et nous sommes pris dans des mesures chaloupées. Stéphane Huchard, à la batterie est discret mais efficace et ses effets sont variés : caresse des balais, frappe des baguettes.

Manu Galvin fait s’envoler sa guitare en multiples croches dans un long chorus efficacement soutenu par tous, sauf le baryton de l’équipe. Car, oui, Eric Séva joue du saxophone baryton. Ce n’est peut-être pas le mal-aimé de la famille des sax, mais ce n’est assurément pas le plus commun. C’est une distinction discrète de l’artiste. Et s’il n’est pas avec la guitare, c’est qu’il prenait ses forces pour se lancer en second dans un long chorus. Non seulement, Eric Séva a choisi l’originalité du baryton, mais en plus, les effets de souffle et les touches ne lui suffisent pas. A la pédale, il met en sourdine son sax avant de le rendre plus éclatant, il joue de plusieurs effets difficiles à décrire mais qui augmentent les possibilités sonores de son instrument. Invention et discrétion : aucune esbroufe à ces effets, juste des possibilités majorées. Discrétion toujours, s’il assure un chorus, il n’est pas le leader devant lequel les autres musiciens doivent s’effacer, non, non. D’ailleurs, le troisième chorus est pour le claviériste Christophe Cravero qui joue des notes de cristal. On entend un grand titre de blues, mais non, mais non, il est tout « miniscropic » annonce le saxophoniste qui a repris un mot de son petit garçon pour le titre. Il y a assurément de la tendresse dans ce thème.

 

            Le titre suivant est assurément cool, la batterie est presque nonchalante, et pourtant bien efficace et précise. Un équilibre qui témoigne de la maîtrise de l’instrument. La guitare, elle, est plus incisive. Comme tout à l’heure, elle lance le premier solo. Mais, comme précédemment, chaque instrument a sa place. Et même, on sent que les musiciens s’amusent, qu’ils profitent de leur liberté. Ils se lancent des phrases, se répondent, et toute cette joie entraîne le public, qui, à chaque morceau, applaudit généreusement.

            De très beaux morceaux de blues jazzy. Mais pour ce projet de retour à la racine, au blues, il fallait plus que des instruments : le blues, c’est un chant, c’est un cri. Eric Séva a donc le bon goût d’inviter Michael Robinson sur scène. Il ensoleille de sa voix douce et chaude, deux blues.

Le premier, blues archétype, pour lequel  Manu Galvin sort des larmes de sa guitare, ce qui provoque une vive émotion dans le public.

Le sax, soprano, traduit la douleur du chant en notes. Le deuxième se joue en trio : la voix est céleste, la guitare rythmique et terrienne et le soprano follet et aérien. C’est l’histoire, que l’on imagine tragique, de « Marie-Angélique ». Si la plainte s’entend, ce qui résonne encore quelques jours plus tard, c’est le refrain si bien exprimé par le chanteur. S’il quitte la scène c’est pour mieux revenir interpréter, en rappel, en cadeau, un texte inédit de Claude Nougaro mis en musique par Eric Séva : « Ici », une émotion et un attachement au pays cathare.

             Même s’il n’est pas chanté, le blues peut être politique. Le effets de souffle et d’écho du baryton, le martèlement d’une cymbale donne la saisissante impression d’un train au départ. Un « Train clandestin », celui que les Noirs du Sud prenaient pour s’échapper dans le Nord des Etats-Unis, là où l’esclavage était aboli. Chaque instrument prend le train. Paysage baryton, paysage soprano. La batterie récite un conte africain d’espoir et de révolte. Un sax joyeux et plein d’espoir lui répond. Du  futur album (il faudra patienter jusqu’en octobre), c’est ma composition favorite. Elle est enrichie de riches improvisations ce soir.Trois autres titres s’enchaînent, toujours enrichis de ses multiples échanges entre les instruments ou de riches chorus, dont deux, le premier à la basse électrique, le second à la contrebasse, de Christophe Wallemme, peut-être resté plus en retrait que ses compagnons lors de ce concert.

 

            Le public est ravi, heureux. Et généreusement, le groupe lui offrira trois titres en rappel, dont, belle conclusion, une « Georgia on my mind », presque soul.

 

Concert de Frank Catalano au Rocher de Palmer

Photographies d’Alain Pelletier

 

Après nous avoir très gentiment accordé un entretien à paraître prochainement dans la Gazette bleue, Frank Catalano est monté sur scène, calme et détendu, accompagné non pas de ses compagnons habituels mais de trois “French guys” avec qui il a répété pendant quelques jours à peine. Le premier, Manu Dalmace, le batteur, est un ami de Frank Catalano qui l’a chargé de recruter les deux autres : à la contrebasse, Jean Bardy, “jambe hardie” nous a-t-il lancé en souriant (et les jeux de mots à deux cents sont d’excellents moyens mnémotechniques) et Patrick Villanueva au clavier. Un accord parfait commentait Frank Catalano. Une histoire d’amitié et de feeling.

Entrevue Action Jazz avec Frank Catalano

 

Feeling swing d’abord qui ne laisse pas les choses comme Duke Ellington les a laissées mais qui introduit des accents coltraniens au saxophone sur “Things as they use to be”. Le saxophone mène la partie et le groupe groove. Au clavier, des frappes de piano mais avec un sustain d’orgue, un mélange des deux instruments pour un voyage détendu alors que le sax s’est tu. Jean Bardy se lance ensuite dans un beau solo avant que le thème ne soit repris par l’ensemble des musiciens.

Catalano au saxophone, J.Bardy à la contrebasse

Saut dans l’histoire du jazz, saut géographique, nous sommes maintenant à Chicago, ville blues, pour une composition originale mais en hommage à l’un des maîtres saxophonistes de Catalano : Eddie Harris. Ca commence par un rythme saccadé, c’est entraînant. Le sax est parfois rauque, rocailleux, le clavier a cette fois-ci un son funk des années 1970. Manu Dalmace se lance dans solo, entrecoupé de relances au saxophone, qui augmente le rythme et qui explore les roulements et les frappes.

Changement d’ambiance pour le morceau suivant que Catalano dédie à sa femme Sona. C’est un blues profond, tendre que le Villanueva étend comme une ballade tandis que le sax reste plus concis, plus groovy aussi, voire orageux sur la fin, avant un retour à la quiétude.

Villanueva au clavier, Dalmace à la batterie, Catalano au saxophone

Différentes couleurs de jazz donc pour ce concert, et même parfois au sein d’un même morceau. Des contrastes aussi : après ce blues tendre, un morceau joyeux et sautillant, mais gentiment tordu et distendu par Bardy pendant son solo avant que Catalano ne se lance dans un chorus épique, très parlant, chaud, entraînant, sonnant très parkérien.

Ce n’est pas toujours l’alternance entre blues doux et thèmes rythmés, non, c’est plus subtil. Une même mélodie peut être dans un équilibre difficile à la fois languissante pour le piano et le sax et sautillante pour la section rythmique. Le saxophone, toujours sensible dans la tristesse ou dans la joie, mêle parfois deux émotions en même temps comme une tristesse rageuse sur “Our love is here to stay” que Catalano jouait lorsqu’il accompagnait Tony Benett.

Mélange d’époques aussi : “Shaken” par exemple, composition originale, commence par un gimmick plutôt rock. C’est un jazz très contemporain soutenu par une contrebasse profonde et qui laisse place à un long solo de batterie bien véhément. Mais le sax au groove rock s’épanche parfois vers un free digne de Coltrane. C’est un peu une histoire du jazz, mais condensé, rapide. Pas un article d’encyclopédie poussiéreuse, non, une histoire vivante et sautillante. Une démonstration en action que cette musique est bien vivante et qu’elle émeut.

En rappel, un des premiers thèmes que Catalano jouait, très jeune, dans les clubs de Chicago. Un thème utilisé par la bande originale du film “Retour vers le futur”. Excellente conclusion pour ce concert. Un retour vers les racines du jazz jusqu’au blues et une propulsion vers son futur, en passant par des périodes teintées de rock ou de funk.Ce concert fut une excellente introduction à l’oeuvre du talentueux Catalano mais aussi une bonne introduction au jazz dans sa variété : contemporain, blues, rock, funk, be bop.

Catalano and his three French guys

Deux envies en sortant du concert : prolonger l’écoute du travail de Catalano en achetant l’un de ses disques, (ré)écouter Coltrane, Parker, Eddie Harris, Tony Benett, parmi les artistes dont il fut question ce soir.

   

Nola’s news # 44

par Alain Piarou, photos : Irène Piarou

A New Orleans, 2 clubs de blues sur Bourbon street : le « Sing Sing » et le « Funky Pirate ».

Funky Pirate Blues Bar

Funky Pirate Blues Bar

Le Funky Pirate est tenu et animé 4 soirs par semaine, de 20h00 à 01h00 par l’incontournable Big Al Carson.

Big Al Carson

Big Al Carson

Il est accompagné depuis de nombreuses années par la même équipe des « Blues Masters », autant dire qu’ils se connaissent parfaitement bien et que la complicité est totale. Plusieurs sets de 30 à 40 minutes sont assurés par l’équipe.

Big Al Carson & The Blues masters

Big Al Carson & The Blues masters

Big Al Carson possède une belle voix et chante des standards de blues du Delta mais aussi de Chicago. Il interprète aussi quelques chansons connues et bien arrangées. Il est cabotin et parfois ses chansons personnelles ont des paroles un peu salasses, à connotation sexuelle, mais ça fait toujours rire le public, surtout quand il s’adresse à quelques femmes, gestes à l’appui.

Big Al Carson

Big Al Carson

Ce n’est pas le plus grand chanteur de blues de la région mais c’est le seul qui ait un intérêt sur Bourbon street. Et puis, au Funky Pirate, on y déguste un breuvage très spécial que l’on ne trouve que dans cette rue : the hand grenade. Oui, oui, vous avez bien compris : la grenade à main ! Vous pouvez imaginer les dégâts que ça fait dans la gorge puis dans l’estomac. D’ailleurs, certains spectateurs ont quelque fois du mal à s’en remettre. Mais le blues est là et bien là et on passe toujours un agréable moment dans ce club.

Big Al Carson

Big Al Carson

 

 

Nola’s news # 18

Par Alain Piarou, Photos : Irène Piarou

Jazz Fest 2015

Jazz Fest 2015

Cette édition 2015 du Jazz Fest débutait avec une chaleur intense et orageuse mais les festivaliers étaient toujours aussi nombreux et nous y retrouvions quelques relations venues pour l’occasion, de divers états. Le JazzFest est toujours un marathon et nous commencions avec du blues.

Larry Garner

Larry Garner

Larry Garner, sa superbe voix et son jeu de guitare sensible nous proposait un blues du Delta bien sûr avec beaucoup de tendresse et de générosité. C’est un bluesman à part qui, comme Kenny Neal, revendique cette forme de blues si particulière et émouvante.

Larry Garner

Larry Garner

Toujours un ravissement d’écouter ce merveilleux artiste et le public était venu nombreux sous cet immense chapiteau appelé « Blues Tent ».

On passe au chapiteau à côté , « Jazz Tent » pour écouter cette fois un jeune homme de 81 ans (je dis un jeune homme car, si vous aviez vu la pêche …), saxophoniste réputé puisque néo-orléanais et qui s’adonne depuis toujours au free jazz.

Kidd Jordan

Kidd Jordan

Kidd Jordan commençait donc en présentant son 4Tet et en saluant le public nombreux (connaisseurs et curieux) et en le remerciant d’être là au début de son concert car il ne sait pas s’il y aura autant de monde à la fin … Son humour est intact, sa fougue et son plaisir de jouer le sont aussi. Il se régale à improviser avec ses complices et joue des thèmes personnels qu’il déstructure pour mieux les restructurer avec une vivacité surprenante.

Kidd Jordan

Kidd Jordan

Il joue sans arrêt et ses compagnons de jeu s’amusent tout autant. Bref, un très bon moment musical.

Un petit tour au Village Indien pour voir différentes danses indiennes expliquées par un narrateur venu des tribus du nord, à la frontière canadienne.

Tribu indienne du nord

Tribu indienne du nord

Quelques belles démonstrations retraçant les coutumes de ces premiers occupants des Etats Unis et du Canada.

Indien du nord

Indien du nord

Je vous passe le moment si agréable du repas (cochon de lait Po-boy) avec quelques crawfish (écrevisses) et ce goûteux sandwich au cochon de lait … un régal. Bon, le coca par-dessus va faire sursauter les épicuriens mais, on est au Jazz Fest et le vin n’est pas le breuvage courant …

Restauration au Jazz Fest

Restauration au Jazz Fest

Sur la scène « Fais Do Do », c’est un blues cajun que proposait le chanteur/guitariste Paul Sanchez. Toujours beaucoup de monde devant cette scène où les Cajuns se donnent rendez-vous pour danser le one step. Les paroles sont le plus souvent en cajun, ce mélange de vieux français et de créole et quelques spectateurs chantent les refrains aux consonances  acadiennes.

Scène "Fais Do Do"

Scène « Fais Do Do »

C’est vraiment amusant d’entendre parler ces gens si sympathiques parler ce cajun et qui revendiquent leur appartenance à la culture française. Un moment agréable.

Paul Sanchez

Paul Sanchez

 

50 nuances de Blues

Par Philippe Desmond, photo Alain Pelletier

Lil’Ed & the Blues Imperials au Comptoir du jazz

©AP_liled-6173

Du blues ce soir, ça change un peu du jazz, ou pas… D’ailleurs l’organisation est celle de Jazz and Blues.

Le Comptoir du jazz est noir de monde, plutôt gris de monde car la moyenne d’âge est élevée même pour moi et mes bientôt 60 bougies… pas rassurant pour l’avenir, ça met un peu le blues…

On vient écouter et voir Li’l Ed and the Blues Imperials., le petit Edward Williams (1,60 m) et son orchestre. Du pur blues de Chicago dont le leader traine sur les scènes du monde entier depuis quarante ans. Il en aura soixante à la fin du mois.

Le petit bonhomme arrive avec sa guitare bien sûr, son haut tarbouche rouge pailleté – sa signature – une chemise rose, un gilet lui aussi pailleté mais multicolore lui couvrant son petit ventre rond. A ses côtés un guitariste grisonnant lui aussi tout de noir vêtu, ressemblant plus au père de la mariée qu’à un bluesman, un bassiste apparemment différent du titulaire du poste (blanc au lieu de noir) et un batteur certainement chevronné lui aussi vu son âge. Ce n’est pas Mamy blues mais plutôt Papys blues. Mais pour plagier Brassens, un peu notre bluesman français avec sa pompe à la guitare, le temps ne fait rien à l’affaire, quand on est bon on est bon !

Du blues, du blues boogie, du blues rock tout va y passer, en trois accords on a compris qu’on a du lourd devant nous. Lil’Ed est une sacré super slide guitariste toujours le bottle neck à l’auriculaire ce qui lui donne un son typique et il est d’une exubérance redoutable ; un vrai clown ! Roulement des yeux, toutes dents dehors, le sourire ou le rire toujours présent, sans parler des attitudes ou des pas de danse. Il est génial ! Une corde casse, peu importe, il enchaîne un solo impressionnant et même un autre morceau avant d’aller la changer.

Il chante remarquablement bien en plus, d’une voix puissante mais claire. Quel artiste, à voir absolument en live, l’écoute sur CD y perd certainement tout le côté spectaculaire du show.  Il est secondé par Mike Garrett – le père de la mariée – impassible et au jeu précis qui au fil du set va prendre de l’importance. Un musicien magnifique. Derrière la rythmique assure sans fioritures mais solide au possible. Le son global est nickel.

Le public est aux anges, Lil’Ed sait l’utiliser mais sans exagérer malgré ses cabotinages dès qu’un photographe le cale dans son objectif. Sa compagne est au premier rang à côté de nous et il lui roule les yeux sans arrêt « I love pastry, I love coffee and sugar but I love my baby and my baby loves me ».

Si c’est ça le blues je veux bien l’avoir tous les soirs.