Echos de notes au coeur d’Eymet

Chronique de Fatiha Berrak, photos de Thierry  Dubuc

Le samedi 25 mars 2017 au château d’Eymet avec Maquiz’Art

MICHEL ZENINO QUARTET

Michel zenino : contrebassiste, compositeur arrangeur,

Christophe Monniot : sax alto et soprano,

Jeff Boudreaux : batterie,

Emil Spanyi : piano

Nous voici à nouveau de retour chez nos amis d’Eymet, quant on aime on ne compte pas ! Comment passer à coté de ce lieu de passionnés accueillants, de résistants au service de la musique et des musiciens ? C’est une petite équipe au grand coeur qui réussit amplement à faire battre le notre. Pour cela, un grand merci à Laurent et Suzanne Pasquon et toute l’équipe de Maquiz’Art!

Avec ce soir encore, la venue d’un groupe de choix, qui nous propose d’abord un hommage à John Coltrane, puis à Horace Silver après quoi, une autre porte s’ouvre pour nous conduire dans une ambiance folk décalée, un tantinet onirique, avec nos regards levés vers la lune, pris dans cette attraction irrésistible.

Même si la douce agitation terrestre n’est pas loin, guidée sur les sentiers d’un piano délicat, pour nous livrer tout engourdi dans les bras du saxophone plein de malice. Ah! ce guet-apens adorable, qui tisse sa toile en tout amitié … Christophe Monniot est là qui joue tel un funambule chevronné de façon exaltante sur les fils transparents que lui tendent ses compères.

Sur un autre registre, Michel Zenino nous annonce l’une de ses composition ‘’the mousse’’ une transposition de Romeo et juliette, (l’histoire d’une souris et son fromage …)

Déja sur le piano, quelque chose court très vite, puis bientôt prend des virages serrés à droite, à gauche, où file tout droit selon sa sensibilité ! Avant d’être rejointe par une foule d’amis et c’est la folie douce ! Puis une course effrénée reprend sous les cordes de la contrebasse, la pauvre petite bête est débordée, ouf ! elle s’échappe enfin l’espace d’un instant, se cache furtivement, mais ce n’était que l’oeil du cyclone car le calme est rompu par le tonnerre qui la suit au loin …

Autre facette avec une reprise de « Sarah » de Serge Reggiani.

Sensible est l’intention, douce est la partition, délicate est la moisson.

Sensible est la mesure, douce est la note, délicat est le rythme.

Sensible est le temps, doux est le murmure, délicate est la leçon. Précieux est l’instant !

Juste après, François René Simon est intervenu l’espace d’une courte parenthèse pour rendre hommage à la formation.

Puis s’en suit une autre reprise, elle est de Charles Trénet  « vous avez oublié votre cheval ». Michel Zenino « frappe le trot » et entame le début du chemin, avant d’être rejoint par ses trois autres complices. Du coup je me surprends aussi à battre des pieds avant d’être happée par le son du saxo, bien décidé à nous scotcher tout la haut !

D’une reprise à une autre, nous sommes maintenant à San Francisco, chaque instrument s’avance un peu rétif, mais s’avance encore pour tous se rejoindre et nous emporter quelque part dans une maison bleue qui na jamais connue de clés, où ses seules maximes ne sont autres que celles de l’amour et de l’amitié, où les êtres se croisent et se rassemblent sans heurt ni arrière pensée, dans un laps de temps tout stimulant, fait de quelques brumes et de clartés …

Il y a aussi « La valse d’Annababouchka » et son « solo longo » de contrebasse, elle nous dit l’enfance et le rêve d’une petite fille qui valse à s’en étourdir, jusqu’a ce que viennent les autres instruments pour ne faire qu’un et nous mener vers une destination de haute voltige.

Il y a encore, cette page à ne pas négliger, la sentimentale, où la contrebasse et la batterie effleurent, où le piano effeuille, c’est la sensualité qui se cueille, les glissières filent, les boutons cèdent, les lumières se tamisent et le ton aussi. Le toucher est confidentiel et les mots sont de soie. …

Ma foi, dommage pour ceux qui n’étaient pas là ce soir, ben oui il fallait y être ! Parce que avec de tels talents, il y a de quoi se sentir revigorer comme avec la venue de cette saison nouvelle et pourtant, nos amis ne sont pas tombés de la dernière pluie. Leur décontraction fait plaisir à voir et à entendre, elle témoigne aussi d’une maitrise ébouriffante de leur jeu, ainsi que d’une complicité chaleureuse et rare, sans parler de l’humour chevillé au corps. Bref des moments qui sont à partager avec tous ceux que l’on aime!

Voilà une façon de driver sa passion à moins que cela ne soit elle qui conduise cette fine équipe, à un lâché de brides, juste ce qu’il faut, elle dispense ses sonorités, pour dire les émotions sans mot, adoucir et penser les instants des petits et grands maux, une belle manière de revêtir les pensées ou bien de les mettre à nues. Dans ce registre la palette est large et ses nuances « jazzement » infinies aussi nombreuses que celles de la vie!

Ronnie chez les Maquiz’Arts

Ronnie Lynn Patterson trio à Eymet chez les Maquiz’Arts

Par Fatiha Berrak, photos Thierry Dubuc

Le 11 mars 2017, au château d’Eymet

Ronnie Lynn Patterson, piano

Darryl Hall, contrebasse

Pierre Thibaud, batterie

Quel plaisir de se trouver ici ce soir dans ce havre de paix niché en Dordogne dans le Périgord pourpre. La ville est limitrophe au département du Lot et Garonne à quelques lieues de la Gironde. C’est dans cette charmante bastide et plus précisément dans une petite salle du château d’Eymet où des mélomanes des trois départements confondus sont présents pour ce concert intimiste qui nous ouvre les bras dans un enthousiasme général.

Laurent Pasquon, maître de cérémonie nous présente Boby un riverain et guitariste anglais qui va ouvrir la soirée avec ses interprétations improvisées. En effet c’est une très belle surprise qui capte  notre attention avec ses mélodies aux inspirations voyageuses et pittoresques où l’humain dépeint son lien indispensable dans une nature qui l’est tout autant. Sur sa guitare, Boby nous brode avec passion des lumières changeantes et à la fois constantes de la vie, dans un moment léger et plein de fraicheur. Le public est ravi et lui soutient la claque.

Il est environ 20h45 lorsque le trio fait son entrée dans une ambiance amicale, complice et détendue. Chacun gagne sa place respective sur la petite scène. La salle est bondée et chaleureuse. D’entrée de jeu, Ronnie Lynn Patterson, nous annonce que la trame de la soirée sera tissée sur le thème des grands standards américains et caribéens jusqu’aux antipodes avec cette escale spéciale au pays Basque, dont il nous chantera l’hymne « Hegoak » où il est question d’amour, de respect, de liberté ainsi que d’essence vitale. Oui l’essentiel est bien là ce soir pour nous combler.

Le pianiste laisse courir ses mains sur les touches du piano pour en faire jaillir le ruissellement d’une eau vagabonde, aventureuse et désaltérante, dont la générosité ira tout au long de la soirée à travers des territoires où les nuages se font de plus en plus rares et l’air de plus en plus chaud, sans jamais nous brûler même sur les plages de Cuba !

Le contrebassiste, Darryl Hall, tour à tour passe d’un jeu lent voire nonchalant à celui plein d’énergie et d’agilité spectaculaire mais toujours avec élégance et sourires rayonnants. Ronnie Lynn Patterson chante, fredonne, scate et communique avec son public en ‘’jonglant’’ aisément entre l’anglais et le français en passant de espagnol à la langue basque avec cette décontraction toute naturelle et humble.

Pierre Thibaud, avec ses baguettes magiques ponctue et souligne finement chaque moment à l’aide de petits instruments qui teintent son geste comme l’on parfume un délicieux mets …

Il y a aussi la toute dernière partie, cet espace qui se situe entre terre et ciel, entre deux mondes et qui ne cède place qu’à soi et soi … Un sentier secret qui nous invite et nous révèle l’éclosion d’un nouveau jour et la floraison de son soleil … Dans cette espace presque introspectif qui se meut vers une autre harmonie pour déployer son bonheur pudique et vraie, un bonheur partagé qui plane et impulse deux élans de sérénité, comme une promesse réalisée, entre deux rives et sur un pont, qui nous dirait « il y a longtemps que j’attends ton arrivée »

Quelques titres parmi tant d’autres :

Dear old Stockholm (Miles Davis)

Breezin’ (George Benson)

All Blues (Miles Davis)