Buzon-Lassallette-Mirande-Pérez, one shot ?

Par Philippe Desmond.

Club-House Live Music le samedi 10 juin 2017.

Le mois de juin est toujours celui où l’année, dite scolaire, solde tous ses comptes avant la grande pause estivale. Fêtes d’écoles ou familiales, noces et banquets, manifestations sportives, culturelles, musicales… Il devrait ainsi durer 3 ou 4 semaines de plus et contenir 20 weekends. Mais ce n’est bien sûr pas le cas et c’est comme ça qu’on se retrouve un samedi à courir partout tout en sachant qu’on est en train de rater de belles choses.

Mais ce samedi soir s’il y avait un concert que je ne voulais pas rater c’était celui programmé au Club-House qu’on a toujours du mal à ne pas appeler le Comptoir du Jazz. Un quartet monté pour l’occasion par le guitariste Jean Lassallette avec son compère de Taldéa, le bassiste Nicolas Mirande, le batteur de Post Image Eric Pérez et le trompettiste jazz historique de Bordeaux Freddy Buzon. Des mois qu’on le pistait, qu’on le guettait à la sortie de son antre tant il se fait rare. Rare, pas pour tous, les soirées privées se l’arrachent… Depuis son portrait dans la Gazette Bleue de janvier 2016 on le cherchait.

Pour les 30 ans de Post Image il nous avait manqué, il en est un des piliers, alors ce soir malgré la concurrence du Festival 360 (ou j’ai passé une journée magnifique, on en parlera dans la Gazette de juillet), du Caillou, du Quartier Libre, de l’Apollo qui fêtait ses 20 ans avec Roger Biwandu and friends (un bref passage d’une heure) j’ai filé au Club-House. Un One Shot demandais-je en arrivant à Jean Lassallette ? Oui, mais non, pourquoi pas pour d’autres dates. Ils n’ont jamais joué les quatre ensemble, on ne va même pas s’en apercevoir.

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Si certains débuts de concerts sont parfois tendus ici pas le cas ; Freddy pète la forme et provoque un fou rire de Nicolas Mirande dès le lancement du premier titre. Ça part à la guitare par son compositeur Jean Lassallette et soudain le son de Freddy, ce son qui nous manquait tant, au bugle avec effets de reverb, aérien. Freddy Buzon c’est depuis longtemps le trompettiste 2.0, un des premiers à utiliser les effets électroniques et toujours à bon escient.

Intéressant ainsi son dialogue contrasté avec la guitare sèche, une belle Godin qui donne envie de la caresser, de Jean Lassallette. Qu’il joue une béguine – bien jazzifiée – comme le second titre ou une ballade ce son est toujours un plaisir à l’oreille.

Dans une chaleur équatoriale arrive le « Red Baron » de Billy Cobham avec cette rythmique sautillante si bien maîtrisée par Eric et Nicolas et un beau chorus de guitare émaillé des jaillissements de trompette, superbe.

Intermède avec un original solo de basse hispanisant de Nicolas Mirande, un peu la marque de Taldéa. On se régale.

Les musiciens commencent à s’inquiéter pour Freddy à cause de la chaleur , « c’est qu’on perd des vieux avec ce temps » rebondit-il dans un éclat de rire.

Voilà une impro comme ça au pied levé lancée par Jean sur un rythme de zouk, Freddy esquisse quelques pas de danse puis se lance en chorus et explose tout. Basse galopante, batterie de samba pour une musique chaleureuse et généreuse. Que le jazz fusion peut être lugubre et pompeux parfois et bien pas ce soir.

 

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Sur le titre de Taldéa « un après-midi d’hiver » (mon œil il fait au moins 40 degrés) c’est encore un festival et notamment d’Eric Pérez qui cogne ses toms à pleine puissance avec…les balais, et oui pas le temps de changer tant le titre est nuancé.

Un petit dernier, on le sent arriver de suite avec le lancement au baguettes, c’est « Stratus » vite confirmé par son énorme riff de basse et le stratus se transforme en cumulonimbus pour un orage de guitare et de trompette.

Un coup de maître mais il ne faut pas en rester là les amis, il faut nous le refaire ! Allez un quartet ça ne prend pas de place, qui se dévoue pour les programmer ?

Gazette Bleue n°14 – Janvier 2016

http://club-housebordeaux.fr/

 

Magique Post Image

par Philippe Desmond, photos Alain Pelletier.

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Magique et rare, trop rare Post Image, alors ce soir ne ratons pas ce concert à la Guinguette chez Alriq, ce lieu enchanteur que le Belem vient de saluer en passant, suivi quelques minutes plus tard par un énorme immeuble flottant immaculé, certainement plus confortable mais moins enchanteur, au point de nous masquer le sublime coucher de soleil sur les façades bordelaises.

Autour d’un des créateurs du groupe Dany Marcombe (basse) et de deux piliers du projet initial Freddy Buzon (tr, bugle) et Patricio Lameira (g, chant) trois éléments incontournables depuis des lustres dans le groupe Jean-Christophe Jacques (st, ss), Eric Perez (dr) et Frédéric Feugas (claviers, machines). Bientôt 30 ans que cette formation existe ! Après des années de folie avec de nombreux concerts dont certains partagés avec les plus grands, leurs prestations se font plus espacées sans que la qualité de leur musique ne soit nullement mise en cause, la preuve va nous en être donnée ce soir.

Le concert démarre très fort avec une composition de Jean-Christophe Jacques, pulsations puissantes de la rythmique basse-batterie soutenues par le riff incessant de la guitare, clavier et machines apportant une touche électro planante et actuelle ; sur cette trame épaisse Freddy et Jean-Christophe ajoutent de la fine broderie, souvent collés l’un à l’autre, à l’unisson ou à tour de rôle. Étonnant contraste entre cette rythmique soutenue et cette finesse.

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Freddy c’est notre Miles, chez lui les murs sont tapissés de photos du maître (voir portrait dans la Gazette Bleue #14 de janvier 2016) il le respecte, il ne le singe pas, il s’en nourrit. Dans ses mains – avec quelquefois une cigarette entre les doigts – la trompette devient parfois guitare ou claviers grâce aux effets électroniques. Ce soir Freddy a plaisir à jouer, il le dira mais ça se voit et surtout ça s’entend, il nous épate encore.

Jean-Christophe tant au soprano qu’au ténor c’est l’élégance, la musicalité, la pureté du son (portrait dans la Gazette Bleue # 11 de juillet 2015) lui aussi se fait plaisir, nous fait plaisir avec ses deux superbes instruments.

Dany Marcombe tisse lui inlassablement sa trame de fond, d’un son profond et intense, il est le pivot de l’ensemble comme il en est le créateur.

Dans ce travail de tissage il a un compère de choix en la personne d’Eric Pérez et son drumming riche et dynamique ; une batterie avec un énorme tom basse pour un son particulier.

Au claviers et aux machines Frédéric Feugas participe lui aussi à cet ouvrage en créant des nappes sonores insolites, allant de l’orage à l’écoulement de gouttelettes de rosée.

Patrice Lameira alternant guitare électrique et acoustique ajoute de la tension ou de la délicatesse. Quand sur certains titres il chante de sa voix haute les notes en même temps qu’il les joue, il apporte une dimension troublante.

Les musiciens se connaissent par cœur, l’osmose est bien là. Sur certains titres ça monte, ça monte jusqu’au climax avec un groove extraordinaire. C’est de la musique chaleureuse loin de la froideur d’un certain jazz fusion, on ressent des influences ethniques, de l’Est, de l’Afrique, du Brésil parfois dans la batterie. C’est un plaisir absolu pour nous ce soir, plaisir de les entendre, plaisir de les retrouver.

Le répertoire reprend une bonne partie du dernier album « Mandragore » sorti en 2011 déjà. Après une pause bienvenue en cette chaude – enfin – soirée d’été – enfin – le groupe nous offre même un magnifique « A Love Supreme – Acknowledgment » avant de revenir à ses propres compositions ; un régal suprême.

Ce soir l’institution Alriq retrouvait l’institution Post Image, les retrouvailles sous les lampions furent magiques.

http://post.image.free.fr/

La Gazette Bleue sur www.actionjazz.fr

Buzon Buzon au Jamón Jamón

par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc

Depuis peu un nouvel endroit bordelais accueille de la musique et plus particulièrement du jazz, c’est Jamón Jamón une épicerie bistrot aux accents espagnols, tout près du cours de l’Intendance. Bonne idée.

C’est la deuxième fois que s’y produit en trio le trompettiste Freddy Buzon mais avec des musiciens différents.

Hier il était entouré de Valérie Chane-Tef l’éclectique pianiste (voir la dernière Gazette Bleue #10 ; lien : http://fr.calameo.com/read/0028960393c924db44835 ) et François Mary contrebassiste de référence. Freddy Buzon est une figure dans le milieu, reconnaissable à son look de vieil ado, mais c’est avant tout un musicien remarquable qui a bourlingué partout et notamment avec sa formation phare Post Image, le réputé groupe de jazz fusion.

Le lieu n’est guère propice à accueillir des musiciens, ceux-ci étant confinés dans un coin près du bar. Un trio rentre juste, au-delà ce serait difficile. Je les trouve attablés derrière le piano et me joins à eux pour déguster quelques délicieux pinchos et un verre de rioja. La moyenne d’âge tourne autour de la trentaine, l’ambiance est bruyante et pour les musiciens ça ne va pas aller en s’améliorant…

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Deux minutes avant de jouer ils n’ont qu’une vague idée de la play-list du soir, des standards mais aussi des compositions de Valérie Chane-Tef, « on va voir comment ça se passe ».

Après un premier titre, Freddy se fait Chet pour un magnifique développement de « Whisper not » les chorus s’enchaînent dans l’indifférence générale et pourtant que ça joue bien ! A ma droite quelques blondes pianotent addictivement sur leurs smartphones, devant moi Valérie pianote elle merveilleusement sur son clavier. François Mary tire sur ses cordes avec une joie communicative. Timides applaudissements ; ingrats !

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Du coup Freddy décide de changer de registre et avec son bugle attaque Sunny le classique de 1966 qui « grâce » à Boney M parle à beaucoup de monde. Ca groove bien, les musiciens se marrent avec connivence, Freddy va dire un bonjour par-là laissant les deux autres tenir la boutique, il revient enchaîne merveilleusement. Eh les gars et les filles vous avez ce soir de magnifiques musiciens et vous ne vous en apercevez même pas ! Par contre question tapas et apéros là ça y va.

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Valérie enchaîne sur « ou pas » une de ses compositions, très élégante et très Chick si j’ose dire et laisse libre cours à son talent malgré le bruit de fond grandissant. Autour d’elle les deux compères s’amusent.

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On fait « So what » ? Non plutôt « One day my prince will come ». Bien joué, Blanche Neige ça parle à toutes les générations, on sent des réactions sur les visages. Les musiciens ça les fait sourire, ils en profitent pour se faire de petites piques musicales. Ils savent où et devant qui ils jouent mais finalement se font vraiment plaisir ainsi qu’aux quelques oreilles qui les écoutent.

Le lieu va se remplir de plus en plus, laissant encore moins d’espace et d’aisance à Valérie Chane-Tef et son piano. Mais tout cela est très gai et finalement ne vaut-il pas mieux jouer ainsi que devant un public compassé et guindé ? Je les laisse dans ce brouhaha, plein de bonne humeur et pas dupes. Bravo à tous les trois, moi je me suis régalé avec un panoramique sur le clavier dont pas une touche frappée ne m’a échappé. Mais il y a encore du boulot pour que le Jamón Jamón soit rebaptisé le Buzón Buzón…