Akoda au Jazz Club [at] Sortie 13

par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

Sortie 13, vendredi 3 février 2017.

Une soirée comme celle-là ça fait plaisir, découvrir un nouveau lieu culturel au milieu d’amis et pour écouter des musiciens qu’on aime, en plus quand l’apocalypse est annoncée pour la fin de la nuit !

Ce nouveau lieu c’est « Sortie 13 » tout près de la sortie 13 – sans blague – de la rocade bordelaise à Pessac. Des anciens bâtiments d’un journal gratuit local transformés en lieu culturel. 600 m² dédiés aux expositions de peinture, photo, sculpture (en ce moment des œuvres magnifiques de Lucile Callegari – Phil Meyer – Mikki sur le thème « Instants de femmes »), aux concerts de tous styles et donc ce soir de jazz.

La programmation jazz est assurée pat [at] évènements comme au Caillou. Le tempo prévu est d’une fois par mois sous le nom de « Jazz Club [at] Sortie 13 ». L’endroit est composé de trois espaces, une salle d’exposition, une salle de concert de 120 places debout et une salle de bar de taille modulable, grande ouverte hier soir.

C’est Akoda et son jazz créole qui ouvre le bal à l’occasion de la sortie – une release pour les initiés – de son dernier EP « Résonances » récemment enregistré au studio Cryogène de Bègles. Des nouveautés donc dans la lignée de leur tonalité exotique et bien sûr leurs « standards » comme la version fulgurante de « Bonnie and Clyde » de Gainsbourg.

Le concert se déroule dans la salle du bar mêlant chaises, poufs, canapés mange-debout, tables, un endroit sympa. Quelques tapas, un verre – pour commencer – et c’est parti.

Valérie Chane-tef est vraiment très émue, elle s’est beaucoup investie dans ce nouveau projet et en plus de ses fidèles Franck Leymerégie aux percus et Benjamin Pellier à la basse elle a invité d’autres musiciens pour se rassurer. Intro de piano et ensuite une succession de rythme et de douceur, et toujours cette émotion joyeuse dégagée par le groupe comme dans « Amour Content » une des compos originales de VCT.

Pour « Résonances » Laure Sanchez nous offre sa douce voix – je suis fan – et François-Marie Moreau ajoute ses touches de sax, c’est cool. « Easy » et sa mélodie nostalgique , un titre pas si facile que ça, qui commence délicatement comme un concerto de piano – ah si elle avait un vrai piano ! – et se termine en transe permet d’admirer la palette de chacun.

Un vieux tube des Îles arrive maintenant sur un bien joli arrangement, « Maladie d’Amour » d’Henri Salvador, pas celle de Sardou faut pas charrier ! Une surprise sur ce titre avec la venue du guitariste Gaston Pose qui fait un bond de son Argentine natale vers les Antilles.

Sur l’indémodable « Nature Boy » c’est au tour de FMM de nous étaler ses talents de crooner en duo avec Laure, la rythmique bien souvent très virevoltante de Franck et Benjamin se faisant ici délicate sur un arrangement latino très réussi . Un concert comme celui-là sans Ceïba ce n’était pas possible alors la voilà bien sûr avec toujours ce corps ondulant de rythme et cette voix chaude.

Valérie va exceptionnellement laisser sa place au piano à FMM pour nous montrer qu’elle aussi sait chanter et drôlement bien en plus ; elle s’est détendue tout au long du concert et elle est maintenant rayonnante.

Encore une surprise dansante et bondissante cette fois, Agnetha Dihy en solo puis en duo mixte magnifique lors du rappel !

L’air de rien, un concert de deux heures, le temps est passé très vite.

Vraiment une soirée bien agréable, cool, cosy et très amicale, avec des musiciens bourrés de talent et de gentillesse, dans un lieu à découvrir et qui manquait dans ce coin.

http://www.sortie-13.com/

http://akoda.e-monsite.com/

 

Tri-Nation guitar trio aux jeudis du Jazz

Par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

Jeudi 15 décembre 2016, Centre Culturel de Créon (33)

tdbh0941-modifier

Les vacances se profilent, celles de Noël à en croire les guirlandes lumineuses qui jalonnent mon parcours jusqu’à Créon pour un traditionnel « jeudi du jazz », systématiquement placé avant chaque congé scolaire. Traditionnelle dégustation de vin avec ce soir un délicieux « La Parcelle » de Haux.
C’est au Tri Nation Guitar trio d’animer le lieu à l’invitation de nos amis de l’association Larural, des gens précieux. Une nouvelle fois la salle est pleine, ceux qui connaissent et ceux qui viennent découvrir, les plus nombreux. Le nom du groupe s’inspire librement de celui du championnat de rugby, désignant ici les trois pays pratiquant ce sport dont sont originaires les guitaristes, l’Australie de Dave Blenkhorn, l’Argentine de Gaston Pose et la France de Yann Pénichou. Sur scène donc, un drôle de mélange avec un wallaby, un puma et un coq pour une cohabitation qui va s’avérer des plus harmonieuses.

tdbh0929-modifier
Mise en scène minimaliste sur fond de rideau rouge et surprise quant au choix des guitares. Dave dispose d’une Stratocaster de rocker, immaculée, Gaston d’une guitare acoustique et Yann de sa guitare de jazz demi-caisse. Choix délibéré pour trancher de l’uniformité de timbre du jazz manouche par exemple ? Oui mais pas seulement, Gaston me confiera que le choix de la Strato par Dave est dû à un problème sur sa demi-caisse lors d’une répétition et que le résultat leur a plu justement par ce contraste.

tdbh0931-modifier
« Favela » de Jobim lance harmonieusement le concert laissant découvrir la structure du groupe. Gaston Pose « une section rythmique à lui tout seul » selon Dave, les deux autres se partageant les mélodies et les chorus ; mais il y aura des exceptions bien sûr. « Freight Train » de Coltrane ensuite dans une version méconnaissable pleine d’une légèreté insolite pour cette évocation d’un train de marchandises. Le ton du concert est donné, il va être cool, apaisant, paisible, trop me confie même un ami. Et bien justement tout ça fait le plus grand bien et d’ailleurs la salle s’en accommode parfaitement avec une réelle écoute, toujours remarquable ici.

tdbh0906-modifier
Baden Powell bien sûr avec « Berimbau » immortalisé chez nous par le « Bidonville » du grand Nougaro. Harmonie des guitares, rythmique impeccable. Ils enchaînent avec une version blues intimiste et minimaliste de « Mood indigo » de Duke Ellington, chantée par Dave, les notes des guitares roulant comme des perles. Le tour d’horizon des grands jazzmen continue avec un thème de Charlie Parker sur un tempo plus envolé, de Bird bien sûr.
Dave Blenkhorn joue mais il compose aussi et en bon Australien il nous propose sa « Dave’s Bossa Nova », Gaston marquant le tempo sur sa caisse de guitare. Un medley avant la pause confirme le choix éclectique et grand public du répertoire avec « Nuages » dont je n’avais jamais entendu la mélodie sortie d’une Stratocaster – ça marche drôlement bien – enchainé par « Les Copains d’Abord » et conclu par la valse « Indifférence » de Tony Murena.
L’ambiance dans la salle est très sereine, très bon enfant et déjà les musiciens se mêlent au public ce qui est toujours apprécié.

l1000385-modifier-2
On repart avec Django et sa « Douce Ambiance », de circonstance donc, puis une version insolite de « Cherokee » celui-ci devant être un cousin des autres, vivant dans une tribu brésilienne. Gaston Pose lui aussi compose et propose « Ma Moitié de Citron » à l’intro claptonienne. Sur le titre suivant il reste seul en scène avec une autre composition personnelle, une douce chanson d’amour « Samba para Anita de Jerez » ; le message pour Anita me paraît très clair malgré mon Castillan de Costa Brava… A l’issue de cette ballade Gaston nous précise avec humour qu’il est « le tranquillo des trois » ; pas toujours. Encore un titre de Gaston avec « Valse para Lucho Gonzalez » en hommage au musicien péruvien et enfin une belle composition de Yann Pénichou « Blue Sleeves ». Musicalement tout cela est d’une grande délicatesse, à l’opposé des guitar heros et des concours de riffs de certains, on est ici dans l’élégance, la sensibilité.
Un nouveau medley annonce la fin du concert, un pot-pourri plutôt – mais au fait pourquoi pourri ? – car fait de titres bien de chez nous, pensez-donc, « La Javanaise », « La Mer » et « La Vie en Rose » ! Et toujours cette belle harmonie des guitares devant le public captivé et le plus discipliné du monde.
En rappel « une version de « Sunny » avec un arrangement, que personnellement j’adore, qui en dévoile un peu plus sur l’énergie et le groove qu’est capable aussi de transmettre le trio qui ce soir est resté très sage, trop répète mon ami. Mais non, un peu de douceur dans ce monde de brutes ça fait un bien fou !

l1000388-modifier