Chroniques Marciennes 3.13

Chapiteau de Marciac le 5 août 2017, Chronique de Fatiha Berrak, photos de Thierry Dubuc

 

Carte Blanche à Henri Texier

 

Henri Texier : contrebasse

Airelle Besson : trompette

Sébastien Texier : saxos

François Corneloup : saxo baryton

Jocelyn Mienniel : flûte

Manu Codjia : guitare

Louis Moutin : batterie

Manu Katché : batterie

Henri Texier est le grand chef autour duquel se tient une belle assemblée. La « French All Stars », où chacun apporte l’élément essentiel de sa touche personnelle. Sur une trame musicale tissée tout au long de cette soirée, tel un bijou orchestral, incrusté de perles auditives. Nous sommes dans le registre d’un hommage dédié aux peuples des grandes plaines et des grands espaces amérindiens. Notamment avec un très beau titre parmi d’autres, « Sand Woman ». Les Sioux, les Comanches sont évoqués.

Manu Katché est l’invité spécial d’Henri Texier, il se tient sur sa monture or et feu qu’il cingle de ses houssines de maestro. Du Solo aux duos éclatants avec son compagnon de chevauchée Louis Moutin.

Airelle Besson, François Corneloup et Sébastien Texier, cuivrent et colorent le paysage sauvage et gracieux sur un nuancé de vert et de bleu. Manu Codjia illumine le ciel aux rayons de sa guitare

et la flûte de Jocelyn Mienniel, élève le chant des oiseaux et leur attribue des ailes, comme autant de messages au-dessus des nuages …

Il y a aussi cet hommage dédié à un ami disparu avec le titre « Sunshine ». Si vous avez manqué ce voyage, dites-vous qu’il était quasi chamanique.

Alors que Henri Texier décoche les plus belles flèches de son carquois, Manu Katché et Manu Codjia font résonner sur terre, la ruée de sabots de bisons encore libres en ces lieux. Ils sont conduits par les parfums du printemps, puis de toutes les saisons qui se jouent dans la joie aux confins de ces plaines encore vierges de la moindre idée, celle qui sème convoitise et haine, ici comme ailleurs. Que cessent les pleurs afin qu’éclosent toutes fleurs.

Ça balance à Capbreton. Août of Jazz 2016


Par Philippe Desmond.

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La déambulation musicale du Bignol Swing se termine sous les chaleureux vivas du public, juste le temps de passer un moment chez Tap-Tap le bar tapas du marché de Capbreton. « Tu viens aux balances cet après midi ? » me lance Bernard Labat un des organisateurs du festival Août of Jazz. Tiens, bonne idée, le temps est maussade on sera mieux qu’à  la plage. Bonne idée  ? Non, excellente idée !

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Sur scène au milieu de l’agitation habituelle de ces moments, pas moins de six musiciens, tous vainqueurs en leur temps du prestigieux prix Django Reinhardt de l’Académie du jazz. Allons-y : le « Roi René » Urtreger (piano, prix 1960), Henri Texier (contrebasse, 1977), Eric Le Lann (trompette, 1983 ), Louis Moutin (batterie 2005), Pierrick Pedron (sax alto, 2006 ) et Géraldine Laurent  (sax alto, 2008) !  Ils sont réunis grâce à  François Lacharme directeur musical du festival mais aussi président de l’Académie du jazz. On fait les choses bien à  Capbreton.

C’est René Urtreger qui « dirige » l’équipe ;  il n’arrête pas de plaisanter, de jouer avec les mots, de faire des calembours douteux. Un boute en train. Il joue aussi… Henri Texier tient le rôle du sage, assis derrière sa « grand mère » il recadre les tonalités bien assisté par Pierrick Pedron qui est visiblement un puits de science musicale. Louis Moutin toujours branché sur le 10000 volts donne le tempo ou plutôt le propose car ça discute pour quelques bpm ; pas au métronome, au feeling : padam padam padam. Éric Le Lann se bagarre avec un mini micro-clip de trompette qui cohabite mal avec son retour. Quant à  Géraldine Laurent elle ne tient pas en place mais donne toujours un avis pertinent, sur l’ordre des chorus notamment ;  c’est vrai que parfois ça  fait un peu armée mexicaine tout le monde commandant ou essayant de le faire. Mais que de bonne humeur sous les rires de René  ! Un bout de « Milestones « , deux trois réglages,  c’est bon, c’est « facile ».

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La playlist élaborée par le roi René


– C’était prévu ça ?
– non !
– On le garde c’est bon.

– OK mais sans les couac.


Sur scène les techniciens s’activent, se parlent à  haute voix pendant la musique “ la grosse caisse sur le 18”, les photographes mitraillent,  un joyeux bazar. On voit les choses se mettre en place, les assaisonnements se préciser, un moment  vraiment  intéressant qui montre que même les grands ont des hésitations, des incertitudes et se remettent sans cesse en question. Le concert apportera les réponses à ces questions : magnifique.

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Au tour de Sinne Eeg et se son trio de se mettre en place. Sauf que depuis deux jours ce trio n’est plus qu’un duo, le batteur étant tombé d’une scène  – accident relativement courant – et s’étant sévèrement blessé. Au pied levé,  ça s’est décidé la veille, c’est Dré Pallemaerts – qui jouait dans le trio de Paul Lay le vendredi – qui assure la suppléance. Il a reçu les partitions vers 17 heures au début des balances. Il va donc répéter des bouts de morceaux en déchiffrant, Sinne lui expliquant ce qu’elle souhaite et lui proposant même de placer un solo sur un titre.

– I’m sorry Dré it’s very tiny

Mais Dré n’est pas n’importe qui – en plus d’être musicien il enseigne la batterie au Conservatoire de Paris  – et il apprend vite. C’est ahurissant.

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François Lacharme m’avait averti « en balances elle ne se livre pas beaucoup  » pourtant je la trouve déjà très à  l’aise, voix immédiatement en place. Quelques légères vocalises, pas de scat. Elle est très pro, très pointilleuse. Pour « les moulins de mon coeur » de Michel Legrand elle va travailler une bonne demi heure, soignant les détails, reprenant l’introduction,  le final. Du travail de précision.

– It works.

– No ! It kills ! précise Sinne

Le concert donnera raison à François Lacharme, Sinne physiquement métamorphosée, coiffure sophistiquée, talons aiguilles au lieu de ballerines, va nous éblouir. Sa voix, son charme, sa présence sont extraordinaires. Nous avions vu la préparation de la pâte dans l’après midi, là  nous goûtons le pain tendre et croquant, doré à  point. Elle chante et  scate à merveille. Le trio au top et Dré comme s’il avait toujours joué dedans !


Le soir donc, grâce à ces instants privilégiés, le concert aura une autre couleur. Si vous avez un jour une telle opportunité saisissez la c’est unique.

NB : le compte rendu complet du festival paraîtra dans la Gazette Bleue de novembre.