Thomas Bercy trio invite Duke Ellington

par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat.

Festival Jazz and Blues

Château Latour-Martillac (33)

jeudi 8 juin 2017.

Il y a des pianistes avares de notes et d’autres plus généreux sans pour autant être prolixes. Thomas Bercy fait partie de cette dernière catégorie, c’est notre McCoy Tyner, un pianiste au style lyrique, foisonnant. D’ailleurs Thomas joue souvent son répertoire ou celui bien sûr de John Coltrane mais ce soir il avait une commande de Jacques Merle, l’organisateur du festival Jazz and Blues, faire du jazz « classique » jouer du Duke Ellington… en trio. Un jour, à quelqu’un qui lui demandait de faire du jazz moderne, Duke a répondu « Pourquoi voulait vous que je recule ainsi autant dans le passé ? » boutade rappelée par Thomas car cette musique est intemporelle et surtout adaptable à dessein à toutes les époques, tous les styles.

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Ainsi il a accepté la proposition et s’est mis à retravailler un répertoire qu’il jouait dans le passé sauf un titre emblématique qu’il propose régulièrement, on en reparlera. Pour l’occasion il a gardé Jonathan Hédeline son fidèle contrebassiste depuis trois ans et s’est adjoint un spécialiste de ce que les amateurs d’étiquettes appellent le jazz classique, le sensationnel batteur Guillaume Nouaux. Des sensations il en donne à chaque fois en effet.

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A propos d’étiquettes mais dans un autre genre en voilà qui portent les jolis noms de Château Latour-Martillac, Château le Sartre, Lafargue, Bardins. Et oui comme d’habitude une dégustation de Pessac-Léognan est proposée avant le concert qui se déroule dans le magnifique site du premier château nommé, un Grand Cru Classé. La famille Kressman propriétaire des lieux est d’ailleurs là, presque au grand complet, pour accueillir le public dans la belle salle de réception. Il y a bien cent cinquante personnes présentes et ça c’est une bonne nouvelle et une joie pour les musiciens, ils m’en parleront.

Thomas Bercy ne pouvait pas commencer par un autre titre du Duke que « Take the Coltrane », morceau qui va donner le ton de la soirée ; du Ellington mais à la manière Bercy (Thomas, pas l’autre). Titre qui figure sur l’album de 1962 cosigné de ces deux seigneurs du jazz. Ca part très fort, Thomas ruisselle déjà et s’envole dans son univers, il grimace, souffre de plaisir, chantonne à la manière d’Eroll Garner. En plus ce soir il a un vrai et beau piano !

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Pas de round d’observation non plus pour Jonathan et Guillaume, ça promet.

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Voilà « Come Sunday » un titre plus gospel puis l’éternel « Take the A Train » qui en trio prend une autre dimension au gré des chorus de Thomas, Guillaume Nouaux aux aguets ne le quittant pas des yeux.

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Très beau passage avec « Azure » sur un arrangement intimiste d’Olivier Gatto joliment servi par son ancien élève Jonathan Hédeline, avant l’éblouissant « Perdido » de Juan Tizol le tromboniste de Duke. Thomas Bercy le tord très vite à sa façon puis Guillaume Nouaux nous embarque très loin dans un solo d’un autre monde, provoquant des ovations spontanées, revenant petit à petit dans le thème de par sa mélodie comme il sait si bien le faire avec ses baguettes.

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On redescend sur terre par « In a Sentimental Mood » alors que l’orage se déclenche et que le bruit de la pluie fait écho au son des balais sur la caisse claire. Thomas l’entend et cite plusieurs fois « Singing in the Rain » dans son chorus, ainsi que, plus insolite, « La Maison près de la Fontaine » un thème qu’il adore. « Day Dream » puis « Mack The Knife » mais sans Ella et évidemment le titre que tout le monde attend est qui est un peu devenu l’hymne de Thomas Bercy « Caravan ». Thomas et sa productrice Cécile Royer animent en effet dans le Sud Gironde et bien sûr au-delà, le Collectif Caravan dont ce blog relate souvent les événements. Chaque bœuf mensuel organisé par ce collectif se termine avec des « Caravan » à toutes les sauces voire salsas.

Très musclée ce soir la caravane, chaque membre du trio faisant avec elle un dernier – ou presque – tour de piste flamboyant. Deux titres en cadeau bonus vu l’ovation finale et un grand bonheur pour tout le monde.

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Dehors c’est toujours le déluge mais sans grêle c’est bon pour la vigne.

Jubilatoire Section Rythmique !

Par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat.

Festival Jazz and Blues

Château Lantic, Martillac (33)

mercredi 7 juin 2017

Dans l’esprit de certains la batterie n’est pas un instrument de musique. Qu’ils aillent donc écouter Guillaume Nouaux ils verront qu’ils se trompent lourdement. La plupart des batteurs, de jazz je précise, font effectivement de la musique avec leur instrument lui il fait en plus de la mélodie et là c’est plus rare.

Certes sa formation principale s’appelle « La Section Rythmique » mais c’est pour mieux vous surprendre.

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Hier soir nous étions une belle assemblée à assister au concert de ce trio au Château de Lantic à Martillac dans le cadre du 22ème Festival Jazz and Blues. A Bordeaux qui dit château dit vin – divin – et bien-sûr il s’agissait de Pessac-Léognan à déguster comme viatique avant le concert. Un bon début.

Avec Guillaume Nouaux donc, Dave Blenkhorn à la guitare (une Gibson très vintage) et Sébastien Girardot à la contrebasse (une grand-mère qui apparemment a eu une vie agitée). Deux Australiens, dont un avec un peu de sang français comme son nom ne peut le cacher, pour épauler le natif d’Arcachon. Une formation plus que solide dont le dernier CD collectionne les éloges de la presse.

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L’idée est simple, revisiter de façon actuelle de vieux standards en les dynamisant voire même en les dynamitant pour certains. Il va y avoir du swing !

« Hard Times » pour commencer, un blues qui se promène tranquillement sur une rythmique légère, une vraie dentelle tissée par Guillaume Nouaux avec ses baguettes très fines et jouant pieds nus pour plus de feeling, Dave faisant lui de la broderie à la guitare.

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Ambiance New Orleans avec « Just a Closer With Thee » morceau de parade est-il précisé mais ce soir sans parade, un blues de Memphis Slim ensuite et les choses sérieuses commencent pour Guillaume Nouaux avec un titre de batteur, Smokey Johnson, « It Ain’t My Fault ». Soutenu par un Sébastien Girardot électrisé, tirant sur ses cordes tel un arc, Dave égrenant la mélodie Guillaume va attaquer son festival. C’est un des meilleurs batteurs que je connaisse qui à chaque fois arrive à m’épater, comme hier soir… à la contrebasse, Sébastien faisant les accords de sa main gauche et Guillaume frappant les cordes avec ses baguettes. Ce qui a donné un coup de fouet au vieux saucisson « It Don’t Mean A Thing » déjà bien secoué par Sébastien Girardot, seul à la contrebasse, alternant la mélodie et des séries de slaps ; incroyable.

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Un peu de Billie Holiday avec la voix de crooner de Dave puis une version percutante de « The Mooche » batterie au taquet et contrebasse type Rockabilly !

Pause méritée avant le second set où une surprise nous attend, George Washingmachine – Stephen Washington à l’Etat Civil – avec sa voix et son violon.

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Nous étions quelques uns à l’avoir vu en février 2016 à Bordeaux (chronique dans ce Blog) et sa participation a rajouté encore davantage de plaisir à cette soirée. Guitare, contrebasse, violon et ça c’est mis à sonner « French Strings » comme à la belle (?) époque du Hot Club de France. Réel talent que cet Australien au chapeau zaninesque.

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« Birth of Blues » puis un « Night Train » inhabituel, la mélodie étant jouée sur les peaux de la batterie ; Guillaume Nouaux nous avait déjà fait le coup une fois sur « Moanin’ » mais c’est toujours surprenant. En véritable show man faisant se pâmer l’assistance, et en conclusion d’un gros chorus joué les yeux fermés, plein de concentration, il nous fait le coup de la baguette coincée dans le charley – « débloquée » par Sébastien – puis nous joue « la Marseillaise » sur la cymbale crash en la déformant sous son aisselle !

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Attention, pour faire le clown comme ça il faut être un maître absolu de son instrument, il l’est. Certains grincheux vont me dire oui mais l’émotion là dedans ? Je précise que la joie est une émotion et pas la moindre et elle habitait toute la salle et la scène aussi.

En rappel et pour la route, un « Tea for Two » sans alcool mais bourré d’énergie avec un tempo au delà des vitesse légales.

Un concert jubilatoire !

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Si vous lisez cette chronique à temps sachez que Guillaume Nouaux sera ce soir au château Latour -Martillac toujours pour ce même festival au sein du trio du pianiste Thomas Bercy avec Jonathan Hédeline à la contrebasse. Au programme du Duke Ellington ; 21 h.

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Deux filles dans le rétro…

Deux filles dans le rétro…

Festival Jazz and Blues de Léognan
3/06 /2017

Annie Robert

Pour cette deuxième soirée du Festival Jazz and Blues, les Halles de Gascogne laissait la part belle aux filles…. Deux jeunes et jolies nénettes, une blonde, une brune, deux chanteuses revisitant chacune un moment de l’histoire du jazz vocal.

Grand saut en arrière tout d’abord, dans les années 20/30, avec Sarah Lenka, qui nous replonge dans le répertoire de Bessie Smith, qui a fait du roman personnel et de sa trame de vie rugueuse( boîtes louches, nuits blanches, bagarres, gin et joints ) son pain quotidien et l’inspiration d’une partie de ses chansons. Du lourd, du pimpant, du tragique.
Le parti pris d’un quintet sans drums avec seulement des cordes ( Taofik Farah / Guitare et Manuel Marchès/ Contrebasse) et un banjo très « Mississipi time » (Fabien Mornet) renforce ce retour temporel dans un registre folk blues entre prohibition et roue à aube… La trompette de Camille Passeri souvent en mode sourdine ponctue d’envolées plus larges, ces colorations d’arrière-cours enfumées.
Le choix artistique du retour vers le passé fonctionne à plein.

Sarah Lenka Quintet

Sarah Lenka possède un grain de voix très particulier, un voile éraillé séduisant qu’elle sait faire coquin ou bastringue, un timbre remarquable et très reconnaissable, une belle puissance, de la présence et un contact facile avec le public. Un chanteuse qui en jette et qui se donne sans compter.

Sarah Lenka

Elle contextualise chaque chanson choisie ( parfois trop ?) et les interprète à sa manière, avec engagement comme dans « After you come »   ou « Late walking baby ». Les chansons de Bessie Smith dénoncent la condition humaine, l’amour, le désir, la jalousie, la fatigue d’un monde trop rude. On pourrait les croire intemporelles tant elles peuvent être partagées. Mais le style a bien vieilli, il reste sage, calibré, trop canaille pour être émouvant, trop policé pour rentrer dans l’intime. Il y a peu d’improvisation possible, peu de chemins de traverse à aborder. Et au bout de sept ou huit chansons, le plaisir de l’écoute s’effrite lentement.
Pourtant une petite bulle d’émotion va surgir sur trois morceaux plus intimes avec en particulier un moment voix / contrebasse, très épuré, très simple, un gospel en retenue et sensibilité dans lequel elle élimine toute facilité vocale. Et on se plait à imaginer ce que la voix si particulière de Sarah Lenka pourrait exprimer dans un registre différent. On l’attend et on l’espère avec des choix artistiques à venir plus contemporains qui devrait la révéler davantage.

Après un entracte bienvenu (il fait chaud sous la halle et une gorgée d’eau ou de bière est obligatoire..) c’est au tour de la brune et pétillante new -yorkaise pleine d’allant Champian Fulton de nous prendre par l’ oreille musicale pour un nouveau bond dans le passé jazzistique… Cette fois ci destination année 50/60 , l’ère du swing dans son plus bel écrin.
Champian Fulton, au piano est un belle héritière d’un jeu à la Errol Gardner: swing endiablé, main gauche régulière et accords sur tous les temps ; mélodie à la main droite, block chords et successions d’arpèges en gamme blues…ça frétille dans le clavier, ça s’agite sur les touches, ça coule sans difficulté, avec aisance et générosité. Rajoutez à cela une voix légère mais souple, ample, avec des nuances maîtrisées dans la lignée d’une Dina Washington. On joue sur du velours, de la brillance, de la chatoyance, on est en pays de connaissance
.
Elle alterne de grands standards «  What a difference » ou « All of me » par exemple avec des compositions personnelles dans la même veine, sur lesquelles elle chante peu ou pas du tout et laisse son piano s’exprimer pour elle.
Les morceaux possèdent une structure que l’on pourrait qualifier de « classique » avec une belle part laissée aux deux instrumentistes qui l’accompagnent et qui le méritent.bien.  Philippe Soirat à la batterie bien trempée et délicate, ne surchargera pas un beau solo au balai, et son travail d’un groove impeccable est toujours adapté et attentif. Quant à Gilles Naturel, il a la contrebasse  expressive, pleine de peps (à noter une belle impro à l’archet, plutôt rare !)

Champian Fulton trio

C’est un répertoire classique, fait de respect et de tendresse mêlés qui s’égrène, un moment de plaisir qu’il faut prendre sans rechigner.

Certes, on n’est pas surchargé de surprises, de ruptures ou d’émotion fortes…
Mais le bien être suffit parfois au bonheur d’une soirée.

Alexis Valet sextet à Jazz and Blues

par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

Festival Jazz and Blues

Beautiran (33) le 1er juin 2017.

Le vibraphone est un curieux instrument, il ne laisse certainement pas indifférent. Un lointain cousinage avec un orgue de par l’utilisation de tubes métalliques, une mécanique complexe en font un drôle d’engin musical, classé parmi les percussions mais aussi joué souvent par des pianistes. Vieux de cent ans il s’est imposé dans le jazz avec, dans des styles différents, Lionel Hampton, Milt Jackson et bien sûr Gary Burton.

A Bordeaux ils sont deux jeunes musiciens à exceller avec, Félix Robin avec le groupe Capucine et Alexis Valet qui ce soir est à la tête de son sextet pour le concert d’ouverture du 22ème festival Jazz and Blues.

Un sextet de jeunes grands talents qui commencent à bien rayonner en dehors de la région avec Simon Chivallon (piano électrique), Olivier Gay (trompette), Jonathan Bergeron (sax alto), Tom Peyron (batterie). Ils sont chaperonnés par Nolwenn Leizour (contrebasse) qui malgré sa belle jeunesse fait ici figure de doyenne.

Malgré la forte promotion de l’événement le public a eu du mal à trouver le chemin de l’espace culturel de Beautiran et comme très souvent les absents ont eu tort, ce qui permet d’affirmer que nous les présents avons eu raison.

Hormis une composition de Jacques Schwarz Bart, « Blues Jonjon » tous les titres joués ce soir seront des compositions de trois des musiciens, Alexis, Jonathan et Olivier. De bons instrumentistes il y en a pléthore, de bons compositeurs il y en a déjà moins, ils en font partie.

De la modernité de suite avec « Chich Taouk »* de Jonathan Bergeron qui sur une base rythmique soutenue va d’abord permettre des chorus flamboyants de trompette et d’alto, une étonnante impro de piano aérienne de Simon – qu’il est bon ! – suspendant le temps un moment, avant que le vibraphone – un Musser pour les connaisseurs, un must – et ses notes tenues ne vienne ajouter sa tonalité douce et pastel. En solo à deux baguettes (des mailloches) ou en harmonie à quatre Alexis en est un maître ; s’ajoute le plaisir visuel, persistance rétinienne oblige, de voir les arabesques des mailloches accompagner cette sonorité si particulière.

« Yaoundé » et son intro de haute volée et « Hopeful Day » d’Olivier Gay confirment son talent de compositeur. Du jazz moderne très écrit qui se transforme soudain en Be Bop swinguant, tournant bien rond pour un cocktail très réussi, une façon de tirer le public vers des sonorités inhabituelles sans le désarçonner. Une musique chaleureuse et riche à la fois.

Pourquoi de temps en temps le nom du premier Lifetime de Tony Williams me vient-il à l’esprit ? Peut-être aussi grâce au drumming créatif et contrasté de Tom Peyron…

Un titre d’Alexis « Apple Terror » nous embarque avec une intensité montant lentement mais inexorablement. Alexis a enfin retroussé les manches de sa chemise et les baguettes virevoltent encore plus, magnifique. Dernier titre « 6.3 » aucun rapport sans doute avec la quinzaine de Roland Garros sinon qu’il nécessite un rappel en guise de manche supplémentaire pour boucler le match.

Et Nolwenn qu’Olivier m’a cachée pendant presque tout le concert à mon grand désarroi ? Magistrale comme d’habitude avec des grilles pas faciles avoue t-elle (de sacrés tordeurs de notes ces jeunes musiciens), tissant sa trame indispensable tout du long.

Les absents ont vraiment eu tort.

Le festival se poursuit jusqu’au 9 juin avec encore 5 concerts et 7 artistes, allez y ça vaut vraiment la peine : http://www.jazzandblues-leognan.fr/

Alexis Valet est ce soir au Caillou avec le quartet King Of Panda

* orthographe des titres sous réserve

Uros Peric ressuscite Ray Charles à Léognan

Par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

Du 1er au 9 juin va se dérouler le 21ème  Festival Jazz and Blues à  Léognan mais en ce début mai l’opportunité de programmer Uros Peric en préambule s’étant présentée  Jacques Merle et son équipe ont sauté sur l’occasion.

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En 2014 en effet  Uros Peric avait enflammé le public (voir Gazette Bleue #6 de septembre 2014) et des liens d’amitié  s’étaient tissés avec les organisateurs ce que l’artiste n’a pas manqué de rappeler.
C’est donc une salle Georges-Brassens pleine qui l’accueille à  nouveau pour son “Tribute to Ray Charles”, certains avides de le revoir d’autres, comme moi, impatients de le découvrir.
Les “Tributes » on s’en méfie un peu parfois, certains sont artificiels, formatés. Ce soir il n’y a pas cette inquiétude car le line-up est prometteur. Uros s’est entouré de musiciens qu’Action Jazz connaît très bien pour la plupart. Dave Blenkhorn, le plus Bordelais des Australiens à la guitare, Sébastien Girardot, le plus Australien des Français à la contrebasse, le Girondin Guillaume Nouaux à la batterie et l’Anglais Drew Davies au sax ténor partagent la scène avec le Serbe de Slovénie Uros Peric.

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Un grand portrait de Ray Charles  nous sourit sur la scène, côté jardin, tout proche du piano à queue. Côté cour, trois micros en pied attendent, on verra qui après.
Les musiciens entament un blues instrumental et Uros les rejoint s’emparant du piano à la manière de qui vous savez.
Arrivent alors les premières mesures de “Born to lose” et là, miracle, Ray Charles se met à chanter. On ferme les yeux, c’est bien lui. Même timbre, même trémolo, l’illusion est parfaite. D’ailleurs les proches de Ray Charles ne s’y sont pas trompé,  sa fille Sheila , des musiciens, une choriste ont déjà ainsi collaboré avec Uros, légitimant  ainsi son projet. “Ray, sors de ce corps !” a t-on envie de dire. Même les mimiques sont là mais sans tomber dans la caricature.

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“Hallelujah I Love Her So” confirme la sensation. Très bon pianiste en plus et avec des sidemen de luxe qui donnent de l’épaisseur au set.

“Takes Two to Tango” permet l’apparition de trois belles créatures – “My ice-creams vanilla chocolate” confie Uros – et surtout talentueuses choristes, les Pearlettes, en référence  aux Raelettes de Ray. Des voix célestes en contrepoint de la voix rauque du leader, superbe.

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Tout le monde s’engage ensuite sur la “Route 66” l’occasion pour nos jazzmen – “ la crème de la crème “ nous lance en Francais Uros – d’épater le public par des chorus bien sentis. C’est bien du jazz et pas de la variété ; Dave Blenkhorn et sa musicalité, Sébastien Girardot et son tempo magistral, Guillaume Nouaux sa précision et sa créativité, Drew Davies et sa volubilité. Uros n’est pas en reste au piano, ne tenant pas en place sur son tabouret à la manière de…

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“Georgia” est appelée sur scène pour un moment de douceur puis “Miss around”, “Got my Mojo Workin”, “Hit the Road Jack” obligatoire, et bien sûr “What I Said” enthousiasment un public déjà conquis.
“I can’t stop Loving You” pour finir avec les superbes voix des Pearlettes, puis un long rappel pour clore un magnifique concert. Bel artiste que cet Uros Peric, sympathique aussi et courageux de s’attaquer ainsi à un monument universel. Mais sa notoriété est désormais mondiale.

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Il y en aura d’autres beaux concerts, bientôt avec le festival Jazz and Blues avec notamment, pour rester dans ce registre, les magnifiques chanteuses Dominique Magloire (le 3/6) et Lisa Simone (le 4/6) et bien d’autres.
Alors à très bientôt dans le coin !

www.jazzandblues-leognan.fr

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Just a wild night of Blues !

par Carlos Enrique Olivera, photos : Philippe Marzat.

 

 Ronnie Baker Brooks au Rocher de Palmer, mercredi 23 mars.

La petite salle de 200 personnes du Rocher de Palmer est pleine et une ambiance d’impatience la remplit alors qu’on attend le début du concert. Je suis prêt pour l’avalanche guitaristique que toute soirée de blues de Chicago promet mais sur la scène nous attend une surprise ; un seul homme accompagné d’une contrebasse et de quelques cymbales. Pourtant le public entre rapidement dans une sorte de transe, emporté par le son répétitif et en boucle de la percussion électronique libéré depuis la scène, pour en être ensuite sortit par le riff furieux de rock n’ roll de la contrebasse. La première partie du show est lancée.

"Damage Case" Julien Prugini

« Damage Case » Julien Prugini

Ce n’est pas facile de faire face à la foule avec seulement une contrebasse mais Julien Perugini (connu aussi sous le nom de Damage Case) le fait avec tellement de naturel qu’on oublie qu’il n’y a pas un groupe derrière lui. Le chanteur et contrebassiste (et par moments guitariste aussi) gère très bien la scène tout seul. Il est presque sauvage quand il chante la chanson folk « Where did you sleep last night ». On vit des temps bizarres, nous dit Perugini avant de commencer à chanter « Sinnerman » de Nina Simone ; et il prend un air cérémonieux avant de passer à un hommage au rockeur récemment disparu Lemmy (du groupe Motorhead) avec « Ace of Spades ».  Damage Case fini la première partie du concert et on se demande quelles surprises nous réserve encore cette soirée.

"Damage Case" Julien Perugini

« Damage Case » Julien Perugini

Après quinze bonnes minutes de réglages du son, Ronnie Baker Brooks monte sur scène. Et c’est là que la pyrotechnie guitaristique commence. Le son de Chicago prend d’assaut la salle du Rocher de Palmer et chacun vibre au rythme du blues. On peut le sentir, le public aime le blues. Chanson après chanson, la foule suit intensément les mouvements de Ronnie Baker Brooks, le son de sa guitare, les inflexions blues de sa voix et son caractère aimable.

Ronnie Baker Brooks

Ronnie Baker Brooks

Il continue le concert avec « See you hurt no more », chanson d’une saveur soul où les claviers sont beaucoup plus présents, et sa voix nous rappelle l’expressivité d’un jeune Ray Charles. Le blues reprend sa place avec “I just wanna make love to you” de Muddy Waters, et il arrive à faire chanter le public pour la première fois. Un moment de réflexion sur les temps qu’on est en train de vivre, des mots de solidarité avec Bruxelles et les familles en deuil, et il enchaîne avec « Times have changed », un blues lent où on retrouve l’agréable présence du clavier qui accompagne la guitare de Baker Brooks. On est déjà proche de la fin du concert et il arrive à faire chanter le public pour la deuxième fois. Il présente ensuite ses musiciens, l’excellent batteur Maurice Jones, le bassiste Ari Seder, et aux claviers Daryl Coutts.

Ronnie Baker Brooks

Ronnie Baker Brooks

Et alors qu’on pense que les surprises s’arrêtent là et que le concert touche à sa fin, Ronnie Baker Brooks quitte la scène. Où est-il passé? se demandent les photographes et le public. Guitare en main, il sort par une petite porte à côté de la scène et marche vers le public. Il joue de la guitare en saluant les gens qui se massent autour de lui. C’est la folie totale. Il marche au milieu du public, monte sur une chaise et joue de sa guitare avec les dents (tous les guitaristes ont rêvé d’être Jimi Hendrix), et tout le monde autour de lui crie.

Ronnie Baker Brooks

Ronnie Baker Brooks

Il remonte ensuite sur scène et termine le morceau, se joint aux musiciens pour saluer le public et c’est la fin du concert. Mais le public en demande plus.  Il retourne donc sur la scène avec un rock n’ roll puissant qui fait danser les gens, car depuis un moment le public ne se sert plus des chaises et tous sont debout. Après ce moment de danse folle, Baker Brooks, agité et heureux, remercie le public. Et nous, de notre côté, on remercie l’énergie, la bonne humeur, et ce moment heureux de musique puissante qu’il nous a offert.

Ronnie Baker Brooks Blues Band

Ronnie Baker Brooks Blues Band

23ème Nuit du Blues à Léognan.

Eric la Valette Band et Mighty Mo Rodgers

Par Philippe Desmond ; photos Thierry Dubuc

Mighty Mo Rodgers

Il y avait ce samedi soir un énorme concert de blues à Léognan. Que ceux qui l’ont raté ne me disent pas qu’ils n’étaient pas au courant, il y a des mois que Jacques Merle organisateur de la soirée et son association Jazz & Blues inondent d’informations les réseaux sociaux ou les panneaux d’affichage. Gros travail qui paye car la Halle de Gascogne est comble et ça fait du monde !

En première partie Eric La Valette Band, groupe de Toulouse, qui tourne depuis plus de dix ans assurant ses propres concerts ou des belles premières parties. Le leader au chant et à la guitare, Jeff Cazorla à la basse, Jérémy Cazorla à la batterie et Greg Lamazères à l’harmonica.

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Quasiment que des compositions dans tous les styles possibles qu’offre le blues, du plus lent au plus rock. Sur une trame de basse impeccable du père et un drumming énergique du fils, la voix sûre et la guitare d’Eric la Valette nous emportent dans des ambiances variées, les interventions à l’harmonica – peut-être avec trop de distorsion – ajoutant à l’énergie du groupe. Une bonne surprise et une très belle première partie qui place la barre très haut pour la suite avec notamment la visite sur scène du bluesmen Bordelais Lenny Lafargue et de sa magnifique Epiphone vermillon.

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Après la pause, arrive Mighty Mo Rodgers, textuellement le Puissant Maurice Rodgers, et son band, trois musiciens italiens, l’Italie n’étant pas forcément réputée pour ses bluesmen. Mais une certaine connexion a toujours existé entre ce pays et l’Amérique, notamment à Chicago creuset du blues mais pas forcément pour une activité aussi légale…  Mo est au chant et aux claviers, les autres à la guitare, basse, batterie, classique mais drôlement efficace.

Mighty Mo Rodgers

Dès les premiers accords et alors qu’on restait sur la très bonne impression du groupe précédent on comprend qu’on vient de passer dans la catégorie supérieure ; un je ne sais quoi de profondeur, de clarté, de précision qui fait la différence.

La voix d’abord, superbe, puissante, la façon de chanter ensuite en s’adressant au public comme un prêcheur qui invective ses ouailles. On ne peut que se sentir concerné…si on comprend l’Anglais ce qui apparemment n’est pas le cas de la plupart des gens. Pourtant Mo parle et chante très clairement avec un accent assez neutre. Il peut aussi bien rappeler Ray Charles qu’Otis Redding duquel il interprète le « Doc of the Bay » dont il fait reprendre – à grand peine – par le public la fin sifflotée.

La basse de Walter Monini est tout simplement monstrueuse ; avec mon voisin et ami guitariste on aura souvent au même moment la même réaction « écoute la basse ». Un jeu simple sur une Fender Bass 5 cordes mais d’une précision et d’une musicalité superbes.

Pablo Leoni, le batteur, lui c’est une machine, à prendre ici comme un compliment, ça claque, ça martèle, c’est remarquable. Nuances et sensibilité dans les morceaux lents, puissance et rythme de métronome dans les titres plus rythm’ and blues, tout va y passer.

Avec Luca Gordiano à la guitare – une magnifique Gibson 355 rouge – on va se prendre une grosse gifle ; comment à partir d’une musique simpliste comme le blues peut-on arriver à tirer des chorus de cette variété et de cette qualité ; avec mon voisin le guitariste nous avons passé le concert à attendre qu’il prenne ses solos et sans jamais être déçu ! Et pas un seul effet électronique, rien que le son naturel de cette merveilleuse demi-caisse.

Mo est classé dans la catégorie bluesman révolutionnaire, son discours et ses textes sont en effet politiques et engagés, assortis d’une touche de philosophie dont il est diplômé. Il nous ressasse que tout est blues, le monde est bleu vu de la Lune donc blues, que trois choses sont bien réelles « Death, Taxes and the Blues ». Avec sa troupe il va donc nous offrir une véritable leçon de blues. Mo a une présence et un charisme certain, c’est aussi un humaniste et il va nous improviser – apparemment – un titre en hommage à Paris la ville de lumière qui restera toujours debout ; il rappelle que lui-même a joué au Bataclan il y a quelques années.

Mighty Mo Rodgers

La fin du concert va être plus rythm’ and blues le but étant apparemment de faire enfin bouger un public qui visiblement se régale, enthousiaste certes mais qui reste un peu trop tranquille. La salle a du mal à se lever – comme lors de la minute de silence en hommage aux victimes des attentats où nous étions trop peu à nous tenir debout – et Mighty Mo va devoir employer les grands moyens pour faire danser ou gigoter tout ce monde ; il va réussir mais au prix de beaucoup d’efforts. Comment ne pas avoir de fourmis dans les jambes avec de tels musiciens ?

Mighty Mo Rodgers

C’est un triomphe pour ce groupe qui va être assailli d’admirateurs en quête de dédicaces et d’acheteurs de CD à l’issue du concert. C’est aussi un triomphe pour nos amis bénévoles de « Jazz and Blues » qui dans cette période trouble ont dû avoir bien des inquiétudes sur la tenue et ensuite l’issue de ce concert ! Bravo à eux et vive le blues !

50 nuances de Blues

Par Philippe Desmond, photo Alain Pelletier

Lil’Ed & the Blues Imperials au Comptoir du jazz

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Du blues ce soir, ça change un peu du jazz, ou pas… D’ailleurs l’organisation est celle de Jazz and Blues.

Le Comptoir du jazz est noir de monde, plutôt gris de monde car la moyenne d’âge est élevée même pour moi et mes bientôt 60 bougies… pas rassurant pour l’avenir, ça met un peu le blues…

On vient écouter et voir Li’l Ed and the Blues Imperials., le petit Edward Williams (1,60 m) et son orchestre. Du pur blues de Chicago dont le leader traine sur les scènes du monde entier depuis quarante ans. Il en aura soixante à la fin du mois.

Le petit bonhomme arrive avec sa guitare bien sûr, son haut tarbouche rouge pailleté – sa signature – une chemise rose, un gilet lui aussi pailleté mais multicolore lui couvrant son petit ventre rond. A ses côtés un guitariste grisonnant lui aussi tout de noir vêtu, ressemblant plus au père de la mariée qu’à un bluesman, un bassiste apparemment différent du titulaire du poste (blanc au lieu de noir) et un batteur certainement chevronné lui aussi vu son âge. Ce n’est pas Mamy blues mais plutôt Papys blues. Mais pour plagier Brassens, un peu notre bluesman français avec sa pompe à la guitare, le temps ne fait rien à l’affaire, quand on est bon on est bon !

Du blues, du blues boogie, du blues rock tout va y passer, en trois accords on a compris qu’on a du lourd devant nous. Lil’Ed est une sacré super slide guitariste toujours le bottle neck à l’auriculaire ce qui lui donne un son typique et il est d’une exubérance redoutable ; un vrai clown ! Roulement des yeux, toutes dents dehors, le sourire ou le rire toujours présent, sans parler des attitudes ou des pas de danse. Il est génial ! Une corde casse, peu importe, il enchaîne un solo impressionnant et même un autre morceau avant d’aller la changer.

Il chante remarquablement bien en plus, d’une voix puissante mais claire. Quel artiste, à voir absolument en live, l’écoute sur CD y perd certainement tout le côté spectaculaire du show.  Il est secondé par Mike Garrett – le père de la mariée – impassible et au jeu précis qui au fil du set va prendre de l’importance. Un musicien magnifique. Derrière la rythmique assure sans fioritures mais solide au possible. Le son global est nickel.

Le public est aux anges, Lil’Ed sait l’utiliser mais sans exagérer malgré ses cabotinages dès qu’un photographe le cale dans son objectif. Sa compagne est au premier rang à côté de nous et il lui roule les yeux sans arrêt « I love pastry, I love coffee and sugar but I love my baby and my baby loves me ».

Si c’est ça le blues je veux bien l’avoir tous les soirs.