Mardi Gras N.O au Cancan

par Philippe Desmond, photos N&B Laure Nasse 

Bordeaux le vendredi 24 février 2017

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C’est vendredi, donc maigre, mais c’est Mardi Gras, on est ici dans le Vieux Bordeaux mais ça sonne comme à la Nouvelle Orléans, ici c’est le CanCan « Coquetels & Flonflons ».

Ce bar accueille régulièrement, et plus particulièrement le dimanche soir, du jazz, du Old Jazz, du NO, voire du rockabilly. Une allure de clandé tant la lumière y est faible, une déco vintage avec des détails très kitschs, de la gourde d’eau bénite en forme de Sainte Vierge à des 45 tours d’André Verschuren ou Polnareff, des photos de famille anciennes, un lustre en cristal, des tas de choses et derrière les musiciens, sur la minuscule scène- – mais au moins il y en a une – un mur d’enceintes, au pluriel ; ici il n’y a pas de paires de baffles qui se perdent… C’est un bar, donc il y a un bar derrière lequel s’agitent les barmen shaker en main, l’endroit étant spécialisé dans les cocktails et donc aussi les flonflons.

Vieux jazz, vieux décor et pourtant c’est bourré de jeunes ; qui a dit sauf moi ? En discutant avec les musiciens qui sont habitués du lieu ils en sont les premiers étonnés mais satisfaits. Ce n’est pas un public de connaisseurs mais des gens qui viennent pour l’ambiance festive que procure ce genre de musique, loin de toute autre préoccupation. Ce n’est pas le seul endroit à Bordeaux où ce style de jazz est l’occasion de belles soirées. Y’a pas que l’électro dans la vie ! Ici au printemps j’ai même vu danser dans la rue devant le bar !

Ce week-end est un peu spécial car il célèbre à sa façon le Mardi Gras – ou Carnaval – de la Nouvelle Orléans. D’ailleurs les serveurs et même Romain le patron sont maquillés, portent des chemises bariolées et des colliers de perles, très chics. Belle initiative.

Ce soir sur la scénette trois excellents musiciens, Fred Dupin qui commence à la trompette, Bertrand Tessier au saxophone ténor et Jean-Michel Plassan qui lui démarre à la guitare. Duel du cuivre et du bois – et oui, le sax – arbitré par la rythmique de la guitare ; petite formation mais gros swing, une affaire qui tourne.

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Pour que ça sonne encore plus NO, Jean-Michel prend son banjo et Fred sort l’artillerie lourde : un sousaphone ou bien un soubassophone – quel mot fabuleux – bien encombrant dont le pavillon va exploser une ampoule au plafond. L’instrument est en plus customisé avec une cymbale et un washboard intégré, un wash in board donc, Fred en jouant élégamment avec des dés à coudre très seyants à la main gauche. Arriver à faire un chorus ou la mélodie de « I can give you anything… » avec cette tuyauterie est pour moi une prouesse et Fred Dupin maîtrise à merveille ces 15 kilos de cuivre.

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Le son NO c’est aussi le banjo ; tout à l’heure la guitare avait besoin d’un ampli, le banjo lui a assez de gouaille pour s’en passer, à la fois instrument harmonique et de percussion il délivre un son primitif irremplaçable pour ce style de jazz.

Si vous êtes un fan de jazz NO passez au CanCan, si vous n’êtes pas fan – comme moi – passez quand même c’est super ! Si vous n’êtes ni l’un ni l’autre allez-y pour goûter un coquetel.

Ce samedi : Bertrand Tessier trio : lui au sax, Manu Falguières (bajo, dobro) et Timo Metzemakers (contrebasse)

Ce dimanche : soirée rockabilly avec Raw Wild

Ça commence à 21h30

http://www.cancanbordeaux.com/

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Memories Jazz trio à la Cave de la Course

Par Philippe Desmond.

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Action Jazz n’a encore jamais parlé d’un lieu pourtant très dynamique question musique et jazz en particulier, la Cave de la Course. Depuis plusieurs années dans une relative discrétion mais bien relayée par les réseaux sociaux et notamment sa page Facebook, la maîtresse des lieux, la sympathique Jo, et son fils Jérôme animent cette cave à vin avec des concerts réguliers.

Ce soir là l’ambiance était New Orleans avec le Memories Jazz Trio de Denis Girault (clarinette), Jean-Michel Plassan (banjo) et Gaëtan Martin (Tuba). Ce dernier justement revient du NOLA 2016 à New Orleans où il a joué avec une formation de musiciens de la région.

La Cave de la Course est un lieu hors du temps actuel, au décor et à la devanture figés dans le milieu du siècle passé, un havre de nostalgie Améliepoulainien si j’ose dire. Un zinc, du vieux mobilier, des murs de bouteilles dont certaines doivent attendre depuis longtemps qu’un tire bouchon ne les réveille, des postes de radio qui me rappellent mon enfance, des filets de pêche, un vieux piano – qui marche ? – un joyeux capharnaüm très chaleureux. Pas un lieu vintage au design reconstitué mais un lieu authentique, d’époque, de plus de 80 ans comme la plaque 1934 l’indique.

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Particularité de la maison les soirs de concerts : on porte son manger. Pas de tapas sur ardoise ici, pas d’amuse-bouche, pas de sushis ; pas de soucis, si on veut casser la croûte on est prié d’amener son panier. Alors autour des tables des groupes d’amis saucissonnent, rillettent, tartinent, saladent, ça sent bon le pâté, vraiment une ambiance agréablement détendue. Une belle carte de vins et de bières rajoute à ce plaisir.

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Le décor étant planté parlons un peu musique, elle est ici un prétexte à passer un bon moment ensemble. Le trio joue sur une petite estrade, un genre de podium assez exiguë ; pas de big band possible, ici le trio paraît être la jauge maxi. La nature des trois instruments signe de suite le type de musique proposé, du New Orleans. Dès « Indiana », le premier titre, Denis Girault, un des quelques – plutôt rares – clarinettistes de la région et sa casquette de titi vissée à demeure sur la tête se montre excellent, précis et enjoué. Avec ce curieux instrument que reste le banjo Jean-Michel Plassan donne cette couleur si particulière, aussi bien rythmiquement que lors de chorus. Quant au tuba de Gaëtan Martin – un objet magnifique, astiqué comme un miroir en plus – il tisse bien sûr la rythmique avec ce son rond et moelleux qui vous parcours l’échine. Gaëtan, tubiste et aussi tromboniste réputé, me confie que le tuba est pour lui un instrument plein d’avenir qui ne doit pas se cantonner à l’accompagnement rythmique. Il lui trouve un tas de ressources lui qui en joue en jazz mais aussi en orchestre classique ; à suivre…

« Georgia Cabin » et d’autres titres de Sidney Bechet sont ensuite proposés, la clarinette prenant avec bonheur le rôle du sax soprano. Le trio assure , pas besoin d’un groupe étoffé pour faire vibrer et swinguer l’assemblée. La fin du premier set arrive, je dois partir ratant notamment la jam finale, quelques musiciens étant déjà là, comme Ben Ransom en embuscade avec son washboard, prêt à enfiler ses dés à coudre.

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N’hésitez pas à aller découvrir cet endroit, c’est très sympa mais amenez de quoi casser la croûte ; pas besoin de tire-bouchon ils en ont.