Plein phare entre les deux tours (1/2)

Par Fatiha Berrak, photos Thierry Dubuc

La Rochelle, le vendredi 07 Octobre 2016

1ère partie : Tom Ibarra Groupe

Tom Ibarra : Guitare et composition

Pierre Lucbert : Batterie

Jean-Marie Morin : Basse

Christophe De Miras : Clavier

Nous sommes au «Festival Jazz Entre Les Deux Tours» dans sa 19ème édition. Il y a des ponts qui convergent et viennent se nicher ici Espace Bernard Giraudeau, pour partager l’histoire d’un soir les fruits de leurs éclosions musicales et oui, comme un bonheur n’arrive jamais seul, ce soir deux jeunes rameaux qui s’épanouissent à leur manière sont mis à l’honneur …

D’abord il y a Tom Ibarra Quartet, coup de coeur du festival et pour cause …

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Tout juste 17 ans compositeur et virtuose de la guitare, endorsé (Ibanez Guitars, Roland & DV Mark) allié à ses attachants compères et formidables musiciens eux aussi. Pierre Lucbert aux tous frais 20 ans, à la batterie, endorsé (Yamaha), Jean-Marie Morin à la basse et Christophe De Miras au clavier.

Ce soir Tom pousse plus loin encore ses limites pour donner davantage de consistance à son jeu, du relief et de la profondeur viennent auréoler un style déjà bien affirmé.

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Qu’il se pose la question ou non, Tom connait son chemin, perçoit sa destination. Il avance pas à pas comme chaussé de bottes de sept lieux, nous mène par le bout du coeur et de l’oreille dans son sillon et pense à dire au passage « thank you Bob » (hommage à Bob Berg) … C’est un hommage qui en appelle un autre avec un « So What » personnel et éclatant en voix de guitare pour dire à sa façon, respect Monsieur Davis. Lorsque soudain, arrive un magnifique orage accompagné de ses éclairs pour un solo batterie de Pierre Lucbert.

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Plus rien ne bouge, jusqu’a ce que surgisse au détour d’un chemin, « Monsieur chat » dans toute sa splendeur fier et élégant il daigne tout de même nous accorder son félin regard avant de prendre la poudre d’escampette pour se jeter aux bras de la douce et tendre « Mona » qui ne rêve que d’une lointaine « Exotic city »…

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  • Question
  • Thank You Bob
  • So What
  • Solo batterie
  • Mr Chat
  • Mona
  • Exotic City

2ème partie : Panam Panic Featuring Beat Assailant

Robin Notte : Fender Rhodes – Piano

Max Pinto : Sax ténor

Julien Alour : Trompette – Bugles

Julien Herné : Basse

Aurélien Lefebvre : Batterie

Adam Turner (Beat Assailant)

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De quoi vous tenir éveillé toute une nuit sans caféine avec une telle équipe ! Soudée comme un seul homme dans un alliage à la fois souple et résistant qui partage maintes influences musicales, dont Jazz Funk, Groove, en passant par le Rap qui s’invite en beauté !

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Ce soir toutes ces sonorités se mêlent avec soin dans une composition générale absolument chatoyante aux extraits de calme vif et de vif éclatant. Nous sommes dès le début propulsés dans un drôle de vaisseau au rythme d’une trompette lumineuse et aérienne qui tranche dans le vif du silence, soutenus par un sax qui nous plaque et nous charme totalement. Maintenue suspendus pour le reste du concert où le clavier souffle la pluie et le beau temps. Il est clair que le soleil n’a pas voulu se coucher ce soir et nous non plus !!!

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Le big bang du Dal Sasso Belmondo Big Band

Par Philippe Desmond, photos Alain Pelletier

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« A Love Supreme » est une œuvre mythique. Cette longue suite créée par John Coltrane en 1964, plus de 50 ans déjà,  constitue le sommet de son art. Composée à l’époque pour un quartet (Trane, McCoy Tyner, Elvin Jones et Jimmy Garrison) le projet de la jouer en big band constituait donc une réelle aventure. Financé par souscription son aboutissement a eu lieu en 2014 avec la sortie de l’album.

Hier soir au Rocher le nombreux public a donc eu la chance de voir et d’entendre la restitution de ce pari audacieux. Quatorze musiciens (voir line up en fin d’article) soit dix cuivres autour d’un trio piano, contrebasse, batterie, Christophe Dal Sasso complétant la formation aux flûtes et aux bruitages. Dès l’intro le ton est donné, nous aurons droit non pas à un sax leader mais à trois : Lionel Belmondo exubérant et chaleureux, David el Malek élégant et l’homme à la casquette rouge François Théberge, plein de fantaisie aussi bien dans le jeu que dans l’attitude ; entre ses interventions il quitte son pupitre et se promène sur scène discutant avec ses collègues ! Mais surtout des très bons qui ne font pas acte de sacrilège au Maître. Les arrangements de Dal Sasso pour cette œuvre complexe et tortueuse vont s’avérer d’une grande richesse et d’une réelle variété.

Soudain après une longue intro foisonnante la contrebasse de Sylvain Romano entonne les quatre notes célèbres du thème « Aknowledgement » _ il y a quelques années ici même John McLaughlin avait conclu magnifiquement son concert avec ce thème – et les répète à l’envi, l’orchestre arrive progressivement, c’est magique. Belmondo va prendre un chorus fiévreux, la transe monte. Au cœur de celle-ci le drumming de Dré Pallemaerts qui fait honneur au jeu d’Elvin Jones.

Les moments de transe et d’explosions vont alterner avec les passages plus recueillis, les moments de grâce dans lesquels on voit les musiciens s’écouter, les yeux fermés, pris sous leur propre charme. Pour autant l’ambiance sur la scène est détendue, Lionel Belmondo est un sacré personnage plein de naturel et d’humour.

L’esprit de Coltrane est là, son œuvre est plus que respectée, elle est magnifiée. On aura même droit à des battles de sax à deux, à trois, des superbes chorus de trompette de Julien Alour, de trombone et même de l’énorme tuba, une prouesse de Bastien Stil. Un moment les cuivres s’effacent pour laisser s’exprimer le trio rythmique et le remarquable pianiste. Vraiment quelle qualité d’arrangements !

Peut-être que certains dans la salle attirés par le mot Big Band et croyant entendre du Glenn Miller sont surpris, ils ne pourront qu’être séduits.

L’œuvre s’achève la magie a opéré, la scène est recouverte d’une épaisse couche de notes, le public est presque assommé, groggy par tant de ferveur, d’émotion, de sauvagerie et de sensibilité.

La chaleur et l’humour de Lionel Belmondo vont faire redescendre tout le monde sur terre ; avant qu’on ne le lui réclame, il nous propose le rappel « non pour votre plaisir mais pour répéter, car la semaine prochaine  l’orchestre entre en studio » et en plus « on les attend au Plana ».  Il plaisante bien sûr ; pas pour le Plana. Un dernier titre de Coltrane « One Down, One Up » enflamme la salle, ovation.

Soirée d’exception d’autant plus qu’elle avait commencé en beauté avec Serge Moulinier (p) en trio avec Christophe Jodin (b) et Didier Ottaviani (dr). Un set superbe mélodieux fait de finesse et de délicatesse, reprenant le répertoire du dernier album du trio « Tyamosé Circle ».  Rien d’étonnant quand on connaît la classe des musiciens. Un triangle bien carré oserais-je dire…

Pour finir un grand merci à Patrick Duval et à son équipe de Musiques de Nuit Diffusion qui vraiment nous gâtent avec cette programmation 2015.

Lionel Belmondo saxophone ténor

Christophe Dal Sasso flûtes, bruitage

Dominique Mandin saxophone alto

François Théberge saxophone ténor

David El Malek saxophone ténor

Julien Alour trompette, bugle

Éric Poirier trompette, bugle

David Dupuis trompette

Bastien Ballaz trombone

Jerry Edwards trombone

Bastien Stil tuba

Laurent Fickelson piano

Sylvain Romano contrebasse

Dré Pallemaerts batterie

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