Le Hot Swing Sextet enfièvre la Guinguette.

par Philippe Desmond.

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Guinguette Alriq le jeudi 8 septembre 2016.

A Bordeaux depuis quelques jours la canicule étire l’été et entretient une ambiance de vacances, faisant presque oublier que la rentrée est déjà bien installée. Mais ce jeudi soir brutalement les degrés ont chuté, dix de moins que la veille et il fait presque frisquet en arrivant à la Guinguette Alriq. Qu’à cela ne tienne le Hot Swing Sextet s’en occupe, il va enfiévrer le lieu de sa sensationnelle énergie musicale, une énergie qu’on souhaite la plus renouvelable possible.

Comme d’habitude la Guinguette est bondée, son succès et sa fréquentation ont été extraordinaires toute la saison pour la plus grande joie des musiciens qui ont ainsi bénéficié de cette magnifique exposition devant un public pas forcément là pour eux mais qui aura ainsi pu les découvrir. Détail non négligeable, les artistes ayant un intéressement à la recette, trouvent ici un lieu qui récompense leur talent et leur travail de façon très correcte ; ce n’est pas le cas partout.

Dès les premières mesures des couples se lancent sur la piste de danse , le ton est donné ; bientôt ça va danser partout. Et oui, un tel groupe de jazz swing il y a quelques années n’aurait pas forcément intéressé grand monde, ou alors des vieux nostalgiques de cette musique old school de leur jeunesse. Par bonheur, petit à petit et grâce notamment à des associations de danse swing, le public s’est réapproprié ce jazz festif, et ce public est jeune. Ce soir deux associations bordelaises sont présentes pour passer aux travaux pratiques, Tap Swing et Swing Time.

La qualité du groupe est bien sûr un élément décisif ; qualité musicale mais aussi esthétique. Il se sont sapés comme des milords, costards sombres, cravates, casquettes de titi pour les uns chapeau claque pour d’autres ; il ne leur manque que les gants blancs.

Le HSS c’est Thibaud Bonté à la trompette, Bertrand Tessier aux saxophones ténor/soprano, Erwan Muller et Ludovic Langlade à la guitare, Franck Richard à la contrebasse et Jericho Ballan à la batterie, tous d’excellents musiciens. Ils ont choisi délibérément de jouer cette musique de swing des années 30, ce jazz primitif, ce jazz de fête, loin de l’image intello que certains styles du genre ont pu faire naître. Mais attention, pas au prix d’une qualité musicale moindre. Si entre deux passes de rock-swing on dresse l’oreille on entend des chorus de feu, des duels de haut vol ; le swing ne se décrète pas, il se fabrique et ici l’atelier est très performant. Leur dernier CD en témoigne.

La nouvelle piste en bois, la bonne, la vraie, est maintenant prise d’assaut obligeant le repli pour certains sur l’ancienne piste rugueuse en béton qui vous ralentit les pirouettes et use vos souliers, on danse même sur la terrasse entre les tables et les plantes vertes. La température est remontée, que dis-je la température, la fièvre ! En effet arrive le morceau de bravoure historique du swing, le « Big Apple » qui se danse en solo et en cercle chacun passant au centre à tour de rôle. De la folie douce.

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Dans le second set Gaëtan Martin et son trombone viennent rajouter un turbo au moteur déjà puissant du groupe qui va ainsi tout dévaster sur son passage ! Je m’enflamme ? Pas sûr, l’état de ma chemise peut en témoigner… Le lendemain c’est les courbatures et douleurs musculaires qui rappelleront à certains et certaines la soirée endiablée qu’ils ont passée.

Mais voilà minuit, des dizaines de cendrillon redescendent sur terre et partent se coucher, demain il y a école mais au moins ça c’est fait, ce plein d’énergie, de joie et de musique.

En bonus la playlist pour les amateurs (merci Franck) :

1 set
My blue heaven
St Louis blues
I can’t give you anything but love
All that meat and no potatoes
Shine
St James infirmary
Honeysuckle rose
Big Apple 
920 special
Topsy

2 set

Margie
Bei mir bist…
What’s your story
Who’s sorry now
The mooche
Avalon
I’m gonna lock my heart
By and by
Sweet Georgia Brown

Rappel
Ain’t she sweet
I found a new baby

http://melodinote.fr/artist/hot-swing-sextet/

www.actionjazz.fr

 

 

 

Didier Ballan Jazz Ensemble, Chez Alriq Bordeaux 16/08/16

Par Dom Imonk, photos Irène Piarou

Didier Ballan Jazz Ensemble

Didier Ballan Jazz Ensemble

Partir, larguer les amarres, c’est un peu ce que propose la guinguette Chez Alriq, car l’eau qui lui chatouille les pieds, vaste comme une mer, en fait un port, une escale. On y embarque sans se faire prier, à la découverte de nouveaux paysages sonores, et ce soir, c’est le bateau du Didier Ballan Jazz Ensemble qui nous accueillait pour revivre son projet Japam, dont l’esprit colle parfaitement au lieu. Peu avant le concert, Didier Ballan nous parlait de l’Inde, pays vénéré, qu’il visita plusieurs fois, avec son épouse Christiane, cinéaste. Il évoquait la remontée du Gange jusqu’à sa source, parcours spirituel, sur des flots chargés d’histoire et de signes. Marqué par une telle aventure, l’un de ses projets est de filer ainsi sur la Garonne, pour atteindre son berceau, dans les Pyrénées espagnoles. Et qui sait, peut-être lui dédiera-t-il une composition. La présence de ce fleuve tout proche est source de sérénité, et ce magnétisme aquatique rend les gens heureux et curieux. De semblables flux traversent la musique de l’Ensemble. Le concert a délivré un message de paix, susurré dès l’ouverture, sur fond de bourdon joué par Didier Ballan à l’harmonium indien, par l’excellente Emilie Calmé (flûte, bansuri) jouant une douce introduction à Japam, hymne de vie, dont le thème qu’on n’oublie plus est une respiration. Tout est calme et s’accélère soudain d’une fièvre collective où Didier Ballan, passé au piano, et Emilie Calmé sont vite encerclés par les rythmes et les sons capiteux d’une troupe bien soudée. On retrouve la patte de Nolwenn Leizour (contrebasse), un jeu stylé, profond et précis, limite « vitousien » par moment, alors que Jéricho Ballan (batterie) s’affirme de jour en jour en s’envolant de plus en plus haut, tel un Peter Pan des baguettes. Ce soir à ses côtés Ersoy Kazimov (derbouka, bendir), l’associé idéal, subtil mais enflammé jongleur de peaux, carrément en état de grâce. Un chorus de guitare incendiaire d’un Christophe Maroye en grande forme, a conclu cette consistante mise en bouche.

Nolwenn Leizour & Émilie Calmé

Nolwenn Leizour & Émilie Calmé

Ersoy Kazimov

Ersoy Kazimov

Christophe Maroye

Christophe Maroye

Le groupe fait corps et les morceaux se bonifient avec le temps. Ainsi « Amour » nous téléporte dans un paradis de douceur où quiétude et sérénité sont inspirées par une flûte fluide et onirique. « Jeru’s Dance », hommage calme et ensoleillé de Didier le père à son fils Jéricho, rondement mené, met tout le monde en valeur, et en prime un chorus tout en finesse du jeune batteur. Le premier set se termine déjà, avec un somptueux « Massala Café », méditatif au début, puis gagné par le rythme et un peu de mélancolie, lézardée d’une guitare torturée.

Jéricho Ballan

Jéricho Ballan

Le deuxième set démarre très fort par « Kaos », une sorte de heavy rock mutant, torride et crépusculaire, mené par un riff de guitare hallucinant. La batterie n’a rien à envier à celle d’un Bonzo et la basse pilonne. Le binaire est roi, tout le monde s’affaire à la fusion de ce métal et le piano du chef est l’oiseau qui survole la cité en flamme. Au final, comme une rédemption, le guitariste roi pourfendra les fumées d’un éclair ferraillant. Après la tempête, l’accalmie avec « Doute », l’un des grands thèmes du projet, l’impression qu’on est en apesanteur dans un éther bleu pacifique. Piano, flûte, harmonies de guitare et pouls rythmique apaisé, tout respire une beauté, transmise aux délicieux « Madhavi » et « Cerise » qui referment ce set. Le public jubile et en veut plus, alors voilà le rappel.  » La surfeuse des sables « , titre qui démarre en mode bluesy et se mue bien vite en un groove irrésistible, guidé par la flûte très seventies d’Émilie Calmé, qui mène un bal où tout le monde prend de monstrueux chorus. Un vrai feu d’artifice qui clôt une magnifique soirée que l’on souhaite revoir bien vite. Le bateau s’est transformé en un immense tapis volant qui nous emmène tous, au loin, très loin, nous ne sommes pas prêts d’en redescendre !

Didier Ballan

Didier Ballan

http://www.didierballan.com/

http://www.laguinguettechezalriq.com/

Grain de sable au Caillou, grain de folie chez Alriq

par Philippe Desmond

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C’est l’été, enfin pas tous les soirs, et les gens sortent, beaucoup, beaucoup plus qu’avant. L’offre est il est vrai plus importante, riche et variée. Le jazz, qui nous tient à cœur, n’échappe pas à la règle, Cet avant dernier week-end de juillet il y a même embouteillage de festivals : Saint-Emilion, Andernos, Lesparre en Gironde et Sanguinet tout près dans les Landes. Il faudra d’ailleurs un jour réunir tous ces organisateurs passionnés qui se marchent un peu sur les pieds.

A Bordeaux dès le mercredi et quelquefois avant, ça s’agite sous les lampions ou sur les terrasses. Sur les terrasses ? Pas si simple.

Grain de sable au Caillou.

Surprise hier soir en arrivant au Caillou du Jardin Botanique, la terrasse est occupée par les convives du restaurant, on entend jouer les musiciens mais on ne les voit pas sur la remorque scène habituelle. Ils jouent à l’intérieur devant un nombreux public un peu entassé. Si vous suivez un peu ce blog vous vous souvenez que déjà l’an dernier le Caillou avait dû interrompre les concerts en terrasse à 22 heures pile suite à la plainte d’un riverain pourtant pas tout près, gêné par le bruit. Patrouille de police municipale dès 21h59 pour veiller au respect de la loi, concerts qui se finissent dans la frustration générale alors que la nuit commence à peine, drôle d’ambiance. Non loin de là ça continue à guincher chez Alriq, ça bastonne des watts à Darwin et ça déménage des décibels au parc des Angéliques avec les concerts d’ « Allez les Filles ».

La saison d’été 2016 démarre, les concerts retrouvent leur rythme de croisière dans de douces nuits bastidiennes, tout va bien. Mais pour le Caillou, à la suite d’une autre procédure lancée par ce riverain, la Mairie n’autorise plus l’organisation des concerts en extérieur, pour le reste de l’été, les musiciens joueront dedans.

Un grain de sable qui bloque un Caillou. Pendant ce temps les flonflons, les watts, les décibels à portée d’oreilles de notre plaignant, continuent alors que finalement l’endroit le plus paisible, le plus soft en est lui privé. On marche sur la tête. Il faut sauver le Caillou, le soutenir pendant cette période difficile, Benoît Lamarque et son équipe font un énorme effort d’animation et de promotion de la musique de qualité, locale ou nationale, allez-y, continuez à y aller, cet acharnement n’est, espérons le, qu’un mauvais passage.

Hier soir donc le quartet composé du guitariste anglais Denny Ilett, du guitariste australo-bordelais Dave Blenkhorn, de l’organiste Hervé Saint-Guirons et du batteur Roger Biwandu étrennaient cette configuration insolite, musiciens dedans et une partie du public dehors ! Concert plein de gaîté émaillé par le grand rire de Roger sur de rares pains ou sur des trouvailles piégeuses des autres. Georges Benson, Ray Charles, les Beatles avec une belle version de « Come Together » et un festival de guitare, blues et roots pour Denny plus jazz et aérienne pour Dave. Toujours ce super son d’orgue d’Hervé et sa Leslie et l’omniprésence enthousiasmante de Roger, pourtant monté léger avec une caisse claire, une grosse caisse, une cymbale et un charley. Denny Ilett, Roger Biwandu, Hervé Saint-Guirons seront en quartet avec Laurent Vanhée (cb) au festival de Saint Emilion à 21h30 ce samedi au parc Guadet (gratuit).

Grain de folie chez Alriq

Dans toute épreuve il faut trouver des points positifs ; le concert finissant assez tôt au Caillou cela permet d’enchaîner vers la Guinguette Alriq dont la convention municipale est inattaquable ; ou pas.

Comme d’habitude l’endroit est pris d’assaut et ce soir c’est Stéphane Seva qui en profite. Avec un octet (on ne se refuse rien) et sur un répertoire de Sinatra élargi à Ray Charles, Duke, Stéphane va installer une ambiance de folie. Il est entouré de Ludovic de Preissac au piano , Didier Ottaviani à la batterie, Christophe Jodet à la contrebasse, Pascal Drapeau à la trompette, Cyril Dubayl Dubiléau trombone, Cyril Dumeaux au sax baryton et ténor, Michael Cheret au sax alto et à la flûte

La piste de danse est bondée alors ça danse partout ailleurs, dans les allées, dans le restaurant ! Beaucoup de swing, un style qui est très en vogue à Bordeaux en ce moment grâce à de nombreuses associations. Quel contraste avec l’aspect semi-clandestin du Caillou, bizarrerie administrative oblige ! En vrai meneur de revue Stéphane Séva va animer cette soirée, soutenu par un presque big band pour le plus grand bonheur des danseurs. Le final dans lequel Stéphane prend son washboard est époustouflant sur le « I dont mean a thing » et ses doo wap doo wap doo wap, les dés à coudre finissant rouges comme de l’acier en fusion après un duel avec la batterie très jungle de Didier Ottaviani, quelle énergie !

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Il est minuit, tout le monde à passé une superbe soirée d’été terminée à une heure raisonnable, les poules et les vilains petits canards dorment eux depuis longtemps ; ou pas. On a tous besoin de ces moments de joie et de fête surtout en ce moment, alors pourvu que ça dure !

Magique Post Image

par Philippe Desmond, photos Alain Pelletier.

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Magique et rare, trop rare Post Image, alors ce soir ne ratons pas ce concert à la Guinguette chez Alriq, ce lieu enchanteur que le Belem vient de saluer en passant, suivi quelques minutes plus tard par un énorme immeuble flottant immaculé, certainement plus confortable mais moins enchanteur, au point de nous masquer le sublime coucher de soleil sur les façades bordelaises.

Autour d’un des créateurs du groupe Dany Marcombe (basse) et de deux piliers du projet initial Freddy Buzon (tr, bugle) et Patricio Lameira (g, chant) trois éléments incontournables depuis des lustres dans le groupe Jean-Christophe Jacques (st, ss), Eric Perez (dr) et Frédéric Feugas (claviers, machines). Bientôt 30 ans que cette formation existe ! Après des années de folie avec de nombreux concerts dont certains partagés avec les plus grands, leurs prestations se font plus espacées sans que la qualité de leur musique ne soit nullement mise en cause, la preuve va nous en être donnée ce soir.

Le concert démarre très fort avec une composition de Jean-Christophe Jacques, pulsations puissantes de la rythmique basse-batterie soutenues par le riff incessant de la guitare, clavier et machines apportant une touche électro planante et actuelle ; sur cette trame épaisse Freddy et Jean-Christophe ajoutent de la fine broderie, souvent collés l’un à l’autre, à l’unisson ou à tour de rôle. Étonnant contraste entre cette rythmique soutenue et cette finesse.

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Freddy c’est notre Miles, chez lui les murs sont tapissés de photos du maître (voir portrait dans la Gazette Bleue #14 de janvier 2016) il le respecte, il ne le singe pas, il s’en nourrit. Dans ses mains – avec quelquefois une cigarette entre les doigts – la trompette devient parfois guitare ou claviers grâce aux effets électroniques. Ce soir Freddy a plaisir à jouer, il le dira mais ça se voit et surtout ça s’entend, il nous épate encore.

Jean-Christophe tant au soprano qu’au ténor c’est l’élégance, la musicalité, la pureté du son (portrait dans la Gazette Bleue # 11 de juillet 2015) lui aussi se fait plaisir, nous fait plaisir avec ses deux superbes instruments.

Dany Marcombe tisse lui inlassablement sa trame de fond, d’un son profond et intense, il est le pivot de l’ensemble comme il en est le créateur.

Dans ce travail de tissage il a un compère de choix en la personne d’Eric Pérez et son drumming riche et dynamique ; une batterie avec un énorme tom basse pour un son particulier.

Au claviers et aux machines Frédéric Feugas participe lui aussi à cet ouvrage en créant des nappes sonores insolites, allant de l’orage à l’écoulement de gouttelettes de rosée.

Patrice Lameira alternant guitare électrique et acoustique ajoute de la tension ou de la délicatesse. Quand sur certains titres il chante de sa voix haute les notes en même temps qu’il les joue, il apporte une dimension troublante.

Les musiciens se connaissent par cœur, l’osmose est bien là. Sur certains titres ça monte, ça monte jusqu’au climax avec un groove extraordinaire. C’est de la musique chaleureuse loin de la froideur d’un certain jazz fusion, on ressent des influences ethniques, de l’Est, de l’Afrique, du Brésil parfois dans la batterie. C’est un plaisir absolu pour nous ce soir, plaisir de les entendre, plaisir de les retrouver.

Le répertoire reprend une bonne partie du dernier album « Mandragore » sorti en 2011 déjà. Après une pause bienvenue en cette chaude – enfin – soirée d’été – enfin – le groupe nous offre même un magnifique « A Love Supreme – Acknowledgment » avant de revenir à ses propres compositions ; un régal suprême.

Ce soir l’institution Alriq retrouvait l’institution Post Image, les retrouvailles sous les lampions furent magiques.

http://post.image.free.fr/

La Gazette Bleue sur www.actionjazz.fr

Alê Kali chez Alriq ; une nuit ensoleillée

Par Philippe Desmond.

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Un bien triste printemps agité n’arrête pas de se traîner vers un été qui semble parti en goguette, la journée en a été le reflet total. Aller à la guinguette Alriq ce soir quelle idée ? Quelle bonne idée oui, merci de me l’avoir soufflée mon amie !

Il est 21 heures, plus un nuage, un ciel d’un bleu azur presque inquiétant, un coucher de soleil éblouissant sur les quais de Bordeaux, une corne de brume, voilà une invitation au voyage qui ne se refuse pas. Direction le Brésil avec la soirée de sortie d’album d’Alê Kali la musicienne chanteuse brésilienne la plus connue de Bordeaux où elle est installée depuis cinq ans.

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Jolie scène, décorée des créations d’Eduardo Ver illustrant les titres de l’album, bien remplie avec Mathieu Cayla à la guitare, Anthony Duvalle aux percussions et l’étonnant bassiste brésilien Josias Pedrosa (les deux derniers déjà entendu au Caillou en 2015).

Avec Alê Kali et notamment sur l’album qu’elle présente on est bien sûr au Brésil mais loin des clichés habituels. De la samba oui mais parfois lente, souvent poétique, pas de folklore. D’autres rythmes qui me sont étrangers arrivent mais mes oreilles les apprécient de suite. De la modernité, du dub-blues « Nâo Precisa », de la pop-rock électrique énergique avec « Nâo me fale nada ».

Alê Kali c’est surtout une voix superbe, claire, sensible et une belle présence scénique rehaussée par le scintillement de sa tenue mordorée contrastant avec ses boucles noires. On ne comprend pas les paroles mais la douceur et la suavité de la langue brésilienne laisse augurer de belles histoires. La guitare de Mathieu Cayla installe souvent le climat des morceaux (au fait pourquoi on dit morceau comme pour la viande?) dans le registre très caractéristique de la musique du Brésil. Aux percussions Anthony Duvalle s’active sur ses nombreux accessoires avec énergie ou grande douceur, un régal. La découverte c’est Josias grand bassiste sachant excellemment tout faire, même du slap ou du dub. La grande classe.

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Le vent est tombé, la soirée devient presque douce grâce à la musique et à la beauté insolite du lieu, quelques verres de jus de canne distillé diplomatiques aidant bien à cette atmosphère. Des invitées sont appelées sur scène, Patricia Sireyjol et son cavaquinho, Valérie Chane-Tef au piano et même Ceïba qui y découvre le surdo, ce gros tambour brésilien dont le son très grave vous traverse le corps.. De la douceur on est passé à la chaleur car la piste de danse est remplie et ce qui n’était qu’un rappel devient presque un second set !

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Jolie parenthèse que cette nuit ensoleillée, demain il pleut…

www.alekali.com

Akoda chez Alriq

Par Philippe Desmond

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La nuit tombe sous les lampions, un massif paquebot glisse devant la guinguette, quittant Bordeaux vers le large, mais le voyage est aussi pour nous qui sommes restés à terre, Akoda va nous entraîner vers d’autres horizons, de l’autre côté de l’Atlantique, vers des contrées créoles, vers Cuba, vers le Brésil, vers l’Argentine…

Akoda c’est un des nombreux projets (Djazame, Ceïba, Nougaro en 4 couleurs) de Valérie Chane-Tef pianiste et compositrice, un groupe lauréat du tremplin Action Jazz en 2014, avec autour d’elle Mayomi Moreno au chant, François-Marie Moreau aux sax, à la flûte et à la clarinette basse, Benjamin Pellier à la basse et Franck Leymerégie aux percussions. Tous d’excellents musiciens.

Du « jazz créole » pour les racines afros comme elle le définit mais aussi latino, chaleureux, coloré, chaloupé, fait en majorité de compositions originales. Jazz, car les chorus et les développements sont là et même bien là. On  passe de la sensibilité au groove avec le même bonheur et toujours avec élégance. « Mano à Mano » pour débuter, titre de leur premier EP puis de nouvelles compositions comme « Mariposa » de leur prochain album dont un coin de voile se lève ; en effet Mayomi ne chante pas tous les morceaux, le groupe joue en quartet ou même en trio, quelques pistes pour le contenu de ce disque qui sortira le mois prochain… La Gazette Bleue de septembre vous en dira plus.

Après la pause et dans une fraîcheur certaine – et oui ma pauv’ dame, passé le 15 août l’été c’est fini… – on va avoir droit à un vrai festival avec notamment des invités surprises. Un nouveau titre magnifique « Inocencia » est l’occasion d’inviter Laurent Maur à l’harmonica, s’intégrant instantanément au groupe ; on vous l’a dit, c’est du jazz. Puis Emilie Calmé et sa flûte vont faire partie du voyage vers le Brésil pour une composition magnifiquement chantée par Mayomi. Le public joue le jeu, l’ambiance monte, certains dansent, on oublie la fraîcheur bordelaise. A propos monsieur Alriq si on avançait un peu l’heure des concerts maintenant ?

En rappel le groupe reprend l’endiablé « Acompaña la”, une cumbia, avec Ouriel Ellert invité à la basse qui va nous allumer une rythmique de feu bienvenue.

Beau voyage et belle soirée avec ce groupe finalement assez rare mais qu’on reverra avec plaisir le 23 septembre au Caillou pour nous présenter son nouvel album.

Le Jazz Chamber Orchestra chez Alriq

Par Philippe Desmond

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Une longue queue s’étire devant le petit guichet sous la chaleur encore étouffante à 20h30, pourtant le site est déjà bien rempli. Nous sommes chez Alriq la guinguette qui a rouvert ses portes la semaine dernière et qui visiblement manquait aux Bordelais ; c’est plein tous les soirs. La guinguette on n’y vient pas forcément pour écouter un groupe particulier mais parce qu’on sait que quoi qu’il arrive on va y passer un bon moment. Justement ce soir on va y passer un très très bon moment.

Au programme le Jazz Chamber Orchestra un nom très sérieux pour des musiciens qui eux ne se prennent pas au sérieux. Mais ne nous trompons pas,  on a affaire à de sérieux musiciens, deux sax, Jean-Luc Pareau à l’alto, Alain Barrabès au ténor, Fred Lasnier à la contrebasse – et au washboard – et Laurent Mastella au banjo et à la steel guitare.

Le répertoire ? En majorité celui de Count Basie et de Duke Ellington, oui oui des big bands ! Ils se baptisent eux même « Minimum Big Band »  et c’est une prouesse que d’avoir écrit des arrangements pour une telle formation réduite. « Lil’Darlin’ » en est une preuve, le standard de Neal Hefti magnifié par Count Basie sur le célèbre album « The Atomic » prend ici une couleur plus intimiste mais très réussie. De même pour « Mood Indigo », « I don’t mean a thing » ou « The Mooche » du Duke.

Mais la spécificité du groupe c’est l’humour, ce n’est pas un concert mais un spectacle musical et comique. On pense au Quatuor, aux Frères Jacques ou aux Frères Brothers, on a ce grain de folie et de fantaisie permanent tout en écoutant de la bonne musique de jazz ou de swing. Malgré la chaleur la piste de danse – qui mériterait un revêtement plus lisse, mais ça va venir m’a-t-on dit – est souvent pleine pour danser le swing, je vous le confirme j’ai sué moi aussi.

Quelques compositions originales viennent provoquer les rires tel leur hymne « On aime le vin » ou la chanson « le Citron » chantée d’un air bébête par Fed Lasnier, un vrai pitre. Les gags se succèdent sans nuire à la musique, « For you » chantée en Anglais fait l’objet d’une traduction simultanée en Français hilarante.

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Duo de Jazzoflûtes

On passe vraiment un super moment – plus d’une heure et demie de spectacle – avec cette formation loin d’un certain jazz guindé, une bonne initiation pour ceux qui « n’aiment pas le d’jazz ». Et comme hier soir par cette chaude soirée, la Guinguette chez Alriq était pleine, avec un éclairage aux lampions du plus bel effet le bonheur était total.