Poussez-vous, voilà l’Apollo All Star Band !

Par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

 L’Apollo Bar, Bordeaux le 11 octobre 2017.

Les rendez-vous mensuels de l’Apollo pour les cartes blanches à Roger Biwandu font partie des passages obligés. Variés, du trio aux presque big bands, du rock au jazz en passant par la soul ou le hip hop, avec les musiciens du coin ou des surprises comme Camélia Ben Naceur, Christophe Cravero, John Beasley, Patrick Bebey et d’autres, ils sont une source de plaisir sans arrêt renouvelée. On y retrouve les habitués du lieu, concert ou pas, les fidèles des cartes blanches, les amis, les potes, des musiciens beaucoup de monde toujours.

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Pour les rater il faut vraiment vivre en ermite car Roger Biwandu inonde les réseaux sociaux des semaines avant avec un teasing toujours alléchant. Autre avantage les couche tôt peuvent venir car à 22 heures pétantes la musique s’arrête, pas les tireuses de bière par contre. Bon d’accord c’est un peu frustrant mais deux heures de musique surtout avec l’engagement des musiciens c’est très correct, surtout pour le prix du billet d’entrée ; il n’y en a pas, c’est gratuit mais il est de bon ton de – bien – consommer. Derrière le bar Caro et son équipe turbinent dans un mouvement brownien – Robert pas James – permanent. Alors on s’accommode de l’étroitesse du lieu, du côté boîte de sardines – non ils ne la chantent jamais – du boucan ambiant car l’ambiance est toujours festive et cool même si parfois, souvent, toujours, c’est hot.

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D’ailleurs ça fait vingt ans que ça dure cette histoire ce n’est donc pas par hasard. Vingt ans que Roger le chef spirituel de l’endroit y use ses peaux et ses baguettes au seul motif de nous régaler et de se régaler lui aussi. Depuis six ans que je fréquente l’endroit je n’ai pas raté beaucoup de mercredis soir mais je regrette les quatorze années précédentes passées souvent devant la télé…

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Hier soir le programme était le suivant : de la soul, du funk, du jazz, du R & B (Rythm’n Blues c’est trop compliqué à écrire) avec l’Apollo All Star Band. Avant de déclencher une polémique du genre : All Star Band  mais pour qui ils se prennent… précisons que c’est du second degré appelé aussi humour, celui d’une bande de potes qui jouent ensemble pour la grande majorité depuis des années et ne s’en lasse pas ; ça s’entend. Mais attention ça rigole pas pour autant question qualité musicale, le boss veille. Le tromboniste du soir, un Basque, dont je garderai l’anonymat car il craint son patron, me dit que quand on joue avec Roger il faut s’y jeter à fond, pas le choix il faut y aller. Ah bon c’est pour ça que tu as tout explosé ce soir ! Mais il n’a pas été le seul, nous avions devant nous une bande de fous furieux échappés de l’asile, Attila et sa bande qui brûlent tout sur leur passage.

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Le premier à en faire les frais a été le « Chicken » – rendu célèbre par Jaco Pastorius – qu’ils ont saigné, plumé et vidé pendant dix minutes. Ils ont ensuite envoyé du bois sur « Knock on Wood » de Floyd, pas Pink trop soft mais Eddie, avec des cuivres flamboyants.

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Avec eux pas besoin d’aller chez le docteur comme ils vont nous le rappeler avec « I Don’t Need no Doctor » de Ray Charles ; sacrée version chantée et guitarisée par Dave Blenkhorn. Suivront des titres de Stevie Wonder – non, la série s’arrête là,  pas de Gilbert Montagné au programme – des Brecker Brothers avec « Inside Out » vous savez l’ancien générique de Jazz à Fip. Au fait avez-vous signé la pétition pour la sauvegarde des locales de FIP notamment  celle de Bordeaux/Arcachon. FIP c’est la musique qu’on aime mais presque surtout les annonces des concerts et événements locaux que l’on fréquente ; plus de locales plus d’annonces ! Plus d’annonces plus événements… (lien en bas de page).

Il y aura même le légendaire « Moanin’ » d’Art Blakey, dont c’est l’anniversaire – mais depuis le 16 octobre 1990 il ne peut plus venir – introduit magnifiquement à l’harmonium, pardon à l’orgue par Hervé Saint-Guirons ; et oui à force que Roger l’appelle le Révérend on finit par se tromper.

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On rencontrera « Mustang Sally » qui ne raconte pas l’histoire d’une Ford pas très propre comme certains le croient encore, plein d’autres choses et un final participatif – oui c’est la grande mode en ce moment – avec « What’d I Say ». Éclectique, magnifique.

Citons la section de cuivre exceptionnelle avec de gauche à droite Laurent Agnès (tr) déchaîné,

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Régis Lahontâa (tr) en mode suraigu,

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Sébastien Iep Arruti (tb) tonitruant,

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la section de bois avec Loïc Demeersseman explosif au sax ténor

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et Guillaume Schmidt volubile aux sax alto et baryton ;  raaahh le sax baryton !

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Et oui vous pouvez vérifier, les sax sont des bois, les quelques grammes de roseau de l’anche l’emportent sur plusieurs kilos de cuivre. En bref tout ça c’est des vents, attention je n’ai pas dit du vent ! Super arrangements de la section complète, c’était gigantesque notamment ce passage un peu libre, sinon free.

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Dave Blenkhorn a été nickel au chant et plusieurs fois nous a joué le guitar hero, registre dans lequel on le connaît moins.

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La Leslie d’Hervé Saint-Guirons n’a pas été ménagée mais il lui aurait préféré un vrai ventilateur tant il a donné de sa personne. Il a lui aussi régalé l’Apollo.

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A l’arrière mais comme au rugby, en attaque permanente à l’aile droite un gigantesque Shob à la basse – quel chorus il nous a fait exploser à la figure ! – qui avec, à l’aile gauche, tapi dans l’ombre prêt à bondir, le grand Roger Biwandu à la batterie, je précise pour celui qui ne le saurait pas, ont assuré un – soul – train d’enfer, le boss dirigeant tout le monde de la voix ou par son jeu sans avoir l’air d’y toucher. Un vrai capitaine d’équipe.

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Vous avez peut-être deviné qu’on ne s’est pas ennuyé une seconde hier soir, on a surtout passé un moment extra même si l’acoustique du lieu n’est pas idéale mais on passe là dessus, c’est tellement sympa à l’Apollo de nous accueillir ainsi !

Bon je me calme.

 

PS : Prochaine carte blanche à l’Apollo le mercredi 8 novembre avec Nolwenn Leizour (cb), Mickaël Chevalier (tr), Jean-Christophe Jacques (sax), Hervé Saint-Guirons (e-piano) et bien sûr le boss Roger Biwandu (dr). Et ceux qui croient ne pas aimer le jazz, venez,vous changerez d’avis !

Pétition FIP : https://www.change.org/p/pr%C3%A9servez-et-d%C3%A9veloppez-fip-la-p%C3%A9pite-%C3%A9clectique-de-radio-france

 

Roger Biwandu invite Camélia Ben Naceur à l’Apollo.

L’Apollo, Bordeaux le 13 septembre 2017.

Pas de jazz à Bordeaux ? Pas hier soir en tous cas ! Pensez donc Dianne Reeves remplissait la 650 au Rocher, Olivier Gatto présentait son nouveau projet « Alma Caribe » au Caillou et pour sa carte blanche à l’Apollo Roger Biwandu invitait la pianiste Camélia Ben Naceur. L’embarras du choix, embarrassant en effet. Par chance Olivier Gatto revient au Caillou ce vendredi, alors pour moi ce sera l’impasse pour la grande Dianne ; mais une équipe d’Action Jazz y était et vous en parlera.

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Roger Biwandu entretenait le suspense depuis quelques semaines sur l’identité de son invitée baptisée pour la circonstance Caramelito. La dernière fois il l’avait appelée Victoria Principal ! Mais nous étions quelques uns à avoir compris de qui il s’agissait car il nous annonçait une pianiste exceptionnelle et des comme Camélia il n’y en a pas beaucoup.

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Un certain Billy Cobham s’en est d’ailleurs aperçu et il en a fait sa pianiste titulaire depuis bientôt dix ans ; elle était avec lui lors de son dernier passage au Rocher. Camélia joue aussi avec les Jazz Paddlers autour de Jean-Marie Ecay et de musiciens de la région – en principe – tous surfeurs. Le batteur bordelais Joris Seguin en fait partie. Il est là ce soir et me parle du grand professionnalisme de son amie Camélia. Le talent certes, il est immense, la passion bien sûr, il suffit de la regarder jouer, mais surtout énormément de travail.

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Perfectionniste aussi jusqu’au bout des doigts comme ces gants de manutention qu’elle met pour ranger son matériel et préserver ses petites mains qui sont un trésor. Et par dessus tout Camélia c’est une boule d’énergie qui donne beaucoup au public et à ses partenaires musiciens, elle est toujours à 200% me dit Joris, il y a longtemps que je m’en était aperçu. Camélia c’est un miracle au piano si on veut faire un mauvais jeu de mots car elle vit à Lourdes où entre deux tournées dans le monde avec Billy elle vient se ressourcer.

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Et donc hier soir elle était la vedette de ce magnifique trio, Roger à la batterie bien sûr et Nolwenn Leizour à la contrebasse. Roger n’est certes pas misogyne mais surtout il aime à s’entourer d’excellents musiciens et d’ami(e)s ; le fait que ce soit des femmes ou des hommes est subalterne.

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Le répertoire est très éclectique, alternant les titres punchy et des ballades profondes. Dans ces dernières l’explosive Camélia est capable de maîtriser sa fougue et de la transformer en délicatesse, de jouer en gouttelettes, de montrer sa sensibilité. Mais elle peut tout à coup en quelques mesures y introduire un groove surprenant. Et là l’entente parfaite avec Roger et Nolwenn est éclatante. Il faut les voir s’écouter, se comprendre, anticiper, marquer des breaks, se répondre.

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Bientôt Roger Biwandu va venir jouer avec un tambourin – mon rêve me dit-il – il a en effet pris ce soir un jazz set minimal, caisse claire, grosse caisse, charley et une seule cymbale. Comment faire tant de choses avec si peu de choses ? Un pied de nez à Camélia et à son patron Billy Cobham qui lui joue avec un vrai show-room ? Les soirs de jazz Roger, je l’ai souvent dit, joue de la musique plus que de la batterie, un régal pour les oreilles et les yeux.

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Nolwenn avec toute la discrétion qui la caractérise est à l’ouvrage, elle finit épuisée. Son rôle indispensable pour l’assise du trio est évident et elle a pris ce soir autant de chorus que certains dans une année. Ses dialogues avec Camélia sous les yeux admiratifs de Roger sont à souligner et leur accolade finale est révélatrice.

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Camélia a elle tenu ses promesses, comme toujours, avec ce bonheur de jouer et d’écouter les autres. Elle aussi a fini épuisée, des crampes dans les poignets de ses quatre mains (!) tant elle a donné d’accords et de triples croches.

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Une idée m’a traversé l’esprit pendant cette soirée, comment tous ces gens qui passent dans la rue entendant et voyant le concert à travers la vitrine de l’Apollo ne prennent-ils pas le temps de rentrer, comment peuvent-ils se priver de tels moments de bonheur…

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Set List

Black Nile (W. Shorter)

Dolphin Dance (Chet Baker)

You the Night and the Music (Arthur Schwartz)

Dindi (A.C. Jobim)

Sing a Song of Song (Kenny Garrett)

 

Caravan( Juan Tizol- Duke Ellington)

There is no Greater Love (Isham Jones)

I Have a Dream (Herbie Hancock)

Anna Maria (Wayne Shorter)

Moment’s Notice (John Coltrane)

Biwandu 4tet : Tribute to Kenny Garrett

par Philippe Desmond.

L’Apollo, Bordeaux

 le mercredi 10 mai 2017

Nous revoilà de retour au rendez-vous mensuel de l’Apollo pour la Carte Blanche à Roger Biwandu. Du jazz ce soir avec un tribute to Kenny Garrett. Attention pas Kenny G le sirupeux saxophoniste de smooth jazz – bel oxymore – mais le grand souffleur, surtout  d’alto, celui que la planète jazz s’arrache.

Dans le rôle de sa doublure Jean-Christophe Jacques, un de ses plus fervents admirateurs et un de ses excellents serviteurs. Il étrenne en concert son nouveau sax alto un Keilwerth Sx90 R en finition vintage gravée, une merveille d’instrument tout comme son soprano du même facteur, lui aussi une bête de course. Reste à s’en servir et autant le dire on ne sera pas déçu, on sera même enthousiasmé.

Deux autres fidèles du boss Roger complètent la formation. Hervé Saint-Guirons est au piano électrique et Nolwenn Leizour à la contrebasse, tout va donc bien se passer.

Beaucoup de musiciens et pas des moindres sont là ou vont venir faire un tour, gage d’intérêt pour ce concert et à les voir écouter ils apprécient.

Kenny Garrett a déjà à son actif plus d’une quinzaine d’albums dont la plupart sont de ses compositions, il aussi marqué de sa présence pas mal d’œuvres de la fin de la carrière de Miles Davis, il y a donc le choix pour le répertoire. Il va être varié avec des compositions de Kenny Garrett donc ainsi que de Michaël Jackson, le « Human Nature » repris par Miles, ou « Giant Steps » où JCJ enfile le costume sombre de Coltrane pour nous montrer que lui aussi sait se servir d’un sax alto.

Le premier titre va donner le ton de la soirée, du jazz nerveux dynamique et un rodage accéléré du nouveau sax alto. Celui-ci sonne merveilleusement à la fois chaud et puissant, précis dans les aigus et  ténor dans les graves. Jean-Christophe ne va pas être avare de chorus et la soirée avançant ceux-ci vont atteindre des sommets.

Personnellement si j’ai un morceau à retenir c’est « Sing a song of song », un titre de 1997, mon préféré de Kenny Garrett. Une mélodie toute simple pure et belle propice aux improvisations des plus délicates aux plus enflammées. Hervé va s’y mettre le premier dans un chorus qu’on aurait écouté toute la nuit, relayé par Jean-Christophe à l’alto qui va partir vers des sommets.

Nolwenn entretient la rythmique avec verve, répétant à l’envi les trois accords phares de celle-ci ; on l’entend mieux que dans le premier set mais il a fallu qu’elle pousse les curseurs à fond pour arriver à se faire entendre au milieu de ce bouillonnement de musique. Roger lui est dans le rôle d’une de ses idoles Jeff « Tain » Watts, un des créateurs du titre, et ça doit le motiver encore plus ; il est éblouissant, délivrant parfois quelques scuds explosifs !

Quant au sax alto tout neuf « ça y est il est bien ouvert ! » me confiera Jean-Christophe Jacques ; tu m’étonnes !

On n’est jamais déçu par ses soirées à l’Apollo on en redemande même et bien le mois prochain ce sera double ration ! Le samedi 10 juin Roger Biwandu and guests seront de retour à l’Apollo qui fêtera son 20ème anniversaire  ainsi que le mercredi 21 juin pour la fête de la musique.

Set list :

2 Down & 1 Across
The House That Nat Built
She Wait For The New Sun
Human Nature
Giants Steps

Wayne’s Thang
Lonnie’s Lament
Delta Bali Blues
Sounds Of The Flying Pygmies
Sing A Song Of Song

Happy People

Roger Biwandu met l’Apollo en fusion

par Philippe Desmond, photos Jo Gaut et PhD ( au tél, sans lumière et sans frein…)

L’Apollo, Bordeaux le 8 mars 2017.

Le jazz rock, né dans le sillage de la comète Miles Davis au début des 70’s, a permis d’élargir le public du jazz un peu refroidi par trop de Free mais a toujours eu du mal à s’imposer en tant que jazz auprès des puristes ou en tant que rock chez les fanas du binaire. Il a ainsi changé de nom oubliant le rock pour devenir jazz fusion.

Personnellement c’est par là que vers mes 18 ans je suis rentré dans l’univers du jazz, une passerelle entre le rock que j’écoutais depuis tout jeune et le jazz que je ne « connaissais » qu’à travers un 33 tours familial de Syney Bechet… A cette époque le Corea de Return to Forever (vus en 74 à l’Alhambra de Bx) , le Herbie Hancock des Headhunters (vus à Bayonne en 76) n’étaient pour moi que des claviéristes de synthés et pianos électriques. Art Blakey quasi inconnu au bataillon mais j’étais subjugué par la débauche d’énergie et de matériel de Billy Cobham. L’Eleventh House de Larry Coryell, Weather Report, Mahavishnu, Alphonse Mouzon, Isotope… remplissaient ma discothèque. Premier album de Miles acheté en 75 « Get up with it » précédant un flash back discographique fourni…

Complexité des harmonies, prolifération de notes, développement des morceaux avec trop de démonstrations instrumentales ont fini par lasser et ce type de musique a perdu de son attrait, certains partant vers l’acid jazz ou le smooth jazz, d’autres vers le funk et les piliers vers leurs premières amours jazzistiques, y intégrant une belle dose de modernité néanmoins. Snarky Puppy et d’autres perpétuent désormais le genre pour notre grande satisfaction.

Hier soir à l’Apollo de Bordeaux – qu’on ne remerciera jamais assez – hommage était rendu à ce type de musique avec un Tribute to Brecker Brothers (parents et alliés) dans le cadre des « Cartes Blanches à Roger Biwandu ». Et le mot fusion y a pris tout son sens peut-être pas celui initial mais celui qui découle d’une très forte montée en température ; pour cela il faut un apport très important d’énergie, et bien on a été servi !

A la forge six musiciens avec Roger à la batterie, Shob à la basse, Xavier Duprat aux claviers, Denis Cornardeau à la guitare et « Los Metales del Terror » Régis Lahontâa et Loïc Demeersseman dans les habits de Randy (tr) et Mickaël Brecker (st). Pour faire simple disons qu’ils ont tout défoncé.

Ils ont commencé par plumer « The Chicken » de Pee Wee Elis ; ils ont bien mis un quart d’heure à en venir à bout, ne restaient plus que les os après tant de groove. C’est ainsi parti très fort et, sauf à la pause, ce n’est pas retombé.

Après le « Snakes » de David Sanborn où Loïc Demeersseman a continué de se mettre en valeur (« C’est plus de mon âge cette musique » avouera t-il ; menteur ! ) Régis Lahontâa a bouché sa trompette pour un son très Miles dans le funky « Spherical » ; précis, musical, impeccable. Le groupe tourne à merveille et pourtant c’est un one shot band rappelons le, peu de répétitions, beaucoup de travail individuel, les transcriptions à faire car n’existant pas. Les breaks tombent pile, la cohésion est terrible, ça bricole pas sur scène.

Bravo à Rix venu pour faire le son, pas facile à maîtriser ici, même si, ayant oublié mes bouchons d’oreilles, des boulettes de kleenex m’ont sauvé de la surdité par moment ; mais le jazz rock il faut que ça claque !

« Port of Call » et une basse Marcusienne pour le remarquable Shob qui a été royal toute la soirée dans ce rôle plus qu’indispensable pour ce type de musique où finalement tout par de là ; première fois à l’Apollo certainement pas la dernière.

Un autre célébrait ici son baptême, le guitariste Denis Cornardeau dans le rôle de Mike Stern, rien moins. Sa strato nous en a fait entendre de toutes les couleurs, des riffs saturés aux chorus délicats ou enfiévrés en passant par une intro quasi acoustique il a emballé tout le monde.

Sur ses deux claviers le discret Xavier Duprat – hors scène – a régalé trouvant parfaitement ces sons d ‘époque parfois un peu datés, avec une virtuosité et une énergie bondissante dignes de sa collègue Camélia, une grande spécialiste du genre au sein du groupe de Billy Cobham.

Et Roger Biwandu le boss ? On le connaît tous par cœur, enfin on le croyait car hier soir, concentré comme jamais, il nous a encore surpris, inondant le concert de sa classe à un niveau stratosphérique. Cette musique lui convient lui le puissant batteur, il s’y exprime pleinement. Finesse, polyrythmie, créativité incessante et tout cela avec une débauche d’énergie délivrée apparemment sans effort . Ah ce travail à la grosse caisse, je n’ai jamais fait attention mais il doit avoir un ou deux pieds de plus que nous… Ça laisse augurer -si on en doutait – un super concert le 4 avril au Rocher pour la sortie de son album « Three » ; plus de détails dans la Gazette Bleue #21 de mars dont Roger est la vedette.

Après la pause reprise avec le tube « Inside out » synonyme depuis des années de « Jazz à Fip » et un groove qui ne va pas nous lâcher dans les titres suivants jusqu’à l’explosion finale du trépidant « Some Skunk Funk » le tube des BB ; les Metales sont à fond, Loïc tout rouge prêt à exploser ; Xavier saute sur son clavier, ils sont tous la poignée dans le coin sur ce morceau si caractéristique du genre, mené à un tempo infernal. Et comme à la boxe, nous voilà tous saoulés de coups après ces dix reprises ; on en redemande !

C’est toujours chouette le jazz rock finalement !

Pendant ce temps au Camp Nou le PSG se faisait lui aussi défoncer, mais avec moins de plaisir que nous…

 

https://actionjazz.fr/gazette-bleue-n21-mars-2017/

set 1

The Chicken (Pee Wee Elis)

Snakes (David Sanborn)

Spherical (Randy Brecker)

Port of Call (D Sanborn)

Sponge (R. Brecker)

set 2

Inside Out (R. Brecker)

Upside Downside (Mike Stern)

Common Ground (M. Stern)

Detroit (Marcus Miller)

Some Skunk Funk (R. Brecker)

Hommage à Blue Note par Roger Biwandu quintet.

par Philippe Desmond, photos Rémy Dugoua

L’Apollo de Bordeaux, le 16/11/2016

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Un concert dédié au label Blue Note, Action Jazz dont le logo est une note bleue ne pouvait pas le manquer ; remarquez que les cartes blanches à l’Apollo, personnellement je n’en ai pas raté beaucoup. Ces cartes blanches elles sont depuis toujours (1997 !) dans les mains de Roger Biwandu, dans des registres divers, de la pop à la soul en passant ce soir par le jazz, du vrai, du bon, du bop.

Hommage donc au label historique du jazz, Blue Note le bien nommé. Fondé aux USA en 1939 par Alfred Lion et Max Margulis, ce label a vu passer tous les plus grands du jazz. Un peu en déclin dans les 70’s il a bien redémarré dans les 80’s et d’ailleurs ce soir une de ses artistes emblématiques actuelles se produisait à Bordeaux : Norah Jones chantait en effet au Femina pour un concert complet depuis des lustres. Amateurs de jazz ou de star system ? Réponse dans la chronique à paraître en suivant.

Et bien nous, nous étions à l’Apollo avec Roger Biwandu (batterie), Alex Golino (sax ténor), Mickaël Chevalier (bugle), Hervé Saint-Guirons (piano électrique) et Olivier Gatto (contrebasse) et nous n’avons pas regretté. Un Apollo confortable ce soir, du monde mais pas cette foule oppressante de certains soirs, des conditions idéales pour se régaler en musique…et au bar qui pour une fois est accessible !

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« Driftin’ » d’Herbie Hancock ouvre le concert sur un bon tempo, gai et enlevé. De la musique classique presque, 1962 pensez donc ! Mais toujours aussi moderne. Ce qu’il a de remarquable dans ces cartes blanches c’est que tout se passe quasiment sans répétition, chacun « faisant ses devoirs » (dixit Roger) dans son coin pour le soir du concert venu s’accorder avec ses partenaires. Ça tourne rond dès le départ. Il faut dire que les musiciens présents ne sont pas là par hasard, Roger Biwandu ne prenant jamais de risque, vu l’exercice, et s’entourant toujours des meilleurs pour le type de musique choisi.

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« Hocus Pocus » ensuite, de Lee Morgan avec Mickaël Chevalier dans le rôle du trompettiste, mais au bugle, instrument qu’il ne quittera pas de la soirée. Il me dira le préférer de plus en plus à la trompette pour la suavité du son. Il vient même d’en commander un tout neuf. Chacun prend sa part du morceau, les chorus s’enchaînent naturellement, pas de démonstration, de la musique tout simplement.

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Le très alerte et mélodieux « Una Mas » – vous connaissez tous – de Kenny Dorham – vous connaissez moins – arrive ensuite et s’étire au gré des chorus, piano très délicat d’Hervé, sax volubile mais pas trop d’Alex, liberté du bugle de Mickaël, rythmique nuancée mais solide d’Olivier, batterie créative et sans cesse différente de Roger, du jazz quoi.

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« Fee Fi Fo Fum » de Wayne Shorter, issu du magnifique album « Speak No Evil » radoucit l’atmosphère avant le sprint de « Moment’s Notice » de John Coltrane. Superbe.

Une pause pour faire tourner encore plus le bar et nous voilà repartis avec Hank Mobley et « Take Your Pick ». Bravo à Roger Biwandu pour le choix des titres et un tour d’horizon quasi complet du catalogue Blue Note dans le style Hard Bop qui le caractérise. « Punjab » de Joe Henderson ensuite, puis le grand classique « Around Midnight » de Monk alors qu’il n’est que 21 heures 30. Magnifique version.

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Arrive un de mes favoris avec « Crisis » de Freddie Hubbard qu’ils vont tordre près d’un quart d’heure avec verve et intensité, proposant chacun des chorus percutants. Ce titre est d’une tension qui ne vous lâche pas, excellent choix. « The Kicker » d’Horace Silver et, enfin, le solo de batterie de Roger attendu toute la soirée. Ce soir je l’ai senti sérieux, impliqué, concentré, cette musique, parmi toute celles qu’il aime, c’est quand même sa favorite et il ne voulait certainement pas décevoir ; opération réussie et quand il se lâche Biwandu devient Triwandu.

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Roger annonce que c’est la fin du concert mais il reste encore un peu de temps avant le couperet de 22 heures, strictement respecté en ce lieu, ce que nous appelons musique devenant, passé cette heure, tapage pour le voisinage. Alors allons-y pour un rappel avec le standard « Moanin’ » de Bobby Timmons écrit pour Art Blakey et ses Messengers. Intemporel.

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Quand après le concert je demande à Mickaël Chevalier pourquoi il n’a joué que du bugle la réponse arrive « depuis les élections aux USA, no more Trumpet » avant de m’en donner la raison musicale évoquée plus haut.

Encore une soirée de grande qualité, amicale en plus, dans un Apollo rénové magnifiquement. Prochaine carte blanche le 21 décembre dans un tout autre registre, un hommage à Bambi…

 

Roger Biwandu sextet « Tribute to Art Blakey »

Par Philippe Desmond.

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La vie de chroniqueur est parfois déchirante ; ce mercredi soir l’offre jazz bordelaise est pléthorique et de qualité partout. Au Siman le Philippe Bayle Trio, au Caillou le tromboniste Pierre Guicquéro en quartet et à l’Apollo un « Tribute to Art Blakey », que dis-je, pas un mais LE « Tribute to Art Blakey » déjà vu plusieurs fois… Justement à chaque fois ce fut grandiose, alors allons-y pour une cuillerée de plus !

La dernière fois c’était l’été dernier au festival de Saint-Emilion devant un millier de personnes et un concert éblouissant, ce soir c’est dans un petit bar devant dix mille personnes au moins tant il y a de monde ! Et vraiment beaucoup de jeunes – non pas moi – ce qui fait grand plaisir. Un seul bémol aucun de nos photographes d’Action Jazz n’est présent, ils sont déployés sur les autres lieux, d’où une photo à la biscotte d’une qualité à des années lumières de celle du concert.

Petit changement par rapport au sextet habituel de ce tribute, l’absence de Shekinah Rodz en repos forcé, suppléée au sax alto par un remplaçant de luxe, Jean-Christophe Jacques que l’on a peu l’habitude d’entendre avec cet instrument. Sinon autour de Roger Biwandu (dr) l’initiateur du projet on retrouve Olivier Gatto (cb et direction musicale), Francis Fontès (p), Alex Golino (st), Laurent Agnès (tr) et Sébastien Iep Arruti (tb), la fine fleur bordelaise, nos Jazz Messengers à nous.

On commence « en douceur » alors que la salle est déjà bondée par « On the Ginza ». On va déjà passer tout le personnel en revue et on sent que la soirée va être chaude ; ils ont autant envie de jouer que nous de les écouter. Roger a dû les faire bosser pas mal car tout est de suite en place sur cette musique d’Art Blakey, ce jazz puissant bâti sur une rythmique forte et bien sûr une batterie centrale omniprésente. Roger avec ce répertoire donne vraiment toute la mesure de son talent et il en a l’animal.

Puis vient un « Feeling Good » de circonstance, « Falling in Love With Love », « Eighty One » (de Miles non?) et « Oh by the Way ». Je dirai plusieurs fois dans la soirée qu’en écoutant cette musique avec ses changements de cadence, ses fulgurances et ce côté cool parfois, je m’imagine au volant d’une décapotable américaine des 60’s, le bras sur la portière, passant des petites routes de corniche aux grands boulevards d’un grand coup d’overdrive ; je ne dis pas qui m’accompagne…

Tout le long de ce premier set les musiciens vont nous proposer un festival de chorus. La section de cuivres est étincelante, époussoufflante dira Benjamin.

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Alex avec sa discrétion scénique habituelle, endosse les habits de Wayne sans aucun complexe à avoir, il est toujours juste dans ses interventions.

Laurent va prendre des risques payants sans aucun artifice à sa trompette, il est remarquable.

Jean-Christophe se surprend lui-même à l’alto et nous offre des chorus mélodieux d’un grand dynamisme.

Sébastien, à deux doigts d’éborgner avec sa coulisse le public du premier rang qui a trouvé refuge au pied des musiciens, se joue de cet instrument rebelle qu’est le trombone avec une virtuosité extraordinaire.

Au piano Francis , qui ne regardera pas ses doigts de la soirée toujours à croiser le regard de ses collègues, va nous en mettre partout comme à chaque fois, son « piano » Casio vivant certainement sa dernière soirée vu ses quelques défaillances techniques d’hier.

A la colonne vertébrale Olivier toujours studieux et appliqué – il répétera seul dans son coin juste avant le concert – va nous enchanter de cette ligne de basse dynamique et changeante assez caractéristique de la musique d’Art Blakey.

Quant à Roger, le patron, particulièrement à son aise dans ce répertoire – comme dans les autres d’ailleurs – il va notamment nous gratifier d’un superbe solo très créatif dans un tempo soutenu et de quelques fantaisies comme des décalages osés et décapants.

Après la pause méritée et rafraîchissante on repart avec « Free for All » puis ma préférée « Crisis » étirée avec bonheur pendant de longues minutes grâce – et non pas à cause – aux chorus énergiques des uns et des autres . Splendide.

« One by One », « Little Man » et bien sûr « Moanin’ » que tout le monde attend pour le dessert. Ce dessert on en reprendrait bien avec « Blue March » par exemple mais il est déjà (!!!) 22 heures et ici l’heure c’est l’heure, les voisins ont déjà la main sur le téléphone pour prévenir la police !

Un plaisir visible de jouer et un plaisir partagé de les  entendre dans un Apollo survolté. On vient de passer une soirée digne certainement des nuits de folie dans les caves de Saint-Germain des Près à l’époque folle des 50’s ; non là pour une fois j’étais trop jeune pour l’avoir vécu. Virginie me fait remarquer le nombre de musiciens présents dans la salle et me présente ceux que je ne connais pas encore ; une telle présence c’est bon signe en général.

La musique, les amis, what else ?

Christophe Cravero Trio à l’Apollo

par Philippe Desmond.

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A l’Apollo, pour ses « cartes blanches », Roger Biwandu propose une palette très large de musiques comme évoqué dans la chronique du 7 mai dernier. Roger en est donc « le chef d’orchestre » mais aujourd’hui il s’efface derrière l’attraction du soir et c’est le « Christophe Cravero Trio » qui est annoncé. D’ailleurs l’Apollo est plein comme un œuf.
C’est la première fois que Bordeaux accueille ce musicien compositeur de jazz poly instrumentiste, jouant du piano comme ce soir mais aussi du violon et de l’alto et n’étant pas du tout manchot à la batterie. A son actif trois albums et de nombreuses compositions avec autour de lui parmi les meilleurs de la scène jazz française ainsi que de multiples collaborations en studios ou en tournée avec Didier Lockwood, Billy Cobham – il était annoncé mais remplacé lors du dernier concert au Rocher – mais aussi Thomas Fersen, Sanseverino ou Dick Annegarn. Un superbe musicien très éclectique, apprécié et très demandé… même à la Comédie Française où il participe musicalement à une pièce ! Et il est là à deux mètres de nous, c’te chance ! Aujourd’hui un simple piano électrique Casio – celui de Francis Fontès – va faire l’affaire, et comment !

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Avec lui un autre musicien atypique, original, le bassiste compositeur Yves Carbonne dont, à tort, on ne retient souvent que ses instruments bizarres : des basses à « tessiture étendue » nous dit-on, oui des basses interstellaires à 10 ou 12 cordes, fabriquées sur mesure – en plus il est gaucher – chez Jerzy Drozd au doux nom d’Héroïc Fantasy , plus près de harpes de Space Opera que de spartiates quatre cordes. Mais c’est justement dans cette dernière configuration toute simple mais efficace qu’on va l’apprécier ce soir.

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Aux baguettes, au micro, à l’organisation, à la com, Roger Biwandu joueur local aux multiples capes internationales pour reprendre le jargon du rugby dont il est un fan absolu. Dans le monde du jazz et au-delà, Roger connait tout le monde, tout le monde connaît Roger, Roger joue avec tout le monde – plutôt les bons quand même – et tout le monde veut jouer avec Roger. Et nous on ne se gêne pas, on en profite ! Lui aussi a choisi la simplicité, caisse claire, grosse caisse, charley et une cymbale ; on va voir que ça va suffire… Il est suivi ce soir par une équipe de TV qui tourne un reportage sur lui.

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Roger a déjà joué avec les deux autres mais eux n’ont jamais joué ensemble et comme le répertoire est celui de Christophe Cravero, Yves Carbonne a droit aux partitions. Ils ont bien sûr é-nor-mé-ment répété, c’est-à-dire dans la journée au Tunnel voisin où ils se produisent ce jeudi 12 novembre.
La majeure partie du dernier album de Christophe Cravero « Elegant Elephant » va être jouée, un jazz de trio mais original dans la mesure où il est souvent l’occasion d’un dialogue piano batterie dans lequel ces instruments se répondent et se défient arbitrés par la basse indispensable. Cette musique en ce sens est singulière, le piano bien sûr participant à l’harmonie et la batterie à la rythmique mais aussi réciproquement ce qui est plus osé. Maîtrise des breaks, des changements de rythmes, c’est un vrai festival qui nous est offert ; richesse harmonique, groove, sensibilité bien sûr c’est fou comme avec trois instruments simples de tels talents peuvent nous tirer vers les sommets. ; et avec un plaisir de jouer communicatif.
Le second set va être flamboyant. Le bilan Carbonne – désolé – est à souligner, rythmique certes mais aussi par l’utilisation mélodique de l’instrument ; et quel groove lors de certains titres ! Au piano Christophe se balade avec une virtuosité extraordinaire sans tourner à la démonstration, toujours à bon escient. Je le répète, c’te chance ! Aux baguettes Roger avec ses deux fûts va nous faire la totale ; avec ce matériel minimaliste son solo de batterie si j’ose une métaphore, c’est comme un cycliste grimpant allègrement le Tourmalet sans dérailleur ; solo de caisse claire un jour de 11 novembre, bel hommage soldat Biwandu.
La fin du concert approche il y a un peu moins de foule à l’Apollo c’est alors que débarque « La Foule » de Piaf transcendée par le trio et ça va être un vrai climax pour tous, musiciens et spectateurs. Quel pied les amis ! Yves Carbonne est aux premières loges du défi que se sont lancé les deux autres fous furieux, un combat viril mais correct tous sourires dehors ! Quelle séance !
Ce n’est peut-être pas encore trop tard quand vous lisez ces lignes alors allez les écouter ce jeudi 12 novembre au Tunnel vers 22 heures, Christophe sera au Rhodes et il adore ça m’a t-il confié.
Au retour de ce concert de l’Apollo palier de décompression au Siman Jazz Club ou dans une ambiance plus veloutée un autre trio de qualité se produit, le Yann Pénichou Organ Trio. Autour de son leader à la guitare et de son répertoire on retrouve Hervé Saint-Guirons à l’orgue et Didier Ottaviani à la batterie… dans exactement la même configuration que Roger ce soir ; lui aussi va nous grimper un hors catégorie en danseuse ! Une façon tellement agréable de finir cette soirée.

NB : si vous avez raté Christophe Cravero il sera le 26 novembre au Pin Galant à Mérignac avec Sanseverino et ça aussi c’est drôlement bien.

Carte blanche à Roger Biwandu à L’Apollo

par Philippe Desmond ; photos Thierry Dubuc, X

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Depuis des années l’Apollo – pas de Harlem, celui de Bordeaux – donne régulièrement carte blanche à Roger Biwandu musicien et batteur éclectique. C’est le mercredi, une fois par mois environ et à l’heure de l’apéro, de 19 h à 22 h pétantes, voisinage oblige.

A chaque fois il s’entoure d’excellents musiciens – Roger est exigeant et il a raison – leur choix dépendant du répertoire et du thème de la soirée. En général c’est un hommage à un artiste, quelquefois à un genre comme la musique West Coast. Ainsi avons-nous eu droit à du jazz, Art Blakey Wayne Shorter, Miles Davis, Herbie Hancock, Franck Sinatra, Al Jarreau… de la pop avec les Beatles, Sting et Police, Mickael Jackson… de la soul avec Earth Wind & Fire, Stevie Wonder, James Brown, etc. Roger Biwandu est inclassable – et ne le souhaite pas – il aime la musique et en possède une culture des plus larges.

Du trio à un orchestre de neuf musiciens comme ce soir le résultat est toujours enthousiasmant. Le lieu est à chaque fois bondé, la température y monte vite, les gorges s’assèchent et donc au bar la belle équipe de l’Apollo ne chôme pas. Les potes se retrouvent, souvent en bandes c’est bruyant et à la fois attentif à la musique. Les musiciens – qui sont ici chez eux et s’y retrouvent nombreux – prennent la place d’une des attractions habituelles du lieu, le billard et le public s’entasse comme il peut devant eux. Mojitos, bières belges, rosé circulent au milieu de ce chaos.

Ce soir avec neuf musiciens c’est aussi l’embouteillage « sur scène » (il n’y en a pas).  Pour sûr l’Apollo ce n’est pas la salle Pleyel, le son n’est pas non plus génial (sauf ce soir justement). Le concert se mérite mais quel plaisir au final ! Ça se passe comme au tennis en deux sets gagnants et toujours gagnés et à 22heures pile donc ça s’arrête, public en délire ou pas ; souvenir de fermeture administrative passée…

Musicalement la qualité est toujours au rendez-vous, le boss a des exigences et s’il y a très peu – ou pas – de répétitions c’est que chacun a ses devoirs à faire à la maison longtemps à l’avance. Ils ont certes tous l’habitude de jouer ensemble, tout cela a l’air facile mais il y a du boulot derrière.

Ce soir une partie de la fine fleur bordelaise est là pour régaler. Tous  de vrais musiciens sans étiquettes trop marquées même si certains sont plus proches du jazz que d’autres. Le flyer annonce « Tribute to Ray Charles and artists soul/Rythm’n blues », on va voir que ce n’est qu’une vague indication.

Quand j’arrive les musiciens sont en train de se faire photographier tous en costumes sombres et cravatés. La grande classe et le concert va le confirmer, le ramage étant à la hauteur du plumage…

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Ce soir c’est la fête du Mirror, pas moins de cinq cuivres sont disposés en première ligne derrière les pupitres. Orgue, basse, batterie complètent le dispositif avec en « leader » Dave Blenkhorn à la guitare et au chant.

L’Apollo se remplit d’un coup aspirant tous ceux qui sirotaient en terrasse et c’est parti ! Avec du Floyd, non pas Pink mais Eddie et son très musclé Knock on Wood. La puissance des cuivres, avec deux trompettes, un sax ténor, un sax baryton (trop rare et si indispensable avec la Soul) et un trombone ! Avec ce dernier Sébastien Iep Arruti va nous faire un festival toute la soirée régalant ses compères musiciens en même temps.

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Dès le premier titre tout le monde est décoiffé et pour calmer l’assistance arrive comme une surprise « La Mer » de Charles Trenet en version « Beyond the Sea » magnifiquement chantée par Dave Blenkhorn et sa chaude guitare jouée sans aucun effet électronique.

Puis on repart à fond avec « Hot Pants Road » de James Brown. Ah le son du sax baryton avec Guillaume Schmidt aux commandes ! Je me souviens enfant d’un concert de Nino Ferrer époque « cornichons » et du son de ce sax qui m’avait marqué et de l’orgue bien sûr. Et ce soir justement Hervé Saint-Guirons lui d’habitude si posé se déchaîne avec le sien ; longtemps que je ne l’avais vu aussi démonstratif ! La cabine de l’orgue ventile à 10000 tours. (portrait d’Hervé dans la dernière Gazette Bleue #10)

« Do nothing till you hear from me » d’Ella Fitzgerald et Dave fait son crooner. Il fait aussi sonner magnifiquement sa demi-caisse. « Il joue en la » me précise Dany guitariste bordelais légendaire. Si tu le dis…

« Mustang Sally »  de Mark Rice et non de Wilson Pickett qui lui l’a rendue célèbre, déchaîne la foule qui répond à Dave par des « ride Sally ride » ; Laurent Agnès et Régis Lahontâa et leurs trompettes lâchent les chevaux, des mustangs donc, Loïc Demeersseman et son ténor déboulent  au grand galop, Sébastien et Guillaume font du rodéo. Derrière Roger Biwandu très présent et Marc Vullo impeccable tiennent les rênes de cette cavalerie, ce dernier avec la discrétion habituelle d’un poste pourtant indispensable ; pas de basse pas de groove. Et là gros groove…

Tiens une intro de batterie fameuse, Roger l’adore, c’est « Blues March » d’Art Blakey, avec cette formation c’est tout simplement de la dynamite. Et là on comprend que c’est lui Roger le patron, celui qui commande les chorus, les breaks, les relances. On voit aussi qu’il est heureux, ça tombe bien nous aussi !

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Bon ça sent quand-même un peu l’arnaque de concert, il est où Ray Charles ? Le voilà enfin avec la reprise de « What I said », inusable. Dave le crooner se lâche dialogue avec le public sur ce tube interplanétaire : Heyyy ! Heyyy ! Hooo ! Hooo ! Derrière c’est toujours aussi flamboyant.

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La pause arrive à point nommé. Tout le monde est épaté même nous qui avons l’habitude.

Ça reprend, pas de chapeau, pas de lunettes noires mais une belle version de « Everybody needs somebody » puis le titre jazzy et chaloupé « Killer Joe » de Bennie Golson, un morceau des Meters, à nouveau Art Blakey et  « Moanin’  » et enfin « Hit the Road » de qui vous savez. Le feu à l’Apollo. Rappel avec Ray jusqu’à 22 heures pile, c’est la règle.

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Un tel concert ça vous regonfle, une vraie thérapie, même mon mal au dos a – presque -disparu. Une amie s’approche de moi les yeux brillants « c’est le bonheur » me dit-elle ; ah bon ce n’était pas pour moi ces scintillements…

Pour vous dire la qualité du concert, même le Messi et son Barça en ont attendu la fin pour marquer enfin des buts constatera Roger.

Je redis la chance que nous avons de vivre des moments de cette qualité grâce à ces artistes et aussi à l’Apollo qui entretient cette flamme depuis toujours.

Prochaine carte blanche à Roger Biwandu le dimanche 21 juin ici pour la Fête de la Musique.

Heyyy ! Heyyy ! Hooo ! Hooo ! On rentre de l’Apollo….

Apollo en orbite hier soir grâce à Roger « Kemp » Biwandu et son septet !

Par Philippe Desmond

Shekinah Gatto (Sax alto), Laurent Agnès (trompette), Sébastien Iep Arruti (trombone), Alex Golino (sax ténor), Francis « Doc » Fontès (piano), Olivier Gatto (contrebasse et direction musicale), Roger Biwandu (batterie).
Hommage flamboyant au grand Art Blakey hier soir à l’Apollo à l’occasion de la traditionnelle carte blanche à Roger Biwandu. Le sextet composé de fidèles et très solides compères nous a offert une prestation de très haut niveau mais ça on s’en doutait car on les connaît et apprécie tous.
L’Apollo bondé a vite été mis sur orbite par le répertoire d’Art Blakey magnifiquement interprété par nos amis. Shekinah déchainée nous tissant des solos plein de folie et de fantaisie, Alex et son suave ténor partant vers des sommets, Sébastien faisant groover son trombone avec virtuosité – pas facile avec cette grosse bébête – Laurent nous offrant toute la gamme de ses pistons avec enthousiasme et finesse, le Doc impassible au clavier sauf ces mains qui virevoltent avec précision et chaleur. Et derrière ou devant, car avec Art Blakey on ne sait pas trop, une rythmique d’enfer ou de paradis – là aussi on ne sait plus – Olivier marquant ce tempo tendu avec ces accélérations si typiques de ce répertoire et Roger – hyper concentré – qui nous a tout fait ; quelle densité lors de son solo dont le rythme insensé n’a pas baissé d’un iota Que dire de la magnifique battle entre le Doc et Roger dans l’incontournable Moanin’, arbitrée par Olivier dont tous les trois sont sortis vainqueurs ! Ça c’est du sport ! ! Mais surtout un septet en parfaite harmonie prenant et donnant du plaisir à une salle vite chauffée à blanc. Et Alex Golino de me confier à la fin du concert « dommage qu’on ne répète pas davantage car ce serait encore meilleur » ; ben dis donc…
Deux rappels – une prouesse à l’Apollo où le temps est compté pour des raisons de voisinage grincheux – dont la légendaire Blues March exécutée au pas de course. Public nombreux et comme nous les vieux l’avons remarqué, bourré de jeunes. C’est bon tout ça pour le jazz, et c’est grâce à des soirées comme ça accessibles à tous. Merci à ces musiciens et à l’Apollo de ces cadeaux.

Texte et photo par Philippe Desmond

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