Youpi (quartet) ! C’est jeudi du jazz à Créon !

par Philippe Desmond, photos Jean-Pierre Furt

Créon le 13 avril 2017

Youpi ! Les vacances scolaires de printemps arrivent – on ne dit plus vacances de Pâques depuis quelque temps pour ne choquer personne ! – et avec elles une soirée des « Jeudis du jazz » à Créon, deuxième youpi ! Facile à retenir, tous les jeudis veilles de vacances intermédiaires.

Youpi ! Il y a encore une dégustation de vin, le château Castelneau de Saint-Léon, un bordeaux blanc et rouge bien agréable.

Bon j’arrête avec les « youpi », parlons plutôt du groupe qui va jouer ce soir : Youpi Quartet !

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Quatre musiciens qu’Action Jazz connaît bien et apprécie. L’ossature, les créateurs du projet sont Emilie Calmé superbe flûtiste et Laurent Maur remarquable harmoniciste qui nous font de temps en temps le plaisir de revenir jouer dans la région entre deux tournées en Chine, en Corée, en Mongolie et même aux USA ; deux artistes internationaux, comme l’ignorent la plupart du public présent ce soir. Le public ici se moque des étiquettes, des références, il vient par curiosité et pour l’ambiance très bon enfant et conviviale qui règne, et en confiance tant la programmation est toujours à la hauteur. Et en plus il écoute, et drôlement attentivement même, c’est à souligner.

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Duo insolite pour une formation qualifiée de jazz – c’en est, je confirme – et augmenté d’une rythmique hors pair composée d’Ouriel Ellert à la basse électrique et Curtis Efoua à la batterie. Ces deux compères aux références de très grande qualité sont présents dans de nombreux autres projets, tapez leur nom sur le blog et vous en aurez la confirmation.

Assis à une table de musiciens dont de nombreux créonnais – la ville de Créon les attire visiblement – assiette charcuterie/fromage avalée et bouteille(s) de Castelneau débouchée(s) je sens qu’on va passer une bonne soirée.

Sur la scène baignée de rouge – la lumière pas le vin ! – le quartet installe de suite son univers car il en a un, original et chaleureux. Toujours insolite même pour une oreille habituée que ce duo harmonica chromatique et flûte ; ou plutôt flûtes : traversière alto ou basse et bansuri, flûte indienne en bois. Toujours insolite le contraste entre ces instruments plutôt délicats et la rythmique puissante qui assure une belle assise à l’édifice.

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D’un titre à l’autre, ou dans une même composition, on passe d’une ambiance planante à un déferlement d’énergie avec toujours la présence mélodique des deux duettistes, à l’unisson ou en solo. Le timbre de l’harmo rappelle souvent l’accordéon ou plutôt le bandonéon. La maîtrise de Laurent Maur est absolue et il tire de ce petit instrument, finalement assez simpliste, une variété inouïe de sons. Il reçut en son temps les encouragements du regretté Toots Thielemans et a obtenu de nombreux prix, c’est un grand de cet instrument.

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Emilie Calmé varie les effets avec ses trois flûtes le bansuri n’étant pas le moins intéressant avec ce feutré du bois. Elle tisse des climats voyageurs et nous emporte loin avec l’utilisation d’effets électroniques aériens. Les improvisations s’étirent, le dialogue s’installe avec Laurent, on se complète, on se soutient, on s’échappe. C’est tout simplement magnifique.

La rythmique toujours très présente dynamise – et parfois dynamite – le tout avec puissance et précision. Ouriel Ellert n’en rajoute pas et il utilise sa basse très souvent de façon mélodique prenant des chorus sensibles.

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Curtis Efoua dans cet univers souvent délicat trouve parfaitement sa place et ses fulgurances tombent toujours juste ; il est un régal à entendre et aussi à voir.

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Le répertoire est fait surtout de compositions de chacun des membres auxquelles s’ajoutent un titre de Julien Lourau « Ginger Bread » ou encore « la Cambiada » de l’Argentin Gerardo di Giusto. « Blagal Bolero » reste mon titre préféré avec ses nappes de flûte électro étonnantes et une énergie rythmique détonante ; j’ai donc de la chance car c’est ce titre qu’ils reprennent en rappel. Youpi !

Voilà c’est fini, on a bien passé une bonne soirée, excellente même. Emilie et Laurent en trente secondes ont rangé leur petit matériel – malins tous les deux d’avoir choisi ces instruments –  rendant jaloux mon voisin de table contrebassiste…

Merci à Carlina Cavadore, à Serge Moulinier et toute leur équipe de bénévoles de l’association Larural et rendez-vous en octobre pour la 9ème saison des « Jeudis du jazz ». Mais avant toute cette belle équipe sera sur le pont pour le « Chapitoscope » un très bel événement multiculturel, du 10 au 14 mai prochain !

 

Prochains concerts de Youpi Quartet :

14 avril  Caillou du jardin botanique
Esplanade Linné, Bordeaux
réservations: 06 85 99 32 42

15 avril   Quartier Libre
30 rue des vignes, Bordeaux
infos: 06 25 80 60 53

16 avril Central do brasil
6 rue du port, Bordeaux
réservations: 05 56 92 38 67

20 avril  Lucifer
35 rue de Pessac, Bordeaux

22 avril Tremplin de l’umj

19 Rue des Frigos, Paris 13ème (14H00-14h30)

Album en pré-vente sur : https://www.youpiquartet.com/

http://www.festivalchapitoscope.com/

 

Gainsbourg revisité au Baiser Salé

par Philippe Desmond.

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Me revoilà comme chaque année fin mai un soir à Paris, entre deux premières journées d’une quinzaine ayant pour objet une autre de mes passions. Alors puisqu’il est question de sets, direction rue des Lombards mais pour des sets musicaux cette fois et dans un lieu que j’adore, le Baiser Salé. Tous les lundis soir c’est jam – voir chronique du 27 mai 2015 – autour de François Constantin le grand percussionniste.

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Mais avant la jam il y a toujours un concert, certes souvent pas trop long, mais qui lance bien l’affaire. Coup de chance ce soir c’est un hommage rendu en jazz à Serge Gainsbourg et avec un des spécialistes du genre le pianiste Pierre-Alain Goualch qui avait sorti l’album « Exploring the music of Serge Gainsbourg » en 2001. Musicien redoutable au clavier, aux collaborations riches et variées, il joue ici avec le monstrueux bassiste Diego Imbert et une grosse pointure de la batterie, Loïc Pontieux ; François Constantin est bien sûr aux percussions, principalement aux congas pour la touche latino et caribéenne de la maison.

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Ça commence très fort – et en retard comme toujours – avec le titre peu connu  » Panpan Cucul » . Gros groove, chorus époustouflants, bref une belle fessée d’entrée !

Un riff rythmique envoûtant de basse annonce  » Bonnie and Clyde » dans un arrangement que Valérie Chane-Tef a d’ailleurs adapté avec Akoda. Piano tynerien, rehaussé, si c’est encore possible, par un festival de percussions de François pour une version latino d’un autre monde.

Un peu de calme et de sensualité avec  » L’eau à la bouche » mais pas pour longtemps, le tempo et l’intensité augmentant rapidement.

Quant au « Poinçonneur des Lilas » qui arrive, la RATP aurait dû le garder tant sa cadence est bien plus rapide que les machines actuelles ; pas beaucoup de trous entre les notes ! Que ça joue mais que ça joue ! Ce pianiste qui pour moi est une découverte est vraiment extraordinaire et ses compères ne le sont pas moins. Les chorus de basse de Diego sont de vrais solos de guitare quant à Loïc sa précision et son feeling nous régalent. François lui je le connais mais il m’épate toujours, on dirait qu’ils sont plusieurs…

La jam commence sans qu’on s’en rende compte avec la venue sur la scène – minuscule – de Myriam Bouk Moun pour chanter « Je suis venue te dire que je m’en vais » dans une version tellement nouvelle que même elle ne l’avait jamais chantée ainsi ; un genre de salsa parfois scattée, François aux timbalès dynamitant le tout ; des malades !

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Arrive une surprise avec une connaissance des Bordelais, récemment entendu dans nos contrées avec le Youpi Quartet, l’harmoniciste Laurent Maur. Avec son petit instrument et son ampli de la taille d’un sac à main, dixit François, c’est lui qui va imposer son arrangement de « La Javanaise » dont il va tisser et tordre la mélodie à l’envi. Les acquiescements de tête admiratifs du patron confirment l’impression générale de vivre un grand moment.

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La chanteuse Alice Soyer rejoint le groupe, avec Laurent Maur, pour « Couleur Café  » la chanson s’adaptant idéalement au style musical du soir. « Elisa » ensuite se latinise elle aussi, le même traitement étant réservé de façon plus inattendue à la vieille « Harley Davidson » qui en perd son arrogance agressive et métallique au profit d’une souplesse toute sensuelle.

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Un concert de toute beauté regorgeant d’une énergie joyeuse et de virtuosité. Et ici c’est comme ça presque tous les soirs mais systématiquement tous les lundis. Au fait, lundi prochain, au même endroit, on prend les mêmes et on recommence pour cet hommage à Gainsbourg, ne loupez pas ça si vous êtes dans les parages, vous pouvez même y aller exprès.

La jam démarre vraiment ensuite avec une succession de musiciens talentueux. L’île de Cantaloupe se transforme instantanément en un continent de groove et le reste est à l’avenant. Il est près d’une heure du matin et le premier set commencé peu après vingt deux heures se termine juste. Je déclare forfait pour le second, demain j’ai match sur le Central.

 

Youpi Quartet à Cénac – Jazz 360, Samedi 19 mars 2016

Par Dom Imonk, photos Alain Pelletier

De g à d, Laurent Maur, Ouriel Ellert, Curtis Efoua et Emilie Calmé.

De g à d, Laurent Maur, Ouriel Ellert, Curtis Efoua et Emilie Calmé.

Pour sa deuxième soirée cabaret « inter festival », et forte du succès de la 1° édition en Novembre dernier, l’Association Jazz 360 a proposé ce soir la même formule à ses fidèles fans de jazz, venus encore plus nombreux, pour célébrer le printemps en musique. Tout se passe dans l’accueillante Salle Culturelle de Cénac. On retrouve les belles tables rondes qui nous invitent à la convivialité. Les plus gourmands ont déjà avisé les assiettes bien garnies, concoctées par les vaillants bénévoles qui s’affairent en cuisine. Et comme si cela ne suffisait pas, la soirée est parrainée par le Château du Garde, situé sur la commune, qui propose ses exquis Côtes de Bordeaux. Les discussions vont bon train, les rires, les éclats de vie, mais il faut faire silence car les musiciens arrivent. L’invité du soir est le Youpi Quartet, groupe devenu très actif sur Bordeaux et la région. L’allant de sa musique séduit le public, sa fraîcheur et la qualité de son écriture trouvant belle complice en l’improvisation. Le groupe s’est formé au cours de l’été 2014, à l’initiative de Laurent Maur (harmonica) et d’Émilie Calmé (flûtes). De beaux diplômes en poche et maintes fois primés, ils ont pu forger leur pétillante dualité en accomplissant le tour du monde, pour de multiples concerts, des rives du Pacifique, à celles de la Mer de Chine, en n’oubliant jamais l’Europe et notre douce France. Cette riche expérience les pousse à fonder ce quartet et à se rapprocher des deux jeunes et très talentueux musiciens que sont Ouriel Ellert (basse) et Curtis Efoua (batterie), qui, après de solides études eux-aussi, ont déjà sérieusement arpenté les routes du jazz, et collaboré à foule de projets. Tout ce joli monde se met en place, répète, commence à tourner et, début 2015, le Youpi Quartet enregistre un premier EP – « l’Ile nock » – qui montre déjà de belles dispositions à la composition. Puis les concerts se sont succédés, on a modelé et peaufiné le répertoire, et, de jour en jour, le groupe a pris son envol, et formé cette délicieuse complicité à quatre, qui nous a enchantés ce soir.

Emilie Calmé

Emilie Calmé

 

Laurent Maur

Laurent Maur

Comme des jongleurs de sons, Émilie Calmé et Laurent Maur échangent des bulles qui, en éclatant, délivrent un mélange de parfums world qui nous font voyager, allant de l’Argentine, avec « Denancimiento » et « La Cambiada »  (G.di Giusto), à un très beau « No man’s land » (E.Calmé) évoquant les steppes mongoles, en passant par le coréen «Ibuni Dugu Ieio » (E.Calmé). On est aussi très aguiché par « La rentrée » et un « Blagal bolero », pied de nez  bien funky à Ravel, qui verra un Curtis Efoua déchainé sur son beau kit de batterie « De France » (ces deux morceaux par Laurent Maur). Bassiste précis, élégant et fin compositeur, Ouriel Ellert ouvrira le 2° set avec un « Afrobeat évolutif » au groove syncopé irrésistible, suivi d’un « Wood’s dream » éthéré comme une clairière printanière. Tout au long des deux sets on aura été captivé par la cohésion et l’esprit d’aventure du groupe, mené par le tac-au-tac subtil et inspiré entre l’harmonica très pointu de Laurent Maur, dont le son pouvait parfois évoquer un mini accordéon festif, et les flûtes magnifiques et voyageuses d’Émilie Calmé. Et pour offrir charpente souple et féline à ces voltigeurs, rien de mieux qu’un pacte rythmique musclé et inventif, répondant au doigt et à l’œil, celui scellé par Ouriel Ellert et Curtis Efoua. Un rappel en forme d’improvisation a joliment terminé la soirée, pour notre plus grand plaisir.Le Youpi Quartet est l’un des groupes les plus enthousiasmants du moment. Sachez que vous les retrouverez à Bordeaux ce samedi 09 avril à 20 h au Théatre de la Rousselle, 77 Rue de la Rousselle (mais il y aura des activités dès 10h30, avec en particulier le vernissage de l’exposition de peinture de Bernard Ellert, le père d’Ouriel), et le vendredi 15 avril à 20h30 pour leur grand retour au Caillou du Jardin Botanique (*). Ne les loupez surtout pas.

Scoop : Richard Raducanu, président de Jazz 360, nous a confié qu’en plus de ces soirées, il envisageait aussi la programmation de « soupers » jazz sur Cénac, alors épicuriens du jazz, affaire à suivre de très près ! Et enfin, rendez-vous les 10, 11 et 12 juin 2016 à Cénac et alentours, pour la 7° édition du Festival Jazz 360. Un grand merci à Richard Raducanu et à toute son équipe de bénévoles.

(*) Cf dans ce blog, la fine chronique par Annie Robert de leur concert au Caillou du Jardin Botanique, le 28 août dernier.

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Youpi Quartet sur facebook

Festival Jazz 360

Site de Christian Coulais, l’oeil mémoire de Jazz 360

Château du Garde

AOC & Friends au Caillou

 

 

 

Par Philippe Desmond

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Grosse ambiance ce vendredi soir au Caillou avec la venue d’une bande de (vieux) potes réunis sous la bannière « AOC » pour la sortie de leur disque « OLD FOLKS » qui est, je cite, la concrétisation de longues années d’amitié et de passion commune pour la musique de jazz.

Autour du pianiste et accordeur girondin Bernard Faulon exilé à Meudon – et oui il n’est autre que le patron fondateur du célèbre studio de Meudon qui a enregistré les plus grands artistes de jazz ou de variété – le guitariste bordelais, ancien prof à la fac, Jacques Raymond, le batteur Eymerie Adam un habitué à l’époque du mythique Jimmy de la rue de Madrid et l’autre guitariste  Ludo Guichard officiant ce soir à la basse électrique.

Le Caillou est plein comme un œuf, il déborde même, des tentes ayant été rajoutées pour permettre à tous de se restaurer et encore il n’y aura pas de place pour tout le monde. Les lascars ne sont pas venus seuls, leurs amis bordelais sont là et l’ambiance est chaleureuse. On le sait tous déjà, le jazz c’est gai ! Bon d’accord, pas toujours.

Après les présentations le groupe attaque le répertoire de son dernier – et premier – album au titre éloquent « Old Folks ». Des compositions originales de  Jacques Raymond de très bonne facture, du bop, du swing avec lesquelles nos « vieux gars » régalent musicalement l’assistance déjà affairée bruyamment à se régaler de ses assiettes. Une première partie agréable qu’on ne voit pas passer.

Pour la seconde partie un bœuf est annoncé, pas à la broche mais sur la pseudo scène. En effet quelques musiciens bien connus des bordelais traînent par là. Alex Golino et son sax, Laurent Maur et son harmonica, Philippe Gaubert bien sûr avec ses baguettes. Depuis un moment Francis Fontès discute comme par hasard avec un ami qui dîne juste à côté du piano. Un trombone à pistons attend depuis le début sur son râtelier que son propriétaire le réveille ; c’est Patrick Dubois figure historique du jazz bordelais ( merci OG). Et le miracle de la jam va se renouveler, entassé les uns à côté des autres tout ce joli monde va éblouir le Caillou dans un beau moment de jazz. Entre autres « Recorda Me » de Joe Hendersson, « Bluesette » de Toots Thielemans et bien d’autres standards.

Très sympa cette soirée vraiment et un plaisir de voir autant de monde.

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D’autres soirées prometteuses sont annoncées en ce lieu, notamment ce soir avec le phénoménal Tom Ibarra ; programme au : http://lecaillou-bordeaux.com/jazzATcaillou/jazz-a-bordeaux/festival-jazzatbotanic/

Youpi Quartet

par Annie Robert, photo : Thierry Dubuc

Youpi Quartet

 

Un dérisoire et si nécessaire sparadrap                 Youpi Quartet

Le Caillou  20/08/ 1015

Hier soir, le monde semblait enfonçer  avec force ses maudites griffes dans les têtes: mort à Palmyre, fumées d’arsenic en Chine, désespoir des migrants à Calais et autres douleurs ignorées … brr .. c’était peu de dire que la gaieté ne nous accompagnait pas. Même si le ciel était clair, le monde était fichtrement gris.

Mais hier soir aussi, un rayon de soleil frôlait le Caillou, se tissait entre les tables colorées de rose et donnait vie alentours. Entre les grands arbres du Jardin Botanique, le clapotis  deviné de la Garonne, avec la mature tressée de l’Hermione, un peu de douceur dans ce monde de brutes se glissa jusqu’à nous et nous emmena en voyage sur le dos des instruments, un voyage joyeux, doré et revigorant. Le Youpi Quartet était sur scène. Merci à eux.

Ce fut une belle découverte pour un quartet original avec l’association  rare dans le monde du jazz de deux instruments peu utilisés: la flûte aux accents d’oiseaux d’Emilie Calmé et l’harmonica solide et véloce de Laurent Maur. Prenant le thème parfois à l’amble, parfois en contrepoint, tantôt leaders, tantôt accompagnants, ces deux-là s’entendent et se complètent parfaitement bien. Ils offrent à cette formation un côté aérien, musique de chambre (?)  avec une force légère mais réelle. Valses, biguines, morceaux dansants mais aussi rêveurs tels cette très belle composition sur le désert avec une flûte indienne aux respirations de souffle se succèdent. On les accompagne du Brésil aux Caraïbes, du  » made in France  » au sable chaud. On est drôlement bien. D’ailleurs les conversations se font discrètes et les bruits de couverts disparaissent, les enfants dansent et frappent du pied devant la scène, les têtes ondulent et se balancent.

Derrière la flûte et l’harmonica, une rythmique de très grande qualité. Retenez les noms de ces deux jeunes gens, on les reverra. Ouriel Ellert à la basse sait faire chanter son instrument comme personne, le rend mélodique et inventif, solide mais créatif. Un vrai plaisir qu’il doit pouvoir exprimer sans doute dans d’autres styles ( dans du funk, ou du bop, ça doit donner comme on dit!). Quant à Curtis Efoua à la batterie, ce n’est pas pour rien qu’il a été élu meilleur instrumentiste au Concours National de Jazz à la Défense cette année. Le batteur d’Edmond Bilal Band peut tout faire et sait être au service d’un groupe. Là, il est dans un registre discret, la grosse caisse est peu utilisée et le rythme est souligné d’une grande variété de sonorités douces. De la belle ouvrage.

Le soir tombant, la musique se fait plus vibrante, plus world, plus nostalgique. Les notes de flûte indienne s’envolent dans la nuit comme autant de promesses de rêves.

Dix heures, l’heure fatidique où la scène se transforme en citrouille, l’heure du repos pour les voisins l’heure de se séparer. Pendant une heure trente, une petite bulle de douceur jazzy, nous aura enveloppés, portés, accueillis et soustraits. On se retrouve revivifiés, de miel et de soirs bleus.

Merci à la musique, à toutes les musiques, à l’art , aux créateurs de garder ce tout petit pouvoir, si fragile; celui du dérisoire mais si nécessaire sparadrap à la douleur du monde…  ( je sais, c’est peut être grandiloquent mais…)

 

Akoda chez Alriq

Par Philippe Desmond

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La nuit tombe sous les lampions, un massif paquebot glisse devant la guinguette, quittant Bordeaux vers le large, mais le voyage est aussi pour nous qui sommes restés à terre, Akoda va nous entraîner vers d’autres horizons, de l’autre côté de l’Atlantique, vers des contrées créoles, vers Cuba, vers le Brésil, vers l’Argentine…

Akoda c’est un des nombreux projets (Djazame, Ceïba, Nougaro en 4 couleurs) de Valérie Chane-Tef pianiste et compositrice, un groupe lauréat du tremplin Action Jazz en 2014, avec autour d’elle Mayomi Moreno au chant, François-Marie Moreau aux sax, à la flûte et à la clarinette basse, Benjamin Pellier à la basse et Franck Leymerégie aux percussions. Tous d’excellents musiciens.

Du « jazz créole » pour les racines afros comme elle le définit mais aussi latino, chaleureux, coloré, chaloupé, fait en majorité de compositions originales. Jazz, car les chorus et les développements sont là et même bien là. On  passe de la sensibilité au groove avec le même bonheur et toujours avec élégance. « Mano à Mano » pour débuter, titre de leur premier EP puis de nouvelles compositions comme « Mariposa » de leur prochain album dont un coin de voile se lève ; en effet Mayomi ne chante pas tous les morceaux, le groupe joue en quartet ou même en trio, quelques pistes pour le contenu de ce disque qui sortira le mois prochain… La Gazette Bleue de septembre vous en dira plus.

Après la pause et dans une fraîcheur certaine – et oui ma pauv’ dame, passé le 15 août l’été c’est fini… – on va avoir droit à un vrai festival avec notamment des invités surprises. Un nouveau titre magnifique « Inocencia » est l’occasion d’inviter Laurent Maur à l’harmonica, s’intégrant instantanément au groupe ; on vous l’a dit, c’est du jazz. Puis Emilie Calmé et sa flûte vont faire partie du voyage vers le Brésil pour une composition magnifiquement chantée par Mayomi. Le public joue le jeu, l’ambiance monte, certains dansent, on oublie la fraîcheur bordelaise. A propos monsieur Alriq si on avançait un peu l’heure des concerts maintenant ?

En rappel le groupe reprend l’endiablé « Acompaña la”, une cumbia, avec Ouriel Ellert invité à la basse qui va nous allumer une rythmique de feu bienvenue.

Beau voyage et belle soirée avec ce groupe finalement assez rare mais qu’on reverra avec plaisir le 23 septembre au Caillou pour nous présenter son nouvel album.