L’équation de la joie : be funk !!

Par Annie Robert

Chroniques Marciennes  # 8
Marciac  8 Août  2016

L’équation de la joie : be funk !!

Fred Wesley / Maceo Parker

Prenez une section rythmique au groove implacable, une section harmonique habile comme un chat et solide comme un roc, rajoutez une section cuivre charpentée n’ayant pas peur de chauffer à blanc les embouchures, secouez fort et sans fatigue, brassez sans peurs et sans reproches et le funk est à vous, pulsé à 100 degrés !!… Choix de vie, choix d’espace, choix de mots et de harangues, c’est la recette de la joie. Funkez les gars et sus à la vie !!
Ce soir sous le chapiteau de Marciac, deux grands maîtres du funk, deux compagnons de James Brown, deux héritiers du genre qui ne s’embarrassent pas de fioritures inutiles, qui vont directement s’adresser à nos pieds, deux septuagénaires qui n’ont pas perdu une once d’énergie pure : Fred Wesley et son trombone doré et Maceo Parker et son sax bouillonnant.

Fred Wesley et ses musiciens arrivent sur scène tous vêtus de noir, comme un boy’s band où, pour certains, le ventre aurait poussé plus vite que les abdos.
C’est la basse joufflue, élastique et virtuose  de Dwayne Dolphin  qui lance  le set en installant un beat qui ne faiblira pas. C’est puissant, carré, d’un volume et d’une efficacité maximale. Fred Wesley  tire de son trombone un son rond et clair sans aucune faiblesse ce qui est un exploit lorsqu’on connaît un peu la difficulté d’être juste avec cette bizarrerie de la musique. Il se fait improvisateur agile ou accompagnateur docile. Chaque musicien fait briller ses plumes puis rentre dans le rang, ils rigolent, se taquinent musicalement et se retrouvent ensemble pour marquer le tempo d’unissons éclatants. Rapidement le plancher vibre en cadence sous les pieds des spectateurs, les jambes fourmillent d’impatience et les frappés de mains  deviennent des tempêtes sonores. Fred Wesley se montre  un habile harangueur de foule, il sait s’adresser à elle directement, la faire chanter et s’en moquer parfois (Boogie, boogie bap, bap). Il prend souvent le chant, avec ses musiciens  en réponse, pour des clins d’œil, des paroles qui semblent être des jeux de mots (mais quand on ne comprend pas l’américain, ça limite un peu.)
Ils ne se prennent en tous les cas pas au sérieux, se moquent d’eux-mêmes jusqu’à la caricature dans des petites comédies et des faux-semblants volontairement décalés. Ils se marrent et nous aussi. On rigole du blues qui a mal à l’âme, du moment slow et du love song ce qui ne les empêchent pas de nous gratifier d’une ballade symphonique digne d’un grand orchestre et de certains morceaux qui pourraient porter la paternité du rap. Le set se conclut par un « House party » de belle facture. Un seul petit rappel car il ne faut pas trop abuser des bonnes choses….

Changement de plateau et dans un tourbillon de mauve et de noir, arrive Maceo Parker. Le visage et la silhouette sont amaigris certes, mais les yeux pétillent de vie et de malice. Une énergie intacte. Le sax alto dès les premières mesures se remplit de bulles de champagne endiablées, beat and beat « and be funk ». Ca parle aux muscles et aux tendons, au souffle et aux mains. C’est une musique de l’instant, de l’allégresse et de la danse. Une musique pour les pieds comme disent les canadiens et on ne va pas s’en plaindre. Autour de lui, des musiciens qui en jettent : un tromboniste épatant, un bassiste puissant à tous les sens du terme, une batterie métronomique, un clavier pas tempéré du tout…Ça balance et ça pulse, ça décoiffe, ça étincelle et ça nous en colle plein les mirettes. Le sax de Maceo souffle un groove  authentique, drument enraciné, parsemé de sons rauques, de piques éraillées et de belles citations arrondies. Il sait se montrer moqueur en caricaturant le jazz New Yorkais «  we don’t play jazz, we play funk !!»,  mais respectueux également des grands noms et les hommages à James Brown ou Marvin Gay  le prouvent. L’art vocal de Maceo Parker n’est pas en reste, il chante autant qu’il joue. Les harangues se multiplient « get up ! », on n’est pas là pour faire dans la demi-mesure, mais pour jouer et écouter à fond. Il y en a pour les oreilles et il y en a pour les yeux.
Aretha Franklin vient aussi se rappeler à nos mémoires, par l’intermédiaire d’une de ses deux choristes, sa cousine, sa sœur, sa nièce ou fille ou sa voisine, on ne sait pas, mais la voix funky, puissante, dopée au gospel, booste encore davantage la salle si c’était possible. Le show va grossissant. Chorégraphies, chants à quatre, solos éblouissants notamment de Reggie Ward à la guitare qui était déjà dans le band de Fred Wesley et deux moments tendres : « We don’t know what love is »  au trombone et au piano, d’une charmante délicatesse et un hommage voix / piano avec lunettes noires et gestuelle qui fait revivre Ray Charles, ponctuent le set.
Sur le côté de la scène, les digues ont rompu et c’est un flot de jeunes pêchus et sautillants qui envahissent le parterre. La transe n’est pas loin,. Danse, danse, danse.  Bon sang, c’est d’une efficacité redoutable !!

La soirée se termine dans la joie  la plus totale. Be funk, be funk à profusion, à foison, ad libitum.
Be funk, pour se sentir vivant, encore et toujours. Eh, oh Maceo !!.

MACEO PARKER – FUNKY MONSÉGUR ! 24 heures du SWING le 04 07 2015

Texte et photos par Dom Imonk

Pour la deuxième soirée de leur 26ème édition, Les 24 Heures du Swing de Monségur ont placé la célèbre halle sous les feux de la soul et du funk. Arrivés dans l’après-midi, on est tombé sous le charme de cette bastide, aux belles bâtisses et leurs accueillantes arcades. On y joue du jazz un peu partout, comme celui du quartet de Jean-Claude Oleksiak, qu’on a plaisir à retrouver, avant que de croiser le truculent Éléphant Brass Machine qui déambule dans la rue, joyeux et déluré.
La soirée a commencé par le groupe de la chanteuse soul Leslie Phillips. Formation de neuf musiciens londoniens, qui avaient pour lourde tâche de chauffer la salle pour l’un des papes du funk. Il est vrai qu’on retrouve dans la voix de la chanteuse, un peu de celle d’Erikah Badu, mais on peut aussi penser par moment à celle d’une Chaka Khan, les cœurs savamment placés d’une choriste (malicieuse imitatrice de trompette) et d’un chanteur très doué y aidant. Le reste du groupe est solide et assure, formé d’un trompettiste, d’un saxophoniste, d’un clavier, d’un guitariste, ainsi que d’un batteur et d’un bassiste. Cette belle équipe forme un bel écrin à la soul de Leslie Phillips, dont la voix sincère séduit. On leur souhaite le meilleur des devenirs.

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Après un entracte houblonné indispensable, voici qu’arrive le groupe du maestro, dans la plus pure tradition du funk. A ce moment, on a bien en tête que Maceo Parker, jeune homme d’à peine 72 ans, est l’un des trois « JB Boys » du Godfather James Brown, les deux autres étant Fred Wesley et Pee Wee Ellis. Un gros groove s’installe, on annonce Maceo, et le voici qui arrive, avec cette même classe, lunettes noires, costume gris sombre, cravate, boots noirs vernis, sens inné du geste, une musique visuelle que de le voir ainsi bouger, avec sourire et mystère dans le regard, et cette élégance qui n’appartient qu’à lui. Son chant est toujours aussi précis, il gère les breaks, annonce les fameux « bridges », avec la même science. Quant’ à son sax, ce son unique qu’il a électrise toujours l’atmosphère, même s’il en a peut-être un peu moins joué ce soir. L’autre évènement, c’est que le grand Dennis Chambers est à la batterie, et on va vite comprendre qu’il va beaucoup mieux, suite à des soucis de santé, apparemment résolus. Ses quelques solos nous ont impressionnés, son drive est toujours aussi monstrueux, mais adapté au funk de Maceo. Dennis Chambers est en pays de connaissance, lui qui comme Maceo a joué un temps avec un autre pape du funk, George Clinton. Dans le groupe il a deux autres monuments, ex de chez George Clinton eux aussi, Greg Boyer au trombone, dont les lignes longues sont rouge feu, un peu comme une « hyper » trompette, et Rodney « Skeet » Curtis, bassiste phare, aux lignes abyssales, peu de slap chez lui, mais plutôt une frappe intérieure qui vous pilonne le ventre. Deux autres piliers indispensables du son « Maceo » sont là. D’abord Bruno Speight, dont la guitare, tant en rythmique qu’en chorus somptueux, fait partie de l’histoire du funk. A ses pieds, une simple petite pédale munie d’un bouton, et tout le reste, dans les doigts, qui frottent, pincent et caressent avec amour son historique Fender (associée d’un ampli Marshall). Et le clavier omniprésent d’un Will Boulware, toujours à l’affut, magicien des sons qui colorent dans les moindres interstices le funk du patron. Aux chœurs, deux princesses, dont la sublime Martha High, qui ont eu droit toutes les deux à leurs instants de grâce. Martha High, magnifique, avec cette voix de feu qui a surchauffé un public ravi, sa manière de bouger, son maintien, son âme qui s’échappe de tous ses mots, elle nous a soufflés ! Je ne connais pas le nom de sa jeune collègue, mais elle a su elle aussi conquérir le public, par sa gestuelle élégante, une vraie chorégraphie, et une douce voix, qui a délicieusement su s‘insinuer en nous.
Un concert très chaleureux, où Maceo Parker et son groupe nous ont encore tout donné de cet amour qu’ils ont en eux, nous répétant inlassablement « we love you ». Maceo, nous aussi on vous aime !

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Texte et photos par Dom Imonk

Toutes mes excuses pour la mauvaise qualité des photos, prises avec mon modeste téléphone portable, donc retrouvez les informations et photos sur la page Maceo Parker du site Internet du Festival Jazz Les 24 heures du Swing 2015.