Mayomi Project : Latin Jazz à la Belle Lurette

Par Philippe Desmond.

La Belle Lurette, samedi 22 avril 2017.

Saint Macaire (33)

Pendant tout ce mois d’avril la Belle Lurette s’ouvre à tous les styles de jazz. Après le tonitruant concert de jazz fusion de Tom Ibarra, le jazz hard bop mélodieux de Nokalipcis, l’ambiance ce samedi était au jazz latino avec le Mayomi Project.

Mayomi Moreno est cubaine, installée dans la région depuis quelques années. Certains l’ont connue comme chanteuse avec Akoda ou encore actuellement avec le Latin Spirit. Elle a décidé de monter son propre projet et ce soir c’était le 4ème concert de cette formation.

Les influences sont ses propres racines, les traditions afro-cubaines et plus largement world music tout ceci avec une forte touche de jazz notamment dans les parties instrumentales empreintes de liberté et d’improvisations. Chantant en espagnol ses textes sont évidemment plus difficiles à capter mais, comme elle le précise en français lors de ses présentations avec cet accent si dépaysant, font référence à son pays d’origine, tel qu’elle le voit ou le rêve d’ici, évoquent bien entendu l’amour, quelquefois perdu, la fête et d’autres thèmes universels.

Mayomi c’est surtout un tempérament de feu, une boule d’énergie communicative, le corps toujours en mouvement et une voix, une vraie voix puissante certes mais surtout pleine d’émotion.

Elle a su s’entourer de musiciens dont on pourrait douter qu’il soient français et non cubains. Ça sonne authentique avec donc cette signature de jazz que certains pratiquent plus couramment. Grosse assise rythmique avec Gaëtan Diaz, un familier du lieu, batteur tout-terrain puissant et fin, capable de mener n’importe quel type de rythme ; avec Thomas Labadens un excellent bassiste capital dans ce genre de musique mais sans en faire trop ; avec Lionel Galletti et son armada de congas, son bouquet de batas indispensables pour la couleur latina ou cubana. Des envolées rythmiques infernales de haut niveau ont ainsi transformé la Belle Lurette en club – prononcer cloub – de Santiago de Cuba, la ville d’origine de Mayomi.

En soutien de la voix et pour soutenir la mélodie il y a Michaël Geyre au clavier électrique, qui nous avait bien caché son jeu, plus habitués que nous sommes à l’entendre à…l’accordéon ; il est un redoutable pianiste extraordinaire dans ce registre latino. Usant très parcimonieusement mais fort à propos d’effets électros, il appose cette couleur très jazz grâce à ses chorus inspirés et bouillonnants. « Je ne joue pas souvent de piano » me dira t-il… Ah bon ! « D’ailleurs de temps en temps on m’appelle même pour que je conseille un pianiste… » ; sans commentaire.

Mais le leader c’est Mayomi, par la plupart des compos bien sûr, même si des standards cubains sont repris, et aussi par son abattage, invitant le public à participer, à chanter à danser. Elle scate aussi et dans un registre coloré inhabituel. Oui on est loin du jazz figé, on est dans la fièvre, l’émotion. « Un ou deux cuivres en plus et ce serait parfait » me glisse un ami, pourquoi pas.

Le groupe sera bientôt en résidence à Sainte Eulalie avec la réalisation d’un album et un concert le 16 juin prochain.

Il s’en passe des choses à cette Belle Lurette et ce n’est pas fini, samedi prochain il y aura le jazz swing de Flora Estel et Hot Pepino, de la musique pour tous les goûts vraiment.

Et n’oubliez pas, le lendemain, dimanche 30 avril, aura lieu le deuxième « Jazz Day » de Saint Macaire avec notamment Le Coltrane Jubilé autour de Thomas Bercy et Maxime Berton avec Bernard Lubat comme invité et l’exposition de photos des « Blue Box » le collectif de photographes d’Action Jazz ; pas de chance, aucun n’était avec moi ce soir.

Je (ne) hais (plus) les dimanches

par Philippe Desmond.

Le problème des dimanches c’est qu’ils finissent par se terminer et débouchent ainsi sur le lundi. Pour beaucoup la reprise du boulot avec certes ses satisfactions mais aussi ses contraintes et ses soucis, pour d’autres l’absence de boulot et ses désagréments. « Je hais les dimanches » avait chanté Juliette Gréco. Et bien Action Jazz a trouvé la parade et depuis un moment déjà : aller écouter du jazz ! Et oui plutôt que se fader Drucker en fin d’après-midi et le film saucissonné de pubs un peu plus tard, il est ainsi possible de passer une belle soirée musicale à Bordeaux.

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On peut commencer à 18h30 au Molly Malone’s quai des Chartrons et cela de septembre à juin au moins. Ce soir c’est un de nos groupes favoris qui opère, Akoda en trio pour l’occasion – du moins au début – avec autour de Valérie Chane-tef, la pianiste compositrice, les fidèles Franck Leymerégie au set de percussions et Benjamin Pellier à la basse. On connaît leur jazz créole inspiré, teinté de des rythmes antillais et réunionnais , leurs envolées lyriques et chaleureuses avec une belle énergie et beaucoup d’élégance. Les trois sets, comme au tennis, vont nous le confirmer. D’autant que très vite le trio accueille un invité, qui n’en est pas vraiment un, François-Marie Moreau, « FM », au soprano et au chant avec notamment un très beau « Nature Boy ». Leur répertoire reprend les titres du dernier EP « Mariposa », pour la plupart composés par VCT, plus la très belle version, méconnaissable pour beaucoup, de « Bonnie and Clyde » de Gainsbourg et quelques standards dont un « Caravan » modèle de luxe, toutes options, double essieu et surtout de toute beauté. Duke a dû apprécier. Précisons qu’au troisième set un vrai invité a complété le groupe, finissant ainsi en quintet, Michaël Geyre, l’excellent accordéoniste du Peuple Etincelle, la formation jubilatoire et inclassable de la galaxie Lubat.

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La chaleur est encore intense et la musique en rajoute, obligeant le public à tester la large palette de couleurs de ce pub irlandais ; blanche, blonde, rousse, ambrée, brune, il y en a pour tous les goûts. Quant au fish and chips, le simple fait ce soir de le regarder vous fait couler de grosses gouttes sur le front. Mais pourtant fish and chips et burgers traversent sans cesse la salle aux mains des serveurs affairés. Du monde, beaucoup de musiciens venus écouter leurs collègues et amis, une ambiance conviviale et bon enfant, de la très bonne musique, une fin de dimanche après-midi idéale.

C’est fini, il est 21h30, il faut rentrer. Et bien non, ce serait trop triste.

Direction le CanCan, rue du Cerf Volant dans le vieux Bordeaux, où ça guinche jusque dans la rue au son de la musique New Orleans. Le lieu n’est vraiment pas très grand et malgré la clim il y règne une chaleur tropicale. Il faut dire que Perry Gordon & his Rhythm Club rajoutent des calories au climat général. Quatre musiciens sans retenue pour le plus grand bonheur des danseurs que l’étroitesse du lieu ne décourage pas : Ben Ransom à la trompette et au chant, Denis Girault à la clarinette, Nicolas Dubouchet à la contrebasse et le nouveau du groupe Florian Mellin à la guitare dobro.

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Bonne nouvelle, ici la musique New Orleans attire des hordes de jeunes qui viennent faire la fête et danser. On oublie trop que le jazz est à l’origine une musique festive et ce lieu vivant nous le rappelle. Déco vintage hétéroclite, bière artisanale locale et une belle carte de cocktails originaux aux noms insolites comme « Joyeux Bordel », « Sans Culotte », « Fallait que j’en prende ? », à base de breuvages aux noms oubliés, Guignolet, Rinquinquin…

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Sur scène, car il y en a une, Ben Ransom anime la soirée de son fort sympathique accent anglais, alternant la trompette et un chant aux effets eux aussi vintage. Répertoire old jazz, blues New Orleans et beaucoup de swing, la clarinette entraînante de Denis Girault faisant plus que répondre à la trompette. La rythmique souvent déchaînée de la contrebasse et de la dobro contribue à ne pas vous laisser de marbre ! Un bien bon moment.

Minuit approche, le Mississippi va redevenir Garonne, petit à petit les danseurs repartent réalisant qu’apparemment demain c’est lundi. Et oui cette fois c’est fini. Mais mardi ça redémarre chez le Pépère avec la jam mensuelle !