Pocket Jazz Duo, au Molly Malone’s le Dimanche 06/11/16

Par Alain Flèche, photos par Pocket Jazz Duo et Alain Flèche.

Photo par Pocket Jazz Duo

Photo par Pocket Jazz Duo

Gloup’s, pas grand monde. La prestation me semble , d’abord, de qualité, (sentiment jamais démenti de la soirée) et ne cesse de me surprendre de ce «  Bordeaux boudeur » , même si je comprends ensuite que la présence fréquente de Rachael MAGIDSON , chant et autres instruments , en ce lieu , a pour effet, sinon de lasser, mais pour le moins, de banaliser ce genre d’événement pourtant remarquable dans sa spontanéité libérée d’obligation de surprendre, mais plutôt responsable de maintenir un intérêt justifié pour une musique toujours sujette à interprétation pas toujours convaincante … là, si ! Même si …Pocket Jazz Duo  est là, avec Thierry LUJAN aux guitares  j’arrive, ingénu de ne connaître ces acteurs de la présence, en ce bon vieux Bordeaux , de l’expression de la musique qu’on aime : la bonne, et découvre, du coup, 2 musiciens se frottant à divers standards rabâchés, mais  jamais éculés,   coltanien ou de Byrd … pour les extraits bossa, recréation du jour de plans à éternellement  re-actualiser, dans un plaisir partagé de transmettre le son qui mène au bonheur à qui sait l’entendre … !

Alors voilà, ça le fait sur « My favorite thing » plein d’énergie et d’inventivité de Thierry sur la Gibson 339 ou, avec une Nylon découpe jazz (spendide « Cavallier ») sur le sud latino de « girl from … » et autres, très bien re-senties, re-crées dans sa recherche de ne pas copier, mais bien de proposer un autre angle de vision à des trames si souvent visitées sans les épuiser. Du thème parfaitement exécuté sur une guitare qui sonne comme un orchestre jusqu’au chorus qui réunit les trouvailles des héros de l’inventivité sur 6 cordes,et Wes n’est pas en reste , Thierry assure . Il emplit le temps et l’espace de son discours jamais ennuyeux, renouvelé, dont il semble partager  notre plaisir en paraissant découvrir ses propres trouvailles en même temps que nous. Rachael , elle se prête à tout … Ce qu’elle est prête à tester , plutôt le mieux que le pire, se frotter à une inspiration émotionnelle qu’elle laisse pénétrer en elle pour l’affiner encore , autant qu’à une variation sur un thème donné , et rendu à ceux qui veulent bien l’entendre.

Ça se complique un tout petit peu lorsque la dame se répand sur peaux et métaux, propose une pulsion dynamique pour lancer la machine, tenir la baraque, s’en serre , et en use … à propos de … je ne sais pas… je ne veux pas dire : une forme de remplissage, ce serait dommage, plutôt  une proposition d’expression , sur son parcours musical  , passant par divers instruments (la trompette aussi, loin d’être ridicule car parcimonieuse en fréquences et notes, se fait  bien sentir à tenir l’attention , la tension, dans une prospective de recherche de sons et plans harmoniques « autres »  que répétitions et redites inutiles …);  cependant, tout ce travail qu’elle nous livre, en la sentant s’amuser comme un enfant qui sortirait des jouets de son coffre pour les montrer à ses copains, qui lui est sans doute  nécessaire à sa progression  sur son cheminement  musical, lui permettant une compréhension de la texture et perspectives de sa voie(x) , peut-être pourrait-elle transcender tout ça en focalisant ses effort sur son espace où elle est la plus convaincante  : le chant !

Les deux acteurs se connaissent, bien. Complices, regards, clins d’yeux rieurs, sourires et tendresses partagées avec le public aussi. En lançant blues et belles rengaines comme des bouquets de fleurs à travers la salle.

Second set :

Deux autres guitares investissent la scène. Voici maintenant 2  somptueuses Gibson et la belle Cavallier   en action, vite rejoint par la voix sur un « Sweet Georgia Brown » sur vitaminé , la soirée n’est pas finie ! Encore du bonheur à offrir, de nouvelles idées à explorer, de la beauté à partager …. et on en réclame encore !

Merci à vous Rachael et Thierry, de votre générosité et votre bon goût

Pocket Jazz Duo, photo Alain Flèche.

Pocket Jazz Duo, photo Alain Flèche.

Par Alain Flèche, photos par Pocket Jazz Duo et Alain Flèche.

The Pocket Jazz Duo

Je (ne) hais (plus) les dimanches

par Philippe Desmond.

Le problème des dimanches c’est qu’ils finissent par se terminer et débouchent ainsi sur le lundi. Pour beaucoup la reprise du boulot avec certes ses satisfactions mais aussi ses contraintes et ses soucis, pour d’autres l’absence de boulot et ses désagréments. « Je hais les dimanches » avait chanté Juliette Gréco. Et bien Action Jazz a trouvé la parade et depuis un moment déjà : aller écouter du jazz ! Et oui plutôt que se fader Drucker en fin d’après-midi et le film saucissonné de pubs un peu plus tard, il est ainsi possible de passer une belle soirée musicale à Bordeaux.

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On peut commencer à 18h30 au Molly Malone’s quai des Chartrons et cela de septembre à juin au moins. Ce soir c’est un de nos groupes favoris qui opère, Akoda en trio pour l’occasion – du moins au début – avec autour de Valérie Chane-tef, la pianiste compositrice, les fidèles Franck Leymerégie au set de percussions et Benjamin Pellier à la basse. On connaît leur jazz créole inspiré, teinté de des rythmes antillais et réunionnais , leurs envolées lyriques et chaleureuses avec une belle énergie et beaucoup d’élégance. Les trois sets, comme au tennis, vont nous le confirmer. D’autant que très vite le trio accueille un invité, qui n’en est pas vraiment un, François-Marie Moreau, « FM », au soprano et au chant avec notamment un très beau « Nature Boy ». Leur répertoire reprend les titres du dernier EP « Mariposa », pour la plupart composés par VCT, plus la très belle version, méconnaissable pour beaucoup, de « Bonnie and Clyde » de Gainsbourg et quelques standards dont un « Caravan » modèle de luxe, toutes options, double essieu et surtout de toute beauté. Duke a dû apprécier. Précisons qu’au troisième set un vrai invité a complété le groupe, finissant ainsi en quintet, Michaël Geyre, l’excellent accordéoniste du Peuple Etincelle, la formation jubilatoire et inclassable de la galaxie Lubat.

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La chaleur est encore intense et la musique en rajoute, obligeant le public à tester la large palette de couleurs de ce pub irlandais ; blanche, blonde, rousse, ambrée, brune, il y en a pour tous les goûts. Quant au fish and chips, le simple fait ce soir de le regarder vous fait couler de grosses gouttes sur le front. Mais pourtant fish and chips et burgers traversent sans cesse la salle aux mains des serveurs affairés. Du monde, beaucoup de musiciens venus écouter leurs collègues et amis, une ambiance conviviale et bon enfant, de la très bonne musique, une fin de dimanche après-midi idéale.

C’est fini, il est 21h30, il faut rentrer. Et bien non, ce serait trop triste.

Direction le CanCan, rue du Cerf Volant dans le vieux Bordeaux, où ça guinche jusque dans la rue au son de la musique New Orleans. Le lieu n’est vraiment pas très grand et malgré la clim il y règne une chaleur tropicale. Il faut dire que Perry Gordon & his Rhythm Club rajoutent des calories au climat général. Quatre musiciens sans retenue pour le plus grand bonheur des danseurs que l’étroitesse du lieu ne décourage pas : Ben Ransom à la trompette et au chant, Denis Girault à la clarinette, Nicolas Dubouchet à la contrebasse et le nouveau du groupe Florian Mellin à la guitare dobro.

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Bonne nouvelle, ici la musique New Orleans attire des hordes de jeunes qui viennent faire la fête et danser. On oublie trop que le jazz est à l’origine une musique festive et ce lieu vivant nous le rappelle. Déco vintage hétéroclite, bière artisanale locale et une belle carte de cocktails originaux aux noms insolites comme « Joyeux Bordel », « Sans Culotte », « Fallait que j’en prende ? », à base de breuvages aux noms oubliés, Guignolet, Rinquinquin…

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Sur scène, car il y en a une, Ben Ransom anime la soirée de son fort sympathique accent anglais, alternant la trompette et un chant aux effets eux aussi vintage. Répertoire old jazz, blues New Orleans et beaucoup de swing, la clarinette entraînante de Denis Girault faisant plus que répondre à la trompette. La rythmique souvent déchaînée de la contrebasse et de la dobro contribue à ne pas vous laisser de marbre ! Un bien bon moment.

Minuit approche, le Mississippi va redevenir Garonne, petit à petit les danseurs repartent réalisant qu’apparemment demain c’est lundi. Et oui cette fois c’est fini. Mais mardi ça redémarre chez le Pépère avec la jam mensuelle !

 

Soul Jazz Rebels au Molly Malone’s

par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc (NB) et Pierre Murcia (effets).

soirée au Molly Malone 83 Quai des Chartrons, Bordeaux, 33000 France

Un coup de blues le dimanche soir ? Alors soignons le mal par le mal, direction le Molly Malone’s car il paraît qu’il va s’y jouer du blues. Du monde ce soir et du matériel sur la minuscule scène avec le quartet Soul Jazz Rebels pour l’hebdomadaire concert de fin de dimanche.

Le quartet est composé de solides musiciens, le local de l’étape Hervé Saint Guirons (portrait dans la Gazette Bleue #10 de mai 2015) à l’orgue, les Toulousains Cyril Amourette à la guitare et Jean Vernhères au sax ténor, Christian Ton Ton Salut – surtout citoyen du monde tellement il le parcourt – à la batterie. Tous sont de remarquables sidemen appréciés des autres musiciens et pas des moindres. Ils sortent juste du mixage du premier album du groupe « Chittlin Circuit » chez Blackstamp Music qui sortira en juin.

Structure toulousaine donc pour ce groupe que le Bordelais a rejoint l’an dernier pour y apporter son talent d’organiste et donner la couleur sixtie’s souhaitée par Ton Ton Salut. On est me dira Hervé dans une musique simple de jazz blues, deux accords mais surtout du groove. La plupart des titres joués vont être des compositions originales « à la manière de ». De qui ? On pense évidemment à Lou Donaldson le saxophoniste d’Art Blakey qui mena ensuite une carrière souvent associé à des organistes. Mais la palette est plus large bien sûr, Jimmy Smith, Lonnie Smith…

« Un jazz simple d’abord qui demande juste d’être joué parfaitement » précise Hervé avec sa modestie habituelle. C’est le cas ce soir et pour la plus grande joie du nombreux public. Car les musiciens en plus de la cohésion du groupe vont nous proposer à tour de rôle un festival de chorus.

Jean Vernhères (néo bordelais en fait) possède une très belle musicalité au ténor avec lequel il est capable de développer des thèmes à l’infini avec un groove épatant.

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Cyril Amourette (quel joli nom) est une référence à la guitare et va nous régaler avec sa Gretsch demi-caisse aussi bien lors de chorus riches et magnifiques qu’en soutien du groupe où il sonne parfois comme un autre sax. La puissance du groupe lors de certains passages fera ainsi penser qu’on entend un big band.

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Hervé a sorti l’orgue donc et bien sûr sa Leslie*. la couleur et le velouté qu’apporte l’orgue sont décisives dans le son vintage du groupe, aussi bien en rythmique de basse jouée du pied gauche (à pied de chaussette!) qu’en harmonie au clavier. Un vrai plus.

Derrière mais souvent devant Ton Ton Salut à la batterie et la richesse de son drumming vont époustoufler tout le monde, ses propres musiciens compris. Il suffit de les regarder lors des solos aux baguettes pour le comprendre. Quel grand batteur ! Ça swingue, ça bounce, ça groove grave.

Les bières de toutes couleurs, les burgers, les fish and chips virevoltent au milieu d’un tumulte de notes réjouissantes car ce blues jazz plein de groove est une musique gaie. Le public est ravi. Et comme les musiciens se régalent aussi ils ne vont pas nous priver, des tempos d’enfer aux ballades blues dont une très belle composition d’Hervé Saint Guirons.

Trois sets gagnants avec un renfort bordelais dans le troisième en la personne du guitariste Yann Pénichou pour une dernière manche époustouflante sous les cris du public ; ce soir le Malone’s n’a pas molli.

On attend l’album avec impatience ainsi qu’un clip qui vient juste d’être tourné et qui promet d’être très original…

http://www.souljazzrebels.com/

*Cabine Leslie : un système de haut parleur avec diffuseur rotatif qui donne ces effets de son tournant à l’orgue

Djamano : du swing manouche au Molly Malone’s

par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

Fin de dimanche pluvieuse comme l’a été toute la journée à Bordeaux, plutôt l’envie de rentrer chez moi à l’abri avec un petit verre à écouter de la musique. Allez, un peu de courage,  il n’est pas si tard, 18h30, juste un petit set au Molly Malone’s et je rentre. Tu parles…

A l’affiche ce soir le duo Djamano. Mais curieusement sur la micro scène ils sont trois à préparer leurs instruments ; ils seront bien trois : une violoniste et deux guitaristes. Je ne les connais pas mais le style de musique est facile à deviner, ça va swinguer manouche. Non ils ne sont visiblement pas gitans mais gadjos – d’ailleurs ils n’ont rien dit quand j’ai posé mon chapeau sur la table, signe de discorde chez les manouches – ce sont leurs instruments qui les trahissent, les guitares surtout. Deux belles caisses au décrochement caractéristique en bas du manche pour attraper plus d’aigus, une grande bouche (l’ouverture dans la caisse pour le type Maccaferi) et une petite bouche (type Selmer) à cordes métalliques. La première a même un manche – toujours assez fin – qui se prolonge dans la bouche pour en augmenter la tonalité haute. On ne joue pas manouche avec n’importe quoi.

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Ça démarre en swinguant avec le standard « Jersey Bounce » joué à la française selon l’expression consacrée, l’occasion de découvrir le jeu de Jeanne Robert aussi élégant qu’elle, ce qui n’est pas peu dire. Attention à ne pas confondre, ce n’est pas du violon tzigane dont Boby Lapointe disait « Le violon, de deux choses l’une, ou tu joues juste ou tu joues tzigane » et elle joue plus que juste ! Un régal de la voir manier l’archer ou de parfois tenir son instrument et en jouer comme un ukulélé. Quelle douceur et quelle suavité amènent ces cordes frottées en contrepoint des pincements – au médiator car les cordes en métal c’est du costaud – du guitariste soliste et de la pompe du guitariste rythmique. Une magnifique violoniste.

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A la guitare (grande bouche) donc, Renaud Grimoult l’autre titulaire du duo Djamano et Robin Dietrich (petite bouche) qui le transforme de plus en plus souvent en trio. Pour moi la formule idéale, une guitare jouant en soliste l’autre en rythmique, le violon complétant magnifiquement l’harmonie.

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Jeanne et Renaud ne sont pas girondins mais habitent dans le coin depuis quelques années en menant une jolie carrière nationale et internationale ; Jeanne a aussi longtemps tourné avec les Têtes Raides. Robin est plus connu dans le coin avec les Gosses de la Rue, le sextet de swing manouche. Les deux guitaristes alternent avec bonheur les deux postes, soliste et rythmique, dialoguant avec le violon de Jeanne ou entre eux. Une démonstration sans démonstration, sans surenchère ; de la musique.

En trois sets, comme un vrai match de tennis – au fait le même fabricant historique de cordes pour les violons et les raquettes est français – ils vont se mettre le public plus que dans la poche, celui-ci quelque peu bruyant au début se laissant posséder par la virtuosité du trio. Un Molly Malone’s plein à craquer qui va faire une ovation aux musiciens.

Il faut dire que le répertoire est bien choisi, alliant les standards de jazz comme « I Can’t Give You Anything But Love » , « I Don’t Mean a Thing » (commencé comme une fugue de Bach) à la java  ou la valse musette avec « Indifférence » ou aux classiques du manouche de Django et Grappelli tel « Minor Swing ».

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Play list (photo PhD)

Le dernier titre est le bouquet final de ce feu d’artifice, Jeanne portée par la folle rythmique de ses deux gratteurs s’envole littéralement provoquant les hurlements d’une assistance subjuguée. Un bonheur.

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Quel beau concert, qui a dit que les dimanches soir étaient tristes ? Pas ici sûrement !

Au fait il est 21h30 et je suis encore là ! Pas une seconde l’envie de partir ne m’a traversé l’esprit…

Bon, exercice pour la prochaine fois : sur un cahier propre,  dix lignes de bling, dix lignes de blang. Ah non, je confonds, ça c’est de la guitare sommaire, celle de Boby – encore lui – pas de la guitare manouche.

www.djamano.fr

 

Il pleut des cordes . Rachael Magidson et le Hot Strings Trio

Par Philippe Desmond.

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Ce dimanche soir à Bordeaux, dehors il pleut des cordes . A l’intérieur du Molly Malone’s aussi mais pas les mêmes.

En effet une guitare, un violon et une contrebasse composent le trio qui joue ce soir, dit par certains « à la Française »  en référence au quintette à cordes du Hot Club de France. Le nom du groupe d’ailleurs est le « Hot Strings Trio » avec Thierry Lujan à la guitare, Nicolas Frossard au violon et Franck Richard à la contrebasse. Mais le trio est en fait un quartet car plus qu’épaulé par Rachael Magidson au chant, à la batterie légère – une femme avec un balai dans chaque main au 21ème siècle ? – et parfois à la trompette.

Il y a longtemps que je n’avais pas entendu ce type de formation, c’était en août 2014 à Capbreton avec trois débutants du nom de Clarke, Ponty et Lagrene… Pas de piano, pas de vraie batterie, pas de cuivres et c’est vrai que la couleur est totalement différente. Une certaine douceur, de la délicatesse, de la légèreté et de la chaleur acoustique.

Le ton est enjoué, donné par le dynamisme du violon et ses dialogues avec la guitare, Rachael pose sa très jolie voix la dessus et on se laisse prendre, On est dans du « classique » de l’historique que certains puristes de la vieille école revendiquent comme le seul vrai jazz écoutable ; il l’est et même plus que ça mais heureusement pas le seul !

Avec une aisance remarquable et dans la bonne humeur les musiciens vont nous proposer de finir ce dimanche, et pour certains ces vacances, dans une ambiance bien agréable. Répertoire de standards magnifiquement chantés, « I can’t give you anything but love », « Love for sale », un joli arrangement de « J’attendrai », d’autres titres moins connus – de moi – dont un certain « Esperando » originalement commencé et conclu à la trompette par Rachael.

Les interventions de Thierry Lujan à la guitare sont pleines de rondeur et d’élégance avec ce son si caractéristique des demi-caisses électriques de jazz. Le violon de Nicolas Frossard ajoute cette légèreté que ses illustres prédécesseurs nous ont habitué à entendre, une certaine gaîté même, du swing. L’assise du tout étant parfaitement assurée par Franck Richard, la formation tourne vraiment très rond. Une soirée bien sympa.

Merci au Molly Malone’s de Bordeaux de proposer ainsi des atterrissages en douceur les fins de dimanches.

Rappel : Loïc Cavadore trio au Molly Malone’s

Par Philippe Desmond (désolé pas de vrai photographe avec moi…)

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La chronique récapitulant une année d’Action Jazz a obtenu un succès phénoménal, alors comme le font nos artistes préférés vous avez droit à un rappel, un « encore » comme disent nos amis américains.

Après les agapes païennes de ce long week-end et la frénésie de ces fêtes il fallait finir en douceur alors quoi de mieux que le Molly Malone’s le pub irlandais du quai des Chartrons qui chaque dimanche soir propose de 18 heures 30 à 21 heures un concert souvent dans un registre plutôt cool. Pour les fatigués du foie – qui moi ? – les parfums de fish and chips ou la simple vue des hamburgers géants sont un peu moins cool, mais après tout on est dans un pub pas chez un marchand de sushis.

La musicienne Rachael Magidson qui s’occupe de la programmation a choisi ce soir le trio du pianiste Loïc Cavadore. Ça tombe très bien car la Gazette Bleue de mars parlera de son premier album « Andantino » que nous avons eu la chance d’écouter et qui est très réussi ; c’est ainsi l’occasion de voir ça en live.

Christophe Jodet est à la contrebasse comme sur l’album mais le batteur Didier Ottaviani étant en vacances – et oui musicien c’est un métier pour ceux qui l’ignorent encore et ils ont le droit eux aussi de prendre des congés – c’est Simon Pourbaix qui le remplace. Ceux qui connaissent ces deux excellents batteurs imaginent déjà le contraste entre le stoïque et élégant Didier et l’exubérant et expressif Simon…

Loïc Cavadore n’est pas le plus connu des pianistes locaux et bien c’est très dommage car il est excellent. Bien servi par un piano certes électrique mais surtout très bien sonorisé, il va nous faire admirer un toucher d’une grande délicatesse, intimiste parfois mais aussi capable de changements de cadence avec un bon groove ou des couleurs orientales. Il a une formation de pianiste classique, ça s’entend et ça se voit quand on a la chance d’être juste à côté de ses mains. Une vraie confirmation pour ma part après la découverte de ses capacités sur le CD.

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Simon Pourbaix toujours aussi jovial va lui aussi jouer le plus souvent en retenue, ne sachant pas où mettre ses grandes jambes et ses grands bras dans le minuscule coin qui lui est réservé. Il nous fait une prestation remarquable d’inventivité avec des rim shots ou des cross-sticks bien sentis (je frime un peu depuis que je me suis mis à la batterie), des caresses à ses cymbales en profitant quand-même lors de montées en tempo et en volume pour lâcher les chevaux qu’il a sous le capot. Un régal dans son rôle de doublure

Derrière, et oui, dur métier, un contrebassiste c’est toujours derrière, Christophe Jodet  nous fait partager sa musicalité caractéristique au service d’une rythmique impeccable et nous offre quelques chorus bien sympathiques. Avez-vous vu à ce propos ce dessin qui circule sur le net où l’on voit un délinquant entre un contrebassiste et un policier, ce dernier répondant au musicien qui lui demande s’il a parlé « oui, pendant un chorus de contrebasse tout le monde parle » ! Bien injuste et vacharde cette vilaine blague pour ces piliers de l’édifice musical jazz.

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Le répertoire varié passe entre-autres du mélodieux « Bebê » du brésilien Hermeto Pascoal au groovant « The Jody Grind » d’Horace Silver, en passant par un arrangement par Loïc de « Andantino » de Katchaturian (mais si vous connaissez, Gainsbourg l’a piqué pour son « Charlotte for Ever ») ou une version émouvante du « Life On Mars » de David Bowie. Chaque fois le trio prend son temps et en parfaite harmonie développe les thèmes, Loïc Cavadore s’amusant à les entraîner vers de fausses fins. Du beau boulot, idéal pour cette soirée d’entre fêtes qui malgré quelques craintes de l’organisatrice a fait se déplacer pas mal de personnes. Elles ont eu raison ! Quelques figures locales du jazz présentes pour soutenir les collègues, c’est aussi bien sympa.

Voilà les amis, le concert 2015 est terminé, « bon bout d’an » comme on dit en Provence (prononcer bon boudin !) et à l’année prochaine ! Allez, une tisane et au lit.