Thomas Delor Trio, Le Caillou (33) 25/01/17

Par Alain  Fleche, photos Stéphane Boyancier

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Avec Alain, Stéphane, Fabrice…

Entre Paris et demain  Monaco. Une halte sur la route de ces saltimbanques célestes. Les quelques présents ont été gratifiés d’un bel instant. Un long set. Un rappel. Voilà ! La plupart des morceaux de la setlist sont du leader, avec une filiation qui se réclame de Charlie Parker en passant par des ambiances Blue, in Green … Thomas et les deux présentent une musique marquée, plus que datée, mais bien rafraîchie ! Pas ennuyeuse un seul instant. Sur une nappe tendue ou ondulatoire tissée sur la guitare de Simon Martineau, qui chevauche les « block chords » de Wes Montgomery avec l’onirisme échevelé d’un Pat Metheny, sur le son d’une Guild, (entre Gibson et Gretsch…), c’est du tapis volant. En jonction : Georges Correia joue sa contrebasse. Appuie les cordes harmoniques de Simon et se projette sur les rythmes mélodiques de Thomas. Le rapprochement que je lui avouerai faire, plus tard, avec Pierre Michelot ne le gênera pas, pour la tension toujours présente, pour le moins latente, jamais vraiment bien résolue, définitivement assumée ! Et notre Thomas de faire son « Malin ». D’un « malin plaisir ». Des mains des pieds, des mains où passent balais, maillets, et nues aussi. Plein de sons, autant batteur que percu. Chantant ! Et réellement, il chante sur peaux et cuivres, peau qu’il tend du coude pour en faire un steeldrum, chante, la mélodie éclate dans tous les sens, reprise l’un des autres, et deux, et tous … ça circule bien ! On vous dit dès qu’on tient le CD.

Par Alain  Fleche, photos Stéphane Boyancier

http://thomasdelor.com/

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David Tixier Trio au Caillou samedi 21/01/17

Par Dom Imonk, photos Irène Piarou

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Ce n’est pas toujours facile de faire sortir le public de chez lui un samedi soir hivernal, surtout pour écouter du jazz à Bordeaux. Pourtant, certains organisateurs, comme Music [at] Caillou, parviennent plutôt bien à le décider, avec des têtes nouvelles, des thèmes qui savent se renouveler et des courants musicaux toujours très variés. Et sa table plait, ce qui est aussi un atout ! Ainsi, ce soir-là, c’était spécial « RDV Europe jazz », prétexte à rencontrer la jeune scène européenne. La mention « fresh jazz » a dû en attirer plus d’un,  car la salle est bien remplie pour accueillir  le trio du pianiste David Tixier. Dans ce groupe basé en Suisse, notre jeune leader est accompagné de deux excellents musiciens : Blaise Hommage à la contrebasse et Lada Obradovic à la batterie, porteuse par ailleurs de son propre projet. Souvenons-nous qu’il y a presqu’un an, le Caillou nous avait déjà présenté l’affriolant trio du pianiste Gauthier Toux, français mais ayant lui aussi attache en Suisse ; tout force à croire que, d’évidence, il s’en passe des choses là-bas ! David  Tixier a 27 ans. Il est tombé dans la marmite jazz à 12 ans à Bergerac et ne s’est plus arrêté depuis. Il étudie ensuite aux conservatoires de Bordeaux et de Mont-Marsan, puis il est diplômé du conservatoire régional de Paris et file en Suisse où il étudie (comme Gauthier Toux) à la Haute Ecole de Musique de Lausanne (HEMU), dont il ressortira diplômé. Maintes fois primé, et fort de multiples rencontres avec de prestigieuses figures, il compose un jazz inspiré, passionné et savant, qui a l’heur d’avoir sa propre personnalité et de ne pas trop emprunter les très fréquentés chemins tendances des E.S.T. (pour le mood nordique mystérieux) et autres Bad Plus (pour le tatouage rock). Même s’il ne rechigne pas à taquiner l’électronique, notamment dans le « Project » de sa batteuse, le trio de ce soir est entièrement acoustique et sonne effectivement très « fresh ».  Le jeu de David Tixier est pointu, ambitieux et volubile, ce qui ne veut pas dire bavard. Il développe de très beaux thèmes, une sorte de « nu-new jazz » qui réactualise par moment  les échappées et l’intense vibration lyrique qui ouvrit les portes des seventies, et dont on  sent qu’ici le souffle est de retour (un soupçon de Jarrett par ci, un embrun de Bley par là…). Cependant, de par la tournure de ses phrases, le jeu de ses mains, et l’oblicité à peine perceptible de certains de ses accords, on percevra furtivement aussi dans son jeu, des humeurs à la Brad Mehldau,  sans toutefois le tourment intérieur. Deux sets pleins d’émotion, portés par des musiciens de grand talent, précis, inventifs et en constant interplay, où l’écriture se révèle en une bonne dizaine de capiteux morceaux. De « Why » qui ouvre le 1° set, à « Through the Window » en rappel, on aura traversé de bien jolies histoires. Parmi elles, « Blind & deaf », « Tribute to an old man », « Delivrance » et « The way we’ve changed ». A noter que David Tixier est actuellement en tournée pour la sortie de l’album « The giant corners », projet en piano solo, avec Sachal Vasandani en invité. Le trio prépare quant à lui un disque que nous attendons tous impatiemment !

Par Dom Imonk, photos Irène Piarou

www.davidtixier.com

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Tom Ibarra quartet au Caillou

Par Philippe Desmond, photos Alain Pelletier et Thierry Dubuc (nb)

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La valeur n’attend point le nombre des années, ce soir la preuve nous en a été donnée par des âmes bien nées. Le quartet de Tom Ibarra se produisait au Caillou et la moyenne d’âge du lieu a brusquement baissé. A la guitare (une belle demi-caisse Ibanez Artstar Prestige) Tom Ibarra  15 ans, aux claviers Thibault Daraignes  16 ans, à la batterie Thomas Galvan 20 ans et l’ancêtre du groupe à la basse Jean-Marie Morin 34 ans. De jeunes musiciens éclatants, bourrés de talent.

Le leader Tom Ibarra est non seulement un formidable guitariste mais aussi un compositeur prometteur comme ses titres originaux joués hier le  démontrent. Déjà doté d’une belle technique, il possède aussi une grande musicalité avec un son clair et élégant ; pas d’esbroufe lors de ses chorus, pas de démonstration de guitar hero – il avoue s’être calmé – pas d’abus avec les pédales d’effets mais de la musique avant toute chose. Le jeune homme paraît un peu timide certes, mais il a bien la tête sur les épaules, et fait preuve d’une réelle maturité lorsqu’on discute avec lui ; il est lucide du chemin à parcourir mais il sait déjà dans quelle direction.

Il vient depuis le début de l’année de se mettre – seul – au solfège, conscient du manque actuel pour progresser encore. La guitare il l’a apprise avec son grand-père « guitariste de bal » qui lui en a montré toutes les ficelles ou plutôt les cordes. Une culture musicale riche, faite dans le giron familial « où il y a tout le temps de la musique » confie sa mère et voilà notre tout jeune homme déjà chevronné techniquement et culturellement. Il évoque des influences plus ou moins présentes dans son jeu, de Larry Carlton à Carlos Santana. Au fait un petit détail, Tom vient aussi d’entrer en terminale L ; doué l’animal !

Deux sets électriques dans un genre jazz-rock, funk avec donc beaucoup de compositions personnelles déjà très bien élaborées et qui figureront sur le CD qui sort bientôt et des reprises bien retravaillées. Un « So What » virevoltant au tempo d’enfer, l’indispensable « Sunny », une version débridée de « Wrinkle » de Miles Davis… « Cantalupe Island » d’HH est joué en rappel après la belle ovation d’une assistance nombreuse et épatée pour ceux qui découvraient ce groupe, et même pour les autres.

Un quartet, donc trois autres musiciens à présenter car ils ne sont pas là dans le rôle de faire-valoir. L’assise du groupe c’est Jean-Marie Morin à la basse qui, peut-être un peu jaloux du jeune Tom, utilise deux basses électriques à 6 cordes. Un groove permanent, de beaux chorus il est un maillon fondamental du quartet.

Complétant la rythmique Thomas Galvan à la batterie sait se faire entendre sans abuser du potentiel volumique de son instrument ; précision, créativité permanente il maintient un rythme tendu sur tous les titres. Il n’a que vingt ans, ça promet.

Aux claviers Thibault Daraignes, un copain de lycée de Tom, son aîné d’un an, est remarquable, «  un monstre » dit son leader. Aussi à l’aise sur le quart de queue du Caillou que sur son synthé il est aussi bien capable de joueur funky que de développer des nappes mélodiques en contrepoint du guitariste, pas gêné par la légende qui dit que ces instruments ont du mal à cohabiter harmoniquement. Dommage qu’on ne l’ait pas un peu mieux entendu.

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La relève est donc là et même bien là et qui sait si dans quelques années – et on le souhaite – alors qu’ils seront devenus des références, on ne dira pas « je me souviens de leur début de carrière, j’y étais ».

En novembre ou décembre sort leur premier disque et Action Jazz ne manquera pas de vous en informer.

http://tomibarra.blogspot.fr/

ISOTOPE au Caillou

Par Philippe Desmond, photos Alain Pelletier

Définition d’Isotope : « Chacun des différents types d’atomes d’un même élément, différant par leur nombre de neutrons mais ayant le même nombre de protons et d’électrons, et possédant donc les mêmes propriétés chimiques. »

Ici l’élément c’est le trio. Les trois atomes sont un batteur, un guitariste et un trompettiste.

Le premier atome qui joue le rôle du noyau c’est Tom Peyron, le batteur. Musicalement tout ou presque tourne autour de lui. Les compositions pour la plupart sont de lui et  sa batterie est omniprésente. Il a le drumming intelligent comme dit mon voisin de table hier soir au Caillou, un jeu varié et nuancé plein d’inventions.

Le second atome est plus un électron, avec sa guitare électrique, c’est Thomas Boudé. Il tisse des climats, compensant avec un son magnifique le manque d’une basse dans le trio ou torturant ses cordes dans des chorus sans fin et très inspirés. Electron libre même quelquefois dans des passages plus free. Remarquable sa longue composition au nom hermétique qu’on pourrait qualifier de free java.

Le troisième atome est un proton portant donc sa charge positive d’émotion dans des chorus superbes de trompette, Olivier Gay. Il participe au son original de ce trio insolite sans basse ni piano, qu’il joue libre ou avec la sourdine. Un son de trompette très clair le caractérise.

Ces trois atomes différents présentent bien les mêmes propriétés outre de jeunesse, le talent, le goût du risque musical, la virtuosité, la créativité…

Isotope était donc hier soir en concert au Caillou. Récent vainqueur du tremplin Action Jazz 2015 ce trio apporte de la fraîcheur et de la jeunesse. La jeunesse elle était aussi présente hier soir dans le public et ça fait bien plaisir, beaucoup de jeunes musiciens bien sûr. De jeunes musiciens qui prennent des risques vers une musique moins facile à jouer et à écouter que l’offre standard des radios autrefois libres mais désormais toutes alignées, les yeux rivés sur les chiffres du marché.

Le répertoire a laissé une grande place à leurs propres compositions mais aussi à des musiciens reconnus comme par exemple Charlie Haden ou Sony Rollins (sans sax !). On a même eu droit à une musique de street band et à un genre de calypso très gai.

Les musiciens d’Isotope possèdent donc cette énergie atomique qui devrait les mener loin dans le monde du jazz. L’avenir leur appartient.

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