Plus près que « là-bas », Monségur et son festival.

par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

Aller à Monségur aux « 24 heures du swing » c’est un peu comme une préparation à un autre festival plus couru, vous savez là-bas, au mois d’août dans ce coin un peu perdu du Gers… Le parallèle est assez frappant, déjà pour arriver jusqu’ici au fin fond de l’Entre deux Mers, comme pour là-bas ça se mérite. La ville de Monségur est elle aussi une bastide avec ses traditionnelles galeries à arcades – chez moi à Créon on parle d’arceaux » – et ici aussi la place est animée par des bars, des restaurants, des boutiques, des stands de tout et de rien, d’artisans et de marchands avec un fond musical perpétuel de circonstance. Mais si on veut clore la comparaison, j’y trouve un avantage ici dans la mesure où l’on est encore à une échelle plus artisanale que là-bas. Mais avec une sacré belle organisation, ne vous méprenez pas sur mes propos.

A mon arrivée j’ai juste le temps d’assister à la dernière partie du concert de Laure Sanchez Trio sur la jolie petite scène installée rue Barbe, comme ça en plein milieu. Le trio, prix de la Note Bleue au dernier tremplin Action Jazz est désormais bien rodé et offre un répertoire de compositions originales plein de fraîcheur de musicalité et de groove. Pour ce dernier Laure n’hésite pas à utiliser sa basse électrique tout en chantant.

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Robin Magord est vraiment épatant au piano, quant à Nicolas Girardi il invente sans cesse à la batterie celle-ci avec sa toute petite grosse caisse paraissant sortie d’un magasin de jouet. Invité surprise, un chien, celui du voisin, fait un moment les chœurs !

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Il reste moins d’une heure avant le concert sous la halle, le temps d’aller se régaler au stand du boucher local dont le pavé de bœuf va s’avérer à tomber ; un petit vin des voisins de Duras et nous voilà prêts pour affronter la soirée ; elle va être longue, deux heures du matin pour la fin du dernier concert !

La halle se remplit doucement, la fouille est bon enfant. Quelle beauté cette construction de fonte et de verre du XIX siècle ! Pour l’acoustique par contre…

Ce soir, que des Anglais au programme, comme quoi ils ne sont pas tous prêts à se replier frileusement sur leur île. La chanteuse Malia pour commencer, accompagnée d’un trio piano, basse, batterie. J’attendais une brune, c’est une blonde qui arrive vêtue de blanc et noir un chapeau melon sur la tête, référence à John Steed ou à Malcolm McDowell dans Orange Mécanique ? Vous ne verrez pas de photo, les instructions de la diva étant claires, les photographes accrédités peuvent agir sur le seul premier titre et pas de gros plan ! Et le service d’ordre est vigilant. Thierry n’aura pas eu le temps de mitrailler et après tout si elle ne veut pas qu’on fasse sa promo, ça la regarde. D’autant que le concert ne va pas nous marquer, elle chante très bien et dans plusieurs tessitures, les musiciens jouent bien mais, est-ce le son difficile ici, le répertoire un peu plan-plan, nous n’avons pas accroché. Les « Fipettes » de Bordeaux qui étaient à nos côtés ont, elles, adoré !

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Un petit tour sur la place avant que la deuxième partie ne démarre, la soirée est douce, c’est vraiment l’été. Place à Incognito, présenté comme du soul-jazz-funk ; exact.  Neuf musiciens, trois chanteuses, un gros son. Le leader Jean Paul Maunick, Mauricien d’origine, va animer le concert, présentant les titres avec ses commentaires humanistes et en français.

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A tour de rôle les trois chanteuses occupent le devant de la scène dans des registres allant d’Aretha Franklin à Randy Crawford des Crusaders avec parfois un light show à la Soul Train. Mais à mon avis c’est en instrumental que le groupe donne toute sa puissance, la musique partant en liberté avec un groove d’enfer, la fin du concert étant ainsi énorme !

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Il est minuit bien tassé, direction la place des Tilleuls ; les stands de cuisine espagnole, marocaine sentent bien bon en passant, on se laisserait presque tenter.

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Latin Spirit joue déjà ; ils se définissent ainsi : « des harmonies salsa, des chorus jazz, des rythmes cubains » ; voilà vous savez tout. Ou presque. Au programme du Tito Puente, Poncho Sanchez ou Paquito Riviera et surtout de la joie ! Le public un peu timide au début ne va plus vouloir s’arrêter de danser !

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Avec un super son (enfin) dans ce lieu magnifique les musiciens vont nous régaler ; on en connaît bien certains à Action Jazz, notamment Franck Leymerégie (congas) et Benjamin Pellier (b) d’Akoda et même Valérie Chane-Tef (p) pigiste de luxe ce soir, associés à d’autres excellents musiciens bordelais.

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Mayomi Moreno mène la danse au chant ; Rodolphe Russo (fl, direction musicale) Bertrand Tessier (st) Rémy Béesau (tr) Renaud Galtier (tb) Frédéric Jarry (dr). Chaud bouillant ce concert et qui nous amène à deux heures du matin sans aucun effort, le genre de moment qu’on adore dans les festivals.

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L’air de rien il y a une heure de route pour rentrer à Bordeaux, bon mais c’est quand même plus près que là-bas… Dire que demain avec le programme swing qu’il y a je ne vais pas pouvoir revenir…

Du Quartier Libre au Chat qui Pêche. Bordeaux 03 juin 2016

Par Dom Imonk

 

Capucine Quartet

Capucine Quartet

En quelques mois, le Quartier Libre est devenu un lieu incontournable des nuits Bordelaises, en accordant certains soirs une attention particulière au jeune jazz émergeant de la Cité. En effet, beaucoup de nouveaux talents, dont une majorité formée au Conservatoire tout proche, viennent y jammer tous les mercredis, à partir de 18h, et c’est l’occasion de les découvrir, dans ce lieu que peu à peu ils s’approprient, pour notre plus grand plaisir. Grâce en soit rendue aux clairvoyants programmateurs. Mais il n’y a pas que le mercredi qu’on y festoie, pour preuve, vendredi dernier se produisait « Capucine Quartet », un tout nouveau groupe formé de quatre jeunes et talentueux musiciens du cru, qui sont venus raconter leur histoire en quelques thèmes bien inspirés, et joliment tournés. L’écriture, c’est surtout le fait de Thomas Gaucher (guitare) et de Felix Robin (vibraphone) mais, à ce qu’ils nous ont confié, cela devient vite affaire commune, en partage d’idées avec Louis Laville (contrebasse) et Thomas Galvan (batterie). Thomas Gaucher nous cite ses riches influences, de Grant Green à Lage Lund, en passant par Kurt Rosenwinkel, et on en retrouve quelques sucs dans son jeu agile, au boisé élégant, tout en restant sobre et roots dans ses effets et ses sons. Il y a une réelle complicité entre tous, et en particulier avec Felix Robin qui, d’une belle envolée, a ouvert « Intership », l’un des titres phare du quartet. Grâce, fluidité et couleurs marquent son jeu déjà bien assuré, sur un magnifique Bergerault, et fondent une vraie alliance avec le guitariste. L’autre moitié du groupe est indispensable. Une rythmique solide et inventive, qui charpente à ravir ce jazz frais et acidulé, par les lignes de basse sobres et efficaces de Louis Laville, se partageant entre walkings effrénés mais domptés et chorus volubiles, et par le subtil drumming de Thomas Galvan, dont on retrouve avec plaisir le tact et la délicatesse sur les balades, aux balais et dans quelques bruissements coloristes, mais qui se révèle redoutable s’il s’agit de grossir le trait et d’initier un puissant pouls binaire, quand le ciel du tempo s’obscurcit. D’autres compositions comme « Armand », « Journal du Dimanche », « Casa Pino »et les standards « If I should lose you » (Robin/Rainger) ou « Pent-Up house » (Rollins), achèvent de nous convaincre qu’il faudra suivre de près ce « Capucine quartet », dont on se régalera des floraisons futures !

La Jam du Quartier Libre

La Jam du Quartier Libre

Et comme toujours au Quartier Libre, après une pause houblon bien rafraîchissante, voici venu le moment tant attendu : une jam libre et délurée, et de celle-ci, on se souviendra. Alexis Valet, figure marquante de ces lieux (et de quelques autres…) et musicien très pointu, s’empare du vibraphone, dont il semble jouer à quatre mains, et c’est reparti ! On rappelle que son sextet a remporté le Prix du Jury du Tremplin Action Jazz 2016, et qu’on retrouvera cette vive formation à Quinsac, le dimanche 12 juin à 13h30 Place de l’Église, dans le cadre du Festival Jazz360. La fête a donc repris, en un bien joyeux festival où se succèderont Louis Gachet à la trompette, Alexandre Aguilera à la flûte, Alexandre Priam-Doizy à la basse, Nicolas Girardi puis Yoan Dupuy à la batterie, Charlotte Desbondant et Émeline Marcon au chant, ainsi qu’un grand gaillard à l’accordéon. L’un des doigts de Jonathan Bergeron n’étant pas disponible pour jouer du sax, celui-ci nous a quand même offert en final un scat d’anthologie, qu’on n’est pas prêt d’oublier ! Soirée bouillante, finie sur les chapeaux de roue, on en redemande ! Il faut vraiment assister à de tels concerts dès qu’on le peut, venir voir ces jeunes musiciens, discuter avec eux, être présent et les encourager. Il y a de la vie pour un jazz tous âges dans la nuit Bordelaise, il faut bien la pister, elle serpente un peu partout. Preuve en est que, sur les conseils d’un avisé camarade, nous nous sommes ensuite retrouvés à cinq minutes de là, au Chat qui Pêche, pour un autre superbe concert…

http://capucinequartet.wix.com/jazz

http://quartierlibrebordeaux.com/v1/

Alex Golino Quartet

Alex Golino Quartet

Il est presque minuit, rien de mieux que les choses imprévues même s’il se fait tard. Nous voilà donc arrivés au Chat Qui Pêche, cercle associatif qui, une bonne partie de l’année, propose des artistes de diverses tendances, dont celle du jazz. Thomas Saunier, responsable du lieu, nous accueille chaleureusement, pour l’un des derniers concerts de la saison, la programmation devant reprendre en septembre. Ce soir, c’est le quartet du grand Alex Golino qui se produit. Muni de son imposant saxophone ténor, il va nous faire rêver, accompagné de trois superbes pointures : Hervé Saint-Guirons à l’orgue électronique, Didier Ottaviani à la batterie et Yann Pénichou à la guitare. Le concert est à peine commencé et l’on admire le cadre de ce lieu, à la touche kitsch intemporelle qui ravive les mémoires, comme cette affiche du festival Sigma 1985. On s’assoie dans de profonds canapés un peu usés, ou sur des chaises au bar, on est bien calé, et en position idéale pour l’écoute. La musique flotte tel un nuage ensoleillé et les envolées d’Alex Golino soufflent des brises d’été dont la grâce et la volupté sont d’une classe assez irrésistible. Son jeu subtil et patiné nous envoute. Les thèmes abordés sont variés et mettent quelques glorieux aînés à l’honneur. On fond à l’écoute des « Corcovado », « Wave » et autre « O grande amor » de Jobim, qui placent notre saxophoniste à de limpides altitudes, jadis fréquentées par Stan Getz et Joe Henderson, quoiqu’on puisse parfois penser à un Harold Land. Le groove a aussi marqué cette intime soirée, le public arrivant petit à petit en quête d’after hours. Ainsi, quelques perles de Kenny Burrell, mais aussi de Wes Montgomery, sont  venues à point nommé souligner la belle inspiration du jeu précis et expert d’Hervé Saint-Guirons et de Yann Pénichou, deux associés défenseurs du son vintage, pur et sans fard, qui vénèrent ces artistes et n’ont pas hésité à prêter leur âme à ce fin répertoire. Rappelons que l’an dernier, nos deux compères s’étaient retrouvés sur le superbe « Up & Down » du Yann Pénichou Organ Trio. Tout le monde s’est donc visiblement régalé de « Far Wes », « SOS » et du mélancolique « West Coast Blues » de Wes Montgomery, mais aussi de thèmes plus classiques tels que  « Kenny’s sound » et « Chtilin’s con carne » de Kenny Burrell. Autre artisan du son du quartet, Didier Ottaviani, qui est probablement l’un des batteurs les plus passionnants qui soient, car une élégance naturelle se retrouve en tous points et coins de son jeu. Chez lui, tout est affaire de couleurs savamment dosées, de scintillements qui luisent plus qu’ils n’éblouissent,  ses roulements, attaques et breaks d’une délicate précision, effleurent à baguettes retirées dès l’impact, en faisant danser les sons, avec légèreté et en douce vélocité. Au cours des deux sets, comme pour adoucir un peu plus l’atmosphère, le groupe nous a aussi joué quelques autres pépites, gorgées de feeling, parmi lesquelles « Invitation » (Kaper/Washington) et « Love letters » (Victor Young), histoire de jouer les chats, avec nous les souris, et de pêcher l’envie de bien vite les retrouver.

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