UZEB. 6 juillet 2017 – Le Rocher de Palmer, Cenon

par Vince, photos Pierre Murcia.

Michel Cusson – guitare
Alain Caron – basse
Paul Brochu – batterie

Uzeb Rocher 650

 

Après une pause qui aura duré un quart de siècle, UZEB est de retour. Et quel retour !
Le premier concert de la tournée R3UNION 2017 s’est déroulé à Montréal à la salle Wilfrid-Pelletier, le 29 juin dernier dans le cadre du prestigieux festival international de jazz.

Depuis l’annonce fin 2016, les fans trépignent d’impatience. Cette fois, ne c’est plus une rumeur, ils reviennent ! La vidéo des premières répétitions mise en ligne sur la page Facebook officielle a déjà été vue 250 000 fois.

Michel Cusson (g) Paul Brochu (b)

Mais les voici, en vrai, à Cenon. Après la salle Pleyel de Paris, et le Bikini à Toulouse, nous somme ben chanceux de revoir cette gang de chums. (Je traduis en français du vieux continent, cela veut dire que l’on a bien de la chance de revoir ces gars-là.)
Les blousons de cuir cloutés et les bottes des années 80 ont laissé la place à des chemises noires plus sobres, et les lunettes accompagnent élégamment les cheveux blanchis… mais à ces détails près, tout le reste est là, l’énergie, la virtuosité, les tubes et le son.
Ce son Uzeb aurait même gagné en maturité, en finesse, en subtilité. Comme nous l’a confié Michel Cusson en exclusivité* pour Action Jazz, ‘‘en 80 notre son était presque un peu trop à la mode, aujourd’hui il est plus intemporel.’’
Le matériel ayant évolué, les racks de la taille d’un frigo derrière chacun d’eux se sont miniaturisés mais la richesse et la qualité sonore se sont décuplées.
Fidèle à sa guitare Godin, Michel Cusson attaque le concert par le mythique « Uzeb Club », un titre majeur du groupe avec lequel il débutait déjà ses shows au XXème siècle.
Après 2 morceaux, Alain Caron prend la parole pour saluer le public et le remercier pour sa patience et sa fidélité. Ce message est aussi personnellement adressé à Patrick Duval (Musiques de Nuit / Rocher de Palmer) qui était là lui aussi il y a 27 ans pour accueillir le trio lors de la tournée mondiale.

Alain Caron

Les titres s’enchainent et les souvenirs remontent à la surface… New hit, Junk Funk, 60 rue des Lombards, Mr. Bill, Spider, Cool it, Après les confidences, Loose, Bella’s lullaby, Good bye pork pie Hat, etc. Au total 13 succès distillés en 2 sets, des titres qui n’ont pas pris une ride, et qui comme tous les bons supposés (et ici on s’y connait) n’ont fait que se bonifier avec l’âge.
Dans la salle, chaque spectateur ou presque y va de son chuchotement complice avec son voisin. Nul n’est là par hasard ce soir du 6 juillet 2017 au Rocher 650. Uzeb est dans la place et c’est un événement que tous ses aficionados (dont je fais partie) n’auraient raté pour rien au monde.
Le trio québécois qui a promené son jazz-rock dans une vingtaine de pays au cours de la décennie 80 repart donc sur les routes avec le même enthousiasme. Après la France, ce sera à Tel-Aviv et à Pescara, que les fans du groupe pourront déguster le millésime 2017 tant attendu, avant le retour au pays des tartes à pacane pour 11 dates en août et septembre.
Comme on dit au Québec, ‘‘c’était ben l’fun’’ (et là je ne traduis pas).

Photos : Pierre Murcia
*interview intégrale et article complet spécial Uzeb, à retrouver dans la gazette Action Jazz de septembre 2017

Kyle Eastwood sur la route du Rocher

par Philippe Desmond, photos David Bert.

Le Rocher de Palmer 650 , samedi 18 mars 2017.

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Presque dans la même semaine me voilà amené à assister à deux concerts de jazz avec des affiches du type de celles qui parlent au public, celles qui remplissent les salles – ici la 650 complète les deux fois – celles où le nom de l’artiste attire parfois plus de monde que sa musique, les amateurs que l’on rencontre partout tout au long de l’année et les autres, les curieux, les qui regardent la télé, les qui vont au ciné ou tout ça à la fois. Manu Katché la semaine dernière, Kyle Eastwood ce soir. Après un honnête concert déjà oublié en huit jours, qu’allait-il en être ce soir ?

Patrick Duval nous accueille en revenant sur la polémique FIP et les menaces de suppression des antennes locales et de leurs précieuses annonces de concerts ou d’événements locaux invitant le public à signer la pétition (voir lien en fin d’article, signez ! ) et à soutenir les salariés.

Kyle arrive le premier sur scène, beau gabarit, physique qui ne laisse pas indifférent, preuve en est faite avec mes voisines très partagées, ayant à son sujet un avis contraire catégorique. Il va jouer en quintet avec cinq musiciens très classe, Anglais et Australien, Andrew Mc Cormack au piano, Quentin Collins à la trompette et au bugle, Brandon Allen aux sax ténor et soprano, Chris Higginbottom à la batterie. Lui commence avec une contrebasse « en mini-jupe » à caisse réduite – plus commode pour voyager me dira t-il – une basse électrique 5 cordes attendant son heure.

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Groove et swing en apéritif avec « Prosecco Smile » sur un tempo très dynamique. On sent déjà que ça joue très bien, on ne se trompe pas, la suite le confirmera. « Big Noise » rappelle les 40’s, commencé en sifflant par Kyle, encore sur un tempo d’enfer et un festival aux balais de Chris en duel avec la contrebasse, avant que d’autres joutes entre trompette et sax notamment ne viennent éclairer ce titre bien plaisant et enjoué. Enchaînement fondu sur le très hard bop « Bullet Train » ponctué d’un « waouw » par un Kyle Eastwood tout essoufflé. Mes amis si ça joue bien !

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Pas facile de se faire un prénom dit-on et bien le concernant c’est fait, certes dans une autre spécialité que son père, il est un remarquable contrebassiste et un excellent bassiste dans un répertoire fusion. Certains vont dire ça y est on ne peut pas faire un article sur Kyle sans dire qu’il est le « fils de » ; alors je précise que c’est lui qui en a parlé le premier en jouant en duo avec le piano « le thème du film de mon père, Lettres d’Iwo Jima » ; je ne me serais pas permis sinon.

En attendant arrive la longue suite « Marrakech » introduite à l’archer et aux percussions avant que le quintet au complet, Kyle prenant sa basse électrique, ne se lance dans une progressive montée débutée calmement avec des bruitages du pianiste les mains dans le moteur de son superbe Steinway et définitivement magnifiée par un chorus de soprano, Chris Higginbottom montrant l’étendue de son immense talent dans un registre plus fusion. Le titre s’achève dans une explosion générale lancée par un chorus de piano d’une rare violence ; splendide !

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« Dolphin Dance » d’Herbie Hancock ensuite, Quentin Colins y faisant apprécier le grain velouté de son bugle pour la plus grande joie d’une amie musicienne dont c’est le thème préféré entre tous et qui n’arrivait plus à quitter son siège du premier rang à la fin du concert, assommée de bonheur.

Hommage à un autre pianiste, Horace Silver, avec « Peace of Silver » et un solo de piano, véritable concerto, Kyle Eastwood juste à côté y prenant un plaisir manifeste.

Un « dernier » titre plein d’énergie, un cocktail de Brésil d’Afrique avec un peu de jazz -tu parles ! – nous explique Kyle, un morceau bourré d’énergie mais toujours de finesse comme tout le long de ce concert qui passe de la puissance presque d’un big band à des climats légers et sensibles avec une élégance que je n’avais pas rencontrée depuis longtemps.

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Quel concert, riche, varié,  brillant,  le public ne s’y trompe pas et va exiger très bruyamment deux rappels !

Kyle se devait de rendre hommage à un de ses prestigieux collègues, Charlie Mingus et son très hard « Boogie Stop Shuffle » ; des frissons me parcourent le dos, c’est terrible ce qui se passe sur scène, ça éclabousse de partout avec cette formation très mobile passant dans un même titre du quintet au trio et réciproquement avec une réelle liberté.

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Le second rappel accordé par le groupe, avant que le Rocher ne finisse par s’écrouler sous les vivas, va nous mettre une petite musique en tête pour la nuit, la simplissime mélodie de « The Promise » ; une friandise pour rentrer chez nous après ce moment exceptionnel de jazz.

La chance ensuite pour tous de rencontrer au comptoir de vente et de dédicace des CD tous les musiciens, décontractés, disponibles et aimables, un verre de bordeaux rouge à la main, Kyle me confirmant qu’il avait beaucoup de plaisir de jouer au festival de Saint-Emilion cet été (en trio avec Bireli Lagrène et Jean-Luc Ponty) pour y déguster la spécialité locale.

Le lendemain dimanche, dans la 650, projection de Gran Torino le film de Clint Eastwood , vous savez le vieux père de Kyle, le grand jazzman.

https://www.change.org/p/pr%C3%A9servez-et-d%C3%A9veloppez-fip-la-p%C3%A9pite-%C3%A9clectique-de-radio-france

Al Jarreau au Rocher

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Le marchand de bonheur

par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc

Quand on va voir un monstre sacré – revoir pour moi, c’était en 1983 à la Patinoire – c’est toujours avec une certaine inquiétude, celle d’être déçu, de briser le rêve. La crainte est ici attisée par le fait que depuis quatre ans Al Jarreau a souvent annulé des concerts, pour des ennuis respiratoires, une pneumonie notamment qui a nécessité son hospitalisation dans un état critique. Il aurait même perdu sa voix, son instrument magique. Mais, bonne nouvelle, il a sorti un disque récemment « My old Friend » en hommage à George Duke disparu en 2013 et il entame une tournée européenne alors qu’il est sous traitement médical.

Le voilà donc arrivant sur scène, marchant difficilement avec une grande canne, s’appuyant aussitôt sur un tabouret devant la scène. Il a désormais 75 ans et ses ennuis de santé ne l’ont pas épargné physiquement. Mais ce visage, ces yeux, ce sourire ils sont eux intacts, quelques mots en français « Bonsoir Bordeaux », « le vin rouge ! », « amusez-vous bien ! » et la salle est déjà sous le charme. « Mornin’ » me semble-t-il pour commencer (le concert a été un tel tourbillon que je ne sais plus) et c’est le miracle, la voix est là quasi intacte !

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Cinq musiciens l’entourent, trois jeunes à la guitare – grosse guitare – à la basse – grosse basse – et à la batterie – grosse batterie- et deux plus chevronnés, chacun aux claviers,  l’un jouant aussi des sax le second de la flûte. Ce second c’est Larry Williams qui, c’est bien simple, a joué avec le monde entier : Michaël Jackson, Paul McCartney, Prince, Elton John, Barbara Streisand, Aretha Franklin, Eric Clapton, Ray Charles, Chaka Khan, Herbie Hancock, Chic Corea, Rod Stewart, Simply Red, Joni Mitchell, Sinatra… Une référence.

Il faut bien ça car Al Jarreau va leur jouer des tours à ses musiciens et tout au long du concert. Certes tous ses grands tubes vont y passer à la grande joie de tous, « Boogie Down », «  Roof Garden », sa version de « Take five » entremêlée du « Blue rondo a la Turk » et bien d’autres mais sa façon de les lancer par des scats parfois insolites pour les musiciens – il suffit de regarder le visage interrogatif de Larry Williams – va quelquefois mettre la pagaille ; l’un va même les mener dans une impasse à l’hilarité générale !

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Il va en plus improviser ; demandant le prénom d’une femme dans les premiers rangs il finit par comprendre Valentine et devinez quoi improvise une version de « My funny Valentine » à capella pleine d’émotion. Sa voisine prénommée Magali aura droit elle à une improvisation sur le prénom… Margarita, cette fois avec l’aide des musiciens. Mais la salle est conquise, Al a une réelle emprise sur le public, une emprise faite de sympathie, d’humour, de simplicité ; il ne triche pas on le sent. Autour de moi je ne vois que des visages souriants, les gens sont heureux, c’est un marchand de bonheur.

Le spectacle est annoncé comme un hommage à George Duke son compagnon musical dès 1965, « My Old Friend » et des titres composés par Duke et qui figurent sur le dernier album vont ainsi s’enchaîner. On sent une réelle amitié dans ses propos. Plusieurs amies, au moins quatre, me diront qu’elles ont eu souvent les larmes aux yeux ou quasiment pleuré. Des larmes de bonheur.

Globalement ça groove mais ça groove, et cette voix tantôt profonde tantôt  de tête, pleine d’émotion, de variations, quel régal. Près de deux heures de concert et un « Summertime » très blues en rappel. C’est déjà fini. Oubliée l’inquiétude initiale on vient de vivre un très beau concert.

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En plus le Rocher c’est vraiment un endroit sympa, l’organisation a eu la bonne idée de monter un bar dehors – au pied du restaurant Ze Rock – accessible directement depuis le hall de la 1200. La douceur de la soirée va ainsi avec quelques amis nous permettre de prolonger un si bon moment autour d’un ou plusieurs verres.

Merci Monsieur Al Jarreau ; merci aussi Monsieur Patrick Duval.

La Gazette Bleue N° 7 vient juste de sortir !

Voilà la Gazette Bleue N° 7 ! Gros numéro, spécial 30 ans de Musiques De Nuit Diffusion, avec l’interview de Patrick Duval, les « Années Miles, vues par l’œil de Fabrice Leclair, et puis des chroniques de disques, de concerts et les rubriques habituelles.

Bref, bonnes lectures !

La Rédaction

Et voici le lien PDF :

http://actionjazz.e-monsite.com/medias/files/gazettebleue-07-nov2.pdf

Miles Davis 1987