Jazz [at] Botanic 2014 – Actes 1 et 2 – Un festival beau et tannique

Écrit par Dom Imonk

Parue le 01 septembre 2014 dans la Gazette Bleue N° 6

programme

Pour la 2° édition de leur festival, Benoît Lamarque (directeur) et Cédric Jeanneaud (directeur artistique) ont prévu dix jours de festival, répartis en deux sessions : cinq soirées du 23 au 27 juillet et cinq soirées du 13 au 17 août. Une courageuse programmation où la beauté de la musique s’est enivrée sans honte d’élixirs sonores divers, dont certains aux tannins les plus hirsutes. A noter que, luxe suprême, Lee Konitz était le prestigieux parrain de la première session.

La première session (résumée), dont vous pouvez retrouver les chroniques complètes des Mercredi 23/07, Vendredi 25/07 et Samedi 26/07 sur http://www.blogactionjazz.wordpress.com (rubrique « Les chroniques de concerts »), a débuté avec le Emanuele Cisi quartet, et Lee Konitz en invité.
Avec cette élégance italienne qui séduit, Cisi (ts) a mené un quartet qui fonctionne à merveille : Dave Blenkhorn (g), épatant, Nicola Muresu (cb), imperturbable, et le très précis Adam Pache (bat), ces deux assurant belle rythmique. Lee Konitz (as) les a alors rejoints, d’abord en duo avec un Dave Blenkhorn très à l’écoute. Dialogue tout en retenue, très touchant. Même impression quand le reste du quartet est revenu. Délicieux échanges, faits d’écoute, de respect et d’union. Du très beau jazz.
Ensuite, le Émile Parisien 4tet est venu nous jouer une musique d’urgence. Tout bouge et va très vite. Il y a du jazz là-dedans, et de l’énergie rock, grâce au puissant jeu de Sylvain Darrifourcq (bat), mais aussi à Ivan Gélugne (cb) qui drive en mode primal, bâtissant avec le batteur des transes portant le leader. Julien Touéry (p) est excellent en mode « classique », et en « apprenti sorcier » qui aime à expérimenter. Enfin, Émile Parisien (ss) est au plus haut, les victoires du jazz 2014 l’ont récompensé à juste titre. Au final, ces quatre garçons nous ont emballés ! A surveiller de près !
Le Jeudi soir, nous avons eu de très bons échos du Trio Corneloup, Labarrière, Goubert. En revanche Lee Konitz aurait quitté un peu tôt, l’invitation à jouer avec Le Petit Orchestre du Dimanche, ce qui est bien dommage…
Le Vendredi soir, le public attentif a aimé la fraîcheur bienvenue du trio de Edwin Berg (p, compos), Eric Surménian (cb) et Fred Jeanne (bat, compos) qui débutait la soirée. Le pianiste dirige en douceur ce trio très homogène. Les trois hommes jouent une musique élégante et romantique. Le concert s’est terminé avec tact sur un touchant « Remembering you » dédié à Charlie Haden.
Puis un intermède imprévu nous a permis d’écouter un Lee Konitz détendu et souriant, dialoguant sur deux morceaux, avec le jeune pianiste Dan Tepfer, dont le jeu est superbe.
L’AÉROPHONE, splendide trio, est revenu cette année, avec Glenn Ferris en invité. Les compositions de Yoann Loustalot (tp) sont belles, amples, singulières et gorgées d’humour. Bel hommage à Glenn Ferris, « Old music for a new horn » a ouvert le concert. Transmission de pensées et précision d’impacts font force. Drumming lumineux de Fred Pasqua, dont le drive puissant s’associe aux belles lignes de basse de Blaise Chevallier. Enfin, tout au long du concert, on a senti Yoann Loustalot et Glenn Ferris très complices, la trompette et le buggle énergiques et racés de l’un s’accordant avec bonheur aux très belles phrases du trombone de l’autre. On aimerait une suite !

Le Samedi soir, gros passage d’ovni sur le Caillou ! TOONS ! Malgré des albums enthousiasmants – « Can you Smile ? » (ayler records) du Théo Ceccaldi trio + Joëlle Léandre et « 7 nains » (Tricollectif) de Toons – on ne pouvait pas s’attendre à une telle bombe sur scène. Le concept de l’album, ce sont les 7 nains. Les Toons se définissent comme « mi-figue, mi-punk » et l’on aborde tout, par bribes, éclairs, ou citations instantanées. Presque tout y passe, jazz, post-rock, prog, jazz-rock, bruitisme, contemporain même….C’est fou, fulgurant, incroyablement bien-maitrisé. Théo Ceccaldi (vln), et son frère Valentin (compo, b, vlc), sont aux commandes. Les autres membres de cette équipe de « cosmiques » furieux livrent aussi un travail considérable et nous ont carrément scotchés: Gabriel Lemaire (as, bs, cl), Guillaume Aknine (g) et Florian Satche (bat). TOONS est un groupe à faire connaître et à programmer. On ne doit pas laisser dépérir de telles fleurs musicales ! C’est une question de vie ou de mort des idées neuves et de la poésie du futur !
Puis intermède sur la scène du restaurant du Caillou, avec Rick Margitza (sax), Peter Giron (cb), Philippe Gaubert (bat) et Dan Tepfer (p). Et un peu plus tard, sur la scène principale, comme la veille, le duo Lee Konitz/Dan Tepfer pour trois morceaux.
Fin de soirée avec le trio d’Alexandra Grimal, aux antipodes de TOONS. Tout est plus intérieur et méditatif. Son discours est souvent coltranien, avec beaucoup d’espace et d’ampleur, et aussi un côté un peu austère. A ses côtés, le remarquable Jozef Dumoulin (p), dont le récent « A Fender Rhodes Solo » (BEE JAZZ) est une totale réussite. Il m’a semblé retrouver, de manière furtive, les sons du Fender Rhodes dans son jeu de piano, ainsi que des allusions à John Cage, quand il traficotait les entrailles de son piano libéré. Il a ainsi offert une contrepartie avant-gardiste à Alexandra Grimal (sax). Enfin, tout au long du set, Dré Pallemaert (bat) a joué avec une élégante assurance et cette folie intérieure contenue dans un drive sans faille. Très beau trio à suivre absolument !
Le Dimanche soir, clôture de cette première session avec FREE UNFOLD TRIO et le Duo Lee Konitz/Dan Tepfer. Très belle soirée à ce qui nous a été rapporté.

La deuxième session a proposé une programmation plus « régionale ». C’est le groupe reQ qui a ouvert le feu. Sans violon ni violoncelle, le groupe s’est retrouvé plus rock et électrique qu’à son habitude. Cinq compositions d’une singulière vitalité d’inspiration, comme ce texte d’Antonin Artaud (L’Arbre) dit par Laurie Batista (micro capricieux au début…) sur « La vache aux mille couleurs/Poisson Lune », ou encore le bel hommage à Lili Boulanger (Psaume) sur l’inquiétant « Lili et la Mort ». Ils adaptent le quartet à des habits plus « post-rock » et free, sur des compositions comme « Petit déjeuner sous un cerisier du japon » ou sur « Lili et la mort », voix presque « hardcore » de Laurie Batista (façon Diamanda Galas). On a adoré « Vert jaune/gris bleu », bel hommage à la place Saint-Michel, signé par un Thomas Saint-Laurent (g) très inspiré, délivrant un très beau chorus. Il s’est également illustré par de magnifiques strates un peu ferraillées, lors du très beau morceau final, sur le désert marocain. Simon Pourbaix (bat) et Thomas Julienne (cb), se sont visiblement (et nous ont) régalés à offrir une puissante rythmique à leur camarade gambadeurs. Un set très vivifiant !

POST IMAGE ! Ce groupe fait partie de notre histoire et de nos cœurs depuis bien longtemps.
On ne compte plus les scènes qu’ils ont partagées avec de prestigieux musiciens, Miles Davis, Wayne Shorter, Joe Zawinul etc…Et ce, à Bordeaux, Andernos, Paris, Montreux, Marciac, et en bien d’autres lieux illustres. Ce qui frappe chez eux, et ce à quoi on succombe à chaque fois, c’est ce jazz-groove instauré en « mouvement perpétuel », aguiché par des touches d’un electro évolutif, et des embruns de « world » qui nous font voyager. De « Gluglu » à « A love supreme », en passant par « Mobile », « Carpe Diem » et « Temine », ils nous ont fait rêver un soir de plus ! Chapeau bas et merci à Dany Marcombe, Freddy Buzon, Patricio Lameira, Jean-Christophe Jacques, Eric Perez et Frédéric Feugas pour la qualité de leur musique et le plaisir qu’ils apportent à leur public, depuis vingt-sept ans !

Changement de décor le Jeudi soir avec deux formations très différentes. Tout d’abord HARMODEON qui réunissait une belle brochette de musiciens, venus d’un peu partout, et même d’outre-Atlantique. Leurs compositions sont belles et d’un jazz frais et soigné. La part belle est laissée aux harmonies et aux arrangements, qui enveloppent un subtil groove fruité. Laurent Maur (harm) mène le bal, par de belles phrases modernes et enjouées. On est ravi de retrouver le « californien » Yves Carbonne à la basse, associant ses lignes solides au magnifique drumming de Stéfano Lucchini. Mentions spéciales partagées aux belles interventions de Ludovic Guichard (g), de Cédric Jeanneau (clav) et de Guillaume « Doc » Thomachot (sax alto).

Puis LE PEUPLE ETINCELLE est venu éclairer et enflammer une nuit bien fraîche. L’une des révélations de cette deuxième session. Des compositions très pointues, qui poussent au voyage et à se remuer. On sent la fête, de la musique de la nouvelle-Orleans, des accélérations façon klezmer, on imagine un bal, des gens heureux et réunis pour danser, rire et boire des coups. François Corneloup avait déjà bien marqué la première session du festival mais là, il a explosé avec son sax brûlant et ses sourires entendus avec les autres fous de l’équipe : Michaël Geyre (acc), Eric Dubosq (b) et Fawzi Berger (zabumba, pandero) ont également mis le feu. L’affaire n’en est pas restée là car ils ont remis ça la semaine suivante à Villandraut, avec en plus Fabrice Vieira (g, chant). Une comète dansante ce groupe !

Le lendemain, soirée de fête avec tout d’abord EBOP. On avait déjà eu le plaisir de les voir au dernier Jazz360. On aime beaucoup cette synergie qui les unit et la force de leur groove moderne. Guillaume Schmidt (saxes) présente les choses avec ce flegme british gorgé d’humour qui lui va si bien. Son phrasé jazz se bonifie avec le temps et il s’est montré peut-être plus « acoustique » qu’auparavant, mais continue d’utiliser des effets électroniques qui enrichissent son jeu. Christophe Maroye (g), est lui aussi en perpétuelle recherche d’idées neuves. Il nous a gratifiés de très beaux chorus, et les sons qu’il obtient avec ses pédales d’effets sont toujours aussi beaux. Didier Ottaviani (bat) nous a encore impressionnés par son puissant drive, et Benoît Lugué par ses lignes très élégantes et profondes de basse, créant un groove intérieur indispensable au son d’EBOP.

Qui mieux qu’AKODA pouvait clôturer ce Vendredi 15 Août ? Leur musique riche et habitée nous fait voyager dans des espaces évoquant une liberté qui devrait être celle de tous les peuples. Les « croyances et la musique de l’Homme africain » étaient à l’honneur. Les compositions d’AKODA expliquent ainsi les origines de certaines des musiques que nous écoutons aujourd’hui, issues de La Havane, de la Nouvelle-Orléans ou de la Réunion. Le chant de Mayomi Moreno est très émouvant et les autres musiciens excellents : Bravo à Valérie Chane-Tef (clav, direction), Benjamin Pellier (b), Franck Leymerégie (percus), François-Mary Moreau (flûte traversière/sax) et, cerise sur le gâteau, Laurent Maur (harm.) en guest !

Le Samedi, Edmond Bilal Band ouvrait la soirée, avec cette fraîche maturité, qui se développe au fil de leurs déjà nombreux concerts. Ils jouent depuis plus de trois ans, en particulier à Marciac où ils ont assuré pas moins de 18 sets lors de la dernière édition ! J’y étais à plusieurs d’entre eux, ça jouait fort bien. L’équipe très soudée est une bande d’amis qui se sont connus pour la plupart au Conservatoire d’Agen. Leurs compositions bien enlevées sont d’un jazz moderne et varié, tendance fusion/funk, mais il y a aussi de belles balades. Paul Robert (saxes), Philippe Gueguen (clav), Mathias Monseigne (el g), Philippe Sifre (b) et Curtis Efoua (bat), sont devenus de véritables professionnels qu’on a plaisir à écouter. Chapeau bas jeunes gens !

A chaque session son ovni et ce soir c’est PAPANOSH qui a atterri, avec un jubilatoire fracas. Son projet : « Oh Yeah », hommage au grand Charles Mingus. Deux invités de marque à son bord: Roy Nathanson, saxophoniste, chanteur et poète, l’un des musiciens phares de la scène alternative new-yorkaise, et Fidel Fourneyron, tromboniste bouillant du nouvel ONJ d’Olivier Benoît. Musique de folie, tout bouge et s’affole à la moindre occasion, des compositions de très haute volée, avec la part belle à l’humour, au libertaire et à l’insolence. Roy Nathanson oblige, on pense aux Lounge Lizards, aux Jazz Passengers mais aussi aux Sotto Voce, groupes qu’il a traversés de ses éclairs. Mais la patte de Papanosh est très présente. Leur précision speedée est carrément du niveau de celle des Mostly Other People Do The Killing par exemple, c’est dire ! Et puis il n’est que d’écouter leur génial « Your beautiful Mother » (2012) pour être convaincu que Thibault Cellier (b), Quentin Ghomari (tp, tbne), Sébastien Palis (acc.clav), Jérémie Piazza (bat) et Raphaël Quenehen (saxes) sont de « vibrants défricheurs », avec du diamant dans la tête et les mains ! Découverte époustouflante et nouvel atterrissage quelques jours plus tard à Villandraut !

papanosh

Autre belle découverte en ce Dimanche soir avec THE KHU. On connaissait déjà le bassiste Benoît Lugué, pour l’avoir écouté groover façon Motown avec EBOP, mais aussi comme membre de FADA, avec son frère rythmique, le batteur Vincent Sauve. Souvenir encore très vif d’un concert spectacle de FADA à l’école du Cirque, non loin de la Base sous-marine de Bordeaux. En revanche, on ne connaissait pas encore bien Nicolas Péoc’h (sax alto, compositions), ni Johan Blanc (tbne, cloches, compositions). On apprend qu’ils s’étaient retrouvés en 2011 à Brest, dans le Nimbus Orchestra, dirigé par Steve Coleman, à l’invitation de Penn-Ar-Jazz. On retrouve l’influence de l’américain dans leur travail, et leurs remarquables compositions n’offrent pas de répit. On est comme aspiré dans une transe rythmique. Leur album « happy ? » (offoron 2014) confirme cela. Ils sont chacun des musiciens de très haut niveau, et leur jeu collectif est impressionnant de cohésion et force l’adhésion immédiate. On ressort subjugué ! A suivre de très près !

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Pour clôturer le festival, Batépatù est venu apporter du bon rythme funk brésilien, propice à la fête. Il faisait bien frais mais les musiciens s’en sont donné à cœur joie et une partie du public a même dansé. Alê Kali chante avec beaucoup de cœur et dirige avec le sourire ses musiciens. Ceux-ci assurent de solides rythmiques, et quelques beaux chorus de cuivre ou de claviers s’échappent de ci de là. Le groupe c’est François Chommaux (g), Thomas Labadens (b), Michael Geyre (clav), Grégoire Merleau (bat), Lionel Solbes (tbne) et Christophe Urbanski (percus), sans oublier deux jeunes musiciens invités du groupe Tango Charly au saxophone et à la trompette.
Belle conclusion à cette deuxième session.

Il faut rendre grâce aux organisateurs d’avoir proposé cette ambitieuse deuxième édition de Jazz [at] Botanic. La programmation a été riche et très éclectique, ils l’ont osée et chapeau doit leur en être tiré. Elle a permis à un public (certes un peu frileux) de découvrir des facettes très originales et aventureuses de cette musique, qui les attirera probablement plus sur le long terme. C’est ce que sincèrement on leur souhaite, ainsi qu’une troisième édition en 2015.
Mais pour l’heure, n’oublions surtout pas que la programmation du Caillou du Jardin Botanique se poursuit tout au long de l’année, dans la même diversité et avec la même qualité. Soyons-y tous, souvent !

Dom Imonk

Photos © Thierry Dubuc – 2014

Jazz [at] Botanic 2014 Acte 2, du 13/08 au 17/08 au Caillou du Jardin Botanique (Bordeaux)

Jazz [at] Botanic Acte 2, ça commence ce soir et jusqu’au 17/08/2014 ! Venez nombreux !

jab acte 2

reQ chronique du CD

Par Dom Imonk

Parue le 01 mars 2014 dans la Gazette Bleue n° 3

REQ

Voici enfin le premier disque du groupe reQ, que l’on a souvent eu la chance de voir en concert sur Bordeaux, et que l’on aime ! Sachez que si vos goûts musicaux vont de Led Zeppelin à John Cage, en passant par John Zorn, Steve Reich, John Coltrane, Miles Davis, Otis Redding, A Silver Mount Zion, sans oublier Ravel, Debussy, et j’en passe et des meilleurs, hé bien ce disque est fait pour vous !
Le « Radicalité, Existentielle, Quartet » déclare en effet qu’il « s’inspire autant de la musique française du 20ème siècle que du rock psychédélique, du punk, de la pop ou du jazz américain ». Très alléchant !
On entre dans cet univers par une pochette à l’esthétique minimaliste bien venue. Belle photo d’Alexandre Dupeyron, prise probablement en milieu urbain, les couleurs sont belles. En la regardant de loin, en troublant un peu son regard, on dirait une miniature à la Rothko. A la limite de l’abstraction.
Beau design aussi, réalisé par Nicolas Delbourg avec le même souci de simplicité, comme à l’intérieur où les musiciens ont chacun un petit symbole délicat, rapportés sous les morceaux, pour les créditer.
reQ c’est Laurie Batista (voix), Simon Pourbaix (batterie), Thomas Julienne (contrebasse), Thomas Saint- Laurent (guitare électrique) et deux invitées : Eloïse Renard (violon) et Juliette Lacroix (violoncelle).
Sept morceaux, comme les bras d’un être musical hybride, aux chairs pétries de free-post-rock, de new-jazz, d’avant-garde et de musique classico/contemporaine, mais la liste n’est pas exhaustive, les mots me manquent ! Tous s’étendent généreusement et sont prétexte à de beaux développements, où les cordes invitées se révèlent être l’une des grandes originalités du disque.
Dès les premières notes de Petit déjeuner sous un cerisier du japon qui ouvre le disque, le « tube » de reQ en concert, on sait qu’on va avoir affaire à de la belle matière. Ce morceau, comme ceux qui suivront, est une histoire en lui-même. Il offre des climats calmes, amples et graves, contrastant avec de redoutables montées en régime. Suit DR. B.R et son parfum de délicieuse balade « jazzy » nostalgique, avec ce très original phrasé très « Meredith-Monkien » de Laurie Batista. Puis on est littéralement emporté par Hey Nobody ! Beyond the path, what is the drawing ? Cette intro, cet espace, quel morceau ! Un hymne ! Non, le rock n’est pas mort, Kurt Blue et sa belle épaisseur nous en convainc dès l’intro, le ferme et beau drumming de Simon Pourbaix aidant, lui aussi est habilement construit de pleins et de déliés rythmiques, avec ce break en plein milieu, écrin à une émouvante supplique vocale écorchée. Le temps de se rafraîchir d’une petite douceur de DEUX MINUTES, et voilà qu’une RUSSIAN DOLL au sourire un peu triste, vient nous séduire d’une danse qui nous hypnotise, prétexte à deux très beaux chorus de chacun des Thomas, puis à un final superbe, ou guitare et voix rivalisent d’ingéniosité sonore. AGDZ qui clôt l’album est probablement l’une des pièces les plus ambitieuses et originales de reQ, une espèce de rock mutant, qui s’évanouit en nappes bruitistes et mystérieuses, pour s’abandonner en silence au fantôme qui réapparaîtra, au final…
Tout au long de l’album, on aime cette synergie : une guitare électrique novatrice aux strates métalliques sans cesse reformées, la belle rondeur et la profondeur d’une contrebasse au son de bois net et bien en avant, la fête polyrythmée des peaux et des cymbales, qui aiment le Baron, la légèreté boisée des cordes qui enjolivent tout d’une cape classique, voire baroque, et enfin la fine voix haut perchée et précise de Laurie Batista, qui n’hésite pas à emprunter les sentiers trop peu foulés de l’avant-garde vocale.
Vous l’avez compris, on est sous le charme de ce groupe. Il sait fabriquer une musique originale, singulière et à forte personnalité. Pas étiquetable, c’est de la musique du 21° siècle ! Dites les parisiens, reQ se produira en Avril prochain à Paris au Sunset, vous savez ce qu’il vous reste à faire ? Et nous, on va les pister quand ils seront de retour à Bordeaux pardi !

Par Dom Imonk

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