Festival Jazzellerault 2016

Par Kevin Abergele, photos Châtellerault Plein Cadre, Edd Marolleau

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23ÈME ÉDITION DU FESTIVAL JAZZELLERAULT 20 16. Samedi 4  juin au soir, les derniers feux de Jazzellerault se sont éteints avec le groupe lyonnais Electrophazz (avec en première partie les Groove Catchers), un cocktail d’électro, de rap et de soul de grande qualité. Retour sur cette 23ème édition qui s’est déroulée dans un climat plutôt morose : une météo peu clémente, des intempéries, pénurie d’essence, grèves… ne favorise pas à retrouver l’aspect festif habituel du festival et qui s’est ressenti sur la fréquentation. Mais cela n’a en rien empêché de faire de très belles découvertes artistiques tant au Club que sur la Scène Découverte.

Vendredi 27 mai : Robin McKelle
Dans sa robe noire, la chanteuse a livré devant près de 1000 personnes son répertoire soul-pop avec notamment son nouvel album très personnel, « The Looking Glass ». La diva a embrasé le public avec un show des plus incroyables : Un concert teinté de multiples couleurs mêlant compositions et reprises qui ont fait lever et danser les spectateurs, entrecoupé d’émotions avec sa voix seule et son piano.

Samedi 28 mai : Hugh Coltman
C’était au tour de Hugh Coltman de mettre le feu aux spectateurs du festival samedi soir ; une palette vocale exceptionnelle, des musiciens de grand talent… une fois encore un show des plus délectables.
Et cela ne s’arrête pas là : Hugh a poussé la porte du Club de Jazzellerault quasiment plein pour offrir aux spectateurs un magnifique jam en compagnie des artistes en place, le Frédéric Chauvigné Quartet et la délicieuse Florence Grimal. Une fin de soirée emplie d’émotion, de finesse et d’élégance.

Lundi 30 mai : Les p’tits loups du Jazz
Les enfants de CM2 de l’école élémentaire Claudie Haigneré, alias les p’tits loups du Jazz ont eu le courage d’affronter le trac de la scène en compagnie de L’Harmonie Châtelleraudaise et ont offert une superbe prestation de chorale sous la direction d’Emmanuel Boulanger, accompagnés de musiciens professionnels.

Mardi 31 mai : Chucho Valdés

Chucho Valdés avait ramené le soleil. Il fallait bien ça pour faire oublier la pluie l’espace d’une soirée. Hier, le pianiste cubain – de 74 ans s’il vous plait – a montré une nouvelle fois sur la scène qu’il était un géant du Jazz (et pas seulement en raison de sa taille). Son association avec les Afro-Cuban Messengers – quatre jeunes musiciens pétris d’énergie et de talent – a fait des merveilles.
Un concert éblouissant où Chucho nous a offert généreusement tous ses univers musicaux, de la musique africaine au tango-blues, de Rachmaninov à Gershwin, et pour finir une magnifique composition en hommage à son père Bebo Valdés…
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Mercredi 1er juin : Richard Bona
7 ans après son passage à Châtellerault, le facétieux bassiste a présenté son dernier album « Héritage » en avant-première. Sur scène, le Camerounais, par sa voix, et ses musiciens, par le rythme, nous ont fait voyager entre Afrique et Cuba, devant un millier de personne, dont certain n’ont pas résisté à l’envie de danser. Avec son sens du groove torride et un jeu torrentiel, d’une précision sans pareil, Richard Bona est assurément un bassiste virtuose.

Jeudi 2 juin : Lagrène Faraò Willis White Quartet
Propulsés au dernier moment sur la grande scène pour palier au retard de Bireli Lagrène, Le Corsican Trio, trois jeunes musiciens venus tout droit de Corse ont ravis un public venu pour écouter un Bireli qui finalement n’est pas venu (une fois de plus).
Le trio Faraò White Di Piazza (remplaçant de Gary Willis), déstabilisés par l’absence de leur leader, ont assuré malgré tout une très belle prestation.

Vendredi 3 juin : Malted Milk & Toni Green
Quand Toni Green a demandé qui est sexy dans la salle, bien peu de doigts se sont levés. Et pourtant. La soul chantée par la diva américaine suscite forcément de l’amour. Devant 900 personnes, la chanteuse de Memphis a montré, avec le groupe Malted Milk, ce que vibrer veut dire. Un projet qui fait définitivement parti de la crème de la Black Music Française.

Samedi 4 juin : Clôture avec les Groove Catchers ft. Julien Stella et Electrophazz
Cette dernière soirée est un peu à l’image de l’édition 2016 de Jazzellerault : de grande qualité au rayon des artistes, un peu morose côté public. On peut regretter que le public n’ait pas répondu présent en masse (environ 200 personnes) pour ce qui était quand même un bel événement.
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Nos coups de cœurs :
Petit Pino Dervieu Trio + Florence Grimal : Trois musiciens complices pour une musique colorée et parfois métissée à laquelle s’ajoute la voix veloutée et grave de Florence Grimal entraînant le trio dans une sensualité et une fougue qui donnent à ce quartet une couleur vraiment singulière. La musique qu’ils proposent, autour de standards et de compositions, est résolument ancrée dans la tradition tout en la malmenant parfois pour mieux en révéler la saveur.
Frédéric Chauvigné Quartet : Les couleurs du tango argentin, de multiples fenêtres vers le jazz latin, moderne, festif, voilà un semblant de définition du magnifique programme de ces compères. Une réunion des plus atypiques de par la présence de l’accordéon et des percussions.
L’avenir pour Jazzellerault s’écrit en musique avec l’assurance d’une 24ème édition. Même si, côté financier, les temps ne sont pas simples. Sur cet aspect-là, la satisfaction est toutefois de mise pour l’organisateur avec le soutien actif du mécénat. Jazzellerault reste un événement culturel majeur de notre territoire.

Revoilà Robin McKelle à Bordeaux…

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Par Philippe Desmond, photos Alain Pelletier

Revoilà Robin McKelle à Bordeaux, plus précisément à la belle salle du Vigean D’Eysines.Dernier passage au Rocher de Palmer il y a exactement trois ans. Ce soir c’est encore une organisation de Patrick Duval et de son équipe de Musiques de Nuit Diffusion ; mesurons la chance de les avoir.

Petite déception en arrivant ; apparemment il n’y a pas de section de cuivres Il n’y en aura pas et on l’oubliera instantanément Quatre musiciens, ses Flytones, Ben Stivers au clavier, Fred Cash à la basse (grosse basse !), Al Street  à la guitare électrique, Bill Campbell à la batterie qui démarrent en trombe puis l’annonce et l’arrivée de Robin. Et aussitôt la magie opère Un gros gros son pour une voix aux inflexions soul, rauque jusque ce qu’il faut et rock aussi parfois. Une présence étonnante devant ce combo ronflant et un plaisir manifeste partagé avec les musiciens ; avec le public le partage ne va pas tarder.

Le répertoire actuel soul blues s’est éloigné des débuts plus jazzy dans le registre du swing de big band. Elle avoue dans les interviews faire ce qu’elle dont elle rêvait, composer et jouer son propre répertoire. Elle a écouté Nina Simone, Gladys Knight, mais ne les singe pas. La plupart des titres joués seront ses propres compositions, en partie tirées du dernier album au titre évocateur « Heart of Memphis ». Memphis temple de la soul, les disques STAX, Otis Redding, Wilson Pickett, Eddie Floyd, Booker T and the MG’s, tant d’autres et maintenant Robin McKelle.

En un rien de temps elle se met le public dans la poche, pas de façon racoleuse, mais surtout grâce à son talent, à son charme bien sûr – malgré une tenue un peu kitch dont un fuseau aux motifs improbables – et à la qualité de son Français inhabituelle pour une Américaine. Du talent, du charme et en plus, elle est sympa ! Elle est aussi très expressive, usant gracieusement de ses mains et bras lors des ballades et se démenant sans retenue sur les titres rapides. Beaucoup ce soir vont repartir avec une petite piqûre de Cupidon dans le cœur, moi c’est fait.

Revenons à la musique. Un festival avec un groupe ronflant, tonitruant et parfaitement à son aise dans les ballades comme « Heart of Memphis » amené de façon très amusante et en Franglais (sic). Un « What you want » flamboyant, la reprise bien carrée du tube « Please don’t let me be misunderstood », un « Forgetting you » aux accents frappants de Janis Joplin rien moins, avec un triple faux final déchirant et l’ovation qui va avec. Derrière ça y va, ça régale, ça ensorcèle, le public crie lors des solos c’est chaud comme un été au Tennessee. Et elle, elle chante, mais elle chante !

L’instant des musiciens alors que la dame est partie reposer un peu sa belle voix avec un inusable « Green Onions » toujours rutilant et on repart pour une deuxième partie où à l’invitation de la dame et à la satisfaction des fourmis dans les jambes de tous le public se lève et vient même danser devant la scène. Elle va bien sûr descendre se mêler à cette ambiance ; quel bonheur ! Des citations de « Proud Mary » tout à fait naturelles tant Robin peut se rapprocher de Tina Turner parfois, deux titres de l’album précédent et en rappel le « Take me to the river »  d’Al Green repris par la salle entière. Des sourires sur tous les visages, elle a gagné et nous aussi finalement.

C’est fini. Et non, il nous reste une gourmandise à croquer, car Elle nous attend déjà dans le hall, certes pour dédicacer ses CD, mais aussi pour bavarder étonnamment fraîche et calme après cette magnifique prestation de plus d’une heure trente. Elle retrouve des têtes connues d’organisateurs locaux de concerts ou festivals, prend du temps avec chacun, évoque un tweet récent avec une personne qui ne lui est désormais plus inconnue, demande le nom de cette personne qui la suit sur Facebook (moi), propose des selfies. Le hall se vide, les lumières s’éteignent, l’organisation s’impatiente, mais elle est encore là à bavarder. Sympa je vous dis, pas diva pour deux dollars.

Bon Robin tu reviens quand ?

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