Tribute to Miles Davis ; Roger Biwandu Sextet

Par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

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Miles Davis, au delà de l’extraordinaire musicien, n’était pas un homme facile, pas le genre à qui on tape sur le ventre. Depuis bientôt 25 ans qu’il a quitté ce monde je le soupçonne, depuis là où il se trouve, de toujours se comporter comme le dieu qu’il a été. Ce mercredi par exemple il a bien tenté de torpiller l’hommage qui allait lui être rendu. L’énorme averse qu’il nous a envoyée dessus au moment de nous rendre à l’Apollo n’avait elle pas pour but de nous couper l’envie d’y venir ? Raté. Alors n’est il pas à l’origine de l’énorme embouteillage qui a quasiment paralysé Bordeaux juste après ? Encore raté, l’Apollo s’est rempli et drôlement même ! Mais le coup le plus rude avait été porté en début d’après-midi quand le Miles bordelais, Freddy Buzon, avait dû déclarer forfait pour un petit problème de santé  tout ça certainement par une intervention divine du vrai Miles… Pensez donc, le trompettiste KO juste avant le concert, la concurrence écartée, c’était le coup de grâce !

« Allo Mickaël, c’est Rodge, tu fais quoi ce soir ? Non non tu ne gardes pas les enfants, on a besoin de toi, juste un peu, à l’Apollo » Et c’est comme ça qu’au pied levé le trompettiste Mickaël Chevalier s’est retrouvé leader du sextet le soir même ! Un trompettiste fan de Freddie (Hubbard) qui pour un concert de Miles remplace un Freddy, le Miles bordelais, de quoi s’y perdre.

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Avec lui le chef de projet, à la batterie, Roger Biwandu, Olivier Gatto à la contrebasse, Francis Fontès au piano, Alex Golino au sax ténor et Jean-Christophe Jacques au sax alto. Que des très bons !

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L’Apollo est blindé – 500 personnes selon les syndicats, 1000 selon la police – quand débute le concert avec le fringuant « Milestone » ; ça sonne de suite parfaitement, Jean-Christophe endossant le costume de Cannonball Adderley. On reste à la fin des 50’s avec « Freddie Freeloader » (Freddie le pique-assiette) du magique et monumental album « Kind of Blues » ; le sextet est exactement la réplique de l’original, Davis, Adderley, Coltrane, Kelly, Chambers et Cobb. C’est du sur mesure. Puis « Two Bass Hit » et le joyau « So What » que le sextet va faire briller jusqu’à l’éblouissement. Le chorus d’Olivier Gatto, particulièrement en verve ce soir, réussit par son originalité initiale à faire taire l’assistance, pour ensuite revenir des profondeurs, se rapprocher tout doucement du thème et le relancer. Magnifique. Nous voilà propulsés en 1968 avec « Pinochio » et Miles, Herbie, Wayne, Ron, Tony sont là sous nos yeux et dans nos oreilles. Quelle qualité musicale et si proche de nous !

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La pause est bienvenue pour décompresser les corps. Chapeau Mickaël belle suppléance ! « Facile ce sont des standards » ose-t-il me dire ! Personnellement ça me fascine cette capacité des jazzmen – les très bons – à s’adapter ainsi. Ces standards justement pour qui certains font la fine bouche, les mêmes peut-être qui vont aller écouter du Mozart ou du Beethoven ; c’est pas des standards peut-être ça ? Et en plus avec le jazz les standards sont constamment revisités, tordus, interprétés et ainsi toujours nouveaux. Alors vive les standards !

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Ça repart avec « Straight No Chaser » de Monk repris sur l’album « Milestone », « ESP » et « Nefertiti ». Mickaël Chevalier est libéré et fait plus qu’honneur à sa sélection tardive, une prouesse. Jean-Christophe Jacques joue de mieux en mieux, cantonné à l’alto ce soir il en tire le meilleur, quant à Alex Golino toujours aussi imperturbable il nous entraîne loin lui aussi dans ses chorus.

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Parlons de la section rythmique ; mon dieu quelle claque ! La contrebasse gigantesque d’Olivier Gatto -on s’en faisait tous la remarque – le drumming hyper actif, créatif, impulsif de Roger Biwandu, les doigts de magiciens et le groove de Francis Fontès sur le clavier – tout neuf – quelle qualité. Leurs joutes triangulaires faisaient même l’admiration des trois compères soufflants.

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Pour finir « All Blues » un autre joyau de la couronne. Dans le public, tous KO debout.

Là-haut il paraît que Miles a fini par lâcher du bout des lèvres « Good job men » c’est vous dire !

Le Bistrot Bohême accueille George Washingmachine

par Philippe Desmond ; photo NB Thierry Dubuc.

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Au Bistrot Bohême

Vendredi soir, les équipes d’Action Jazz sont déployées sur plusieurs fronts : au Grand Café de l’Orient à Libourne, au Quartier Libre dans le quartier Saint-Michel à Bordeaux, au Caillou à la Bastide et pour ma part au Bistrot Bohême. Chaque fin de semaine, le vendredi, ce lieu accueille depuis un bon moment des groupes de musique, plutôt du jazz mais dans des styles très variés. Récemment du  New Orleans avec Perry Gordon ou encore la chanteuse Christine Mocco dans un répertoire de standards chantés en passant par le rockabilly de Raw Wild.

Hier soir le Bistrot recevait un musicien du bout du monde, George Washingmachine ou « Washo », un chanteur violoniste – entre autres – australien. Ce pseudonyme, car c’en est un vous vous en doutez, est une variation sur son vrai nom et un de ses illustres homonymes : il s’appelle Stephen Washington, ce nom voulant déjà dire « lessiveuse » en Anglais ; de là à passer à la machine à laver – il se présentera ainsi – il n’y avait qu’un pas. Pour autant, pas de joueur de washboard ce soir.

George joue en Europe avec différentes formations, du swing au manouche, et souvent avec le plus bordelais des australiens – ou l’inverse – le grand guitariste Dave Blenkhorn. Deux débutants assurent la rythmique ce soir, le jeune Olivier Gatto à la contrebasse et le petit Roger Biwandu à la batterie ; deux énormes pointures dans le genre bien sûr. La veille Washo était en trio au Caillou avec Dave et Laurent Vanhée et les deux Aussies avait ensuite rejoint la jam du Tunnel.

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Au Caillou jeudi soir

Le lieu est gai et convivial, les patrons adorables et malgré la salle pleine de ses cinquante convives tout se passe en douceur. Le bar accueille les imprudents comme moi qui n’ont pas réservé et offre une position de choix sur les musiciens. Une bonne adresse.

Concert de standards pour ce lieu et ce type de soirée, George Washingmachine chantant et jouant sur du velours avec ces trois compères. Olivier toujours aussi concentré régale à la contrebasse, sa main droite s’échappant pour faire des arabesques entre deux mesures de swing. Dave et son toucher fin et élégant dialoguant avec le violon pendant que Roger en configuration légère ce soir passe des rimshots aux balayages avec une retenue que ce genre de répertoire et de salle nécessite. Il va nous offrir un solo avec les balais d’une grande richesse n’oubliant pas pour autant de faire parler sa grosse caisse. George s’avère un chanteur très à l’aise, plein d’humour et le son du violon qu’il maîtrise parfaitement ajoute cette touche enjouée et surannée tellement agréable.

Merci aux musiciens et bien sûr au Bistrot Bohême pour sa constance à proposer au public des soirées de qualité, dans les assiettes et sur scène.

http://www.lebistrotboheme.com/

Roger Biwandu sextet « Tribute to Art Blakey »

Par Philippe Desmond.

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La vie de chroniqueur est parfois déchirante ; ce mercredi soir l’offre jazz bordelaise est pléthorique et de qualité partout. Au Siman le Philippe Bayle Trio, au Caillou le tromboniste Pierre Guicquéro en quartet et à l’Apollo un « Tribute to Art Blakey », que dis-je, pas un mais LE « Tribute to Art Blakey » déjà vu plusieurs fois… Justement à chaque fois ce fut grandiose, alors allons-y pour une cuillerée de plus !

La dernière fois c’était l’été dernier au festival de Saint-Emilion devant un millier de personnes et un concert éblouissant, ce soir c’est dans un petit bar devant dix mille personnes au moins tant il y a de monde ! Et vraiment beaucoup de jeunes – non pas moi – ce qui fait grand plaisir. Un seul bémol aucun de nos photographes d’Action Jazz n’est présent, ils sont déployés sur les autres lieux, d’où une photo à la biscotte d’une qualité à des années lumières de celle du concert.

Petit changement par rapport au sextet habituel de ce tribute, l’absence de Shekinah Rodz en repos forcé, suppléée au sax alto par un remplaçant de luxe, Jean-Christophe Jacques que l’on a peu l’habitude d’entendre avec cet instrument. Sinon autour de Roger Biwandu (dr) l’initiateur du projet on retrouve Olivier Gatto (cb et direction musicale), Francis Fontès (p), Alex Golino (st), Laurent Agnès (tr) et Sébastien Iep Arruti (tb), la fine fleur bordelaise, nos Jazz Messengers à nous.

On commence « en douceur » alors que la salle est déjà bondée par « On the Ginza ». On va déjà passer tout le personnel en revue et on sent que la soirée va être chaude ; ils ont autant envie de jouer que nous de les écouter. Roger a dû les faire bosser pas mal car tout est de suite en place sur cette musique d’Art Blakey, ce jazz puissant bâti sur une rythmique forte et bien sûr une batterie centrale omniprésente. Roger avec ce répertoire donne vraiment toute la mesure de son talent et il en a l’animal.

Puis vient un « Feeling Good » de circonstance, « Falling in Love With Love », « Eighty One » (de Miles non?) et « Oh by the Way ». Je dirai plusieurs fois dans la soirée qu’en écoutant cette musique avec ses changements de cadence, ses fulgurances et ce côté cool parfois, je m’imagine au volant d’une décapotable américaine des 60’s, le bras sur la portière, passant des petites routes de corniche aux grands boulevards d’un grand coup d’overdrive ; je ne dis pas qui m’accompagne…

Tout le long de ce premier set les musiciens vont nous proposer un festival de chorus. La section de cuivres est étincelante, époussoufflante dira Benjamin.

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Alex avec sa discrétion scénique habituelle, endosse les habits de Wayne sans aucun complexe à avoir, il est toujours juste dans ses interventions.

Laurent va prendre des risques payants sans aucun artifice à sa trompette, il est remarquable.

Jean-Christophe se surprend lui-même à l’alto et nous offre des chorus mélodieux d’un grand dynamisme.

Sébastien, à deux doigts d’éborgner avec sa coulisse le public du premier rang qui a trouvé refuge au pied des musiciens, se joue de cet instrument rebelle qu’est le trombone avec une virtuosité extraordinaire.

Au piano Francis , qui ne regardera pas ses doigts de la soirée toujours à croiser le regard de ses collègues, va nous en mettre partout comme à chaque fois, son « piano » Casio vivant certainement sa dernière soirée vu ses quelques défaillances techniques d’hier.

A la colonne vertébrale Olivier toujours studieux et appliqué – il répétera seul dans son coin juste avant le concert – va nous enchanter de cette ligne de basse dynamique et changeante assez caractéristique de la musique d’Art Blakey.

Quant à Roger, le patron, particulièrement à son aise dans ce répertoire – comme dans les autres d’ailleurs – il va notamment nous gratifier d’un superbe solo très créatif dans un tempo soutenu et de quelques fantaisies comme des décalages osés et décapants.

Après la pause méritée et rafraîchissante on repart avec « Free for All » puis ma préférée « Crisis » étirée avec bonheur pendant de longues minutes grâce – et non pas à cause – aux chorus énergiques des uns et des autres . Splendide.

« One by One », « Little Man » et bien sûr « Moanin’ » que tout le monde attend pour le dessert. Ce dessert on en reprendrait bien avec « Blue March » par exemple mais il est déjà (!!!) 22 heures et ici l’heure c’est l’heure, les voisins ont déjà la main sur le téléphone pour prévenir la police !

Un plaisir visible de jouer et un plaisir partagé de les  entendre dans un Apollo survolté. On vient de passer une soirée digne certainement des nuits de folie dans les caves de Saint-Germain des Près à l’époque folle des 50’s ; non là pour une fois j’étais trop jeune pour l’avoir vécu. Virginie me fait remarquer le nombre de musiciens présents dans la salle et me présente ceux que je ne connais pas encore ; une telle présence c’est bon signe en général.

La musique, les amis, what else ?

Christophe Cravero Trio à l’Apollo

par Philippe Desmond.

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A l’Apollo, pour ses « cartes blanches », Roger Biwandu propose une palette très large de musiques comme évoqué dans la chronique du 7 mai dernier. Roger en est donc « le chef d’orchestre » mais aujourd’hui il s’efface derrière l’attraction du soir et c’est le « Christophe Cravero Trio » qui est annoncé. D’ailleurs l’Apollo est plein comme un œuf.
C’est la première fois que Bordeaux accueille ce musicien compositeur de jazz poly instrumentiste, jouant du piano comme ce soir mais aussi du violon et de l’alto et n’étant pas du tout manchot à la batterie. A son actif trois albums et de nombreuses compositions avec autour de lui parmi les meilleurs de la scène jazz française ainsi que de multiples collaborations en studios ou en tournée avec Didier Lockwood, Billy Cobham – il était annoncé mais remplacé lors du dernier concert au Rocher – mais aussi Thomas Fersen, Sanseverino ou Dick Annegarn. Un superbe musicien très éclectique, apprécié et très demandé… même à la Comédie Française où il participe musicalement à une pièce ! Et il est là à deux mètres de nous, c’te chance ! Aujourd’hui un simple piano électrique Casio – celui de Francis Fontès – va faire l’affaire, et comment !

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Avec lui un autre musicien atypique, original, le bassiste compositeur Yves Carbonne dont, à tort, on ne retient souvent que ses instruments bizarres : des basses à « tessiture étendue » nous dit-on, oui des basses interstellaires à 10 ou 12 cordes, fabriquées sur mesure – en plus il est gaucher – chez Jerzy Drozd au doux nom d’Héroïc Fantasy , plus près de harpes de Space Opera que de spartiates quatre cordes. Mais c’est justement dans cette dernière configuration toute simple mais efficace qu’on va l’apprécier ce soir.

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Aux baguettes, au micro, à l’organisation, à la com, Roger Biwandu joueur local aux multiples capes internationales pour reprendre le jargon du rugby dont il est un fan absolu. Dans le monde du jazz et au-delà, Roger connait tout le monde, tout le monde connaît Roger, Roger joue avec tout le monde – plutôt les bons quand même – et tout le monde veut jouer avec Roger. Et nous on ne se gêne pas, on en profite ! Lui aussi a choisi la simplicité, caisse claire, grosse caisse, charley et une cymbale ; on va voir que ça va suffire… Il est suivi ce soir par une équipe de TV qui tourne un reportage sur lui.

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Roger a déjà joué avec les deux autres mais eux n’ont jamais joué ensemble et comme le répertoire est celui de Christophe Cravero, Yves Carbonne a droit aux partitions. Ils ont bien sûr é-nor-mé-ment répété, c’est-à-dire dans la journée au Tunnel voisin où ils se produisent ce jeudi 12 novembre.
La majeure partie du dernier album de Christophe Cravero « Elegant Elephant » va être jouée, un jazz de trio mais original dans la mesure où il est souvent l’occasion d’un dialogue piano batterie dans lequel ces instruments se répondent et se défient arbitrés par la basse indispensable. Cette musique en ce sens est singulière, le piano bien sûr participant à l’harmonie et la batterie à la rythmique mais aussi réciproquement ce qui est plus osé. Maîtrise des breaks, des changements de rythmes, c’est un vrai festival qui nous est offert ; richesse harmonique, groove, sensibilité bien sûr c’est fou comme avec trois instruments simples de tels talents peuvent nous tirer vers les sommets. ; et avec un plaisir de jouer communicatif.
Le second set va être flamboyant. Le bilan Carbonne – désolé – est à souligner, rythmique certes mais aussi par l’utilisation mélodique de l’instrument ; et quel groove lors de certains titres ! Au piano Christophe se balade avec une virtuosité extraordinaire sans tourner à la démonstration, toujours à bon escient. Je le répète, c’te chance ! Aux baguettes Roger avec ses deux fûts va nous faire la totale ; avec ce matériel minimaliste son solo de batterie si j’ose une métaphore, c’est comme un cycliste grimpant allègrement le Tourmalet sans dérailleur ; solo de caisse claire un jour de 11 novembre, bel hommage soldat Biwandu.
La fin du concert approche il y a un peu moins de foule à l’Apollo c’est alors que débarque « La Foule » de Piaf transcendée par le trio et ça va être un vrai climax pour tous, musiciens et spectateurs. Quel pied les amis ! Yves Carbonne est aux premières loges du défi que se sont lancé les deux autres fous furieux, un combat viril mais correct tous sourires dehors ! Quelle séance !
Ce n’est peut-être pas encore trop tard quand vous lisez ces lignes alors allez les écouter ce jeudi 12 novembre au Tunnel vers 22 heures, Christophe sera au Rhodes et il adore ça m’a t-il confié.
Au retour de ce concert de l’Apollo palier de décompression au Siman Jazz Club ou dans une ambiance plus veloutée un autre trio de qualité se produit, le Yann Pénichou Organ Trio. Autour de son leader à la guitare et de son répertoire on retrouve Hervé Saint-Guirons à l’orgue et Didier Ottaviani à la batterie… dans exactement la même configuration que Roger ce soir ; lui aussi va nous grimper un hors catégorie en danseuse ! Une façon tellement agréable de finir cette soirée.

NB : si vous avez raté Christophe Cravero il sera le 26 novembre au Pin Galant à Mérignac avec Sanseverino et ça aussi c’est drôlement bien.

Apéro Jazz au Cuvier : Roger Biwandu Trio

par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc

Depuis cette année, à l’initiative de la nouvelle équipe municipale, la salle de spectacle du Cuvier à Artigues-près-Bordeaux diversifie sa programmation jusqu’ici quasiment réservée la danse moderne. En effet  le Cuvier en est un lieu de référence national et y accueille régulièrement les plus grands. Ainsi le service culturel m’a demandé –et donc Action Jazz – de les mettre en relation avec des musiciens de divers horizons pour trois dates.

Le principe de l’ « Apéro Jazz » est simple, le spectacle est gratuit – pas pour le service culturel de la Ville – et une association, différente à chaque fois, assure le bar et les tapas, ce soir c’est le club de basket. Ça commence à 19 heures, évidemment à l’heure de l’apéro,  jusqu’à 21h30. Ça ne se passe pas – encore  – dans la grande salle mais dans le hall équipé d’un très joli bar ; on y est plus près de l’Apollo que du Fémina si vous voyez.

Ce soir Roger Biwandu joue en trio lors d’un « Apéro Jazz ». Celui-ci fait suite à deux « Apéro Pop » en janvier et mars où il s’était produit avec ses potes, les remarquables Mark Brenner (basse, guitare, ukulélé, chant) et Thomas Drouart (claviers). Ils avaient d’ailleurs mis le feu avec un répertoire de tubes pop, soul qui avait enchanté un public de tous âges ; certains n’étaient venus que pour l’apéro et ils ont été contents du voyage…musical. Ils retrouveront d’ailleurs ici-même, mais dans la grande salle, les deux derniers le 3 octobre prochain pour le spectacle « 100 % Beatles » avec le reste du Mark Brenner Band.

Ce soir ambiance plus cool et jazzy (Roger Biwandu a horreur de ce mot c’est pour le taquiner que je l’emploie) avec autour du batteur, le guitariste Dave Blenkhorn (mon jumeau dit Roger, ils sont nés le même jour de Noël) et le contrebassiste Laurent Vanhée.

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Le milieu du jazz les connaît mais pas forcément le public présent ce soir ; c’est donc amusant de voir les réactions d’étonnement devant la qualité musicale du trio. Mais d’où sont-ils ? D’ici ! L’un d’entre eux à même été élevé tout près à Cenon Palmer où vivent toujours les parents Biwandu.

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Le répertoire est fait de standards, de Cole Porter, George Gershwinn, Wes Montgomery, Coltrane, un peu de bossa, un peu de blues… La voix de Dave fait souvent penser à celle de Chet Baker et question guitare le kangourou bordelais est vraiment excellent, tout ça sans pédales d’effets, un bon son jazz. On sent les dames sous le charme, les messieurs aussi.

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Tout se passe dans une belle ambiance…d’apéro. Les amis se retrouvent, débriefent la semaine (la seule sans jour férié de mois de mai, dur dur !) on bavarde, on écoute, on boit, on n’écoute pas, on grignote, on écoute, on boit, on tape des mains, on grignote, on applaudit et pour beaucoup on découvre avec bonheur ce fameux jazz qui fait tant peur. D’ailleurs ce soir il y a moins de monde que les fois précédentes, concurrence de la grosse machine de la Fête du Fleuve, week-end prolongé ou bien timidité ou crainte envers le « d’jazz ». Combien de fois avons-nous entendu ce « j’aime pas le jazz » auquel je réponds que c’est aussi absurde que de dire « j’aime pas la nourriture », il y a forcément des choses qu’on aime et bien sûr d’autres qu’on n’aime pas ; « goûte au moins » disaient nos mères.

Les présents, nombreux quand-même, en tout cas eux se régalent, il faut dire qu’ils ont la chance d’entendre de fameux musiciens. Quel travail nous fait Roger avec seulement la caisse claire, la grosse caisse une cymbale et le charley ! Baguettes, balais, mailloches sont à la fête, son cou moins, il  est quasi bloqué ce soir. Laurent assure l’assise de tout ça avec délicatesse ou groove, il réussit à capter l’attention avec de beaux chorus ; jamais simple avec cet instrument. Et Dave, en tenue d’été, qui ensoleille l’atmosphère de sa voix et du beau son de sa demi-caisse.

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A la fin le rappel fait danser la salle, une magnifique et aérienne version de « Sunny ». Sourires partout sur les visages.

Merci à la ville d’Artigues de cette initiative qui doit se poursuivre en 2015-2016 sur le même principe. Des concerts payants cette fois dans la grande salle du Cuvier sont aussi à l’étude.

Carte blanche à Roger Biwandu à L’Apollo

par Philippe Desmond ; photos Thierry Dubuc, X

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Depuis des années l’Apollo – pas de Harlem, celui de Bordeaux – donne régulièrement carte blanche à Roger Biwandu musicien et batteur éclectique. C’est le mercredi, une fois par mois environ et à l’heure de l’apéro, de 19 h à 22 h pétantes, voisinage oblige.

A chaque fois il s’entoure d’excellents musiciens – Roger est exigeant et il a raison – leur choix dépendant du répertoire et du thème de la soirée. En général c’est un hommage à un artiste, quelquefois à un genre comme la musique West Coast. Ainsi avons-nous eu droit à du jazz, Art Blakey Wayne Shorter, Miles Davis, Herbie Hancock, Franck Sinatra, Al Jarreau… de la pop avec les Beatles, Sting et Police, Mickael Jackson… de la soul avec Earth Wind & Fire, Stevie Wonder, James Brown, etc. Roger Biwandu est inclassable – et ne le souhaite pas – il aime la musique et en possède une culture des plus larges.

Du trio à un orchestre de neuf musiciens comme ce soir le résultat est toujours enthousiasmant. Le lieu est à chaque fois bondé, la température y monte vite, les gorges s’assèchent et donc au bar la belle équipe de l’Apollo ne chôme pas. Les potes se retrouvent, souvent en bandes c’est bruyant et à la fois attentif à la musique. Les musiciens – qui sont ici chez eux et s’y retrouvent nombreux – prennent la place d’une des attractions habituelles du lieu, le billard et le public s’entasse comme il peut devant eux. Mojitos, bières belges, rosé circulent au milieu de ce chaos.

Ce soir avec neuf musiciens c’est aussi l’embouteillage « sur scène » (il n’y en a pas).  Pour sûr l’Apollo ce n’est pas la salle Pleyel, le son n’est pas non plus génial (sauf ce soir justement). Le concert se mérite mais quel plaisir au final ! Ça se passe comme au tennis en deux sets gagnants et toujours gagnés et à 22heures pile donc ça s’arrête, public en délire ou pas ; souvenir de fermeture administrative passée…

Musicalement la qualité est toujours au rendez-vous, le boss a des exigences et s’il y a très peu – ou pas – de répétitions c’est que chacun a ses devoirs à faire à la maison longtemps à l’avance. Ils ont certes tous l’habitude de jouer ensemble, tout cela a l’air facile mais il y a du boulot derrière.

Ce soir une partie de la fine fleur bordelaise est là pour régaler. Tous  de vrais musiciens sans étiquettes trop marquées même si certains sont plus proches du jazz que d’autres. Le flyer annonce « Tribute to Ray Charles and artists soul/Rythm’n blues », on va voir que ce n’est qu’une vague indication.

Quand j’arrive les musiciens sont en train de se faire photographier tous en costumes sombres et cravatés. La grande classe et le concert va le confirmer, le ramage étant à la hauteur du plumage…

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Ce soir c’est la fête du Mirror, pas moins de cinq cuivres sont disposés en première ligne derrière les pupitres. Orgue, basse, batterie complètent le dispositif avec en « leader » Dave Blenkhorn à la guitare et au chant.

L’Apollo se remplit d’un coup aspirant tous ceux qui sirotaient en terrasse et c’est parti ! Avec du Floyd, non pas Pink mais Eddie et son très musclé Knock on Wood. La puissance des cuivres, avec deux trompettes, un sax ténor, un sax baryton (trop rare et si indispensable avec la Soul) et un trombone ! Avec ce dernier Sébastien Iep Arruti va nous faire un festival toute la soirée régalant ses compères musiciens en même temps.

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Dès le premier titre tout le monde est décoiffé et pour calmer l’assistance arrive comme une surprise « La Mer » de Charles Trenet en version « Beyond the Sea » magnifiquement chantée par Dave Blenkhorn et sa chaude guitare jouée sans aucun effet électronique.

Puis on repart à fond avec « Hot Pants Road » de James Brown. Ah le son du sax baryton avec Guillaume Schmidt aux commandes ! Je me souviens enfant d’un concert de Nino Ferrer époque « cornichons » et du son de ce sax qui m’avait marqué et de l’orgue bien sûr. Et ce soir justement Hervé Saint-Guirons lui d’habitude si posé se déchaîne avec le sien ; longtemps que je ne l’avais vu aussi démonstratif ! La cabine de l’orgue ventile à 10000 tours. (portrait d’Hervé dans la dernière Gazette Bleue #10)

« Do nothing till you hear from me » d’Ella Fitzgerald et Dave fait son crooner. Il fait aussi sonner magnifiquement sa demi-caisse. « Il joue en la » me précise Dany guitariste bordelais légendaire. Si tu le dis…

« Mustang Sally »  de Mark Rice et non de Wilson Pickett qui lui l’a rendue célèbre, déchaîne la foule qui répond à Dave par des « ride Sally ride » ; Laurent Agnès et Régis Lahontâa et leurs trompettes lâchent les chevaux, des mustangs donc, Loïc Demeersseman et son ténor déboulent  au grand galop, Sébastien et Guillaume font du rodéo. Derrière Roger Biwandu très présent et Marc Vullo impeccable tiennent les rênes de cette cavalerie, ce dernier avec la discrétion habituelle d’un poste pourtant indispensable ; pas de basse pas de groove. Et là gros groove…

Tiens une intro de batterie fameuse, Roger l’adore, c’est « Blues March » d’Art Blakey, avec cette formation c’est tout simplement de la dynamite. Et là on comprend que c’est lui Roger le patron, celui qui commande les chorus, les breaks, les relances. On voit aussi qu’il est heureux, ça tombe bien nous aussi !

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Bon ça sent quand-même un peu l’arnaque de concert, il est où Ray Charles ? Le voilà enfin avec la reprise de « What I said », inusable. Dave le crooner se lâche dialogue avec le public sur ce tube interplanétaire : Heyyy ! Heyyy ! Hooo ! Hooo ! Derrière c’est toujours aussi flamboyant.

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La pause arrive à point nommé. Tout le monde est épaté même nous qui avons l’habitude.

Ça reprend, pas de chapeau, pas de lunettes noires mais une belle version de « Everybody needs somebody » puis le titre jazzy et chaloupé « Killer Joe » de Bennie Golson, un morceau des Meters, à nouveau Art Blakey et  « Moanin’  » et enfin « Hit the Road » de qui vous savez. Le feu à l’Apollo. Rappel avec Ray jusqu’à 22 heures pile, c’est la règle.

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Un tel concert ça vous regonfle, une vraie thérapie, même mon mal au dos a – presque -disparu. Une amie s’approche de moi les yeux brillants « c’est le bonheur » me dit-elle ; ah bon ce n’était pas pour moi ces scintillements…

Pour vous dire la qualité du concert, même le Messi et son Barça en ont attendu la fin pour marquer enfin des buts constatera Roger.

Je redis la chance que nous avons de vivre des moments de cette qualité grâce à ces artistes et aussi à l’Apollo qui entretient cette flamme depuis toujours.

Prochaine carte blanche à Roger Biwandu le dimanche 21 juin ici pour la Fête de la Musique.

Heyyy ! Heyyy ! Hooo ! Hooo ! On rentre de l’Apollo….

Billy Cobham au Rocher

par Philippe Desmond

Rocher de Palmer ; 9 avril 2015

 

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39 ans ! Et oui 39 ans ont passé depuis la première fois où j’ai vu Billy Cobham en concert. C’était l’été 1976 dans les arènes de Bayonne. Il ouvrait la soirée avec George Duke ; quatre autres groupes enchaînaient : Herbie Hancock & the Headhunters, John McLaughlin et Shakti, Larry Coryell et enfin Weather Report ! 40 francs, j’ai encore le billet et justement un des objectifs de la soirée de ce jeudi au Rocher est de le faire dédicacer par Monsieur William. A l’époque « Spectrum » son premier album désormais légendaire était déjà sorti depuis près de trois ans…

Il était donc là hier soir pour jouer son dernier album « Tales from the Skeleton Coast » un hommage à ses racines ancestrales namibiennes. Né panaméen et arrivé très jeune aux USA, atteignant les 70 ans il se penche ainsi sur ses lointaines origines. Une musique certes influencée par l’Afrique – c’est à la mode car Marcus Miller, la semaine prochaine au Rocher, vient de faire la même chose sur son dernier album – mais dont sa culture musicale américaine et internationale est omniprésente.

Musique très écrite, complexe, pas funky, pas très groovy où la batterie est bien sûr centrale mais très marquée par les deux claviers, notamment du synthé – peut-être trop – qui ramène aux années où l’on ne parlait pas encore de jazz fusion mais de jazz rock.

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Aux claviers, côté jardin le jeune Steve Hamilton très sobre, côté cour la sensationnelle Camélia Ben Naceur son énergie et son talent. Un bonheur à regarder et à entendre. A la – grosse – basse cinq cordes, sous son chapeau l’Anglais Michael Mondesir. A la guitare, presque le régional de l’étape, le Luzien Jean-Marie Ecay, remarquable ; en plus de ses chorus électriques très punchy il va avec le même instrument nous régaler d’un solo de guitare acoustique (!) plein de délicatesse.

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Au-dessus de tout ce beau monde le patron, presque caché comme toujours, derrière un arc de cercle interminable de toms et de cymbales. Allez voir sur son site le cahier des charges du matériel pour ses concerts il est impressionnant. Le tout est de savoir s’en servir. Il sait toujours le faire, de cette rythmique caractéristique soutenue roulant sur ses deux grosses caisses, mais désormais moins tapageuse, remplie de finesse et de précision. Un régal pour les yeux et les oreilles. Un Maître.

Au quatrième morceau justement un long solo de batterie démarre, pas du tout violent, ce n’est pas l’orage qui arrive mais seulement un léger nuage, le « Stratus » que tout le monde attendait ! Indémodable.

Retour au dernier album, un groove retrouvé, final, public debout, on sent le groupe heureux, aussi heureux que la salle. Mais on ne peut pas se quitter comme ça. « Red Baron » réclament certains, le voilà donc et plus écarlate que jamais même. Camélia se libère de ses partitions et nous livre un chorus extraordinaire malgré son doigt blessé qu’elle nous montrera plus tard.

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C’est fini, le temps de s’extraire de la 650 et Mister Cobham attend son monde dans le hall derrière une pile de disques qui vont s’arracher. Une fenêtre de tir, j’en profite et me rue sur lui avec mon billet historique ; lui ne s’en souvient pas bien sûr, il en a tant donné de concerts. Bayonne ? Where is it, in Spain ? Ça y est j’ai son gribouillis sur mon bout de papier jaune fané, j’ai 21 ans…

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Camilla Ben Naceur et Jean-Marie Ecay  arrivent, retrouvent plein d’amis, bavardent. Billy était content du concert nous dit-elle, on la sent presque rassurée…

Rentrer chez soi comme ça, pas possible. Direction le Tunnel où Roger Biwandu, Nolwenn Leizour et Francis Fontès accueillent en guest la talentueuse polyvalente Shekinah Gatto au chant, à la flûte et au sax alto. La cave est bondée à la fin du premier set, ça fait plaisir. Tiens tiens de la visite – on s’en doutait un peu  – voilà la Marmotte et le Surfeur, ils viennent écouter leurs amis et collègues. Sir William lui est allé se coucher il était cuit. C’est ça aussi le jazz, une certaine simplicité de gens qui sont pourtant bourrés de talent.

Au fait une petite indiscrétion, nos deux invités surprises seront présents cet été à Jazz ô Lac, sur scène…

Philippe Desmond ; Photos : Thierry Dubuc, PhD (billet)

Un jeudi soir à Bordeaux…

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Le printemps pointe son nez en cette douce journée de mars, la soirée approche, mes proches m’interrogent « tu ne vas pas au Tunnel ce soir ? ». Et oui c’est jeudi et le jeudi c’est Tunnel, la cave de jazz de l’Artigiano Mangiatutto l’excellent restaurant italien de la rue des Ayres. Le problème c’est que ce soir comme tous les jeudis soirs aussi il y a un groupe au Caillou du Jardin Botanique à la Bastide et l’affiche est sympa. Mais il y a un autre problème. De l’autre côté du fleuve le Comptoir du jazz renaissant propose lui aussi une affiche intéressante…
Où aller, il y a d’excellents musiciens partout. Question difficile. Je vais prendre un joker Jean-Pierre, je téléphone à un ami : «Allo Thierry ? bla bla bla… bon on fait comme ça, à tout de suite ». Réponse C : je vais aux trois, c’est mon dernier mot !
20h30, les alentours du Caillou (entrée gratuite, bar, restaurant) sont très calmes, la fac voisine est bien sûr fermée à cette heure-là et il n’y a aucune activité dans le quartier. Pour garer sa voiture pas de problème, ça compte. Et comme en plus je suis à moto ! Quelques notes sortent de cette forme bizarre en forme de…caillou. Je rentre doucement, dans le restaurant quelques personnes attablées et d’autres sirotant un verre, l’ambiance est cosy, sereine, cool.
Un excellent trio est à l’ouvrage. Le trompettiste Mickaël Chevalier joue avec Hervé Saint-Guirons à l’orgue et Simon Pourbaix à la batterie. Au programme un hommage à Clifford Brown le trompettiste compositeur tragiquement disparu dans un accident de voiture en 1956 à moins de 26 ans. Du Bebop et du Hardbop, une trompette volubile, un orgue velouté et une batterie contrastée, le ton est donné. On voit la musique se faire, les musiciens sont à côté de nous et ça c’est une vraie chance. Les chorus s’enchaînent, un coup d’œil, un signe de tête on se comprend c’est du jazz. Dernier titre du premier set, le trio invite le tout jeune Alex Aguilera qui va prendre un magnifique chorus à la flûte ; très prometteur. Mon verre est fini, Thierry a pris quelques photos, c’est la pause, on discute un peu avec les musiciens et on file.
22 h, le quai de Paludate est encore calme, il est trop tôt pour les discothèques. Au Comptoir du Jazz (entrée 5€, bar) pas trop de monde, pourtant le sextet présent est de grande qualité. Shekinah Rodriguez (sa, ss) est entourée de Raphaël Mateu (tr), Sébastien Arruti (tb), Jean-Christophe Jacques (st, ss), Guillermo Roatta (dr) et Olvier Gatto (cb, arrangements et direction musicale), que des très bons. Sur la scène exiguë et mal fichue du lieu ils sont un peu serrés d’autant que Sébastien a un physique de première ligne – basque bien sûr – les cuivres sont devant et les deux autres cachés derrière au fond. Alain et Irène Piarou sont là, en effet Action Jazz se doit de prendre contact avec la nouvelle direction du Comptoir duquel le jazz avait un peu disparu ces derniers temps. Sur scène le sextet rend hommage au Duke…sans piano. Petit à petit les gens arrivent.

« C jam blues », le délicat « «In a sentimental mood » le morceau de jazz préféré de Shekinah, bien sûr « Caravan » réarrangé par Olivier Gatto avec notamment des contrepoints bien sentis en soutien de chaque chorus de cuivres. Les deux sax se répondent, la trompette chante et le trombone gronde ; derrière ça tient le tout comme la colonne vertébrale Là aussi connivence entre les musiciens, applaudissements réciproques lors de tentatives osées ; ils cherchent, ils trouvent, ils nous régalent. Mais le temps passe, arrive la pause. Thierry reste là, il n’a pas fini ses photos – c’est un perfectionniste – pour moi direction centre-ville.

23h30 au Tunnel (entrée gratuite, bar) où ce soir c’est la jam mensuelle. Le maître du lieu est Gianfranco et le responsable musical en est Roger Biwandu, pas moins. D’octobre à fin avril c’est le rendez-vous incontournable des amateurs de jazz. Ce soir autour de Roger aux baguettes, François Mary à la contrebasse et Stéphane Mazurier au clavier Rhodes (instrument à demeure et obligatoire !). L’originalité du Tunnel c’est autour d’une rythmique habituelle la « Dream Factory » Roger toujours, Nolwenn Leizour à la contrebasse et Hervé Saint Guirons au Rhodes en général, la présence d’un invité ou deux différents chaque jeudi à partir de 21h30. Mais ce soir donc c’est jam. Quand j’arrive dans la cave pleine à craquer le trio a été rejoint par Dave Blenkhorn, Yann Pénichou et leurs guitares ; il me faut quelques instants pour reconnaître le morceau soumis à la douce torture des improvisations. Ça groove grave, la voute de la cave en tremble, mais oui bien sûr voilà le thème qui revient imperceptiblement, ils sont partis dans tous les sens – pas tant que ça – et ils sont en train de retomber sur leurs pieds ; c’est « Watermelon Man » du grand Herbie Hancock. Le saxophoniste Alex Golino est là mais sans son instrument, pour le plaisir de voir et entendre les copains. Changement de guitariste, Roger appelle le jeune Thomas encore élève au conservatoire. Il s’en tire très bien les autres le félicitent ; pas par complaisance, le mois dernier un pianiste un peu juste s’est fait virer au beau milieu d’un morceau… Roger rappelle Dave Blenkhorn pour un titre dont ce dernier ne se souvient pas. Je suis juste à côté de lui et j’entends Yann Pénichou lui chantonner brièvement le thème. Trente secondes plus tard Dave mène la danse parfaitement… Il est minuit trente, le set s’achève devant un public ravi.

Voilà donc un jeudi soir passionnant de jazz à Bordeaux ; des endroits accueillants, des musiciens remarquables, des amateurs comblés. La scène jazz de Bordeaux est en plein renouveau et ça c’est vraiment une bonne nouvelle. Pour savoir ce qui se passe, suivez www.actionjazz.fr sa page et son groupe Facebook, les pages FB des artistes ou des lieux cités, ou le groupe FB « qui joue où et quand ? ». Sortez écouter en live tous ces beaux artistes, ils n’attendent que ça et ils méritent votre présence. Nous avons de vrais pros à Bordeaux soutenons les, ce n’est que du plaisir !

Allez il faut rentrer, thanks God, tomorrow it’s Friday mais y’a aussi école. Place à la musique des échappements…

Philippe Desmond ; photos : Caillou et Comptoir Thierry Dubuc, Tunnel PhD

Bordeaux Jazz All Stars au « jeudi du jazz » de Créon 12 février 2015.

Par Philippe Desmond

Elitiste le jazz ?
Soir d’hiver à Créon, pas foule dans les rues, il est 19 heures, de la musique parvient d’une salle municipale où une majorité de femmes aux tenues acidulées dansent au rythme de la zoumba. Beaucoup d’autres s’affairent chez eux après une jolie journée comme février est capable de produire. Les souvenirs d’une jeunesse passée ici qui remontent. Tiens, la place de la Prévôté est couverte de voitures et quelques petits groupes convergent vers la rue(lle) Montesquieu. C‘est jeudi, c’est Créon, c’est jazz : un des « jeudis du jazz » prévus cette année et ceci pour la sixième saison consécutive.
A l’approche du hall de la salle culturelle une bonne odeur de soupe vient vous chercher, elle en provient. Une association fait la promotion d’un évènement qu’elle organise bientôt dans le coin à Baron « Poireaux pommes de terre ou potiron marrons ? ». Sympa comme accueil. Mais déjà quel monde ! « Ceux qui ont réservé le repas merci de faire la queue à gauche, les autres vous pouvez entrer pour la dégustation de vin ». Très sympa comme accueil !
Public très familial et de tous les âges, pas mal d’enfants, des connaisseurs certes mais surtout des personnes venues découvrir et passer un moment agréable. Ils ne vont pas être déçus. Tiens des connaissances, Monique Thomas cette si belle chanteuse et ses jolies petites filles et Didier Ottaviani le batteur de papa qui arrive, tiens Serge Moulinier l’élégant pianiste ; ils ne jouent pas mais participent à l’organisation de cette soirée dans leur village.
Mais ça sent de plus en plus bon ! Et oui au fond du hall les musiciens sont en train de déguster un ragout de bœuf aux pêches qui va s’avérer délicieux quand ce sera notre tour d’y goûter. Laissons les manger tranquille ces grands artistes de la scène jazz régionale et bien au-delà.
Nous voilà installés en ayant pris soin au passage de nous munir d’une – première – bouteille de bordeaux du producteur local qui assure la dégustation. Le traiteur tourne à plein régime, le bar est pris d’assaut, c’est gai, c’est bruyant on est bien.
Et le jazz ? Oui il arrive ! Du jazz ? Ici ? Dans cette ambiance ? Et bien oui et voilà la magie de l’histoire, réussir à marier l’excellence musicale – le concert va le confirmer – et une fête populaire au bon sens du terme, chaleureuse, amicale. Le jazz élitiste ? Et quoi encore !
Serge Molinier, maître de cérémonie, prend la parole ; il remercie les bénévoles de l’association Larural qui organisent cette soirée. Oh que oui on peut les applaudir car ce n’est pas une mince affaire que d’accueillir autour de 300 personnes, oui 300 personnes un soir d’hiver à Créon pour du jazz.
Les musiciens entrent sur scène et un et deux et trois et c’est parti pour plus de deux heures entrecoupées d’une pause « il faut faire travailler le bar » nous dit Roger Biwandu. Pour la musique on va être gâté on le sait, cet hommage à Art Blakey on l’a déjà vu plusieurs fois même s’il n’a pu se tenir à St Emilion cet été à cause de la soudaine tornade. Mais pour la plupart c’est une découverte, ce sera une très belle découverte. Pour le concert je vous renvoie à ma chronique du 14 novembre 2014, pas le même concert bien sûr, en jazz ce n’est jamais pareil mais pour l’essentiel il n’y a rien à changer ; c’est excellent. Ah si ce soir nos musiciens se sont habillés, costumes cravates pour ces messieurs qui ont fait un effort ; Shekinah, elle, est toujours élégante. Ah aussi la scène qui n’a rien à voir, une belle et grande scène, bien éclairée à la mesure du talent du Bordeaux Jazz All Stars.
Lumière, ovation, sourires, c’est gagné. Vraiment un grand bravo et un grand merci aux organisateurs qui malgré les difficultés mettent leur passion au service du grand public ; Chapeau !
Au fait une petite précision : le concert était gratuit !

www.larural.fr
Le lineup : Shekinah Gatto (sa), Alex Golino (st), Laurent Agnès (t), Sébastien Iep Arruti (trb) Olivier Gatto (b), Francis Fontès (p), Roger Biwandu (d).

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Photo Philippe Desmond

Apollo en orbite hier soir grâce à Roger « Kemp » Biwandu et son septet !

Par Philippe Desmond

Shekinah Gatto (Sax alto), Laurent Agnès (trompette), Sébastien Iep Arruti (trombone), Alex Golino (sax ténor), Francis « Doc » Fontès (piano), Olivier Gatto (contrebasse et direction musicale), Roger Biwandu (batterie).
Hommage flamboyant au grand Art Blakey hier soir à l’Apollo à l’occasion de la traditionnelle carte blanche à Roger Biwandu. Le sextet composé de fidèles et très solides compères nous a offert une prestation de très haut niveau mais ça on s’en doutait car on les connaît et apprécie tous.
L’Apollo bondé a vite été mis sur orbite par le répertoire d’Art Blakey magnifiquement interprété par nos amis. Shekinah déchainée nous tissant des solos plein de folie et de fantaisie, Alex et son suave ténor partant vers des sommets, Sébastien faisant groover son trombone avec virtuosité – pas facile avec cette grosse bébête – Laurent nous offrant toute la gamme de ses pistons avec enthousiasme et finesse, le Doc impassible au clavier sauf ces mains qui virevoltent avec précision et chaleur. Et derrière ou devant, car avec Art Blakey on ne sait pas trop, une rythmique d’enfer ou de paradis – là aussi on ne sait plus – Olivier marquant ce tempo tendu avec ces accélérations si typiques de ce répertoire et Roger – hyper concentré – qui nous a tout fait ; quelle densité lors de son solo dont le rythme insensé n’a pas baissé d’un iota Que dire de la magnifique battle entre le Doc et Roger dans l’incontournable Moanin’, arbitrée par Olivier dont tous les trois sont sortis vainqueurs ! Ça c’est du sport ! ! Mais surtout un septet en parfaite harmonie prenant et donnant du plaisir à une salle vite chauffée à blanc. Et Alex Golino de me confier à la fin du concert « dommage qu’on ne répète pas davantage car ce serait encore meilleur » ; ben dis donc…
Deux rappels – une prouesse à l’Apollo où le temps est compté pour des raisons de voisinage grincheux – dont la légendaire Blues March exécutée au pas de course. Public nombreux et comme nous les vieux l’avons remarqué, bourré de jeunes. C’est bon tout ça pour le jazz, et c’est grâce à des soirées comme ça accessibles à tous. Merci à ces musiciens et à l’Apollo de ces cadeaux.

Texte et photo par Philippe Desmond

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