Samy Thiébault 4tet au Caillou du Jardin Botanique (Bordeaux) le 04/02/2015.

Par Dom Imonk

Musicalement, ce début d’année 2015 s’annonce pour le mieux et les sorties de très bons disques prolongent un peu Noël. Quel plaisir de savoir qu’en plus, on va pouvoir bien vite en déguster les fruits en concert. Ainsi, il y a à peine une semaine, le Samy Thiébault Quartet ouvrait les portes de l’année jazz, avec son remarquable “A feast of friends”, consacré au groupe mythique « The Doors ». Samy Thiébault a un grand cœur et cette fidèle générosité qui le ramène dès qu’il le peut à Bordeaux, où il commença jadis ses études de musique au CNR. Hier soir, on l’a donc retrouvé avec ses camarades, au Caillou du Jardin Botanique, où la tournée girondine du groupe débutait. Une soirée entre amis, mais plus que ça, une vraie fête intime. Le concert a repris un certain nombre des thèmes du disque, et le traitement live leur a donné une nouvelle respiration, dont le souffle nous a emportés et conquis une fois de plus. Etre proche de la scène c’est l’idéal, pas besoin d’amplification, on voit tout, on entend tout, on est « dans » la musique. Dès « The Soft Parade » et « The Crystal Ship », les dés étaient jetés, et tout au long du concert, la musique allait ressortir, en combinaisons gagnantes formées de « Telluric movements », « Hara», en passant par « Light my fire » et bien d’autres exquises pépites. C’est de magie simple dont il s’agit avec ce groupe, pas de frime ou de calculs, mais du naturel, de l’humain et une alchimie entre ces quatre musiciens. Leur jeu de haut vol allie à chaque instant finesse, profondeur et élégance. D’évidence, une amicale complicité les unit, le titre du disque la nomme et, hier soir, elle a été scellée en force par deux sets captivants. Samy Thiébault a principalement joué de ce sax ténor qui instantanément enflamme l’espace et embarque le quartet, et le public avec, dans des envolées amples et brillantes, que le Trane ne renierait pas. En leader éclairé et ouvert, il laisse beaucoup d’espace à ses musiciens : Adrien Chicot a un jeu de piano qui émeut, par son subtil discours, où le romantisme à fleur de peau trouve grondante répartie en une main gauche assurée. Sylvain Romano est l’homme des lignes de basse indispensables, que ce soit en walking ou en chorus, il est le rythmicien qui joue à cache-cache avec la forêt des sons qui s’échappent de toute part, puis les piège pour en alimenter son écorce charpentée. Quant’ à Philippe Soirat, son drive de batterie nous a impressionnés, puissance contenue, groove, mais aussi science des affleurements et aspersions cuivrées qui éclatent ça-et-là, en bulles de rythme, notamment lors des chorus.
Puis est venue la fin de ce très beau concert et les rappels, l’occasion pour Samy Thiébault de poursuivre les plaisirs en invitant le temps d’un morceau, Philippe Gaubert, un ami du cru, excellent batteur dont on avait entre autres adoré le drumming aux côtés d’Ernest Dawkins.
Mais la fête n’est pas finie, loin de là ! Soyez rassurés, si vous n’étiez pas présents hier, tout n’est pas perdu ! La tournée continue ! Le Samy Thiébault Quartet rejoue ce soir au Caillou du Jardin Botanique, puis demain soir au Baryton à Lanton, et, enfin, Samedi et Dimanche à Gujan-Mestras, pour des masterclasses et des concerts. Comme quoi, quand on dit que Samy Thiébault est fidèle à notre région, on ne se trompe pas !

Par Domimonk

http://www.samythiebault.com/

Samy Thiébault Quartet – A Feast Of Friends – (Chroniqué page 17 de la Gazette Bleue N° 8 )
Gaya Music Production/Abeille Musique – STGCD005 815838

(photos faites avec mon téléphone, désolé pour leur piètre qualité)

ST + PG

ST 4TET

 

 

 

Samy Thiébault Quartet – Chronique de « A Feast Of Friends »

Par Dom Imonk

Parue le 01 janvier 2015 dans la Gazette Bleue N° 8

SAMY THIEBAULT QUARTET A FEAST OF FRIENDS

La Californie est une terre fascinante, mais la faille de San Andreas laisse ses sols en sursis, et fonde un peu l’urgence dans laquelle on y vit. C’est surement pour ça qu’en matière d’art, et de musique en particulier, les idées nouvelles y ont souvent bouillonné. Ainsi, au cœur des sixties, une forte « tectonique des plaques sonores » a commencé à mêler le rock, déjà porteur d’aventure, à des terreaux à forte teneur psychédélique et libertaire. Philosophie et spiritualité trouvèrent place pour amender ces fusions nouvelles, de même que l’esprit d’un jazz novateur, chez certains musiciens.
Beaucoup de grands artistes ont participé à ce séisme, comme Tim Buckley, The Grateful Dead et The Doors. Ces derniers eurent tôt fait de conquérir la planète, menés par Jim Morrison, chanteur poète visionnaire et provocateur allumé. Une comète fulgurante, partie bien trop vite en 1971.
The Doors ont touché plusieurs générations, et sont devenus cultes pour foule de disciples. Samy Thiébault en est un et l’on apprend que ce groupe l’a profondément marqué, à l’époque où il s’éveillait à la littérature, et étudiait philosophie et musique. On évoque aussi la passion du batteur John Densmore pour John Coltrane, ce qui a bien plus tard incité notre saxophoniste, coltranien d’âme, à replonger dans l’univers de son groupe fétiche.
Ainsi, après quatre albums très bien accueillis, dont les ambitieux « Upanishad Experiences » et « Clear Fire », le voici de retour, avec un « A feast of friends », plein à craquer, hommage aux Doors et à Jim Morrison. Ce titre d’album, c’est aussi celui d’un émouvant morceau tiré de « An American Prayer ».
Pari ambitieux pour Samy Thiébault qui a réuni autour de lui un quartet d’amis fidèles, musiciens fort talentueux, et ouverts à de telles expériences. Avec Adrien Chicot (piano, Fender Rhodes, effets sonores), Sylvain Romano (contrebasse) et Philippe Soirat (batterie), plus Nathan Willcocks, invité à poser sa voix troublante sur quelques interludes, il savait que les idées allaient circuler et scintiller comme des feux follets.
Près de la moitié des titres sont des Doors, mais ce n’est pas un simple « revival ». Dès les premières notes de « Riders on the storm », on est aspiré par un groove qui s’envole, flûte et sax aux commandes, le Fender Rhodes en garde rapprochée et le tandem contrebasse/batterie très affuté, avec la précise souplesse qui drivait les musiques des films et séries californiennes des années 70. Cette pulse élégante, la reconstruction jazz des thèmes des Doors, leur donne une autre vie et les booste, mais en préservant les jaillissements originels de liberté et d’esthétique neuve. Sous des éclairages variant à chaque fois, on retrouvera cet éclat dans les autres reprises, « Light my fire », « People are strange », « The crystal ship » etc… Les morceaux signés par le leader confirment ses talents de compositeur et d’arrangeur. Ils complètent à merveille les reprises, et on repasse en boucle « Telluric Movements », « Blue Words » et « Hara ». Les envolées de Samy Thiébault (sax ténor, flûte, darbouka) sont magnifiques et on les sent murir et aller de plus en plus loin, comme pour atteindre spirituellement l’âme de Jim Morrison. En cette quête, il est soutenu par un groupe en tous points épatant. Une impression africaine est aussi ressentie sur « Invocation » et sur le somptueux « Tribal dance » qui clôt l’album, où le jeu du saxophoniste n’est pas sans rappeler le souffle éthiopique d’un Getatchew Mekurya. Conclusion superbe, un peu comme un cheminement en plein désert, sur les traces de Théodore Monod…

Par Domimonk

http://www.samythiebault.com/

Gaya Music Production/Abeille Musique – STGCD005 815838