Jubilatoire Section Rythmique !

Par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat.

Festival Jazz and Blues

Château Lantic, Martillac (33)

mercredi 7 juin 2017

Dans l’esprit de certains la batterie n’est pas un instrument de musique. Qu’ils aillent donc écouter Guillaume Nouaux ils verront qu’ils se trompent lourdement. La plupart des batteurs, de jazz je précise, font effectivement de la musique avec leur instrument lui il fait en plus de la mélodie et là c’est plus rare.

Certes sa formation principale s’appelle « La Section Rythmique » mais c’est pour mieux vous surprendre.

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Hier soir nous étions une belle assemblée à assister au concert de ce trio au Château de Lantic à Martillac dans le cadre du 22ème Festival Jazz and Blues. A Bordeaux qui dit château dit vin – divin – et bien-sûr il s’agissait de Pessac-Léognan à déguster comme viatique avant le concert. Un bon début.

Avec Guillaume Nouaux donc, Dave Blenkhorn à la guitare (une Gibson très vintage) et Sébastien Girardot à la contrebasse (une grand-mère qui apparemment a eu une vie agitée). Deux Australiens, dont un avec un peu de sang français comme son nom ne peut le cacher, pour épauler le natif d’Arcachon. Une formation plus que solide dont le dernier CD collectionne les éloges de la presse.

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L’idée est simple, revisiter de façon actuelle de vieux standards en les dynamisant voire même en les dynamitant pour certains. Il va y avoir du swing !

« Hard Times » pour commencer, un blues qui se promène tranquillement sur une rythmique légère, une vraie dentelle tissée par Guillaume Nouaux avec ses baguettes très fines et jouant pieds nus pour plus de feeling, Dave faisant lui de la broderie à la guitare.

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Ambiance New Orleans avec « Just a Closer With Thee » morceau de parade est-il précisé mais ce soir sans parade, un blues de Memphis Slim ensuite et les choses sérieuses commencent pour Guillaume Nouaux avec un titre de batteur, Smokey Johnson, « It Ain’t My Fault ». Soutenu par un Sébastien Girardot électrisé, tirant sur ses cordes tel un arc, Dave égrenant la mélodie Guillaume va attaquer son festival. C’est un des meilleurs batteurs que je connaisse qui à chaque fois arrive à m’épater, comme hier soir… à la contrebasse, Sébastien faisant les accords de sa main gauche et Guillaume frappant les cordes avec ses baguettes. Ce qui a donné un coup de fouet au vieux saucisson « It Don’t Mean A Thing » déjà bien secoué par Sébastien Girardot, seul à la contrebasse, alternant la mélodie et des séries de slaps ; incroyable.

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Un peu de Billie Holiday avec la voix de crooner de Dave puis une version percutante de « The Mooche » batterie au taquet et contrebasse type Rockabilly !

Pause méritée avant le second set où une surprise nous attend, George Washingmachine – Stephen Washington à l’Etat Civil – avec sa voix et son violon.

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Nous étions quelques uns à l’avoir vu en février 2016 à Bordeaux (chronique dans ce Blog) et sa participation a rajouté encore davantage de plaisir à cette soirée. Guitare, contrebasse, violon et ça c’est mis à sonner « French Strings » comme à la belle (?) époque du Hot Club de France. Réel talent que cet Australien au chapeau zaninesque.

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« Birth of Blues » puis un « Night Train » inhabituel, la mélodie étant jouée sur les peaux de la batterie ; Guillaume Nouaux nous avait déjà fait le coup une fois sur « Moanin’ » mais c’est toujours surprenant. En véritable show man faisant se pâmer l’assistance, et en conclusion d’un gros chorus joué les yeux fermés, plein de concentration, il nous fait le coup de la baguette coincée dans le charley – « débloquée » par Sébastien – puis nous joue « la Marseillaise » sur la cymbale crash en la déformant sous son aisselle !

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Attention, pour faire le clown comme ça il faut être un maître absolu de son instrument, il l’est. Certains grincheux vont me dire oui mais l’émotion là dedans ? Je précise que la joie est une émotion et pas la moindre et elle habitait toute la salle et la scène aussi.

En rappel et pour la route, un « Tea for Two » sans alcool mais bourré d’énergie avec un tempo au delà des vitesse légales.

Un concert jubilatoire !

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Si vous lisez cette chronique à temps sachez que Guillaume Nouaux sera ce soir au château Latour -Martillac toujours pour ce même festival au sein du trio du pianiste Thomas Bercy avec Jonathan Hédeline à la contrebasse. Au programme du Duke Ellington ; 21 h.

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Uros Peric ressuscite Ray Charles à Léognan

Par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

Du 1er au 9 juin va se dérouler le 21ème  Festival Jazz and Blues à  Léognan mais en ce début mai l’opportunité de programmer Uros Peric en préambule s’étant présentée  Jacques Merle et son équipe ont sauté sur l’occasion.

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En 2014 en effet  Uros Peric avait enflammé le public (voir Gazette Bleue #6 de septembre 2014) et des liens d’amitié  s’étaient tissés avec les organisateurs ce que l’artiste n’a pas manqué de rappeler.
C’est donc une salle Georges-Brassens pleine qui l’accueille à  nouveau pour son “Tribute to Ray Charles”, certains avides de le revoir d’autres, comme moi, impatients de le découvrir.
Les “Tributes » on s’en méfie un peu parfois, certains sont artificiels, formatés. Ce soir il n’y a pas cette inquiétude car le line-up est prometteur. Uros s’est entouré de musiciens qu’Action Jazz connaît très bien pour la plupart. Dave Blenkhorn, le plus Bordelais des Australiens à la guitare, Sébastien Girardot, le plus Australien des Français à la contrebasse, le Girondin Guillaume Nouaux à la batterie et l’Anglais Drew Davies au sax ténor partagent la scène avec le Serbe de Slovénie Uros Peric.

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Un grand portrait de Ray Charles  nous sourit sur la scène, côté jardin, tout proche du piano à queue. Côté cour, trois micros en pied attendent, on verra qui après.
Les musiciens entament un blues instrumental et Uros les rejoint s’emparant du piano à la manière de qui vous savez.
Arrivent alors les premières mesures de “Born to lose” et là, miracle, Ray Charles se met à chanter. On ferme les yeux, c’est bien lui. Même timbre, même trémolo, l’illusion est parfaite. D’ailleurs les proches de Ray Charles ne s’y sont pas trompé,  sa fille Sheila , des musiciens, une choriste ont déjà ainsi collaboré avec Uros, légitimant  ainsi son projet. “Ray, sors de ce corps !” a t-on envie de dire. Même les mimiques sont là mais sans tomber dans la caricature.

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“Hallelujah I Love Her So” confirme la sensation. Très bon pianiste en plus et avec des sidemen de luxe qui donnent de l’épaisseur au set.

“Takes Two to Tango” permet l’apparition de trois belles créatures – “My ice-creams vanilla chocolate” confie Uros – et surtout talentueuses choristes, les Pearlettes, en référence  aux Raelettes de Ray. Des voix célestes en contrepoint de la voix rauque du leader, superbe.

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Tout le monde s’engage ensuite sur la “Route 66” l’occasion pour nos jazzmen – “ la crème de la crème “ nous lance en Francais Uros – d’épater le public par des chorus bien sentis. C’est bien du jazz et pas de la variété ; Dave Blenkhorn et sa musicalité, Sébastien Girardot et son tempo magistral, Guillaume Nouaux sa précision et sa créativité, Drew Davies et sa volubilité. Uros n’est pas en reste au piano, ne tenant pas en place sur son tabouret à la manière de…

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“Georgia” est appelée sur scène pour un moment de douceur puis “Miss around”, “Got my Mojo Workin”, “Hit the Road Jack” obligatoire, et bien sûr “What I Said” enthousiasment un public déjà conquis.
“I can’t stop Loving You” pour finir avec les superbes voix des Pearlettes, puis un long rappel pour clore un magnifique concert. Bel artiste que cet Uros Peric, sympathique aussi et courageux de s’attaquer ainsi à un monument universel. Mais sa notoriété est désormais mondiale.

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Il y en aura d’autres beaux concerts, bientôt avec le festival Jazz and Blues avec notamment, pour rester dans ce registre, les magnifiques chanteuses Dominique Magloire (le 3/6) et Lisa Simone (le 4/6) et bien d’autres.
Alors à très bientôt dans le coin !

www.jazzandblues-leognan.fr

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