Serge Moulinier Trio au sommet.

Par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc

Ce soir, à Créon, Serge Moulinier a la pression. Dans ce lieu où avec les autres bénévoles de l’association Larural il accueille d’habitude les artistes c’est à son tour d’être sous les projecteurs. L’hôte devient hôte et réciproquement. Inconsciemment ou pas cela va rejaillir sur sa prestation et celle de ses acolytes et ils vont nous offrir un concert fantastique.

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Organisation bien rodée, ouverture des portes à 19 heures – et même avant car à cette heure là les tables devant la scène sont déjà occupées – dégustation de vin, assiettes de tapas, pâtisseries, boissons sucrées, brassées ou fermentées, conversations animées, convivialité…
A 20 heures extinction des feux dans la salle alors que la scène s’habille de rouge et le concert commence. Il commence très fort, c’est de bon augure.

Côté jardin Serge Moulinier avec un vrai beau piano et deux claviers électriques, côté cour Didier Ottaviani et ses fûts dont une magnifique caisse claire en bois, un vrai tambour, et au milieu Christophe Jodet à la contrebasse ; doghouse bass disent parfois curieusement les anglophones !

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Pas de round d’observation, « Blues art » du premier album de Serge entre dans le vif du sujet de suite. Le son est superbe, le piano sonne très bien, la contrebasse est ronde et profonde, la batterie est présente mais pas trop. On a déjà vu ce trio plusieurs fois mais ce soir il va avoir une autre dimension.

Allons y pour les références, ça peut aider les absents à se faire une idée ; Serge me rappelle par son toucher et la chaleur de son jeu le Oscar Peterson de Nigerian Marketplace, quant au trio Alain Piarou le comparera lui à EST. Il y a pire comme références.

Mais surtout le trio a sa propre personnalité à commencer par toutes les compositions originales – sauf une on y reviendra – très mélodieuses et qu’on se surprend à fredonner à l’unisson. Beaucoup de clins d’œil dans ces compos issues du dernier album « Tyamosé Circle » : « No Meat, and No Fish for Chris » écrite pour Christophe Jodet, celui-ci faisant chanter réellement son instrument ou ronronner à l’archer ; « Bal à Joe » en hommage au grand Zawinul avec des nappes au synthé rappelant la grande époque du Weather Report ; « Black Jacques » un hommage aux faux airs de fugue à l’atypique Jacques Loussier qui adaptait Bach en jazz.

Les trois musiciens sont au sommet de leur art, ils ont tant joué ensemble que l’osmose est parfaite, même eux s’en rendent compte, ils me le diront. Didier dans ces derniers titres n’est pas batteur, il est caresseur de peaux et de cymbales, superbe.

Pause buffet, le jazz nourrit l’âme, pas le ventre, déjà les premières réactions de spectateurs dont nombreux ignoraient ce qu’ils venaient écouter et ne le regrettent pas maintenant, des félicitations aux musiciens – mais attention les gars on vous attend au second set ! – un compliment aux ingés son et ça repart avec « Ding Ding Dong Song » une variation sur « Frère Jacques » ; putain de moine que c’est bon !

Au tour du batteur d’être mis en avant avec « It’s now for Did’ » et il va bien en profiter ; Avec un solo de batterie extraordinaire de dix minutes au moins – mais on ne les a pas vu passer – la version de ce soir pourrait être rebaptisée « Moby Did » (private joke aux amoureux de Led Zep) . Didier, me faire ça le jour où je débute la batterie c’est un coup bas !

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Mais nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Le trio va se transformer en quintet avec l’arrivée d’Alain Coyral au sax ténor et de Christophe Maroye à la guitare électrique, une bonne vieille Telecaster. Prémices du nouveau projet de Serge Moulinier sur lequel nous reviendrons dans la Gazette Bleue.

Noël approche, et voilà déjà un cadeau avec une version du « All Blues » de Miles Davis à tomber ! Puis une composition originale avec « Court Métrage » et un titre dédié à Moulinier junior « Pedrito ». Croyez moi le quintet est déjà bien en place, ça va faire mal !

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Rappel, un en trio l’autre en quintet et une nouvelle fois une salle heureuse – à féliciter pour sa qualité d’écoute remarquable – et des bénévoles récompensés de leurs efforts.

Quelle chance, je le dis souvent, d’avoir si près de nous de tels musiciens, parlons en autour de nous, il n’y a pas que the Voice et Drucker dans la vie, il y a la vraie musique en live celle qui vous traverse, celle qui vous rend heureux.

Bon c’est pas tout, c’est jeudi et on va se faire un petit after au Tunnel à Bordeaux ou Roger Biwandu et son Cheeseburger De Luxe jouent ce soir de la soul et du funk. Le plaisir on ne s’en lasse pas.

Serge Moulinier Trio à Jazz360 – Cénac, Samedi 07/11/2015

Par Dom Imonk – Photos : Alain Pelletier

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En juin dernier, la 6° édition du Festival Jazz360 a été une franche réussite, grâce à une programmation judicieuse et riche, à une organisation sans faille et au public qui a répondu présent. Alors, forts d’un tel succès, Richard Raducanu et son équipe de bénévoles ont voulu entretenir cette flamme et voir plus loin, en proposant des rencontres musicales, entre chaque édition du festival. Samedi soir se tenait la première d’entre elles. Ce fût un réel bonheur de se retrouver tous là, dans la salle culturelle de Cénac. L’idée est simple et astucieuse. Allier une savoureuse restauration locale à un concert jazz. Les festivités débutent autour de grandes tables rondes, disposées un peu partout dans la salle. Pour pas très cher, on propose au public un accueillant buffet de tapas et de douceurs sucrées, en provenance de l’épicerie du village, ainsi que la dégustation d’un grand vin. Ce soir-là, le Château Roquebrune était à l’honneur, un délicieux « 1° Côtes de Bordeaux » basé sur la commune. Une fois les appétits rassasiés, place au jazz avec un fidèle des premières heures du festival : Le trio du pianiste Serge Moulinier, accompagné de Christophe Jodet (contrebasse) et de Didier Ottaviani (batterie). Le groupe, incontournable, est formé de musiciens de grande classe, indispensables à la vie du jazz de notre région. C’est presqu’en voisins qu’ils sont venus, Serge Moulinier étant l’un des vifs initiateurs des « Jeudis du Jazz » de Créon, sa ville, mais aussi celle de Didier Ottaviani. Le concert s’est déroulé en deux sets, où ont surtout été jouées les compositions du leader, principalement piochées dans son nouvel album « Tyamosé circle ». Une amitié forte et un profond respect illuminent des hommages tels que « No meat and no fish for Chris » dédié à Christophe Jodet », « It’s now for Did » à Didier Ottaviani, « Black Jacques » à Jacques Lussier et le très émouvant « Viaticum for Esbjörn » à qui vous savez. Mais les autres albums n’ont pas été omis, et c’est en forme de retour aux sources que le superbe « Bluesart », tiré du premier opus « Sens-Cible », a ouvert très élégamment la voie. « Pas de cinq » fût aussi de la fête, ainsi qu’« African people », en un rappel magnifique. On n’oubliera pas la limpidité des « Eaux bleues » tirées de « Tricorde », hommage vibrant à Marc Berthoumieux. On ne se lasse pas du jeu complice et pétillant de ces trois passionnants musiciens. Leur jazz est racé, élégant et s’envole bien haut, pour se parer des multiples couleurs qui ne se trouvent que sur la canopée. Merci à l’équipe de Jazz360 pour cette très chaleureuse soirée, à revivre bien vite, le 19 Mars prochain. Nous y serons !

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Festival Jazz 360

Serge Moulinier

Visitez aussi le site de Christian Coulais, grand témoin du festival, auquel il vient de consacrer un très beau livre.

Serge Moulinier Trio au Siman

Le dur et beau métier de musicien.

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Ce soir il y a du jazz au Siman, le nouveau restaurant à la mode de la Rive Droite à l’étage de l’ancienne gare d’Orléans, un lieu magnifique surplombant la Garonne avec une vue imprenable sur le pont de pierre et la façade XVIIIe des quais. Régulièrement l’équipe de l’établissement fait venir des formations diverses et notamment de jazz. Belle initiative, il n’y a jamais assez de lieux pour écouter cette musique que nous aimons. http://siman-bordeaux.com/

Un restaurant donc où les gens viennent manger – très bien d’ailleurs –  et pas forcément écouter du jazz ; à se demander même si certains entendent la musique. De tout temps une tradition pour les jazzmen d’évoluer dans de tels lieux devant un public souvent indifférent, ne sachant pas ce qu’il perd, les musiciens jouant aussi bien que si la salle leur était acquise ; peut-être mieux pour accrocher les oreilles.

Il y a quelques semaines au Rocher de Palmer en première partie du Belmondo  – Dal Sasso Big band le Serge Moulinier Trio se produisait devant 650 personnes qui certes n’étaient pas venues pour lui mais dont la qualité d’écoute et les applaudissements furent à la hauteur du talent déployé par ces trois musiciens. Un réel succès.

Contraste.

Pourtant quelle chance de voir de si près la musique se fabriquer, se polir. Personnellement plus que sur un disque c’est comme ça que j’aime écouter un trio ou dans un tout autre genre un quatuor à cordes. Ecoute distraite donc, en plein morceau certains clients partent, pas un regard pour le trio… C’est dommage surtout pour eux, ils ne savent pas qu’ils passent à côté d’un petit moment de bonheur. Oreille formatée par le bruit de fond bas de gamme ambiant de la télé ou des radios autrefois libres…

Qu’importe, tous les trois font le job et drôlement bien. Serge Moulinier au piano électrique  – tout neuf – plaque ses accords chaleureux alternant ses propres compositions avec quelques standards pour selon lui tenter d’accrocher l’écoute des convives. Mais les standards des uns ne sont pas les standards des autres, les beaux chorus passent inaperçus.

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Christophe Jodet à la contrebasse – pas neuve elle ! – se tortille sur son manche, alternant l’assise rythmique et les chorus mélodieux et utilisant assez fréquemment son archet.

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Didier Ottaviani à la batterie cisèle délicatement le rythme, jamais en avant – sauf sur un bref solo – mais avec élégance et sensibilité ; il a une parfaite maîtrise des cymbales et des balais ; est-ce pareil à la maison ?

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Le répertoire de la seconde partie reprend les titres originaux du dernier album du trio « Tyamosé Circle » (voir chronique du CD dans la Gazette Bleue #7) avec notamment « Ding ding dong Song » l’amusante libre adaptation de « Frère Jacques ». Vraiment un excellent trio.

Il est bientôt minuit, les assiettes sont vides, la salle s’est clairsemée, les quelques amateurs de jazz et autres musiciens sont eux toujours là, près du bar ; oui on peut venir simplement boire un verre. Un moment agréable vient de passer, Serge Moulinier est content il trouve qu’il y a eu de l’écoute ; Thierry – auteur de ces belles photos – confirme, quelquefois le public n’applaudit même pas à la fin des morceaux…

En repartant un dernier petit plaisir mais visuel cette fois, à Bordeaux on a la Bourse ET la vie.

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Texte : Philippe Desmond. Photos : Thierry Dubuc (sauf palais de la Bourse par PhD)