Merci Siman Jazz Club


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Par Philippe Desmond photos  Thierry Dubuc et David Bert (Célia Kameni).

Hier au Siman Jazz Club se déroulait un concert exceptionnel à plus d’un titre.
Pour commencer nous étions un mardi au lieu du rendez-vous habituel du mercredi.
Ensuite la qualité musicale du groupe était  extraordinaire, le quartet de Tom Ibarra mais Dom Imonk va vous en parler dans sa prochaine chronique.
Mais surtout nous assistions au dernier concert en ce lieu après presque un an et demi de programmation continue le mercredi. Les raisons de cet arrêt – que tout le monde souhaite n’être qu’une interruption – appartiennent aux responsables du lieu et nous n’avons pas, nous Action Jazz, à les commenter.
Cette chronique est juste là pour rendre un hommage au travail de promotion de la musique de qualité et du jazz en particulier qui a été mis en oeuvre ici.
Remercions bien sûr l’équipe dirigeante du restaurant mais surtout les deux responsables de la programmation Hugues Payneau et David Bert qui avec l’appui du Rocher de Palmer et FIP Bordeaux ont su proposer tous ces beaux concerts.

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Une gageure difficile que de proposer de la musique à des personnes qui ne sont pas forcément venues pour elle, un équilibre à  trouver entre une animation musicale type piano-bar et un concert en face à face. Tout cela assorti d’une exigence de qualité, le pari était osé, il aura été tenu presque un an et demi.

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Entre ce dernier concert époustouflant et le premier de janvier 2015 que de découvertes, que de confirmations ! La merveilleuse Celia Kameni, sa voix, sa présence, l’énergie d’Edmond Bilal Band, le dépaysement offert par Ceïba, la chaleur d’Akoda, le swing du Rixtet, la coolitude du sax d’Alex Golino, le talent du trio de Serge Moulinier, le soleil de Marie Carrié,  le punch de Roger Biwandu, la finesse de Didier Ottaviani, le rayonnement de Monique Thomas, les cordes de Dave Blenkhorn et Yann Pénichou et tant d’autres, que de beaux moments passés dans cet endroit raffiné au point de vue magique sur Bordeaux !
Que de rencontres, que de liens tissés lors de ces soirées !

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Alors soyons positifs, restons optimistes. Notre amie la musique tu dois gagner et revenir ici très vite, certainement sous une autre forme, une autre formule mais reviens !

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Alex Golino 4tet au Siman : so cool !

par Philippe Desmond, photos David Bert.

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L’ambiance générale est pesante en ce moment, la musique heureusement est là pour nous apporter ces moments de bonheur comme ce soir au Siman Jazz Club de Bordeaux Bastide.

En surplomb de la Garonne devant ce décor que des milliers de touristes viennent de plus en plus découvrir et dont nous ne nous lassons jamais se prépare le concert du soir avec le Alex Golino Quartet.

Beaucoup d’habitués, d’amis ont répondu à l’appel car ils savent qu’avec les quatre compères présents ils vont passer une belle soirée. Le rendez-vous musical du mercredi au Siman est désormais bien installé, merci à ses organisateurs.

Alex Golino avec son sax ténor patiné un peu vintage est le leader du jour ; le saxophoniste italo-grec installé depuis longtemps à Bordeaux en est une figure majeure de la scène jazz ; son talent, son velouté et sa gentillesse sont unanimement appréciés. Mais j’en soupçonne certains de se rapprocher de lui pour qu’il leur présente sa sœur Valeria, la belle actrice de cinéma…

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Hervé Saint-Guirons est venu avec les inséparables Mojo et Leslie, son orgue et sa cabine d’amplification ; bon choix pour ce set que d’associer la chaleur douce du clavier et des basses profondes de cet instrument au velours du sax d’Alex. Il sait aussi faire le faire crier lors de chorus tonituants.

A la batterie une autre pointure en la personne de Didier Ottaviani ; que ceux qui pensent que cet instrument ne sert qu’à marquer le tempo aillent l’écouter, ils comprendront vite que cela est très réducteur car en réalité Didier joue de la musique avec ses baguettes et ses pieds. Finesse, art du contretemps, du décalage, du silence, caresses des peaux et des cymbales il est un spectacle à lui seul.

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Yann Pénichou, autre pilier de la scène, est ce soir particulièrement en verve avec sa guitare. Il faut dire que le répertoire choisi par Alex fait la part belle au guitariste Wes Montgomery à qui il va rendre ainsi un hommage confraternel appuyé. De long chorus pleins de verve et de sensibilité vont ainsi nous être offerts.

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On sent que les gaillards se connaissent par cœur car la cohésion est manifeste, pas besoin de grands signes, tout s’enchaîne naturellement, des blues les plus rapides aux ballades langoureusement soufflées par Alex en passant par quelle délices de bossa nova.

Tantôt dans le rôle de Stan Getz ou de Johnny Griffin, Alex, tout en sensibilité, va nous enrober de sa sonorité chaleureuse. Du cool jazz, idéal pour le lieu et le moment. Certains diront des standards encore, ceux là ignorent que les standards sont des (belles) bases pour faire de la musique vivante et créative, le mot interprétation prenant ici tout son sens. En jazz rien n’est jamais pareil.

A l’invitation d’Alex, le trompettiste Mathieu Tarot vient se joindre au groupe pour un très beau final, très beau oui mais malheureusement final ! On étirerait la soirée encore longtemps avec cette musique et cette perspective sur la façade fabuleuse des quais rive-gauche mais nous ne sommes que mercredi…

http://www.siman-bordeaux.com/events/

 

Célia Kaméni enchante le Siman

Par Philippe Desmond. Photos David Bert

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Ce soir certains sont devant leur télé pour regarder Lyon qui se déplace à Valence, nous, nous sommes au Siman pour voir Lyon qui se déplace à Bordeaux, Il n’y a pas que le foot dans la vie, Dieu merci, il y a le jazz et c’est pour écouter quatre musiciens lyonnais que nous avons affronté la froidure humide de cette soirée ; nous n’allons pas le regretter.

Devant le trio « Third Roam » composé de Julien Bertrand (trompette, bugle) Sébastien Joulie (guitare) et Thomas Belin (contrebasse) la chanteuse Célia Kaméni va rendre un bel hommage à sa prestigieuse aînée Billie Holiday. Celle-ci aurait elle pu chanter sans broncher juste à côté de la magnifique cave vitrée du Siman, c’est une autre histoire…

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Après une intro du trio, Célia Kaméni attaque en douceur avec « Day in , day out », clin d’œil à Lady Day ? De suite la voix de Célia nous séduit, une voix couvrant sans forcer plusieurs tessitures, élégante et précise et beaucoup plus claire que celle de Billie usée par les divers excès. Célia a une formation classique puis soul et sa reconversion vers le jazz est une réussite totale. Dotée d’une présence certaine pas seulement due à sa taille et à son charme elle va enchaîner les standards avec beaucoup de classe s’effaçant souvent devant les chorus de chaque musicien du trio. Une trompette très présente donne à celui-ci la couleur, nuancée par la chaleur de la guitare sur un fond rythmique de contrebasse solide et l’absence de batterie est compensée par chacun des musiciens.

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Aussi à l’aise dans les ballades que dans les morceaux plus swing, utilisant avec expression ses longues mains Célia Kaméni a certainement un bel avenir devant elle, C’est avec une facilité étonnante – apparente bien sûr- qu’elle va nous interpréter « The man I Love » et « I Got Rythm » de Gerswhin, les magnifiques « Yesterdays » ou « The Man I Love », « Just One of Those Things » ou encore « The End of a Love Affair » et bien d’autres. Le public du restaurant pas trop attentif au début va succomber au charme ce cette talentueuse artiste.

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Le Siman qui encourage et propose de nombreux artistes locaux s’ouvre maintenant à des groupes extérieurs et à des découvertes et c’est tant mieux, Plusieurs musiciens bordelais sont d’ailleurs eux aussi présents pour découvrir ce groupe et surtout cette nouvelle voix française du jazz.

Le Siman Jazz Club c’est tous les mercredis soir à 21 heures ; on peut y dîner ou tout simplement y prendre un verre, ou plusieurs…

https://www.facebook.com/Siman-Jazz-Club-763826756999293/?fref=ts

 

Christophe Cravero Trio à l’Apollo

par Philippe Desmond.

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A l’Apollo, pour ses « cartes blanches », Roger Biwandu propose une palette très large de musiques comme évoqué dans la chronique du 7 mai dernier. Roger en est donc « le chef d’orchestre » mais aujourd’hui il s’efface derrière l’attraction du soir et c’est le « Christophe Cravero Trio » qui est annoncé. D’ailleurs l’Apollo est plein comme un œuf.
C’est la première fois que Bordeaux accueille ce musicien compositeur de jazz poly instrumentiste, jouant du piano comme ce soir mais aussi du violon et de l’alto et n’étant pas du tout manchot à la batterie. A son actif trois albums et de nombreuses compositions avec autour de lui parmi les meilleurs de la scène jazz française ainsi que de multiples collaborations en studios ou en tournée avec Didier Lockwood, Billy Cobham – il était annoncé mais remplacé lors du dernier concert au Rocher – mais aussi Thomas Fersen, Sanseverino ou Dick Annegarn. Un superbe musicien très éclectique, apprécié et très demandé… même à la Comédie Française où il participe musicalement à une pièce ! Et il est là à deux mètres de nous, c’te chance ! Aujourd’hui un simple piano électrique Casio – celui de Francis Fontès – va faire l’affaire, et comment !

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Avec lui un autre musicien atypique, original, le bassiste compositeur Yves Carbonne dont, à tort, on ne retient souvent que ses instruments bizarres : des basses à « tessiture étendue » nous dit-on, oui des basses interstellaires à 10 ou 12 cordes, fabriquées sur mesure – en plus il est gaucher – chez Jerzy Drozd au doux nom d’Héroïc Fantasy , plus près de harpes de Space Opera que de spartiates quatre cordes. Mais c’est justement dans cette dernière configuration toute simple mais efficace qu’on va l’apprécier ce soir.

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Aux baguettes, au micro, à l’organisation, à la com, Roger Biwandu joueur local aux multiples capes internationales pour reprendre le jargon du rugby dont il est un fan absolu. Dans le monde du jazz et au-delà, Roger connait tout le monde, tout le monde connaît Roger, Roger joue avec tout le monde – plutôt les bons quand même – et tout le monde veut jouer avec Roger. Et nous on ne se gêne pas, on en profite ! Lui aussi a choisi la simplicité, caisse claire, grosse caisse, charley et une cymbale ; on va voir que ça va suffire… Il est suivi ce soir par une équipe de TV qui tourne un reportage sur lui.

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Roger a déjà joué avec les deux autres mais eux n’ont jamais joué ensemble et comme le répertoire est celui de Christophe Cravero, Yves Carbonne a droit aux partitions. Ils ont bien sûr é-nor-mé-ment répété, c’est-à-dire dans la journée au Tunnel voisin où ils se produisent ce jeudi 12 novembre.
La majeure partie du dernier album de Christophe Cravero « Elegant Elephant » va être jouée, un jazz de trio mais original dans la mesure où il est souvent l’occasion d’un dialogue piano batterie dans lequel ces instruments se répondent et se défient arbitrés par la basse indispensable. Cette musique en ce sens est singulière, le piano bien sûr participant à l’harmonie et la batterie à la rythmique mais aussi réciproquement ce qui est plus osé. Maîtrise des breaks, des changements de rythmes, c’est un vrai festival qui nous est offert ; richesse harmonique, groove, sensibilité bien sûr c’est fou comme avec trois instruments simples de tels talents peuvent nous tirer vers les sommets. ; et avec un plaisir de jouer communicatif.
Le second set va être flamboyant. Le bilan Carbonne – désolé – est à souligner, rythmique certes mais aussi par l’utilisation mélodique de l’instrument ; et quel groove lors de certains titres ! Au piano Christophe se balade avec une virtuosité extraordinaire sans tourner à la démonstration, toujours à bon escient. Je le répète, c’te chance ! Aux baguettes Roger avec ses deux fûts va nous faire la totale ; avec ce matériel minimaliste son solo de batterie si j’ose une métaphore, c’est comme un cycliste grimpant allègrement le Tourmalet sans dérailleur ; solo de caisse claire un jour de 11 novembre, bel hommage soldat Biwandu.
La fin du concert approche il y a un peu moins de foule à l’Apollo c’est alors que débarque « La Foule » de Piaf transcendée par le trio et ça va être un vrai climax pour tous, musiciens et spectateurs. Quel pied les amis ! Yves Carbonne est aux premières loges du défi que se sont lancé les deux autres fous furieux, un combat viril mais correct tous sourires dehors ! Quelle séance !
Ce n’est peut-être pas encore trop tard quand vous lisez ces lignes alors allez les écouter ce jeudi 12 novembre au Tunnel vers 22 heures, Christophe sera au Rhodes et il adore ça m’a t-il confié.
Au retour de ce concert de l’Apollo palier de décompression au Siman Jazz Club ou dans une ambiance plus veloutée un autre trio de qualité se produit, le Yann Pénichou Organ Trio. Autour de son leader à la guitare et de son répertoire on retrouve Hervé Saint-Guirons à l’orgue et Didier Ottaviani à la batterie… dans exactement la même configuration que Roger ce soir ; lui aussi va nous grimper un hors catégorie en danseuse ! Une façon tellement agréable de finir cette soirée.

NB : si vous avez raté Christophe Cravero il sera le 26 novembre au Pin Galant à Mérignac avec Sanseverino et ça aussi c’est drôlement bien.

L’énergie d’Edmond Bilal Band au Siman

Par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc

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Bien beau concert hier soir au Siman avec Edmond Bilal Band : Paul Robert au sax ténor, Philippe Gueguen aux claviers, Curtis Efoua à la batterie, et Mathias Monseigne à la basse et à la guitare. Mais où est Edmond Bilal ? Simplement sorti de l’imagination des membres du  groupe au moment de le baptiser. C’était il y a quelques années lorsque les compères se sont retrouvés au conservatoire d’Agen en classe de jazz, Bordeaux n’offrant pas encore ce type de formation. Depuis le groupe a fait son chemin et a atteint sa maturité, le concert de ce soir en a été la preuve.  EBB, vainqueur du tremplin Action Jazz 2013 et d’autres distinctions nous a proposé deux sets différents plein de groove et de créativité.

Le premier a donné lieu à de longues improvisations et à quelques compositions.Des impros d’une réelle richesse et d’une grande liberté autour d’une rythmique impeccable et implacable. Parfois je penserai à « Ego » ce magnifique album de Tony Williams. Curtis Efoua est lui aussi un batteur extraordinaire, un régal à entendre et à voir ; maîtrise des changements de rythmes, polyrythmie, puissance, finesse tout y est !

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L’excellent Mathias à la basse et lui s’entendent parfaitement et tissent une base solide pour les deux solistes.

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Au sax ténor Paul Robert a un style bien à lui, il a l’art de tisser des chorus en utilisant souvent la répétition pour faire monter la tension, presque dans la transe, puis la faire retomber dans des climats plus planants ; il n’est pas avare de ses interventions et c’est tant mieux pour nous.

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Au piano électrique et au synthé Philippe Guéguen est tout à fait dans le registre du band, un jazz fusion créatif avec des développements Hancockiens et une belle virtuosité, et toujours avec un petit sourire.

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La pause est bienvenue pour se remettre de ces premières émotions musicales. Le bruit des tables et des assiettes refait surface, jusque-là couvert par la puissance de la musique, puissance mais pas au seul sens de décibels. Un gros noyau de personnes est présent pour le concert, à siroter des cocktails ou autres nectars mais beaucoup  sont là pour ta table – dont la carte alléchante est toute nouvelle – et n’ont pas attendu la pause pour aller en convois fumer sur la terrasse. Ah cette terrasse du Siman, quelle merveille, un des plus beaux points de vue sur les quais de Bordeaux !

Le second set laisse davantage la place à des compositions superbement écrites, de Paul et de Curtis, plus de funk – l’occasion pour Mathias de nous gratter quelques accords soul à la guitare – et de groove et toujours cette rythmique folle, ces breaks impeccables ; une grande énergie et joyeuse en plus. En bonus une belle ballade enivrante le sax nous plongeant dans une atmosphère planante. Le groupe a beaucoup joué cet été et notamment à Marciac et cela s’entend, c’est carré, fluide, vraiment en place. Et quelle générosité des musiciens, ils vont jouer près de deux heures trente.

Il est minuit, le concert a commencé il y a près de trois heures, on vient de passer un grand moment. Pour ceux qui ont manqué cet épisode sachez que le groupe sera en concert samedi 10 octobre  à 22 h au Maquis Zone 4 (Rue Gratiolet à Bordeaux)  juste avant de partir pour l’Angleterre pour enregistrer un album avec captation vidéo et donner quelques concerts. Allez les voir pour les aider à financer cette tournée !

L’horizon s’élargit pour le Edmond Bilal Band…

Ceïba au Siman : Chants du monde

Par Philippe Desmond, photo Alain Pelletier©AP_ceiba-0138

Personnellement et pour paraphraser une expression tristement célèbre, quand j’entends les mots « musique du monde » je ne sors certes pas mon revolver – je n’en ai pas – mais je suis dubitatif. Car  cette étiquette est un peu trop souvent fourre-tout, du folklore le plus éculé aux créations les plus originales. Heureusement ce mercredi soir au  Siman – qui redémarre la saison musicale – on entre dans cette dernière catégorie. Certes je n’étais pas très inquiet connaissant la composition du groupe, Ceïba au chant et aux percussions, déjà entendue avec Djazame (voir chronique du 26/06/15) et bien sûr Valérie Chane-Tef la pianiste compositrice et créatrice d’Akoda, de Nougaro en 4 couleurs, une valeur sûre du clavier et du jazz métissé. Deux autres membres d’Akoda, Benjamin Pellier à la basse et Franck Leymerégie aux percussions faisant plus que compléter cette formation.

Ce soir, tout va nous inciter au voyage, le lieu d’abord, le Siman occupant l’étage de l’ancienne gare d’Orléans ; ensuite, l’extraordinaire point de vue en surplomb de la Garonne et de ses bateaux ; enfin et surtout la musique, car Ceïba annonce de suite qu’elle va nous emmener dans ses valises. Nous embarquerons ainsi vers le Brésil, Cuba, La Réunion, La Guadeloupe, le Sénégal… Tristes destinations pour notre port bordelais il y a deux siècles, mais qui ce soir-là vont retrouver leur dignité.

Ceïba a beaucoup voyagé, elle nous en fait profiter par le choix de compositions traditionnelles réarrangées et harmonisées avec bonheur. Avec sa chaude voix, sa présence scénique gracieuse il n’est pas difficile de se laisser emporter vers ces lointaines contrées. Musicalement c’est un vrai régal,  envie de bouger, de battre la mesure, de chanter. Le jazz est très présent notamment par les belles envolées au clavier de Valérie Chane-Tef qui marque de sa patte ces musiques aux racines traditionnelles. Benjamin Pellier ne lâche rien avec une rythmique tenace et enjouée prépondérante au son de l’ensemble. Franck Leymerégie derrière une insolite batterie-percus-cajon, main droite nue, baguette dans la main gauche tisse une ambiance colorée, endiablée ou nuancée. Ceïba le seconde aussi aux percussions notamment avec des instruments locaux originaux et avec ce merveilleux bâton de pluie à l’écoulement délicat.

La connivence, l’osmose entre les musiciens sont remarquables, ils se regardent se sourient, rient, d’une façon communicative. Du rythme, de la douceur, un vrai bonheur.

Nous avons aussi droit à quelques compositions de ces dames, une belle chanson d’amour, sensuelle à souhait, un air bien chaloupé de Valérie. De belles surprises comme ce remarquable passage funky surgissant au milieu d’un titre du Réunionnais Danyel Waro. Le « Spain » endiablé de Chick Coréa pour finir et en rappel, a cappella, un extraordinaire « boulagueul » de Guadeloupe qui leur vaudra les félicitations émues d’un vieux monsieur guadeloupéen présent dans l’assistance ; quand on sait que la reprise de ce titre leur a causé quelques ennuis avec certains, les accusant de manquer de respect à cette musique associée aux revendications indépendantistes… https://www.youtube.com/watch?v=YiiOatTASvQ

Nous avons en plus la chance d’être très proches des musiciens, parmi une assistance attentive, concernée et active, les convives du restaurant dînant eux bruyamment en terrasse. Le quartet de Ceïba sait s’adapter à toutes les situations, il y a peu dans une petite église girondine et la semaine dernière en première partie de Chico et les Gypsies devant plusieurs milliers de personnes à Carcassonne…

Ne ratez surtout pas la prochaine occasion de les entendre.

Serge Moulinier Trio au Siman

Le dur et beau métier de musicien.

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Ce soir il y a du jazz au Siman, le nouveau restaurant à la mode de la Rive Droite à l’étage de l’ancienne gare d’Orléans, un lieu magnifique surplombant la Garonne avec une vue imprenable sur le pont de pierre et la façade XVIIIe des quais. Régulièrement l’équipe de l’établissement fait venir des formations diverses et notamment de jazz. Belle initiative, il n’y a jamais assez de lieux pour écouter cette musique que nous aimons. http://siman-bordeaux.com/

Un restaurant donc où les gens viennent manger – très bien d’ailleurs –  et pas forcément écouter du jazz ; à se demander même si certains entendent la musique. De tout temps une tradition pour les jazzmen d’évoluer dans de tels lieux devant un public souvent indifférent, ne sachant pas ce qu’il perd, les musiciens jouant aussi bien que si la salle leur était acquise ; peut-être mieux pour accrocher les oreilles.

Il y a quelques semaines au Rocher de Palmer en première partie du Belmondo  – Dal Sasso Big band le Serge Moulinier Trio se produisait devant 650 personnes qui certes n’étaient pas venues pour lui mais dont la qualité d’écoute et les applaudissements furent à la hauteur du talent déployé par ces trois musiciens. Un réel succès.

Contraste.

Pourtant quelle chance de voir de si près la musique se fabriquer, se polir. Personnellement plus que sur un disque c’est comme ça que j’aime écouter un trio ou dans un tout autre genre un quatuor à cordes. Ecoute distraite donc, en plein morceau certains clients partent, pas un regard pour le trio… C’est dommage surtout pour eux, ils ne savent pas qu’ils passent à côté d’un petit moment de bonheur. Oreille formatée par le bruit de fond bas de gamme ambiant de la télé ou des radios autrefois libres…

Qu’importe, tous les trois font le job et drôlement bien. Serge Moulinier au piano électrique  – tout neuf – plaque ses accords chaleureux alternant ses propres compositions avec quelques standards pour selon lui tenter d’accrocher l’écoute des convives. Mais les standards des uns ne sont pas les standards des autres, les beaux chorus passent inaperçus.

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Christophe Jodet à la contrebasse – pas neuve elle ! – se tortille sur son manche, alternant l’assise rythmique et les chorus mélodieux et utilisant assez fréquemment son archet.

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Didier Ottaviani à la batterie cisèle délicatement le rythme, jamais en avant – sauf sur un bref solo – mais avec élégance et sensibilité ; il a une parfaite maîtrise des cymbales et des balais ; est-ce pareil à la maison ?

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Le répertoire de la seconde partie reprend les titres originaux du dernier album du trio « Tyamosé Circle » (voir chronique du CD dans la Gazette Bleue #7) avec notamment « Ding ding dong Song » l’amusante libre adaptation de « Frère Jacques ». Vraiment un excellent trio.

Il est bientôt minuit, les assiettes sont vides, la salle s’est clairsemée, les quelques amateurs de jazz et autres musiciens sont eux toujours là, près du bar ; oui on peut venir simplement boire un verre. Un moment agréable vient de passer, Serge Moulinier est content il trouve qu’il y a eu de l’écoute ; Thierry – auteur de ces belles photos – confirme, quelquefois le public n’applaudit même pas à la fin des morceaux…

En repartant un dernier petit plaisir mais visuel cette fois, à Bordeaux on a la Bourse ET la vie.

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Texte : Philippe Desmond. Photos : Thierry Dubuc (sauf palais de la Bourse par PhD)