Loïc Cavadore trio invite Sonia Nédelec ; du travail d’artistes

Par Philippe Desmond, photos Alain Pelletier.

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Les « Jeudis du Jazz » pour leur septième saison sont devenus un rendez-vous apprécié dans le Créonnais et au-delà. On parlerait presque d’habitude les concernant. Justement ces habitudes elles ne doivent pas s’installer dans le monde culturel et musical en particulier. Le programme de ce soir va être la parfaite illustration de ce qu’est un vrai travail d’artistes, avec ses prises de risques et ses mises en danger, loin d’une routine facile mais ennuyeuse à la longue.
Loïc Cavadore a eu carte blanche pour ce concert ; il a même eu page blanche ; il lui a été proposé une création pour l’occasion. La voie qu’il a choisie, celle de reprises de morceaux et chansons connus peut ainsi paraître hors sujet, la réalité est toute autre, il s’agit bien d’une vraie création de jazz, d’un spectacle complet et cohérent. Mais cela personne ne le sait avant le concert, ça va être la surprise.
Le public est un peu plus lent à arriver que d’ordinaire – mais il sera là – ce qui permet de déguster tranquillement le vin du jour du château Couteau ; un fait exprès pour cette soirée qui va couper les habitudes ? Assiettes de tapas, pâtisseries préparés par les bénévoles de Larural tout est là pour passer une bonne soirée.
Loïc Cavadore s’installe au piano, Nolwenn Leizour à la contrebasse et Simon Pourbaix à la batterie ; Sonia Nédelec l’invitée du trio les rejoint très élégante dans sa drôle de robe en corolle.

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L’intro de Simon aux mailloches ne permet pas de deviner le premier titre qui va au fil du phrasé de Sonia se laisser découvrir ; oui nous entendons bien « I’m Only Sleeping » des Beatles mais déjà le ton est donné, ce n’est pas une reprise c’est une interprétation au vrai sens du terme.
La contrebasse profonde de Nolwenn Leizour lance « Scarborough Fair » de Simon & Garfunkel chantée subtilement pas Sonia sous les gouttelettes de piano de Loïc et le drumming toujours enthousiaste de Simon, encore tout en retenue avant le final surprenant en climax de cette si jolie ballade. Superbe adaptation avec cette liberté qu’offre le jazz.

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On commence à comprendre la thématique du spectacle, de la pop tordue en jazz ; tu parles ! Voilà Brel qui déboule en attendant sa « Madeleine » qui ne viendra pas ; Sonia et le trio vont s’appliquer à traduire l’anxiété de l’attente dans un affolement complet du tempo qui passe du be-bop au hard-bop pour finir dans une déstructuration totale. La Madeleine est en miettes. Il me remonte alors à la mémoire ce concert de Brel vu en 1967 ici à Créon lors d’une Fête de la Rosière…
Voilà maintenant « Manon » ce joyau de Gainsbourg dans une interprétation sensible et émouvante, Simon aux baguettes s’y révélant explosif dans un développement surprenant du thème. Que de créativité des musiciens sur ces thèmes qu’on pourrait croire figés !

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Le titre suivant n’est pas connu du grand public mais c’est un morceau fétiche de Loïc Cavadore qui le propose souvent, « Bebe » d’Hermeto Pascual, une bossa nova qui va virer à la samba en passant par un superbe chorus de Nolwenn Leizour. Quel talent et quelle présence, la blondeur de ses cheveux et de sa contrebasse sur ce fond de rideau rouge.

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Le dernier titre du premier set, joué en trio, est une composition de Loïc Cavadore « Le Joueur de Flûte » écrite pour une pièce de théâtre. Une mélodie très riche qu’il développe subtilement au piano.
Curieusement une partie du public a l’air un peu désarçonné par ce qu’il a entendu avec – toujours ici – une écoute très attentive. C’est vrai que le groupe n’a pas choisi la facilité à une époque où nous sommes inondés de reprises édulcorées ou sans plus d’intérêts que les originaux, chantées – et non interprétées – par des vedettes en mal de vente de disques ou des chantailleurs de télé-crochets… Une autre partie du public, dont je fais partie, adore.

Le second set ne va pas ménager ses surprises, à commencer par une version d’un autre monde de « Modern Love » de David Bowie ; il a dû se régaler de là-haut. Une version qui après un départ truffé de breaks monumentaux vire au concerto ! « Ah si j’avais eu un vrai piano ! » me dira Loïc, lui qui a une formation classique et qui, en soliste virtuose qu’il est, épate même ses musiciens, son développement n’étant pas écrit et changeant à chaque fois me dira Nolwenn. Le tempo insistant de la grosse caisse le ramène sur terre, le thème revient, Sonia le reprend, c’est superbe.

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Climat poétique avec un titre de Nick Drake artiste peu connu disparu jeune dans les années 70. Sonia Nédelec y est à son aise, elle fait preuve de douceur et de délicatesse.

Une pluie de perles au piano introduit « Summer Soft » de Stevie Wonder, cette si belle chanson aux variations de tonalités caractéristiques. Et là devinez quoi, on enchaîne sur un titre de Pierre Perret, un des plus émouvants « Lily » avec des accords de piano que ne renierait pas Corea ; expressivité de Sonia, un choix osé, un choix réussi.

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Dernier titre avec « Al Otro Lado Del Rio » hommage au Che et une prise de risque absolue de Sonia Nédelec qui sans micro et a cappella enveloppe la salle de sa voix.

En rappel l’atmosphère se détend avec le petit bijou de Juliette « Tu Ronfles » lancé par une intro incroyable et amusante de Nolwenn Leizour à l’archet ; sa contrebasse respire, souffle, ronfle, s’ébroue !

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Prise de risque est l’expression qui revient dans les commentaires élogieux de fin de concert, merci à ces organisateurs et à ces artistes d’en prendre ainsi. C’était la première de ce spectacle, il y a des réglages à faire avouent les musiciens – « On a essayé de faire rentrer des ronds dans des carrés » lance Loïc – mais le niveau musical et artistique est déjà au dessus de bien des propositions actuelles.

Prochain « Jeudi du Jazz » en octobre avec des surprises nous a alléché Serge Moulinier…

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Rappel : Loïc Cavadore trio au Molly Malone’s

Par Philippe Desmond (désolé pas de vrai photographe avec moi…)

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La chronique récapitulant une année d’Action Jazz a obtenu un succès phénoménal, alors comme le font nos artistes préférés vous avez droit à un rappel, un « encore » comme disent nos amis américains.

Après les agapes païennes de ce long week-end et la frénésie de ces fêtes il fallait finir en douceur alors quoi de mieux que le Molly Malone’s le pub irlandais du quai des Chartrons qui chaque dimanche soir propose de 18 heures 30 à 21 heures un concert souvent dans un registre plutôt cool. Pour les fatigués du foie – qui moi ? – les parfums de fish and chips ou la simple vue des hamburgers géants sont un peu moins cool, mais après tout on est dans un pub pas chez un marchand de sushis.

La musicienne Rachael Magidson qui s’occupe de la programmation a choisi ce soir le trio du pianiste Loïc Cavadore. Ça tombe très bien car la Gazette Bleue de mars parlera de son premier album « Andantino » que nous avons eu la chance d’écouter et qui est très réussi ; c’est ainsi l’occasion de voir ça en live.

Christophe Jodet est à la contrebasse comme sur l’album mais le batteur Didier Ottaviani étant en vacances – et oui musicien c’est un métier pour ceux qui l’ignorent encore et ils ont le droit eux aussi de prendre des congés – c’est Simon Pourbaix qui le remplace. Ceux qui connaissent ces deux excellents batteurs imaginent déjà le contraste entre le stoïque et élégant Didier et l’exubérant et expressif Simon…

Loïc Cavadore n’est pas le plus connu des pianistes locaux et bien c’est très dommage car il est excellent. Bien servi par un piano certes électrique mais surtout très bien sonorisé, il va nous faire admirer un toucher d’une grande délicatesse, intimiste parfois mais aussi capable de changements de cadence avec un bon groove ou des couleurs orientales. Il a une formation de pianiste classique, ça s’entend et ça se voit quand on a la chance d’être juste à côté de ses mains. Une vraie confirmation pour ma part après la découverte de ses capacités sur le CD.

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Simon Pourbaix toujours aussi jovial va lui aussi jouer le plus souvent en retenue, ne sachant pas où mettre ses grandes jambes et ses grands bras dans le minuscule coin qui lui est réservé. Il nous fait une prestation remarquable d’inventivité avec des rim shots ou des cross-sticks bien sentis (je frime un peu depuis que je me suis mis à la batterie), des caresses à ses cymbales en profitant quand-même lors de montées en tempo et en volume pour lâcher les chevaux qu’il a sous le capot. Un régal dans son rôle de doublure

Derrière, et oui, dur métier, un contrebassiste c’est toujours derrière, Christophe Jodet  nous fait partager sa musicalité caractéristique au service d’une rythmique impeccable et nous offre quelques chorus bien sympathiques. Avez-vous vu à ce propos ce dessin qui circule sur le net où l’on voit un délinquant entre un contrebassiste et un policier, ce dernier répondant au musicien qui lui demande s’il a parlé « oui, pendant un chorus de contrebasse tout le monde parle » ! Bien injuste et vacharde cette vilaine blague pour ces piliers de l’édifice musical jazz.

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Le répertoire varié passe entre-autres du mélodieux « Bebê » du brésilien Hermeto Pascoal au groovant « The Jody Grind » d’Horace Silver, en passant par un arrangement par Loïc de « Andantino » de Katchaturian (mais si vous connaissez, Gainsbourg l’a piqué pour son « Charlotte for Ever ») ou une version émouvante du « Life On Mars » de David Bowie. Chaque fois le trio prend son temps et en parfaite harmonie développe les thèmes, Loïc Cavadore s’amusant à les entraîner vers de fausses fins. Du beau boulot, idéal pour cette soirée d’entre fêtes qui malgré quelques craintes de l’organisatrice a fait se déplacer pas mal de personnes. Elles ont eu raison ! Quelques figures locales du jazz présentes pour soutenir les collègues, c’est aussi bien sympa.

Voilà les amis, le concert 2015 est terminé, « bon bout d’an » comme on dit en Provence (prononcer bon boudin !) et à l’année prochaine ! Allez, une tisane et au lit.

Un jeudi soir à Bordeaux…

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Le printemps pointe son nez en cette douce journée de mars, la soirée approche, mes proches m’interrogent « tu ne vas pas au Tunnel ce soir ? ». Et oui c’est jeudi et le jeudi c’est Tunnel, la cave de jazz de l’Artigiano Mangiatutto l’excellent restaurant italien de la rue des Ayres. Le problème c’est que ce soir comme tous les jeudis soirs aussi il y a un groupe au Caillou du Jardin Botanique à la Bastide et l’affiche est sympa. Mais il y a un autre problème. De l’autre côté du fleuve le Comptoir du jazz renaissant propose lui aussi une affiche intéressante…
Où aller, il y a d’excellents musiciens partout. Question difficile. Je vais prendre un joker Jean-Pierre, je téléphone à un ami : «Allo Thierry ? bla bla bla… bon on fait comme ça, à tout de suite ». Réponse C : je vais aux trois, c’est mon dernier mot !
20h30, les alentours du Caillou (entrée gratuite, bar, restaurant) sont très calmes, la fac voisine est bien sûr fermée à cette heure-là et il n’y a aucune activité dans le quartier. Pour garer sa voiture pas de problème, ça compte. Et comme en plus je suis à moto ! Quelques notes sortent de cette forme bizarre en forme de…caillou. Je rentre doucement, dans le restaurant quelques personnes attablées et d’autres sirotant un verre, l’ambiance est cosy, sereine, cool.
Un excellent trio est à l’ouvrage. Le trompettiste Mickaël Chevalier joue avec Hervé Saint-Guirons à l’orgue et Simon Pourbaix à la batterie. Au programme un hommage à Clifford Brown le trompettiste compositeur tragiquement disparu dans un accident de voiture en 1956 à moins de 26 ans. Du Bebop et du Hardbop, une trompette volubile, un orgue velouté et une batterie contrastée, le ton est donné. On voit la musique se faire, les musiciens sont à côté de nous et ça c’est une vraie chance. Les chorus s’enchaînent, un coup d’œil, un signe de tête on se comprend c’est du jazz. Dernier titre du premier set, le trio invite le tout jeune Alex Aguilera qui va prendre un magnifique chorus à la flûte ; très prometteur. Mon verre est fini, Thierry a pris quelques photos, c’est la pause, on discute un peu avec les musiciens et on file.
22 h, le quai de Paludate est encore calme, il est trop tôt pour les discothèques. Au Comptoir du Jazz (entrée 5€, bar) pas trop de monde, pourtant le sextet présent est de grande qualité. Shekinah Rodriguez (sa, ss) est entourée de Raphaël Mateu (tr), Sébastien Arruti (tb), Jean-Christophe Jacques (st, ss), Guillermo Roatta (dr) et Olvier Gatto (cb, arrangements et direction musicale), que des très bons. Sur la scène exiguë et mal fichue du lieu ils sont un peu serrés d’autant que Sébastien a un physique de première ligne – basque bien sûr – les cuivres sont devant et les deux autres cachés derrière au fond. Alain et Irène Piarou sont là, en effet Action Jazz se doit de prendre contact avec la nouvelle direction du Comptoir duquel le jazz avait un peu disparu ces derniers temps. Sur scène le sextet rend hommage au Duke…sans piano. Petit à petit les gens arrivent.

« C jam blues », le délicat « «In a sentimental mood » le morceau de jazz préféré de Shekinah, bien sûr « Caravan » réarrangé par Olivier Gatto avec notamment des contrepoints bien sentis en soutien de chaque chorus de cuivres. Les deux sax se répondent, la trompette chante et le trombone gronde ; derrière ça tient le tout comme la colonne vertébrale Là aussi connivence entre les musiciens, applaudissements réciproques lors de tentatives osées ; ils cherchent, ils trouvent, ils nous régalent. Mais le temps passe, arrive la pause. Thierry reste là, il n’a pas fini ses photos – c’est un perfectionniste – pour moi direction centre-ville.

23h30 au Tunnel (entrée gratuite, bar) où ce soir c’est la jam mensuelle. Le maître du lieu est Gianfranco et le responsable musical en est Roger Biwandu, pas moins. D’octobre à fin avril c’est le rendez-vous incontournable des amateurs de jazz. Ce soir autour de Roger aux baguettes, François Mary à la contrebasse et Stéphane Mazurier au clavier Rhodes (instrument à demeure et obligatoire !). L’originalité du Tunnel c’est autour d’une rythmique habituelle la « Dream Factory » Roger toujours, Nolwenn Leizour à la contrebasse et Hervé Saint Guirons au Rhodes en général, la présence d’un invité ou deux différents chaque jeudi à partir de 21h30. Mais ce soir donc c’est jam. Quand j’arrive dans la cave pleine à craquer le trio a été rejoint par Dave Blenkhorn, Yann Pénichou et leurs guitares ; il me faut quelques instants pour reconnaître le morceau soumis à la douce torture des improvisations. Ça groove grave, la voute de la cave en tremble, mais oui bien sûr voilà le thème qui revient imperceptiblement, ils sont partis dans tous les sens – pas tant que ça – et ils sont en train de retomber sur leurs pieds ; c’est « Watermelon Man » du grand Herbie Hancock. Le saxophoniste Alex Golino est là mais sans son instrument, pour le plaisir de voir et entendre les copains. Changement de guitariste, Roger appelle le jeune Thomas encore élève au conservatoire. Il s’en tire très bien les autres le félicitent ; pas par complaisance, le mois dernier un pianiste un peu juste s’est fait virer au beau milieu d’un morceau… Roger rappelle Dave Blenkhorn pour un titre dont ce dernier ne se souvient pas. Je suis juste à côté de lui et j’entends Yann Pénichou lui chantonner brièvement le thème. Trente secondes plus tard Dave mène la danse parfaitement… Il est minuit trente, le set s’achève devant un public ravi.

Voilà donc un jeudi soir passionnant de jazz à Bordeaux ; des endroits accueillants, des musiciens remarquables, des amateurs comblés. La scène jazz de Bordeaux est en plein renouveau et ça c’est vraiment une bonne nouvelle. Pour savoir ce qui se passe, suivez www.actionjazz.fr sa page et son groupe Facebook, les pages FB des artistes ou des lieux cités, ou le groupe FB « qui joue où et quand ? ». Sortez écouter en live tous ces beaux artistes, ils n’attendent que ça et ils méritent votre présence. Nous avons de vrais pros à Bordeaux soutenons les, ce n’est que du plaisir !

Allez il faut rentrer, thanks God, tomorrow it’s Friday mais y’a aussi école. Place à la musique des échappements…

Philippe Desmond ; photos : Caillou et Comptoir Thierry Dubuc, Tunnel PhD

LAC Quartet hier soir au Caillou du Jardin Botanique (Bordeaux)

LAC QUARTET AU CAILLOU 26 06 14

Le Caillou du Jardin Botanique est vraiment devenu un lieu incontournable pour qui aime les jazz multiples à Bordeaux. Des plus calmes aux plus free (le Mercredi soir), la programmation est très inspirée et détecte les jazz qui caressent, ceux qui décoiffent ou ceux qui groovent. Bref, la pulse d’aujourd’hui le passionne et interpelle en son antre, d’ insatiables fans, en quête de nourriture ternaire sans cesse renouvelée. Le cadre de ce lieu est très agréable et on s’y s’attache. Vraie clairière de verdure à deux pas de la Garonne, dont on sentait le souffle, et accueil aimable et attentif réservé à chacun par l’équipe.

Hier soir, ce fût donc un réel plaisir de s’y retrouver entre joyeux amis jazz, tous accrochés à la musique et au bien vivre, pour y prendre quelques collations et rafraîchissements mais aussi, et surtout, pour y assister à un concert de musiciens qu’on aime déjà dans d’autres formations et que l’on découvrait là au sein du LAC Quartet.

Sur fond d’un magnifique coucher de soleil estival, François-Marie Moreau (sax, clarinette basse) et Thomas Saint-Laurent (guitare) offraient quelques unes de leurs compositions faites d’un jazz moderne et vivifiant. Une composition de Herbie Hancock a aussi été reprise vers la fin du set. Ca bouge et l’on est emporté ! Les phrases de sax vous tirent vers l’horizon, on s’imagine un grand lac, ou la mer, et nous voici penchés au bord d’un beau voilier,  les embruns nous fouettant le visage. Des instants plus intérieurs sont aussi confessés, quand c’est la clarinette basse qui nous parle tout bas. Quel plaisir aussi de retrouver la guitare à tête chercheuse d’un Thomas Saint-Laurent visiblement très à son aise dans ce groupe, un son ample et élégant, générosité des chorus au son certes moins hirsute que chez reQ (que l’on aime beaucoup!), mais gagnant en profondeur boisée, et de petits finaux bien électriques, presque imperceptibles qui aguichent les oreilles. C’est la première fois que je voyais Nolwenn Leizour et Simon Pourbaix associer leurs alchimies rythmiques. Sous le couvert de sourires complices échangés, ils ont offert au groupe un remarquable pacte vertébral, garant de ses envolées éclairées. Nolwenn allie finesse et précision dans un jeu qui sait dompter les basses, et aligner de succulentes promenades aiguës. Comme elle nous le confiait récemment « j’adore jouer un bon walking bass ». Quant’ à Simon, c’est un batteur caméléon qui sait adapter sa belle technique aux divers univers musicaux auxquels il est de plus en plus convié. Batteur puissant et défricheur, il a hier soir joué plus dans une sorte « groove » élégant et délicat. Groove car la puissance était là, mais comme canalisée dans la retenue du « non joué », par moment, il ne faisait que suggérer ce qu’il aurait pu jouer, et créait ainsi très subtilement le rythme par son absence ponctuelle. C’était à nous de combler l’espace vacant. Et élégant et délicat car son jeu de cymbales nous a tous conquis par l’à-propos de ses scintillements, devenus indispensables au son d’ensemble. Un très beau groupe à suivre de très près.

Et une bien belle soirée à revivre au plus vite ! Un grand merci au LAC Quartet et au Caillou du Jardin Botanique !

Par Dom Imonk – Le 27/06/2014

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LAC Quartet, le 26/06/2014 au Caillou – Photo © Philippe DESMOND