Se trata solo de vivir …

Par Annie Robert, Photos : Lydia de Mandrala

Chroniques Marciennes  # 3
Marciac 1er Août  2016

« Se trata solo de vivir…. »

Baptiste Trotigon  / Minino Garay

Sur la grande scène, Ibrahim Maalouf  et Stéphane Belmondo sont aux manettes, c’est la soirée des trompettes, (ça rime).

I. Maalouf

I. Maalouf

Pas une place de libre, pas une marche inoccupée, les parkings débordent, le chapiteau est gonflé comme une voile démesurée, on ne mettra pas un souffle de plus, pas une attente supplémentaire. Dense, à bloc, prêt à exploser, électrique.

Stéphane Belmondo

Stéphane Belmondo

Devant la foule, et un spectacle déjà dégusté par les chroniqueurs d’Action Jazz (voir sur le blog  les deux chroniques) la salle de la Strada va offrir son petit écrin plus  calme et la découverte gustative de « Chimichurri », la collaboration intime de deux musiciens de haut vol.
Baptiste Trotignon est au piano et l’argentin Minino Garay aux percussions. Il n’y a vraiment pas à regretter d’être là !!!
Deux continents, deux styles, deux cultures, deux âges et un tissage d’une facilité sereine. La soie et le brocard, la jute et le fil entrelacés grâce à la  chatoyance de l’amitié visible qui règne entre eux, leurs connaissances mutuelles de la musique de l’autre, leur habileté à se glisser dans son univers.
À deux et ensemble, ils vont magnifier la scène.
Minino Garay a sûrement dû, lorsqu’il était enfant, s’amuser à frapper sur tout ce qui pouvait donner un son, des bassines  aux coquilles de noix, des troncs d’arbres aux  poignées de portes. Devant lui, outre un cajon, un tambour, un pad et une petite cymbale, des «  bidules sonores » en tout genre : grelots, triangles, bouts de bois, maracas, coquillages  et j’en oublie…. La voix, le souffle, le scat se rajoute. La danse aussi. Tout est rythme pour ce bonhomme enjoué. Il fait d’un rien un objet vibrant. (Tiens un triangle ça peut servir à  quelque chose ? )  Il commencera d’ailleurs le concert sur sa chemise ouverte par des percussions corporelles. Il est une construction sonore, à lui tout seul, vivante, vitale et pourtant recherchée. Pas une fois, il ne reproduira le même schéma.
De Baptiste Trotignon, son complice, on connaît la virtuosité discrète et pas tape à l’œil, la couleur sur le fil du rasoir du romantisme et du jazz et  sa puissance d’évocation.  Mais le voici qui réinvente Carlos Gardel, les syncopes afro-cubaines, qui chante, qui passe au soutien  rythmique d’une main, aux maracas de  l’autre…  L’Argentine a un nouvel enfant amusé et joyeux !!  Epatés et bluffés, on en reste pantois.
Le discours musical des deux artistes se déploie, s’enfle et se mélange. On sent toute la flamme du propos, son énergie animale et inquiète, mais aussi sa gaîté, son envie d’envol. C’est bourré d’idées et de retournements.
Les mots en espagnol y ajoutent leur nostalgie profonde et leur séduction poétique.
De «  Song, song, song » écrit par B. Trotignon à «  Pérégrinations »  un traditionnel argentin, on saute d’un tango langoureux et sensuel à un délicat morceau de Mac Cartney. Parfois plusieurs morceaux s’en vont glissant, tuilés sans se faire voir, comme des passages insensibles d’un continent à l’autre. Parfois ça s’entrechoque et ça se percute pour faire jaillir des étincelles, la promesse du feu qui réchauffe. Trois rappels et des salves d’applaudissements.
«  Solo se trata de vivir ». C’est cela, exactement :  il s’agit juste de vivre, de vivre fort et simplement, de façon ardente et ouverte.
Ca urge, dans le piano, dans les percus.
Ca urge tout court.
«  Solo se trata de vivir ». La musique est un pont, un lien, un étai, un possible, des boutons de vie. Ces deux-là ont fait le nécessaire ce soir pour qu’on n’en perde pas un instant. Ils se sont bien trouvés et nous avec.

Dégustation de jazz

Par Philippe Desmond

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Le Saint-Émilion Jazz Festival est un très bel événement, il se déroule dans un cadre et des endroits merveilleux, le breuvage y est légendaire et les artistes présents toujours de grande qualité. C’est un festival de très haute tenue. Tout y est soigné, la communication, la signalisation, les uniformes des bénévoles avec une charte graphique bien voyante mais très élégante. Quelques témoignages – et leurs sourires – de bénévoles confirment la qualité et le bon esprit de l’organisation. Ces bénévoles nombreux et efficace sans qui rien ne se passerait.

A la lecture de la liste des partenaires, amis et mécènes on a vite fait de comprendre qu’ici on ne fait pas les choses à moitié. Ces personnes on se doit donc de les gâter, de les remercier, de les associer ce qui nous amène à l’objet de cette chronique, la Dégustation musicale.

Celle du samedi s’intitulait « Si votre vin était une musique… Racontez-nous. ». Ainsi, le Conseil des Vins de Saint-Émilion accueillait partenaires et public – payant – dans la belle salle des Dominicains autour du piano – un Steinway and Sons, long comme une Jaguar type E – d’Eric Legnini le pianiste de jazz belge. Le principe, une dégustation de huit grands crus classés accompagnée des commentaires d’un œnologue, chaque propriétaire venant présenter son vin en y associant une musique interprétée par Eric Legnini.

Tables rondes dressées, huit verres par personnes, une assiette de fromage et le concert peut commencer. Concert ? Pas vraiment.

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Le jazz est quand même mis à l’honneur dès le début avec l’intronisation par la Jurade de China Moses, Eric Légnini et Stéphane Belmondo qui la veille a ouvert de sa trompette le festival du haut de la Tour du Roy. Moment solennel, rite immuable, on est à Saint-Émilion, terre de tradition et c’est très bien ainsi.

Et donc vont se succéder, présentations, dégustations et illustrations musicales de vins magnifiques. Un piano seul aussi beau soit-il dans une salle immense, on est plus près du piano bar (à vins) que du récital et la musique reste ici relativement en retrait. Au répertoire, Etta James, Nina Simone, Duke et son « in a sentimental mood », la BO de Whiplash… Eric Légnini remarquable pianiste s’est vu rejoindre deux fois par Stéphane Belmondo, les deux nouveaux membres de la Jurade arborant leur écharpe d’impétrant. De jolis moments intimistes.

Au fil de l’après-midi, des conversations qui deviennent de plus en plus enjouées, un niveau sonore qui monte, comme la chaleur de la salle, mais heureusement des vins servis à la température idéale.

Evénement mondain plus que musical, passage obligé pour le rayonnement du festival qui lui se déroule vraiment pour les amateurs dans le parc Guadet voisin, dans une ambiance et une douceur incomparables, mais on en reparlera.