Daniel Erdmann’s Velvet Revolution Melle 18/02/2017

Par Stéphane Boyancier

La première date de la tournée du projet Velvet Revolution de Daniel Erdmann, accompagné de Théo Ceccaldi (violon et alto) et  Jim Hart (vibraphone),  se jouait à Melle (Deux Sèvres) le samedi 18 février 2017. Ce trio international investit Le Café du Boulevard où l’association Les Arts en Boule organise des concerts jazz ou musiques du monde depuis une quinzaine d’année. C’est un lieu qui pourrait être un compromis entre La Belle Lurette de Saint Macaire pour l’aspect musical et Le Samovar du quartier Saint Michel à Bordeaux pour son côté alternatif et militant. Le lieu n’est pas inconnu pour Daniel Erdmann puisqu’il y a joué avec un autre de ses groupes, à savoir Das Kapital. A noter que l’association organise aussi un festival en juillet sur plusieurs jours.

On mesure la chance que l’on a d’assister à ce concert dans un lieu intime où la convivialité règne, l’assistance est multi-générationnelle, mais à coup sûr passionnée de jazz et de musiques en général. L’écoute de l’album est un mélange de légèreté et de mélancolie et on s’attend à baigner dans cette atmosphère.

Cependant le set commence par une mise en place un peu free jazz des trois compères et l’on voit poindre au bout de quelques minutes le chaleureux son du saxophone de « Les agnettes » (du nom d’une station de métro de la ligne 13 où Daniel Erdmann à l’habitude de descendre lorsqu’il va répéter avec Christophe Marguet). Le groupe nous livre ensuite « A short moment of zero g » nous laissant en apesanteur. Théo Ceccaldi, fidèle à lui-même est totalement habité par son instrument et n’a de cesse de nous amener vers différents paysages, à la fois bucolique lorsqu’il utilise son archet comme sur le titre « Velvet Revolution », ou plus orageux quand il joue de son alto à la façon d’une guitare sur « Infinity Kicks in » allant même jusqu’à casser deux cordes sur quatre. Quant à Jim Hart, il nous offre des sonorités douces grâce à un archet de confection artisanale, fait d’un cintre et de crin tendu entre les deux extrémités, qu’il vient frotter sur les lames de son vibraphone. Le premier set se termine au bout de 45 minutes environ et il est temps pour Théo Ceccaldi de remettre son alto en état pour la suite.

Le second set nous offre pour débuter des sons inédits de vibraphone. En effet, Jim Hart accroche à certaines lames des petites pinces à clips destinées initialement à rassembler des documents entre eux mais qui ici donnent  une résonance particulière à son instrument. De nombreux solos ponctuent le concert laissant découvrir l’univers de chaque membre du trio, déluge de notes cristallines sur « Try to run ». Quant au titre «Les frigos » il laisse Théo Ceccaldi nous envelopper dans une cocon de douceur où vient naître le sax ténor de Daniel Erdmann. L’aspect quelque peu dansant de « Still a rat » donne l’occasion aux musiciens de laisser libre court à leur inspirations et on découvre un Daniel Erdmann qui paraît se déhancher comme Emile Parisien peut le faire lors de ses prestations. Le concert se termine sur le premier titre de l’album « A pair of lost kites hurrying towards heaven » que l’on a bien sûr envie d’écouter en boucle après la prestation de ces trois virtuoses. Ce morceau est d’une légèreté invraisemblable et aussi une sorte de concentré de l’album mais la version live laisse des parties de liberté aux musiciens qui nous donnent envie de les revoir très vite dans leurs projets parallèles.

Les habitants de la région bordelaise pourront  revoir Théo Ceccaldi au Théâtre des Quatre Saisons de Gradignan en avril, ou avec Joëlle Léandre en mai à Toulouse, Daniel Erdmann à Eymet ou à Uzeste avec son groupe Das Kapital… encore de belles soirées en perspective !!

Stéphane Boyancier

Association Les Arts en Boule http://aeb.ouvaton.org/

Le Café du Boulevard www.lecafeduboulevard.com

Daniel Erdmann www.daniel-erdmann.com

Théo Ceccaldi www.tricollectif.fr

Jim Hart www.jimhart.co.uk

Sylvain Darrifourcq In Love With – Le Off Monsaguel 29/10/16

In love with Monsaguel

Par Stéphane Boyancier (Texte et photos)

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L’association Maquiz’Art propose un festival se déroulant du mois d’octobre 2016 à mai 2017 à Eymet en Dordogne. La deuxième soirée de cette programmation se déroule le samedi 29 octobre 2016 à Monsaguel (environ 20 km du lieu habituel des spectacles). Initiative de la mairie du village afin de développer la culture en milieu rural et ce, à titre d’essai, mais  la main du maire est tendue à l’organisateur afin de renouveler l’expérience dans les années à venir. Des festivals, plus près de la région bordelaise, sont déjà dans cette démarche d’investir les communes limitrophes de leur site d’implantation initial comme les Nuits Atypiques de Langon ou Uzeste Musical.

Le Tricollectif est un vivier de musiciens de la région parisienne dont le trio présent ce soir est issu. Il s’agit de In Love With composé de Sylvain Darrifourcq (batterie et percussion), Théo Ceccaldi (violon alto) et son frère Valentin Ceccaldi (violoncelle).

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Après une courte présentation du groupe, les frères Ceccaldi lancent le set avec un motif répétitif et saccadé qui donne déjà l’atmosphère dans laquelle on va baigner. Sylvain Darrifourcq les rejoint par des touchers de cymbales d’abord doux, qui vont s’intensifier par la suite. Les coups de baguettes pleuvent sur tous les fûts de son instrument. Le jeu de tous les musiciens devient obsédant, ça arrive de tous les côtés, les cordes sont sous tension, la rythmique est endiablée, complexe et soudain tout s’arrête et un jeu léger de violon fait surface pour finir ce morceau nommé, non sans humour « Bien peigné en toute occasion ». Valentin Ceccaldi débute le morceau suivant tout en douceur, le batteur utilise des balais pour des touches très légères alors que Théo Ceccaldi crée des petits sons à la frontière entre le minimalisme électronique et le silence. Place ensuite à un moment d’une intensité folle où les musiciens sont totalement possédés par leur instrument, improvisation ou pas, les musiciens nous font ressentir un espace de liberté dans lequel ils évoluent en toute quiétude pour se retrouver ensemble dans des sphères plus communes pour ensuite les déstructurer une nouvelle fois. A cet instant le jeu du violoncelle rappelle les collaborations du regretté Tom Cora avec le groupe hollandais The Ex, l’énergie du punk du début des années 90 et la fragilité du jeu sur les cordes de l’instrument est bouleversant. Des touches répétitives, obsédantes nous conduisent vers un morceau assez industriel dû au jeu de percussion très sec et métallique auquel se joignent des sons de violons lourds et sombres. Théo Ceccaldi est tel une rock star, maniant son archet comme un guitar hero, ne tenant pas en place sur son côté de scène. Quant à Valentin Ceccaldi, il délivre des sons mélancoliques venant tempérer la fureur de ses deux camarades. Ca cogne, ça frappe, ça frotte, ça vibre, ça pince, ça racle de tous les côtés. Sylvain Darrifourcq utilise des objets divers pour venir frapper sa batterie, y compris un cintre, démonte sa cymbale de charleston pour la frotter sur son tom basse, un son unique en sort alors, un genre de bruit d’usine métallurgique. Le public est entièrement capté par ce répertoire et l’émotion est palpable à la fois parmi l’audience et par les musiciens. Le set se déroule sans pause, les morceaux se succèdent comme une pièce unique. Un ensemble complexe, varié, rempli de sensations à la fois gaies, tristes, angoissantes et joyeuses, comme peut l’être la vie amoureuse puisque le répertoire du trio se veut être autour de l’amour.

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Un set d’une petite heure reprenant les titres de leur album, trop court au goût de beaucoup mais l’émotion transportée par cette musique la rend tellement intemporelle, on raisonne plus au ressenti qu’au nombre de morceaux. La soirée se finit dans le hall de la salle en discutant autour d’un verre, moment de partage, d’échanges ou chacun peut transmettre ses sensations aux musiciens en toute liberté.

Les bordelais auront la chance de revoir des membres du TriCollectif en avril 2017 au Théâtre des Quatre Saisons de Gradignan, juste avant le trio de souffleurs « Journal Intime »  et de revenir à Eymet écouter Das Kapital le samedi 22 avril 2017.

Stéphane Boyancier

http://www.maquizart.com/

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JAZZ [at] BOTANIC (4) Toons/Lee Konitz-Dan Tepfer/Alexandra Grimal trio

Dimanche 27 juillet 2014 – Écrit par Dom Imonk

Gros passage d’ovni hier soir au Caillou ! Toons ! Même si on avait déjà été enthousiasmé par le « Can you Smile ? » (ayler records) du Théo Ceccaldi trio + 1, avec en guest la géniale Joëlle Léandre, même si l’album « 7 nains » (Tricollectif) de Toons, avait été encensé par la critique, on ne pouvait pas s’attendre à une telle bombe sur scène. En moins d’une heure, ces cinq musiciens d’exception nous ont carrément assujettis à leurs délires sonores, en mouvement constant, et de manière durable dans nos esprit. Le concept de l’album, déroulé sur scène hier soir, ce sont les 7 nains, et la question du soir, mais où est Blanche Neige ? Peut-être, comme le supposait un illustre acteur du jazz local, « dans le rappel non réclamé par le public », lequel était clairsemé et pas très énervé, il faut bien le dire. Quel dommage ! Il reste l’album, mais ce n’est pas pareil. En live, la musique est presque indescriptible. L’album est joué d’une seule traite, et les divers climats correspondent à chacun des nains. Les Toons se définissent comme « mi-figue, mi-punk », mais il y a de ça. On aborde tout, par bribes, éclairs, ou citations instantanées, dans une sorte de « télurie » réjouissante et inventive. Presque tout y passe, du jazz, même le plus ancien, au post-rock, en passant par le rock progressif, la fusion, le jazz-rock, le bruitisme, le contemporain même….C’est fou, fulgurant, incroyablement bien-maitrisé, pas question de perdre pied, surtout dans les plus brûlants des paroxismes, là où tout semble s’affoler parce que le groove devient époustouflant, presque comme le réacteur d’une navette spatiale. Je grossis à dessein le trait, mais c’est très près de ça. Les musiciens sont tous d’un très haut niveau et sont très à même de maîtriser un tel bolide, fait pour le futur. Théo Ceccaldi au violon, et son frère Valentin, compositeur de cette pièce, bassiste et violoncelliste, sont aux commandes. Les autres membres de cette équipe de « cosmiques » furieux livrent aussi un travail considérable. Gabriel Lemaire excelle aux saxes (alto et baryton) et à une  petite clarinette basse (je n’en connais pas le nom), on pressent chez Guillaume Aknine, la « patte » de ces grands guitaristes français chercheurs de sons et de « soundscape » (Max Delpierre, Gilles Coronado…). Quant’ à Florian Satche, son drumming nous a carrément scotchés, mais c’est vrai que depuis le début de cette première session du festival 2014, nous avons été très gâtés question batteurs ! Toons est un groupe à faire connaître, une belle renommée critique et écrite, c’est déjà bien, mais les programmateurs doivent impérativement se pencher sur eux et les programmer. On ne doit pas laisser dépérir de telles fleurs musicales ! C’est une question de vie ou de mort des idées neuves et de la poésie du futur ! Eux sont dans le vrai, écoutons-les !

Florian Satche Gabriel Lemaire Théo Ceccaldi Toons Valentin Ceccaldi

Le luxe d’un festival, c’est aussi les intermèdes qu’il peut offrir. Ainsi, hier soir, sur la scène du restaurant du Caillou, excusez du peu mais on a pu apercevoir et apprécier Rick Margitza (sax), Peter Giron (ctb), Philippe Gaubert (bat) et le pianiste Dan Tepfer, venu les rejoindre pour faire le bœuf. Et un peu plus tard, comme la veille, le duo Lee Konitz/Dan Tepfer pour trois morceaux, en guise de répétition pour le concert de ce soir…

Fin de soirée avec le trio d’Alexandra Grimal. Là on est aux antipodes de Toons. Tout est plus intérieur, à la limite du méditatif. Semblant toute frêle derrière son sax ténor énorme, elle parvient néanmoins à livrer de très belles phrases, on ne sait d’où elle puise son souffle, mais il lui vient comme naturellement, et lui permet un discours souvent assez coltranien, à la limite de l’illuminé. Et du souffle, il en faut pour pareilles escapades. Beaucoup d’espace et d’ampleur dans les thèmes abordés, et aussi un côté assez spartiate, mais c’est sain et vivifiant. A ses côtés, deux grands alchimistes des sons, en particulier le remarquable Jozef Dumoulin au piano, dont à mon humble avis le récent « A Fender Rhodes Solo » (BEE JAZZ) est une totale réussite. Et c’est très bizarre mais il m’a semblé retrouver, de manière furtive, les sons du Fender Rhodes dans ceux qu’il parvenait à extraire de son piano, cette manière particulière de frapper ses touches, pour en extraire des sons de bois bruts, comme biaisés, presque tus ou étouffés, proches, en « racine », de ceux de son clavier électrique favori. J’ai aussi pensé à John Cage et ses « pianos préparés », quand il traficotait, en chirurgien sonore, les entrailles offertes de son piano libéré. Jozef Dumoulin fourmille d’idées et l’on m’indiquait que c’est un véritable et insatiable chercheur. Et on aime à le croire. Par la grande variété de sa  palette, il a ainsi offert une contrepartie avant-gardiste aux assertions presque austères d’Alexandra Grimal, mais ça leur a fait du bien. Je disais plus haut que cette première session était riche en batteurs. Alors que dire du grand Dré Pallemaert qui tout au long du set n’a eu de cesse que de relancer et de soutenir ce trio d’une exquise façon ? Il a cette élégante assurance qui pour moi est celle d’une folie intérieure contenue, celle de ceux qui ne livrent pas tout mais se privent de telle ou telle note, pour mieux donner sa chance à la suivante. Folie et pulse retenue, mais admirable drive en toutes circonstances. Très beau trio à suivre absolument !

Alexandra Grimal trio 2 Dré Pallemaerts 3 Jozef Dumoulin

Pour avoir eu la vision, le nez et le courage d’avoir programmé tous ces artistes, depuis le début du festival, ainsi que ceux à venir, il faut vraiment remercier très chaleureusement toute l’équipe du Caillou du Jardin Botanique, et en particulier Benoît Lamarque et Cédric Jeanneaud. C’est très fort ce qu’ils ont fait ! On espère de tout cœur que la 2° session d’Août drainera un lot croissant de fous de ces jazzs là, qu’ils pourront « équilibrer » et percer encore plus, et, surtout, que cette expérience sera renouvelée l’an prochain avec un « ACTE III », et les années suivantes aussi…

Ce soir, il ne faut surtout pas louper Lassere-Le Masson-Duboc et Lee Konitz-Dan Tepfer, c’est la dernière de la session de juillet !

Dom Imonk

Photos © Thierry Dubuc – 2014