Une batteuse…battante !

Par J-M.G., Photos Lydia de Mandrala

Tonnerre de Jazz à Lons                  Anne Paceo

Anne Paceo

Anne Paceo et  ses complices, l’autre soir sur la scène de l’Espace Chambaud  à Lons – plein à craquer d’une foule enthousiaste, c’est à souligner- ont  presque fait apparaître les précédents musiciens invités de Tonnerre de Jazz  comme les représentants d’une autre époque. Un peu, si vous voulez, comme  Charlie Parker reléguant Jerry Roll Morton aux antiquités du jazz. Mais peut-on parler de jazz quand  vous êtes sous l’emprise d’une autre musique  qui offre d’autres sons, d’autres rythmes, une autre atmosphère – chacun disposant pour ce faire  de sa petite boîte électronique. Il résulte des développements musicaux du groupe d’Anne Paceo  dans son exécution de Circles –son dernier disque – un étonnant florilège d’expressions. On se trouve souvent plongé dans une ambiance quasi mystique avec des incantations qui ont souvent des couleurs orientales, jusqu’à celles de la lointaine Birmanie.

Leila Martial

Les expressions  mélodiques de Leila Martial, étonnante de verve et de passion dans ses scats d’une troublante stridence s’associent aux tonalités des saxos  de Christophe Panzani.

Christophe Panzani

Elles ont les mêmes couleurs, celles d’un jazz qui a évolué dans le temps sans perdre totalement  ses racines.  Ils sont bien soutenus  par le claviériste Tony Paeleman  dont les improvisations d’électro-jazz participent  à l’ambiance magique du concert.

Tony Paeleman

Et puis il y a Anne Paceo,  évidemment, qui mène ce joli monde à la baguette de façon subtile ou percutante, selon les thèmes. Très rares sont  les « drummeuses » dans le monde du jazz. Anne, dont on pourrait dire qu’elle est d’abord  une batteuse… battante avant d’être une chanteuse n’a rien à envier aux percussionnistes célèbres qui  écrivent  l’histoire du jazz depuis un siècle. Sauf qu’elle construit son art avec  une touche de féminité pleine de charme…

Anne Paceo Quartet

 

Tonnerre de Jazz # 5 !

par Lydia de Mandrala

Isotope trio

Isotope trio à Billère salle de Lacaze, jeudi 18 février 2016.

Ce sont les lauréats du tremplin jazz 2015 Action Jazz que nous avons souhaité inviter.

Et c’est un trio inusité, peu ouï, cette association guitare, trompette, batterie.

Le leader/parleur, c’est Thomas Boudé, venu tout droit d’Uzeste, où il joue avec Bernard Lubat. Un humoriste qui nous promet d’emblée « on va faire deux sets gagnants ». Puis qui annonce Bigue gencive, une composition de Tom Peyron (le batteur).

Le public rit d’abord, et leur réserve un accueil chaleureux, quoique un peu dans l’attente lors du premier morceau. Long, lent et doux, plein de silences. C’est important ça : ces trois-là s’installent sur la scène sans avoir peur de nous laisser les regarder, ils laissent prendre la sauce sans accélérer.

Cela me laisse le temps de voir que Thomas est un guitariste danseur, toujours en mouvement, monté sur ressorts. Il bouge les jambes en pistons, le torse d’avant en arrière, et sa tête acquiesce, les yeux fermés. Sa guitare rouge plaquée contre lui… il semble parfois skier.

Thomas Boude

Thomas Boude

On s’élance dans Progressive Spirit, un autre morceau de Tom.

La mélodie est portée par le mariage de la guitare et de la trompette d’Olivier Gay.

Quant à moi, dès que la musique commence plus rien n’existe. Et c’est palpable. Mes oreilles m’emportent plus loin que mes yeux. Pour preuve : même au cinéma j’ai toujours conscience d’être dans un lieu relié par des routes à mon ordinaire. Par contre, dans la musique, quel que soit l’endroit où elle se joue, je m’envole, je quitte mon corps et mon quotidien. Et généralement, quand je ressens cela, c’est que la musique est bonne !

Sur la fin du morceau déjà la cohésion du groupe est impeccable, et on est dans leurs couleurs.

Vient ensuite Package (composition de Tom).

Tom Pyeron

Tom Pyeron

La mélodie vient de la trompette qui raconte l’histoire, la batterie court derrière pour nous signaler que la vie s’élance et piétine à son rythme. Tandis que la guitare complète et nous raconte la version grave de ce récit. La trompette fait la corne en continu. Le bateau qui entre au port, parfois l’essaim d’abeilles. A la fin l’histoire finit mal, nous dit Thomas après le final emballé en brouhaha.

Ils nous proposent un morceau de Sonny Rollins. « On a essayé de ne pas le jouer comme lui parce que… de toute manière on n’a pas de saxophone » Evidemment le public rit. Thomas sait présenter leur musique, c’est sûr !

Ils finissent le premier set par une composition sans nom de Thomas Boudé, pendant laquelle il danse toujours, une sorte de valse, tandis que la batterie est sèche et grave. C’est prenant et gambillant comme un opus folklorique. Et nous laisse pour l’entracte, souriants et dans l’attente.

Ah, nous n’avons pas de CD à vendre, mais nous attendons des souscriptions pour pouvoir le fabriquer…

Au deuxième set Olivier Gay démarre, sous l’œil très attentif des deux autres compères. Thomas à la guitare le suit de près, suivi de Tom à la batterie. L’ambiance nait. Un long duo guitare batterie, avant le retour de la trompette. C’était Tempête en été, une composition de Tom.

Olivier Gay

Olivier Gay

Le morceau suivant est dansant, sinueux, comme un charmeur de serpent musclé, féroce. C’est au sujet d’un certain Mr Marsoute, une composition de Thomas Boudé.

Ils s’amusent, ils s’étonnent, se regardent et s’entendent. Toujours. Nous voyons la fraîcheur et le sérieux, l’humour et la danse, le décalage et l’orage. Quatre temps. Orage. Trois temps. On se laisse emporter.

La batterie broie le cœur en profondeur. Le tonnerre gronde. Thomas hurle au loup et le public applaudit. Porté, emballé, conquis par cet Isotope : morceau composé par Joe Henderson qui a donné son nom au groupe.

Pendant Baillon de jambon (compo de Tom), j’admire les hanches mobiles de Thomas. La guitare permet cette expression physique. L’accord avec Tom avant qu’Olivier ne vienne trancher dans le vif de sa trompette, chantant une autre version de cette histoire.

Ils nous réjouissent ensuite en présentant les musiciens, terminant par Oh when the Saints go marchin in.

Pour le rappel ils nous rejouent Tempête en été, dans lequel j’entends un air des Caraïbes. Biguine et sable chaud, danse frottée entre guitare et batterie qui secouent les cocotiers… juste pour nous laisser amorcer notre nuit après cette si belle soirée.

Tonnerre de Jazz #4

par Lydia de Mandrala

salle Delacaze à Billère

Paul Jarrett Trio

Paul Jarrett Trio

PJ3 + invités

Le trio qui joue sur du velours…. Celui des tapis qui recouvrent la scène. Car Tonnerre de Jazz est une association qui a du standing : elle promène ses tapis pour le confort des musiciens !

Vous savez maintenant que sa première caractéristique est de proposer un concert de jazz mensuel dans un lieu différent, à Pau ou dans l’agglomération.

Cette fois cela joue un jeudi : un pari supplémentaire.

18h. J’entends, de l’extérieur, la musique prenante, exigeante, swingante.

Dans ce cocon de confort : scène noire, fond noir, profondeur, sol rouge des tapis, j’entrevois, arrivant sur le côté, les musiciens qui terminent la balance.

Immédiatement je lâche mes soucis et autres problématiques pour entrer dans le moment et la musique.

Retrouvant avec plaisir ce trio que je connais déjà et vois évoluer depuis quelques années. Impatiente d’en entendre davantage. Quand ils descendent nous échangeons des nouvelles, des plaisanteries, nous parlons de l’association et de comment la faire évoluer.

Tout se poursuit à table où chacun des membres de l’association a amené un plat à partager, ou une bonne bouteille. Le tout est donc entrecoupé de commentaires culinaires et d’exclamations de plaisir. L’instant est convivial et à la fois porté par l’intention que nous y mettons, le sens. La musique est notre but. Nous sommes tendus vers elle.

Le public, impatient d’entrer dans la salle pour se réchauffer, est bien présent.

Après la brève introduction de notre Président les musiciens montent sur scène.

Paul Jarrett

Paul Jarrett

A leur suite on part sur les tapis, survolant des paysages savoureux et intéressants. Paul Jarret (guitariste et leader) nous explique ensuite « on a commencé avec … rien. On ne savait pas ce qu’on allait jouer, c’était une impro, qui s’est terminée avec des accents de Skylark, un standard ».

Ils continuent avec un morceau dédié à Paul Bley (mort le 3), il le jouait avec Paul Motian et Charlie Haden (eux aussi morts récemment) : When will the blues leave. « C’est une sacrée période  en ce moment. Mais nous on est là, et vous aussi, alors on y va ! »

La complicité de ces trois-là !

Et le public porté, sur le fil, attentif et conquis dès l’abord : qui applaudit chaudement cette fougue et cette virtuosité.

Alexandre Perrot

Alexandre Perrot

Regards d’Alexandre Perrot (contrebasse) vers Paul, regardant Ariel Tessier (batterie). Genre « tu entends comme il nous fait ça ? »

Et puis chacun, replié sur son instrument l’instant d’après. En communion, avec soi et les autres.

Le plaisir. La fraîcheur.

Paul « D’ordinaire on ne joue pas ça avec le PJ5 : ce sont surtout des compo pop rock jazz. »

Ça joue sur la scène, ça applaudit dans les fauteuils roses. Avec chaleur.

« Merci à vous et à TdJ. Des asso comme ça il n’y en a pas dans toutes les mairies, et pouvoir écouter du jazz près de chez soi c’est précieux »

Après l’assentiment du public il y a un blanc… des regards entre les musiciens.

Paul explique « Ariel ne veut pas jouer ce qu’on avait prévu » Rires. « Alors on va jouer une compo de Thelonious Monk : Nutty »

Ariel Tessier

Ariel Tessier

Force et présence.

Applaudissements nourris, respectueux.

Puis vient un solo de guitare. Comme dans un western. Désert et solitude. Cheval et poussière. Le saloon qu’on vient de quitter. J’imagine la contrebasse comme un cactus qui salue Jolly Jumper. La batterie nous entraîne à nous demander ce qui va se passer. On attend peut-être un événement brusque. On laisse se dérouler le pas du cheval dans la terre battue.

Paul Jarrett

Paul Jarrett

Paul danse, il est bien plus mobile que la dernière fois que je l’ai vu. Alexandre est recueilli sur sa contrebasse. Illuminé quand il regarde ses complices. Il se sert de sa contrebasse comme d’une percussion en tapant sur le manche.

La danse de Paul continue, jambes agiles et pieds sur les pédales. Trees est une de ses compositions. C’est un régal de vélocité, une joie communicative.

C’est donc le sourire aux lèvres qu’on va se désaltérer, et continuer d’échanger sur la musique.

Au 2ème set et en trio ils démarrent par un morceau de Wayne Shorter Fee fi fo fum.

Ensuite Antoine Perrut, saxophoniste local, les rejoint sur scène pour jouer une bossa composée par Paul. L’exercice est différent et requiert inventivité, écoute, ouverture.

Puis c’est Mehdi Firah un autre saxophoniste qui vient former un 5tet. Ils ont eu le temps de travailler dans l’après midi une composition de Mehdi : Credo, qui fait partie d’une œuvre de quatre morceaux. Cela exprime la beauté, la force, la présence. Mehdi est éclairé comme une madone.

Le troisième saxophone est Fabien Vergez. On s’est un peu invités dit Antoine.

Mais ça permet de vrais échanges et c’est très enrichissant explique Paul.

Et les voilà qui enchaînent sur une composition d’Antoine : VT, pour Vincent Thomas, peut-être certains d’entre vous le connaissent. J’entends quelques « oui, oui » dans la salle (il s’agit d’un batteur, fondateur du groupe Maroconnection).

Le public est enthousiaste et présent, responsif.

Paul Jarret remercie les trois saxophonistes, disant que c’est précieux d’aller écouter du jazz près de chez soi, surtout en ces temps troublés.

Le PJ3 ensuite nous joue Blue train de John Coltrane, flirtant avec la magie, la beauté presqu’inatteignable. Ces trois-là ont de la poésie dans les yeux, ils vivent un rêve éveillé dans une concentration extatique.

Au salut leurs yeux brillent.

Le public sort, sourire aux lèvres, cœur grandi. Encore une fois la soirée était réussie.

Paul Jarrett Trio + guests

Paul Jarrett Trio + guests

Tonnerre de … Pau !

par Lydia De Mandrala (récit et photos)

Eric Séva 4tet

Eric Séva Quartet

Tonnerre de Jazz 3ième, et dans un 3ième lieu : la grange du château d’Idron, samedi 19 décembre.

Notre petite équipe est sur le pont et œuvre toute la journée.

Il s’agit de préparer la salle, nue à l’origine, d’accueillir les musiciens et stagiaires, de préparer les repas, la buvette, la caisse, etc.

La journée est chaude et ensoleillée, il fait plus de 20°. Sur le boulevard on voit les Pyrénées, à peine enneigées.

S’occuper de la salle pendant que les musiciens répètent est un plaisir. Ils sont bientôt rejoints par les stagiaires qui avaient à travailler un morceau (Cheeky Monkey) pour le jouer le soir. Oreilles aux aguets on note que la cohésion se fait petit à petit. On est déjà assurés que le concert sera bon.

Répétition des stagiaires

Répétition des stagiaires

Le public n’en sait rien encore. Ou plutôt il a choisi de nous faire confiance et vient en masse, honorant les réservations. C’est complet depuis la veille. On envisage de proposer à certains de rester debout.

Or donc, après dégustation de nos plats personnels autant que de nos échanges divers, on ouvre les portes au public. Moment de rush où nous sommes encore surpris du nombre d’adhérents (qui pourront bénéficier du tarif ad hoc lors des prochains concerts, ce qui prouve leur confiance et leur gourmandise).

Voilà J-C Tessier qui reprend son gimmick : « le concert de ce soir promet d’être exceptionnel ». Le mien sera : confiance et gourmandise.

Aucun ne sera déçu.

Ces hommes ont l’habitude de jouer ensemble. Même si Kévin Reveyrand, à la contrebasse, n’est pas le bassiste habituel (il remplace Bruno Schorp). L’album est sorti le 25 novembre, les musiciens ont encore besoin des pupitres pour lire leurs partitions. Ils sont encore en rodage mais le public est attentif, curieux, avec cette énergie de joie et cette exigence propre aux amateurs de jazz (trop longtemps sevrés à Pau).

Kévin Reveyrand

Kévin Reveyrand

Le plaisir est bien là, dans les ententes et la fusion quasi complète du trombone de Daniel Zimmermann avec les saxophones d’Eric Séva (baryton et soprano). Le baryton qui croit qu’il joue du trombone, le soprano qui apporte le décalage sonore.

Daniel Zimmermann

Daniel Zimmermann

Les compositions sont en majorité d’Eric Séva. Par exemple cette Rue aux fromages, née de la réminiscence des bals où son père tenait l’orchestre. Cela chante et danse, un peu nostalgique comme un secret enfoui.

Eric Séva

Eric Séva

Il emprunte aussi à Khalil Chahine 2 morceaux : Kamar d’abord (et Guizeh plus tard), où l’on reconnaît la danse de l’ailleurs, l’esprit de l’Afrique du nord, les hanches mobiles de l’Egypte.

L’accord est parfait entre le saxophone et le trombone, côte à côte. A l’arrière la contrebasse est mélodieuse. De l’autre côté la batterie de Matthieu Chazarenc est inventive, précise, presque précieuse, sonore et douce, sèche et vibrante au besoin.

Mathieu Chazarenc

Mathieu Chazarenc

Il souffle une douceur, une légèreté du voyage démarré, entre les paysages de villes ou de pays, et ce voyage aussi dans le temps de nos années passées. Ce nomade sonore nous promène sur les échelles du temps et de l’espace. Et la météo est à l’unisson : tant pis pour le ski, on a le jazz !

Tandis que saxophone et trombone tissent bras dessus bras dessous, la contrebasse virevolte, attentive, elliptique, qui nous laisse dériver.

Eric Séva nous raconte la douce poésie de ce voyage. Monsieur Toulouse : c’est l’histoire d’un Monsieur qui habite à Toulouse… à nous de le suivre. J’entends des fragments de pensées indicibles, traduites en notes.

L’accord du 4tet est toujours parfait, dans l’écoute et la lecture des partitions. Les lumières nous offrent des reflets bleutés ou orangés.

Eric Séva

Eric Séva

L’entracte est long : le temps nécessaire à parler et savourer le contact, se dire qu’on va de nouveau baigner nos oreilles dans ces sons mélodieux et forts. Le temps d’échanger au sujet des musiciens. Quelqu’un me dit « Qu’est-ce qu’il est bon le batteur ! Il induit tellement qu’on sent le groove même s’il ne l’a pas joué ! Il est juste en avant ! »

Ils reprennent. Avec Pipa qui nous transporte dans la moiteur du Brésil.

Eric nous raconte que Graffiti Celtique est joué « en l’honneur de Cabu, et pour la liberté d’expression, pour vous tous qui êtes là, à écouter de la musique vivante. Parce qu’il faut. » Le lien avec Cabu est fort : c’était un ami de ses parents, de sa famille. Et il a participé à des concerts par des performances dessinées. Nous imaginons deux écrans géants à l’arrière de la scène où l’on projette les croquis des musiciens qui jouent, le public qui s’esclaffe, parce « qu’il ne nous ratait pas ».

Les musiciens disent juste ce qu’il faut. Sans trop de notes : les bonnes, sur le fil. Ce sont des hommes sensibles et vrais.

Guizeh nous ramène en Egypte, la contrebasse sonne comme un oud, orientale et sonore, feutrée. Elle est relayée par la batterie qui nous enserre dans ses balais. Les cuivres attentifs, en retrait, reviennent au signal du regard.

Le trombone met sa sourdine et nous propulse dans une vieille salle de cinéma : je m’imagine dans des films italiens des années 50, comme Cinema Paradiso, dans les ruelles ombreuses où le linge sèche entre deux fenêtres là-haut. Il dit que la vie est dure, mais qu’on doit profiter de l’instant présent, qui file. Nous regardons la beauté et entendons les vibrations des fils ténus de cette vie qui s’égrène.

Vient le dernier morceau, ce fameux Cheeky monkey que les stagiaires ont répété. Ils s’installent devant la scène et attendent le signal pour y aller. Cela ne semble pas facile, mais leur prestation est pleine de cœur. Le public est heureux.

Le quartet au rappel nous joue Indifférence : « un standard français, comme l’Hymne à la joie d’Edith Piaf ». Et l’on entend encore cette douceur grave, de l’Humain qui ne nie pas ses faiblesses, mais va de l’avant. Les musiciens ferment les yeux une dernière fois avant de montrer qu’ils brillent de joie sous les applaudissements, nourris, les cœurs soulevés.

Eric Séva Quartet

Eric Séva Quartet

Le public sort petit à petit, comme à regret. Beaucoup resteront pour échanger avec les musiciens et les membres de l’association.

Encore une belle soirée.

 

Tonnerre de Jazz : deuxième !

Rédactionnel et photos : Lydia Sanchez

Concert Mobility Quartet, maison des lacs à Laroin

13 nov 2015, un vendredi

Ou Tonnerre de Jazz : deuxième !

Mobility Quartet

Mobility Quartet

J’étais habillée de noir. Comme à mon habitude quand je prends des photos de scène.

Nous étions dans un cocon, dans cette salle polyvalente que nous avons aménagée pour la musique, les musiciens disaient que le son était bon.  Nous avons mis sur la table nos spécialités à partager (très important de bien nourrir les musiciens !), en attendant le public. Et celui-ci est venu nombreux. Avec déjà des habitués. Cela fait plaisir, au deuxième concert, d’avoir 50 réservations et des fidèles en recherche de musique. On se dit que vraiment, il manquait du jazz à Pau.

Les musiciens montent en scène après l’introduction de J-C Tessier qui nous parle d’un concert exceptionnel, avec un trompettiste fabuleux (des mots qui deviennent une antienne). Cette fois ce sont presque tous des enseignants en musique.

Ils semblent timides, ont une sorte de retenue et en même temps montrent qu’ils ont l’habitude d’être devant un public. Pour se chauffer ils jouent deux morceaux, avant de les désannoncer. C’est le rythme qu’ils vont garder pratiquement jusqu’au bout.

Laurent Carle, au piano, l’homme venu du classique, présente à la fois les morceaux et les musiciens. Pédagogue, il nous explique l’improvisation. Croit-il que le public n’est pas amateur de jazz ? Mais aussi qu’ils vont jouer à la fois des compositions personnelles et des morceaux d’autres musiciens.

Laurent Carle

Laurent Carle

En tout cas ces quatre hommes, qui se connaissent bien, mais n’ont formé le groupe que récemment, s’écoutent, sont attentifs, et jouent bien.

Mobility : leur nom est une composition de Laurent Carle.

Majeur : une composition de Pierre Dayraud, le batteur. Un morceau joué au début et qu’ils reprendront en rappel.

Pierre Dayraud

Pierre Dayraud

Le début est une mise en jambe, en bras, en souffle. Le public est plutôt froid. Petit à petit le quartet chauffe l’ambiance et le public applaudit de plus en plus. Ils ont fait connaissance, ils commencent à apprécier. Le groupe a besoin de temps pour sentir que la cohésion autour de Pablo Valat (trompette et bugle) est bonne. C’est la deuxième fois seulement qu’ils jouent ensemble, puisque chacun est occupé ailleurs, et leur entente doit se tisser patiemment. Cela s’entend.

Pablo Valat

Pablo Valat

Néanmoins le programme est varié et donne la vedette à chacun des musiciens. Avec un avantage à celui qui brille au milieu : le trompettiste. L’équilibre est bon, on prend plaisir à attendre le morceau suivant.

Dear old Stockolm, tiré d’un traditionnel, repris par Miles Davis, est taillé pour Pablo Valat. De même que Sail away, un morceau de Tom Harrell. Blue in green, écrit par Bill Evans et Miles Davis. Ou encore Woody’n you de Dizzy Gillespie. Il faut dire qu’il est bien éclairé, au centre de la scène, entouré de la section rythmique. Avec One finger snap (Herbie Hancock) c’est un dialogue avec Laurent Carle, parfaitement soutenu par batterie et contrebasse.

Car dans l’ombre (parce que peu éclairés) se tiennent Laurent Chavoit sur la droite, et au fond, comme souvent le batteur. La scène est un peu haute, les spots un peu trop présents parfois. Cela ne joue pas en faveur d’une grande complicité avec le public.

Laurent Chavoit

Laurent Chavoit

Avec Tekufah de John Zorn on voyage aux confins de la mélodie et du jazz disjoncté. C’est une apothéose dans ce concert, somme toute, de jazz classique.

La cohésion est bonne, l’entente est palpable. Le set passe sans ennui.

Ce quartet joue un jazz qui est une démonstration de complexité et de savoir faire, un peu pesant, trop sérieux et puissant, qui ne laisse pas assez de place à la joie. Il nous a manqué l’étincelle.

Cependant le public est content d’avoir entendu cette bonne musique. Et les musiciens ensuite ont pu discuter avec les spectateurs autour de la buvette.

La prochaine fois, ce sera encore mieux, peut-on se dire, le cœur bien rempli.

Ensuite nous avons pu lire sur nos smartphones les nouvelles qui parlaient d’attentats et de morts à Paris.

Tonnerre de Jazz !

Par Lydia Sanchez, photos : Lydia de Mandrala

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Tonnerre de Jazz, l’association, clap premier concert !

Forts de notre démarrage festivalier en mars dernier à Billère, nous avons décidé de proposer du jazz tous les mois, rien que ça, dans Pau et l’agglomération.

Le problème, évidemment, est de trouver des salles.

La première est l’espace Dantza, où Sabaline Fournier nous accueille volontiers. La scène est grande, les miroirs occultés, les gradins mettent le public en contact étroit avec les musiciens.

J’arrive en fin d’après midi pour installer mes photos de jazz rétroéclairées, histoire de mettre le public dans l’ambiance dès l’entrée.

Les musiciens répètent, l’air est doux, l’ambiance à la fois studieuse, amicale, ouverte et assurée. Un je-ne-sais-quoi nous susurre que tout est à sa place, tout conspire à faire de cette soirée une réussite. D’ailleurs il est marqué « complet » sur la porte de verre. Je souris.

Je ne pose aucune question aux musiciens : Antoine Perrut a carte blanche, je lui fais confiance.

Jean-Claude Tessier ouvre la session en tant que Président. Il dévoile une partie du programme. Nous promet des concerts exceptionnels.

Celui-ci débute dans le calme et l’assurance. Par un duo de saxophone et d’accordéon. Michel Queuille regarde Antoine Perrut, pose les yeux sur son accordéon, puis ferme les yeux. Ses doigts parlent, son menton se pose, il sourit. Ce n’est pas le duo Emile Parisien/Vincent Peirani, plein de fougue et de jeunesse. Celui-ci est mûr, radieux et posé, nous entraîne dans des compositions travaillées, certaines « pour un examen en juin » (le DEM). Il enchaîne les morceaux avec un grand plaisir, une confiance et une fierté d’être ensemble. Ils sont ravis d’être là, le public est attentif, on voudrait les écouter toute la nuit mais déjà ils annoncent la pose pour s’hydrater un peu.

A la reprise Michel Queuille est au piano, Laurent Chavois à la contrebasse, Eric Perez à la batterie. Standards, morceaux gais, compositions personnelles d’Antoine.

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Bien sûr j’avais écouté le CD de la Fanfare du Sergent Perrut. Bien sûr j’avais déjà apprécié le batteur et le contrebassiste avec Leïla Martial notamment. Ils sont rejoints par des invités modestes aux yeux brillants de joie : Fabien Vergez et Mehdi Firah aux saxophones, Gwenaël Lafitte à la guitare. Cette fois ils nous régalent de compositions de Mehdi, autant que de morceaux classiques : Thelonious Monk, puis John Scofield au rappel. Vibrants, engagés, confiants, ils ont partagé le plaisir de jouer, de se produire, de nous charmer. Tout le concert est pétri de ces émotions : ils se disent en sons, et avec les yeux, l’amitié, la sincérité, la confiance et le plaisir de jouer ensemble.

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Bien entendu le public, attentif, répond avec le cœur. Puis il ne s’enfuit pas mais reste pour parler, sourire aux lèvres. Signe que la soirée fut appréciée.

Voilà une première qui laisse planer un air de revenez-y, d’ailleurs rendez-vous le 13 novembre !

Pour tout renseignement :

https://www.facebook.com/tonnerredejazz/?fref=ts

06 82 06 98 77