par Philippe Desmond

Sortie 13, Pessac le 20 novembre 2018.

Les « vrais » amateurs de jazz ont toujours regardé le jazz rock, devenu le jazz fusion, un peu de travers, pourtant tant de beaux artistes s’y sont engagés dans les 70’s. Herbie Hancock, Joe Zawinul et bien sûr Miles. Si en plus la notion de guitar hero s’en mêle, les regards deviennent encore plus menaçants. Pourtant il existe un public pour ce genre comme l’a démontré la salle pleine de Sortie 13 pour la venue de Greg Howe. Pas le plus reconnu des guitaristes du genre, à cause peut-être de ce statut de mitrailleur de notes – on va voir qu’il n’est pas que ça – ou pour ses accointances avec d’autres musiques, de la pop de Mickaël Jackson à la variété de Justin Timberlake ou Enrique Iglesias… Une remarque comme ça, combien de grands musiciens de jazz français sont-ils des sidemen de haute volée de certaines vedettes du showbiz ? Des tas. Personnellement n’ayant pas de religion, je m’interdis toute appartenance à une quelconque chapelle, alors allons écouter Greg Howe.

Ce soir c’est entrée, plat, dessert. Et donc en entrée, dans le bar complet c’est Jeff Aug qui ouvre la soirée en solo.

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Guitare acoustique bien marquée par la route et les concerts, picking dynamique, humour quand il évoque le morceau en hommage à son voisin qui espère t-il va nous procurer les mêmes émotions sensibles qu’à lui, son titre « Fuck the Neighbour » ! Usage intéressant d’effets et de la réverb et une technique impressionnante. Comment est-il là cet Américain exilé en Allemagne depuis 20 ans ? Il tourne avec son groupe ou d’autres et comme ici technicien-assistant de Greg Howe. Intéressant.

On reste dans la salle du bar pour le plat du jour avec le sextet de Shob ; la sauce devrait être bien relevée, elle le sera. Autour du bassiste, Simon Renault (bat), Tony Lavaud (cl), Jean-Loup Siot-Surmer (gtr), François-Marie Moreau (sax ténor) et Pierre-Jean Ley (tr). Quelques titre de l’album « Karma Obscur », une nouvelle compo, un set assez court mais bien dense – et dance pourquoi pas – qui va passer à toute vitesse .

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On sent le groupe de bassiste, la basse se fait leader souvent, rythmique bien sûr mais mélodique aussi, d’une richesse folle. Le tempo c’est Simon et sa frappe sèche qui le donnent, un drumming d’une redoutable efficacité et des breaks au scalpel. La guitare se veut funk, comme le style du groupe, avec ses riffs aigus répétitifs mais aussi de beaux soli et le clavier fluidifie le tout de son flot d’harmoniques.

Devant ça souffle fort, ajoutant ce vent fiévreux chargé d’orage.

L’orage va d’ailleurs éclater sur le dernier titre, au cœur du cyclone, le vent étant retombé et les soufflants partis. Sur un rythme d’afrobeat le tonnerre du désormais quartet va éclater de mille éclairs. On aurait bien repris du rab mais il faut garder de la place pour le dessert.

Celui-ci on ne va pas le prendre à table mais debout dans la salle noire de concert. Pour ceux qui ne connaissent pas il y a trois salles ici, une pour les expos, une pour consommer et écouter et une boite noire pour la musique (très) amplifiée.

Pas de bouchon sur la rocade ce soir pour arriver ici mais des bouchons dans les oreilles par contre, indispensables. Ils ne sont que trois mais ça cogne dur. Donc Greg Howe (Guitare, une Kiesel), Gianlucca Palmieri (bat) et Ernest Tibbs (basse), le combo minimum du…rock et du jazz-rock.

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Ca me rappelle quelque chose ce son d’ailleurs, cette façon de jouer. Bien sûr j’ai lu avant que son influence majeure était Allan Holdworth , le guitariste décédé l’an dernier et sur le premier titre c’est flagrant. Au clavier près d’Alan Pasqua (aucun rapport avec l’autre) je retrouve l’ambiance de l’album « Believe It » de Tony Williams, acheté en 1976 et que j’use toujours sur ma platine vinyle. J’en aurai confirmation au rappel avec la reprise en hommage à Allan de « Proto Cosmos », qui figure sur l’album évoqué mais composé par Alan. Coïncidence, une semaine avant pour le lancement de Music Audio Shop de Bordeaux Mérignac, le trio Jean-Marie Ecay, Laurent Vernerey, Nicolas Viccaro (et oui !) nous avait repris un autre titre de cet album, le magnifique « Fred » lui de Allan.

Gianlucca Palmieri n’est pas Tony mais il est excellent et pas farouche, il va nous gratifier d’un monumental solo quasi mobydickien un tantinet trop long. A la basse Ernest doit jouer avec des câbles de télésiège en guise de cordes, c’est époustouflant comme ça porte le trio.

Bon, et le guitar hero dans tout ça ? Il tient ses promesses, techniques bien sûr mais pas que. Les guitaristes nombreux dans la salle sont à l’arrêt, langue pendante car ça tricote et des deux mains ; pas une seconde de répit, Greg joue tout, le thème, les contre-chants, il triple voire quadruple les notes, fait des glissandos vertigineux. Pour autant la musicalité est là et sa technique sert la musique, démonstration sur un blues lent magnifique où sa volubilité enlumine ce thème simple. Il jouera même avec sa Kiesel un morceau acoustico-électrique plein de finesse. En plus il est sympa et prendra du temps avec ses fans après le concert. Mais à la fin tout le monde a fait le plein, de notes, il y en a même sur scène car parfois ça a débordé. Mais de temps en temps ça fait du bien ce genre de concert, sortir de la posture, se risquer sur le brutal…

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