Par Carlos Olivera, Photos Olivier Barau

Hermanas Caroni

Nous sommes au Rocher de Palmer à Cenon dans la salle 650 pleine et dans une ambiance festive. Le plateau silencieux possède une aura théâtrale et une certaine impatience semble s’installer dans le public. Le show commence, les Hermanas Caronni entrent en scène habillées (déguisées ?) en voyageuses tout droit sorties d’un film des années 1960 : lunettes de soleil, pardessus et foulard sur la tête. Elles parlent en Italien entre elles comme dans une pièce de théâtre, et on a vraiment la sensation d’assister à une mise en scène. C’est à ce moment-là que la musique commence avec « coucou », un bel hommage à Federico Fellini et à Nino Rota, son binôme en musique.

Après ce début lyrique, et une fois les déguisements enlevés, c’est « Santa Plástica » qui s’invite, cette chanson qui donne son nom au dernier album des Hermanas Caronni. Santa Plastica nous parle du plastique, cette « divinité imaginaire » qui règne partout dans notre monde. Ce morceau est d’autant plus intéressant qu’il est construit sur une stratigraphie de couches sonores : la percussion est faite avec la manipulation d’un sac plastique enregistré et lancé en boucle, à laquelle s’ajoute le violoncelle de Laura Caronni et les voix ; et qu’il nous fait entrer dans un univers d’instruments faits en plastique recyclé.

Erik Truffaz Le concert continue avec les titres de leur dernier album. Cette fois c’est le morceau « Tingo ». C’est à ce moment-là qu’Erik Truffaz entre en scène, élément perturbateur de l’ambiance sonore établie, avec son jeu de trompette métallique très Miles Davis (grâce à la sourdine) qui contraste avec le son boisé de la clarinette de Gianna Caronni.

Le concert continue avec « Coplita para mi mama », une chanson très courte écrite en hommage à leur mère, qui sera suivie de « Breade », aussi bucolique que la dernière et qui va finir de nous envelopper et nous transporter ailleurs.
Et c’est là que le concert va arriver à son sommet avec l’un des plus beaux morceaux de la soirée : « One way ». Ce « blues parisien » inspiré de Bach est beau et profond, et va nous remplir de cette paradoxale sensation d’une belle tristesse, si tant est qu’une telle chose existe. Dans cette chanson la voix est simplement géniale et minimaliste, pleine d’intensité.

On sent que le concert touche à sa fin, mais les chansons sont à chaque fois de plus en plus puissantes. « El cielo », c’est la rencontre entre la musique baroque et celle du nord-est de l’Argentine, et elle est chantée à deux voix avec un mélange de paroles en français et en espagnol.

« Partir », inspirée d’une danse basque, nous régale avec un duo magnifique entre la trompette et la clarinette basse de Gianna Caronni. Et avec cette chanson les trois musiciens vont partir de la scène sous les applaudissements du public. Mais pas pour longtemps, car, comme elles vont nous l’expliquer, le concert n’était pas fini : il s’agissait seulement d’un entracte obligatoire après leur chanson « Partir » !

Concert Hermanas Caroni

Finalement c’est avec « Tôle », une chanson inspirée de « Libertango » de Piazzolla, qu’ils vont finir (en trio) le concert.

Mais le public en veut plus, et elles vont revenir avec des morceaux de leur ancien album : « Chica del 17 », une milonga en hommage à leur grand-mère, pour clôturer, cette fois pour de vrai, le concert avec « Pachamama », chanson qui raconte l’histoire de leur famille et leurs nombreux allers et retours entre Europe et Amérique.

LAS HERMANAS CARONNI

 

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