Soirée repas en soutien aux enfants déficients visuels du centre d’accueil Père Paul Rival Adjohoun- Bénin
Eymet, vendredi 26 avril 2019

Par Anne Maurellet, photos Alain Pelletier

Ce n’est pas le champagne qui est pétillant, ce sont les gens ici à Eymet et ceux venus des communes du département, heureux de soutenir une œuvre utile et de partager un joli moment musical. La fête a commencé avant la musique et elle va se poursuivre dans l’enchantement des rythmes. Ils sont grands, ils sont beaux, ils rayonnent même avant de jouer. Que vous dire de leur sourire ? Omar, nanti d’une bougie et d’un ruban rouge pour les premières notes. Si l’inspiration est faite homme, c’est ici : quelques notes, seulement quelques notes cristallines. Gustavo nous raconte, il énumère des noms, les anonymes qui sont ainsi sur scène, inscrits par la musique à jamais. Tempo immédiat des bongos, Omar déhanche le son, à vous en déboîter le bassin. Jazz somptueux, nerveux. Duo parfait, entente, osmose, les deux hommes ne se quittent pas des yeux pour ne pas dissocier la rythmique.

Omar part dans le chant avec un accompagnement répétitif d’une douceur infinie, Gustavo redevenu batteur dans un tempo très frappé, les accords d’Omar ponctuent la rythmique ; des voix électroniques venues du fond des contrées africanisent le morceau. Il cherche le rebond, le chaos du tempo. Omar le prolonge par des sons vocaux percutants. Sophistication primitive. Retrouver avec la composition l’art brut dans la mémoire du jazz moderne ; y associer la joie, le plaisir qu’il suscite. Et puis repartir dans l’apaisement, sorte de nirvana : rappeler les voix des enfants. C’est un village musical qu’il nous construit maintenant : fermons les yeux ou pas, les images apparaissent. Enfants dans les chemins.


Le tuyau bleu est devenu un vent doux qui soulève la poussière ocre du temps. Brise, les sons de Gustavo, grillons métalliques sont attrapés par les harmoniques d’Omar. Magie d’un mouvement ralenti, aérien, on s’envole un peu aussi, on est emportés sans doute au-dessus du monde, à hauteur de la géographie des contrées : ça vous emplit le cœur de bonheur, de légèreté, de beauté…

Le Steinway n’a qu’à bien se tenir –qui a été prêté gracieusement- Omar a décidé d’agacer un peu les cordes, exploration du piano dans son minimalisme, si finement distribué, pendant que quelques accords classiques glissent dans le ternaire cubain. Gustavo bat la chamade pendant qu’Omar emporte les sons vers le jazz contemporain. Supprimer les frontières. Piano et bongos, congas aux rythmes purs, savane musicale : le son est une nature travaillée pour redonner sa plus belle couleur au plus bel animal en nous. Tant de dextérité pour nous offrir toute l’histoire de la musique.

Omar dit « la question est le partage ». Omar, ça doit vouloir dire « généreux » . « Positiv and good energy » répète-t-il. Quelle belle joie généreuse et profonde ! Omar est reparti dans sa musique somptueuse aux accents Bill Evansiens. Gustavo lui donne le pouls pour qu’il se déploie. On pense à ces enfants qui sauront que quelques passionnés au cœur plus gros qu’un corps peut en supporter ont pensé à eux, enfants dont l’ordinaire et la maladie seront améliorés.
Omar nous entraîne dans cette valse jazzistique romantique où les harmoniques s’enhardissent peu à peu à rouler des épaules, Fred Astaire est sur les pointes des percus de Gustavo. Omar s’en saisit encore, juste le tempo, juste le tempo. Les jambes nous démangent. Jouer à pas menus, le rythme juste à fleur de peau, à fleur de doigt, à fleur de joie : affleure.
Gustavo avait un rêve…
Ce n’est pas de la gratuité, c’est plus, c’est un don…de soi aux autres.

Un fond électronique, des voix métalliques, la vérité des coquillages, une batterie en sourdine et un piano en train d’élaborer un jazz contemporain attentif, méditatif ; Gustavo emballe la rythmique parce qu’il sait qu’Omar déploiera encore davantage ses ailes. Morceau nerveux, la voix d’Omar ponctue les accords comme un prolongement mi-homme, mi-dieu. Pour un peu, on se sentirait grandi, mais Omar ne s’en tient jamais à ce qu’il crée, il franchit les limites des genres, généreusement insatisfait. Il aime « jouer », changer les règles pour amener à de l’universalité. Un humaniste, de la spiritualité comme si c’était à portée de main.

 

Prenons quelques notes, quelques percus et voilà. Imperceptible profondeur de l’âme, esquisse de l’essentiel. A l’orée du son, il y a le son, et le plaisir de l’entendre naître à nouveau.

Si la déficience visuelle est une malédiction dans quelques pays, les deux musiciens lèvent les sortilèges. Gustavo retrouve la musique avec deux morceaux de bois, les quitiplas, chaque rythme inégalé tente de séduire Omar l’infatigable, prêt à cette joute amicale. Les tempos se dédoublent, décuplent, et la course est effrénée. Son, rythme, son, rythme, la musique dans sa richesse et sa simplicité. Les deux voix se répondent, deux et un à la fois, unies ! Où il est bien question de partage ! Ils s’amusent excellemment !

Vous savez, eh bien, on croirait à nouveau à l’espoir !…D’immenses vagues de beauté, flux et reflux, tempête et apaisement, fantaisie et onirisme… Le plaisir intelligent fait musique.

Le magicien des percus fait virevolter ses maracas. Ce sont ses claquettes à lui au bout des mains. Le piano d’Omar danse autour pour lui faire la fête. Courir, courir sur la musique.

Ce soir, la fête est une musique. Si vous voyez des gens sautiller un peu dans les rues d’Eymet, ne vous retournez pas, souriez seulement, souriez !

Anne Maurellet

 

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