par Philippe Desmond, Dom Imonk (samedi) , photos PhD et Alain Pelletier (samedi)

Une année de transition

Le Saint Emilion jazz festival, festival de jazz de Saint-Emilion en Français, etait cette année assez bouleversé. Habituellement fin juillet il a vu sa date avancée d’un mois pour intégrer les célébrations du 20ème anniversaire du classement de la cité au patrimoine de l’UNESCO. Il se retrouve ainsi parmi tout une kyrielle d’animations multi culturelles dans la ville et ses satellites, façon de nommer ici les villages voisins qui font partie de la Juridiction et bénéficient à ce titre de l’appellation prestigieuse du cru.

DSC07182

Dominique Renard

Et de fait la voilure a été réduite. Dominique Renard le père fondateur de ce magnifique festival est toujours là pour cette année de transition, 2020 devant voir apparaître une nouvelle équipe pour l’organisation, avec Franck Binard à sa tête.

On retrouve quand même ses marques, le parc Guadet proposant toujours son animation gastronomique et œnologique, mais sans scène musicale – je n’ai pas réussi à m’y habituer des trois jours ! – et les douves du Palais Cardinal accueillant trois soirées pour six concerts gratuits… et debout (pour danser !).

Vendredi soir : honneur à la scène régionale 

DSC07185

Oakland

Oakland un collectif de 12 musiciens – parmi les meilleurs dans leur genre – qui reprend le répertoire du groupe funk soul Tower of Power originaire de cette ville de Californie.

Oakland, la ville du chêne, heureuse coïncidence, cette essence de bois étant un des éléments importants dans l’élevage du breuvage local ! Plutôt le cuivre que le bois pourtant à l’honneur ce soir !

Un groupe magnifique qui s’appelait encore récemment Funk Tower et dont le blog d’Action Jazz avait parlé : https://actionjazz.fr/la-soul-de-funk-tower-a-sortie-13/

DSC07204

Toujours cette énergie et cette chaleur cuivrée pour un groove implacable. Dommage que le public n’ait pas tenté sa chance de venir les découvrir. Les têtes d’affiches n’ont guère fait le plein l’an dernier ici, trop cher ont dit certains (une bagatelle pourtant quand on voit le prix des concerts à l’Arena par exemple) et quand les concerts sont gratuits mais sans tête d’affiches la curiosité n’est pas au rendez-vous. On verra le lendemain qu’un mélange des deux, vous devinez lequel, a fait déplacer les foules…

DSC07214

Rix band

Le public finira par arriver un peu pour le second concert de RIX un habitué de l’endroit, ses concerts étant toujours d’une qualité et d’une joie extrêmes.

DSC07225

Rix

Les « Vous êtes là Saint Emilion » trouverons ainsi des réponses en retour assez conséquentes, mais quand-même… Un funk flamboyant, un gros son pour des compositions originales de Rix, incroyable ambianceur, entouré lui aussi de musiciens magnifiques.

Ca tourne d’enfer, ça fait danser, pas besoin d’aller les chercher à New York ou Los Angeles, ils sont là tout proches et on les adore.

Nous les avions vus quasiment avec la même formation fin 2017, la nouveauté étant Caroline Turtaut au chant : https://actionjazz.fr/nooba-soul-funk-avec-rix/

Samedi : Saint-Émilion under groove influence !

AP_BrassUnderInfluence_2239

Ici, le public adore se déhancher et bouger, et ce n’est pas la première fois qu’on invite de sérieuses machines à « groover » comme l’Earth Wind and Fire experience, Chic & Nile Rodgers et Maceo Parker. Mais les fidèles du festival viennent aussi pour le jazz, pas folles les guêpes ! Dans le souci constant d’ouvrir ses scènes aux artistes régionaux du meilleur cru, Dominique Renard, directeur artistique, a bien eu raison d’inviter Sébastien Iep Arruti, remarquable jazzman, leader de multiples formations, professeur et historien reconnu et respecté de la note bleue.

AP_BrassUnderInfluence-8895

Le voici donc dans l’un de ses projets : « Brass Under Influence » ! Un groupe tout entier dédié à la musique de la Nouvelle-Orléans, dont notre homme est passionné et devenu un grand spécialiste. Dix musiciens réunis sous sa baguette, chauffant à blanc une dizaine de titres généreusement développés, avec une maitrise incroyable, traversés de chorus de haut vol. Ce sont nous dit-on des versions des New Orleans Nightcrawlers. Ça a le goût de là-bas, c’est épicé à souhait, et le grand Dr John a dû se trémousser d’aise là-haut, avec le Professor Longhair ! Une irrésistible influence de « Bon temps rouler », voilà le programme, de « 8th Ward Strut » à « Hold’em Joe » en rappel, en passant entre autres par «Bourbon Street Parade (Trad.) » et par le « Aida » revisité de Verdi.

AP_BrassUnderInfluence-8933

Tirons bien bas nos chapeaux à Sebastien « Iep » Arruti – Trombone, Leader, Pierre Cherbero – Grand Marshal, Pascal Drapeau, Bruno Bielsa et Regis Lahontaa – Trompettes, Renaud Galtier – Trombone, Alain Coyral – Tenor Saxophone, Fred Dupin – Sousaphone, Benoît Aupretre – Snare Drum et Julien Lavie – Base Drum.

Au soleil des cocotiers

AP_KidCreole-9032

Les pierres des Douves sont encore brûlantes de l’influence « brass »et leur sol, devenu un vrai dancefloor, se complète à vue d’œil d’un public repu des douceurs dégustées au Parc Guadet. Le voici venu pour danser sur les rythmes du légendaire groupe Kid Creole & The Coconuts. Avec August Darnell, alias Kid Creole, on change de ville et nous voici parachutés en plein Bronx dans les eighties. Mais pas en mode hip hop ou rap, non, plutôt dans un jazz groove tropical, les caraïbes ne sont jamais très loin. Rajoutons un soupçon de ska par-ci, un doigt de disco latine par-là, et hop ! Cocktail détonant ! Tout ça booste l’ambiance et les tubes qui défilent, presque comme au tout début, il y a quarante ans ! Les Coconuts sont magnifiques, souples et belles comme le jour qui éclaire la nuit.

AP_KidCreole-8970

Leurs chorégraphies, réglées au millimètre, frondent le patron qui en sourit d’aise, frais comme un gardon et encore bien en voix. Il mène son groupe avec pogne, et celui-ci le lui rend bien. Précision, puissance et chaleur des cuivres, tout est là ! Au final, une musique toujours aussi festive. Entertainment et fun attitude, ce qui clôt à merveille cette soirée feu d’artifice sonore, à en faire rosir de plaisir les étoiles !

AP_KidCreole-9107

Dimanche : honneur aux femmes !

La canicule annoncée a dans notre région fait pschittt, tant mieux, la spécialité du coin n’étant pas le rosé frais. C’est quand même un atout que ce superbe nectar local et nous sommes pas mal à penser qu’un festival de jazz à Evian ou Contrexéville ne doit pas avoir la même saveur… Mais restons modérés.

Troisième soirée et réjouissez-vous mesdames, place au femmes ; réjouissez-vous aussi messieurs bien sûr !

DSC08323.JPG

Lyne

En première partie Lyne, l’autre nom de scène de Caroline Turtaut évoquée plus haut, mais ici son propre projet avec ses compos et son univers, allez je me lance, jazz-soul-cool-pop-electro.

Mêlant légèreté et infra-basses le tout dégage un groove d’une bien jolie élégance. Lyne, charmeuse, est sûre d’elle et comment ne pas l’être avec trois musiciens de la trempe de Louis Laville (basse), Hugo Bertil (batterie) et Edward Rogers (claviers).

Un public ondulant et un accueil chaleureux pour ce groupe révélé au dernier tremplin Action Jazz. A suivre de très près.

DSC08340.JPG

Robyn Bennett

Place à Robyn Bennett que je vais personnellement découvrir, l’ayant ratée en début d’année lors de son passage à la Rock School de Bordeaux. Elle est sur scène un ravissement, souriante, solaire, dynamique, expressive, une vraie nature, et surtout musicalement excellente. Ils sont huit sur scène avec au premier chef Ben Van Hille son tromboniste-arrangeur-manager-mari et croyez moi ça déroule !

DSC08387

L’Américaine diplômée de littérature à la Sorbonne a une présence incroyable sollicitant ses musiciens et le public pour de beaux moments de partage. Un registre plutôt cool mais des beaux passages de funk, celui qu’on trouve de plus en plus à la Nouvelle Orleans et où Robyn est allée trouver l’inspiration de son dernier album « Glow ».

DSC08354

Une surprise avec un arrangement insolite de Ben de « Un autre monde » de Téléphone (et oui!) et un concert réjouissant devant des douves pleines ou presque.

DSC08392

Toujours un grand plaisir de venir à Saint-Emilion déguster de la musique. Si 2019 fut une année différente mais au final plus qu’honnête, espérons que le millésime 2020 renouera avec la série des grands crus !