Par Philippe Desmond

Paris, les 27 et 28 mai 2019.

Action Jazz est là pour vous parler de ce qui se passe en Nouvelle Aquitaine, mais il arrive que nous en sortions, Marciac l’été et de temps en temps Paris.

Me voilà ainsi dans la capitale pour trois jours de balle jaune du côté de la porte d’Auteuil dans le cadre d’une de mes autres passions. Cela me laisse donc deux soirées pour aller sentir ce qui se passe ici jazzistiquement parlant. Chaque fois, le lundi je ne regarde même pas ailleurs ce qui se déroule, je vais directement au Baiser Salé. C’est le rendez-vous hebdomadaire de la jam depuis plus de 25 ans, animée par le robuste percussionniste François Constantin. Un personnage, 100 kg de muscle, ceinture noire de judo, un fou de sport et de musiques, un gars plein d’humanité, d’humour, en cela digne fils de son père Jean( les Pantoufles, le Pacha, Mon manège à moi…) et un musicien hors pair. Du jazz à Véronique Sanson en passant par la salsa, il cartonne ses congas et ses timbales avec une précision et un tempo diaboliques.

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Au premier étage du bar de la rue des Lombards, le club de jazz voisine avec le Sunset/Sunside, relations de voisinage pas très facile à ce que j’ai compris. Pas très loin, le plus chic Duc des Lombards à ne pas confondre avec la Chapelle du même nom, rue de Lappe. Le Baiser Salé a une couleur latino et antillaise mais est ouvert à tout type de jazz. En y arrivant je croise d’ailleurs le jeune trompettiste Lilian Mille qui vient d’y jouer en duo avec un pianiste. On le reverra bientôt avec le Tom Ibarra Group m’a t-il dit ; mais je le savais déjà.

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Je monte dans la petite salle du premier où l’agencement des tables et des chaises est optimisé au cm² près, pour saluer François le boss du soir. Ils finissent de « répéter » à trois avec le bassiste Henri Dorina – allez voir son CV aussi riche qu’éclectique –

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et un certain Laurent Coulondre que je ne vous ferai pas l’affront de présenter.

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Le batteur du soir est empêché alors un rempla a été appelé à la rescousse, Jon Grandcamp, pas mal ! Le voilà d’ailleurs qui arrive avec ses cymbales  à 21h45 à un quart d’heure du début de la jam, plus exactement du concert d’introduction. En gros il sait juste que ça va jouer du Wayne Shorter, on verra bien. On va en effet bien voir !!!!

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Du Wayne Shorter sans sax mais avec des congas, allons-y ! Quelques titres bien étirés, dont de mémoire « Footprints », « Nefertiti » et « The Beauty and the Beast » (« Comme une Piaf au masculin » en version Nougaro) un Laurent Coulondre époustouflant au piano et au clavier, un Henri Dorina plus que solide, un Jon incroyable se tirant des bourres avec un impérial François Constantin aux congas ou au timbales cubaines. Ca bastonne !

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Ca finit toujours par retomber sur le thème mais le voyage ne se fait pas directement, ça part très très loin et très fort ! Magnifique. La salle s’est remplie, des musiciens sont là, François le chef d’orchestre va les appeler un à un pour la jam. En dix secondes thème et tonalité sont fixés et ça part. Batteurs (Tiss Rodriguez, Antoine Monfleur…) , bassistes (Samuel Zamia…), percussionnistes, guitaristes, pas d’autre pianiste et donc pas de repos pour Laurent  et très tard une saxophoniste.

Parmi le défilé de musiciens je reconnaîtrai Tilo Bertholo le formidable batteur,

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et je découvrirai Jean-Philippe Rykiel (oui, son fils) et son instrument insolite, un mini synthétiseur CS 01 avec son « sifflet » contrôleur de souffle. Incroyable duo que ces deux là.

Le batteur Kalid Bazi jouera sur un « Chameleon » bien musclé et nous présentera le beau projet « 1000 batteurs pour la paix » (allez voir sur le net)

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Après 2h30 de set et jam viendra l’heure de la pause et je laisserai à regret cette fine équipe continuer à débattre jusqu’à plus de 2 heures du matin… Si vous êtes à Paris un lundi soir vous êtes obligé d’aller au Baiser Salé ! Entrée gratuite, consommation obligatoire mais très accessible. Des soirées de ouffffffs comme dit François, moi j’adore.

Le lendemain autre ambiance, c’est le New Morning que j’ai choisi, pas forcément pour le lieu mais pour le programme du soir : le Ron Carter Foursight 4tet et son « Dear Miles », rien que ça. J’ai mon billet depuis plusieurs semaines, bien m’en a pris car c’est complet. Longue queue d’une demi heure rue du Chateau d’Eau pour aller entendre cette légende, 82 ans et toutes ses cordes. Un des premiers concerts en France avant quelques festivals d’été. Me voilà dans cet autre lieu emblématique parisien mais il n’y a déjà plus de places assises, ce sera debout, au premier rang des debout, c’est déjà ça.

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Concert annoncé à 20 h, il est 20h10 renseignement pris c’était l’ouverture des portes à 20 h… Près d’une heure à poireauter debout, immobile les rangs s’étant étoffés et l’atmosphère étouffée. Je suis à deux doigt de renoncer, moitié asphyxié, quand la ventilation se met en route. Elle ne s’arrêtera plus, même pas lors des douces ballades, accompagnant de son ronronnement gênant le feutré des musiciens…

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Parlons en justement, excellents ! Autour de Ron Carter et de sa contrebasse, le colosse Jimmy Greene au sax ténor, Payton Crossley à la batterie et la formidable pianiste Renee Rosnes, sosie officiel derrière son piano de Véronique Sanson ; je plaisante. Hommage à Miles période 60’s et quelques compos. De la belle ouvrage d’un classicisme moderne, des moments magiques de contrebasse dans un silence religieux – ça arrive – sauf la clim, mais une chaleur étouffante et une foule oppressante.

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Une fois quitté ma place pour aller m’hydrater au bar je ne pourrai jamais la rejoindre, tenant jusqu’à la fin du premier set (1h10) sans ne plus voir un seul des musiciens… Un peu déçu des conditions je dois dire. Je rentrerai même assez vite à l’hôtel après un émouvant « My Funny Valentine ».

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Deux lieux et deux ambiances totalement différentes. L’herbe est parait-il plus verte ailleurs mais pas si facile à ce que j’ai compris d’écouter du jazz dans de bonnes conditions à Paris, ni pour les musiciens de jouer de façon dignement rémunérée…

 

Lien Baiser Salé : https://www.lebaisersale.com/artiste/francois-constantin

Lien Jean Philippe Rykiel : https://jeanphilipperykiel.com/musique/cs-01-yamaha/

Lien 1000 batteurs pour la Paix : http://www.1000batteurspourlapaix.net/

Lien New Morning : https://www.newmorning.com/

 

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